1584 - Dixmes pour Kermorvan en Ergué-Gabellic - GrandTerrier

1584 - Dixmes pour Kermorvan en Ergué-Gabellic

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 +Le document intitulé « mémoire » résume une procédure instruite en 1584 au Présidial de Quimper, les arguments échangés entre les deux parties, les enquêtes respectives et les conclusions. A l'origine une requête de l’évêque de Cornouaille <ref name=Liscouet>-</ref> qui se plaint de ne pas recevoir la dîme <ref name=Dime>{{K-Dîme}}</ref> de la part du domanier gabéricois de Kermorvan (lieu-dit situé entre Lestonan et Stang-Venn).
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-Le document intitulé « mémoire » résume une procédure instruite en 1584 au Présidial de Quimper, les arguments échangés entre les deux parties, les enquêtes respectives et les conclusions. A l'origine une requête de l’évêque de Cornouaille <ref name=Liscouet>-</ref> qui se plaint de ne pas recevoir la dîme <ref name=Dime>{{K-Dîme}}</ref> de la part du domanier gabéricois de Kermorvan (lieu-dit situé entre Lestonan et Stang-Venn).+Noël Le Poupon, fermier de l’évêque, c'est-à-dire la personne chargée de recouvrer les impôts épiscopaux, a une première surprise lorsque qu'il se présente au champ vide où il devait prélever une gerbe de blé sur 15, car il y a eu « <i>transport fait à l'insue du dit Poupon et à son préjudice de tous les grains qui avaient été produits audit village de Kermorvant</i> ». Deuxième surprise : le domanier affirme que la dîme prélevée par Charles Le Poupon, fermier du recteur de la paroisse, était suffisante.
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Catégorie : Archives    
Site : GrandTerrier

Statut de l'article :
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§ E.D.F.

Sommaire

Autres lectures : « Ergué-Gabéric, an Erge-Vras » ¤ « 1682 - Possessions gabéricoises du seigneur de Coëtlogon, évêque de Quimper » ¤ « 1790 - Trois lettres d'Alain Dumoulin au Directoire du District de Quimper » ¤ 


1 Présentation

La première particularité de ce document conservé aux Archives Départementales du Finistère sous la cote 1 G 138 est l'orthographe retenue pour le nom de la commune : Ergué-Gabellic. Le suffixe Gabellic est sans doute la reprise du patronyme d'une famille fondatrice, les Cabellic seigneur de Lezergué. Cette orthographe, et non Gabéric comme aujourd'hui, est notée dans quelques rares autres aveux ou inventaires : « 1647 » ¤ « 1679-1681 » ¤ , et également citée par Bernard Tanguy pour un document de 1574 [1].

La seconde spécificité est son sujet, les dîmes [2] dues au recteur et à l'évêque [3], et nous avons là un magnifique support pédagogique sur le fonctionnement complexe de ce système fiscal d'ancien régime.

Le document intitulé « mémoire » résume une procédure instruite en 1584 au Présidial de Quimper, les arguments échangés entre les deux parties, les enquêtes respectives et les conclusions. A l'origine une requête de l’évêque de Cornouaille [3] qui se plaint de ne pas recevoir la dîme [2] de la part du domanier gabéricois de Kermorvan (lieu-dit situé entre Lestonan et Stang-Venn).

 

Noël Le Poupon, fermier de l’évêque, c'est-à-dire la personne chargée de recouvrer les impôts épiscopaux, a une première surprise lorsque qu'il se présente au champ vide où il devait prélever une gerbe de blé sur 15, car il y a eu « transport fait à l'insue du dit Poupon et à son préjudice de tous les grains qui avaient été produits audit village de Kermorvant ». Deuxième surprise : le domanier affirme que la dîme prélevée par Charles Le Poupon, fermier du recteur de la paroisse, était suffisante.

...

Et qu'en advint-il au moment Révolution de 1789 du côté d'Ergué-Gabéric ? Les rédacteurs du cahier de doléances de cette commune rurale en bordure d'une ville épiscopale ne demandèrent pas l'abolition de la dîme, mais une meilleure répartition au profit des simples prêtres : « Qu’il soit fait une répartition proportionnelle de tous les biens ecclésiastiques, sans distinction, de manière que tous les membres du clergé y aient une part raisonnable et graduelle, depuis l’archevêque jusques aux simples prêtres habitués des paroisses, afin que ceux-ci soient affranchis de la honte de la quête, c’est -à -dire de celle de mendier ».

2 Transcription

1584 Dixme [2] sur Kermorvan

9 7bre 1584

Ergué-Gabellic [1]

Dixme

Procédure intentée au présidial [4] de Quimper à requeste de Noel Poupon son fermier de Messire Charles du Liscoet Seigneur Eveque [3], des dixmes [2] à lui appartenant en la paroisse d'Ergué-Gabellic [1]

contre

M. Guenolay Goardet demeurant au village de Kermorvant en la dite paroisse

au sujet du transport fait à l'insue du dit Poupon et à son préjudice de tous les grains qui avaient été produits audit village de Kermorvant, pourque il conclut à condamnation du dit droit de dixme [2] déclarant à cet effet limiter sa demande sous l'Edit des présidiaux [4].

Sur quoy le dit Guenolay le Goardet déclare qu'il tient un estage [5] et tenement d'héritage au village de Kermorvan à domaine congéable [6] sous noble homme Vincent Rozerc'h sieur de la Forest [7] et avoir payé la dixme [2] dû au recteur de la dite paroisse et au moyen estre le dit Charles Le Poupon tenu d'acquitter d'icelle déclarant le réclamer à garant ce qui luy fut accordé.

 

A quoy le dit Noel le Poupon auroit soutenu que de tout temps immémorial l'on a de coustume de payer de quinze gerbes [8] l'une audit seigneur Eveque [3] ou à ses fermiers sans préjudice aucunement au droit du recteur.

Sur lesquelles constatations les parties furent déclarées contraires à articuler informes et produire.

En conséquence de quoy ledit Noel le Poupon fournit des faits et articles le 17 8bre 1584 mais ne pouvant parvenir à trouver des témoins par les menaces dudit Guenolay le Goardet et de certaine noblesse de la dite paroisse qui estoit dans son party il obtient des lettres mentoriales de Jacques le Rusquet archidiacre de Poher, chanoine et official et chaplain du dit Ergué Gabellic, en conséquence desquelles ledit Poupon ayant trouvé trois témoins et les ayant fait interroger le 24e 9bre 1584 ils déposèrent unaniment avoir esté fermiers des dites dixmes [2] du seigneur Eveque [3] qu'ils auroient levé à la quinzième gerbe [8] sur ledit lieu de Kermorvan .

Le dit le Goardet ayant aussy fait faire enqueste de sa part ses témoins furent duement reprochés par ledit Noel le Poupon et les parties ayant produites réciproquement intervint sentence le 19 janvier 1585 qui condame ledit Goardet par jugement souvrain au payement de la dixme [2] à la quinzième gerbe [8]. Laquelle sentence est par original sur velain [9] ci-jointe.


3 Originaux

Lieu de conservation :
  • Archives Départementales du Finistère.
  • Cote 1 G 138.

Il est écrit en fin du présent document que l'original de la sentence a été porté sur un parchemin "velin" [9], mais ce dernier n'a pas été retrouvé à ce jour.

 

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4 Annotations

  1. Explications toponymiques sur l'origine du nom de commune Ergué-Gabéric, aka Cabellic : Ergué-Gabéric, an Erge-Vras [Ref.↑ 1,0 1,1 1,2]
  2. Dîme, dixme, s.f. : impôt sur les récoltes, de fraction variable, parfois le dixième, devant revenir au Clergé, prélevé pour l'entretien des prêtres et des bâtiments et les œuvres d'assistance. Son taux, théoriquement d'1/10ème, est généralement inférieur ; il est fréquemment proche d'1/30ème dans notre région (source : glossaire des cahiers de doléances AD29), ou d'1/15ème ("à la quinzième gerbe") lorsque le prélèvement est du aux Régaires de Quimper. La dîme ne doit pas être confondue avec le Dixième et les Décimes[Terme] [Lexique] [Ref.↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7]
  3. Charles du Liscouët fut évêque de Cornouaille de 1583 à 1614, date de sa mort. Pendant la ligue, Mgr du Liscouët, qui était partisan du roi, se retira à Concarneau. [Ref.↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4]
  4. Présidial, s.m. : tribunal de justice de l'Ancien Régime créé au XVIe siècle ; c'est en 1552 que le roi Henri II de France, désireux de renforcer son système judiciaire et de vendre de nouveaux offices, institue les présidiaux ; le présidial de Quimper-Corentin a été créé à cette date dans le ressort du parlement de Bretagne (Wikipedia). Siège présidial, tribunal qui juge en dernier ressort, sans appel (Dictionnaire du Moyen Français). Sous l'Ancien Régime, tribunal et juridiction qui avaient été établis en 1551 dans certains baillages importants pour juger en dernier ressort les affaires peu graves (Trésor Langue Française). [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 4,0 4,1]
  5. Estage, s.m. : habitation, demeure, bâtiment destiné à divers buts (Dictionnaire Godefroy 1880). Dans les documents d'aveux ou d'inventaire de succession, le terme désigne un corps de ferme et ses dépendances, et par extension est synonyme de tenue ou de convenant[Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  6. Domaine congéable, s.m. : mode de tenue le plus fréquent en Cornouaille et en Trégor au Moyen-Age pour la concession des terres. Ces dernières constituent le fonds et restent la propriété des seigneurs. Par contre les édifices sont concédés en propriété aux domaniers par le propriétaire foncier (généralement noble) qui peut, en fin de bail, congéer ou congédier les domaniers, en leur remboursant la valeur des édifices. Cela comprend tout ce qui se trouve au dessus du roc nu, notamment les bâtiments, les arbres fruitiers, les fossés et talus, les moissons, les engrais. Ce régime qui ne sera pas supprimé à la Révolution malgré les doléances de certaines communes bretonnes, sera maintenu par l'assemblée constituante en 1791 et re-confirmé en 1797. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  7. Le manoir de la Forêt, fut construit vers 1540 au bord de l'Odet, à l'emplacement actuel de l'Espace associatif à Quimper (quartier de l'Hyppodrome) et rasé en 1943. Dans les années 1580-1620 c'est Vincent Rozerc'h, sieur de la Forest, qui en est le propriétaire. Des Rozerc'h se sont établis à Ergué-Gabéric au manoir de Pennarun où l'on peut encore leur blason : « Le manoir de Pennarun » ¤ . [Ref.↑]
  8. Gerbe, s.f. : unité de mesure du blé, composé de 7 à 8 javelles, pour le paiement de la dime (source : histoiresdeserieb.free.fr). Terme de féodalité ; Dîme sur les moissons ; lever la gerbe (source : Littré). Lorsque la Dîme est due aux Régaires de Quimper, le prélèvement "à la quinzième gerbe" indique un taux d'environ 1/15ème. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 8,0 8,1 8,2]
  9. Velin, s.m. : parchemin dont l'usage est rendu obligatoire pour nombre d'actes à la fin de l'ancien régime, notamment pour tous les actes de vente. Source : AD Finistère, glossaire des cahiers de doléances. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 9,0 9,1]




Thème de l'article : Document d'archives sur le passé d'Ergué-Gabéric.

Date de création : Juin 2009    Dernière modification : 27.04.2012    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]