1742 - Succession de Jean Floc'h métayer du manoir de Lezergué - GrandTerrier

1742 - Succession de Jean Floc'h métayer du manoir de Lezergué

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§ E.D.F.
Documents de succession de Jean Floc'h métayer du manoir de Lezergué.

Autres lectures : « Archives de Lezergué » ¤ « 1742 - Inhumation illégale de Marie Duval de Lezergué dans l'église paroissiale » ¤ « Les de La Marche, nobles de Kerfort et de Lezergué, 17e-18e siècles » ¤ « Présentation et historique du manoir de Lezergué » ¤ « Histoire de Lezergué et de ses occupants » ¤ « 1792-1803 - Séquestre, amnistie et main levée pour les de La Marche de Lezergué » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Jean Le Floc'h ne demeure pas au manoir qui sera bientôt restauré (en 1771-72), mais il en a la garde et occupe une belle métairie en tant que « Receveur de la terre de Lezergué » et personnalité influente locale en ce début du 18e siècle.

Quand il se marie avec Marie Ropars en 1725 de nombreuses signatures sont apposées sur l'acte, dont la sienne et trois membres de la famille noble des Geslin de Pennarun. Il est vraisemblable que son beau-père Hervé Ropars ait été au service des Gélin. En 1719 le parrain d'un frère de Marie n'est autre que l'écuyer Jean-Baptiste Gélin.

Quand Jean Le Floc'h décède en novembre 1741 à l'age de 50 ans, on procède traditionnellement tout d'abord à la pose des scellés, puis à l'inventaire de ses biens pendant trois jours en présence d'un greffier, d'un notaire et de deux experts.

Les éléments suivants contenus dans l'acte d'inventaire sont de nature à confirmer son rang social :

  • La table pour les repas de type « coulante » [1] (page 1), avec un rangement sous un plateau glissant latéralement, donnant accès à ces casiers à victuailles dans le corps du meuble.
  • Hormis les lits clos, surtout un « lit à tombeau » [2] (page 4). Ce n'est certes pas un lit à baldaquin, mais ça y ressemble et ses rideaux « tombants » dénotent d'une famille cossue.
  • De quoi recevoir dignement : « assiettes de fayance blanche » (page 6), des « assietes de terre de Locmaria avec trois plats » (page 6), un « beurrier de terre de Locmaria » (page 3), une « tasse d'argent avec ance » (page 7), « une demy douzaine de chaises de paille » (page 5, rares par rapport aux bancs ou « escabeaux »), une « armoire figurée à quatre ouvertures et deux tiroirs estimés quarante et deux livres » (page 5).
  • Des habits de notables : « une paire de cullote de panne violette doublée de peau toute neuve estimée neuf livres  » (page 13), « Une culotte de berlinge avec une paire de souliers et leurs boucles estimées vingt sols  » (page 12).
  • Du très beau bétail : quatre « beufs à labeur hors d'age » (page 8) valorisés chacun à plus de soixante livres, des vaches bigarrées ancêtres de nos pie-noirs, à savoir une « gare-jaunne » et quatre « gare-noires » [3].
  • Des produits de la ferme : « Les bleds dans le grenier », à savoir « 4 boisseaux ½de froment », « 6 de seigle », « 10 de bled noir » (pages 14 et 15) ; du foin et de la paille, soit « Environ 30 charettées de foin », « 4 ½ de paille d'avoine », « 5 de paille de seigle » ; du bois, « 2 cordes » [4] et « 6 cordes livrées aux dames de St Anthonie de Quimper » ...
 
Métairie de Lezergué
Métairie de Lezergué
  • Des outils agricoles : deux exemplaires de « charue, rouelle, soc, couteau » (page 3), le soc creusant le sillon et le couteau formant une lame verticale qui coupait la terre devant le soc ; « cinq croqs à frambois » [5] (page 7) qui ne servaient pas à la collecte des framboises, mais à charrier le fumier.

Sont mentionnés également des papiers conservés précieusement : les quittances annuelles de rentes payées depuis 1737 aux propriétaires successives du manoir (Jacques du Bot [6], François-Louis de La Marche et sa veuve Marie-Anne de Botmeur), le « bail à ferme du manoir et métairie de Lesergué » de 1740 (page 15), et un « Billet double » et un autre « billet consenty par les sieurs Geslin audit deffunt » se montant à quatre cents livres et « payé sur le champ » à la veuve le dernier jour de l'inventaire ...

Le notaire royal semble suggérer que les enfants Floc'h vont prendre la suite de leur père : « Pour l'intérêt des mineurs qu'ils continueront la ferme et le manoir en métairie de Lesergué. Ne pouront que leur être avantageux par rapport aux avances considérables faites par leur deffunt père pour améliorer le grand pré et ouvrir leurs terres ...  » (page 16). La veuve Marie Ropars va se remarier en février 1742 avec un Jean Stervenou, et en 1790 le métayer est un dénommé Jean Le Guyader.

[modifier] 2 Transcriptions

Scellés

Le 26 octobre 1741

Ce jour vingt et sixiesme d'octobre mil sept cents quarante un soussigné Mr Jean Baptiste François Delorgne greffier du juge présidial [7] de Quimper et y demeurant parroisse de la Chandeleur certiffie que sur [...] donné au greffe du deux arrivé à Jean Floc'h demeurant au manoir de Lezhergué, je me suis rendu à requeste de Monsieur le procureur du Roy dudit siègle transporter audit Manoir de Lezergué parroisse du grand Hergé où [...] rendu [...] à Marie Roparz sa femmme j'ay luy ay déclaré le subjet de ma commission [...] lesq [...] du dit siège [...] effets restes [..;], laquelle m'a répondu n'avoir moyen [...] au contraire ma [...] les meubles qui suit.

Et premier.

Dans la cuisine.

Une table coulante [1] avec ses deux escabeaux [8], le couteau long, deux marmittes, deux trépieds, deux poilles à crepes, trois bassins, une scelle [...], un mauvais lict avec ses hardes, un banc, une mauvaise armoire à deux battans, une crimillaire, les escuilées et cuillaires de bois, une tasse d'argent, huit bouteilles [...], une demy douzaine d'assiettes de feance, un fusil, un feu, deux socs ferés

Dans la chambre au bout de la cuisine

trois armoires sur l'une desquelles j'ay apposé le scellé par le moyen d'une bande de papiers [...] au deux bouts [...] de sa Majesté [...] des hardes dudit deffunt, un lict clos avec ses hardes, une table large.

Dans la chambre

Un lict avec ses hardes, une table, un coffre, un boit de lit sur en dessous la maison, quatre boeuffs, deux torillons, six vaches, deux génisses, deyx petits torillons, quatre chevaux, trois charettes férées, la charue soc couteaux les molles, [...] trois [...], une maré, environ vingt combles [9] de seigle dans les greniers, et deux combles [9] d'avoine, [...] vingt combles [9] de bled noir, les foins et pailles, deux [...] dans les granges ; quatorze et demy de cordes [4] de bois fait le car de la maison, un [...] de [...], et [...] les effets que la dite veuve m'a déclarré desqueles [...] jay lay chargé d'en faire bonne garde et de les représenter lorsque requis sera ausi les audits petits meubles [...]

De tout quoy jay rapporté le présant procès verbal sur les lieu sous mon sign la ditte ropars [...] ne scavoir signer [...] les dits jour et an que devant.

Quarroque, greffier

Scellé à Quimper le 15 janvier 1742.

Receu quatre livres dix sols. Derjou, Muoan.

 

Inventaire

Les 8, 9 et 11 janvier 1742

L'an mil sept cents quarante et deux le huitième janvier soussigné Joseph Le Mevel faisant pour le greffe du siège présidial [7] de Quimper y demeurant paroisse de Notre Dame de la Chandeleur, rapporte m'etre exprès transporté de ma dite demeure de compagnie avec Maistre Thomas Martin notaire royal et procureur au présidial [7] de Quimper fondé en procuration des parents paternels des mineurs de deffunt Jean Floc'h de son mariage avec Marie Rosparz jusques au manoir de Lesergué en la paroisse d'Ergué gabéric distant d'une lieue où est décédé ledit Jean Floc'h pour à requete de ladite Ropartz comme mère et tutrice des dits mineurs procéder à l'inventaire des meubles, effets et credits dépendants de ma communauté avec ledit Floc'h, et y estant rendus y avouer trouvée ladite Ropartz laquelle a déclaré en faire les personnes de Louis Hyacinthe Moysan du lieu de Parc an lan et Guenollé Huitric le jeune du lieu de Kerhuel, les deux [...] d'Ergué gabéric a y a été vaqué en présence des susnommés et de Hervé Ropartz ayeul maternel [...] mineurs comme suit.

Une table coulante [1] avec ses deux escabeaux [8] et couteau long estimés six livres.

Un pot de fer estimé trois livres.

Un autre mauvais pot de fer tout défonsé estimé cinq livres.


[modifier] 3 Originaux


[modifier] 4 Annotations

  1. Table coulante, s.f. : table servant soit de coffre (garde-manger), soit de maie à päte (pétrin). Le dessus de la table coulisse pour permettre de travailler la pâte dans le pétrin ou d'accéder à ce qui y était stocké. Citée dans les inventaires successoraux aux 17e et 8e. Source : histoiresdeserieb sur free.fr. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 1,0 1,1 1,2]
  2. Lit à tombeau, g.n.m. : lit avec draperies de « ciel » tombant sous forme de rideaux. Dans un lit à simple tombeau (et non double) le ciel était plus élevé vers la tête que vers les pieds. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 2,0 2,1 2,2]
  3. Gare, garre, adj. : désigne un pelage marqué par deux couleurs, le mot bigarré en étant dérivé. Comme le blanc était toujours présent, on indiquait seulement l'autre couleur : un pelage blanc et roux-marron était donc dit gare-rouge  ; un pelage blanc et noir, gare-noir ; par contre les gare-jaunes étaient jaunes aux taches noires. Pour les vaches gare-noires, l’appellation courante est ensuite devenue pie-noir; source : Jean Le Tallec. Mot français garre « de deux couleurs », attesté depuis 1360 et d'origine inconnue ; source TLFi. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 3,5]
  4. Corde, cordée, s.f. : unité de mesure de superficie. Subdivision du journal. Le journal et la corde sont les principales unités de mesure utilisées pour calculer les surfaces dans les inventaires. Dans la région quimpéroise une corde vaut 0,6078 ares à 16 toises carrées. Il faut 80 cordes pour faire un journal. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4]
  5. Framboy, fembroi, s.m. : les paysans entassaient dans la cour de la ferme les débris végétaux pour fabriquer le fumier par le piétinement des bêtes qui pétrissaient ces débris, les mélangeaient à la boue ; la bouillie résultante était appelé le « framboy ». Le mot se disait au départ « fembroi » (latin fimarium, dérivé de fimum : fumier). Puis, par métathèse (déplacement du r), il est devenu « fremboi », puis « frembois », mais rien à voir avec la framboise, évidemment ! Source : Jean Le Tallec 1994. Le lieu où se trouvait ce tas de fumier était généralement dénommé dans les actes la « cour à frambois » ou « pors à framboy ». [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 5,0 5,1]
  6. A la mort en 1660 de Guy Autret, seigneur de Lezergué, l'héritier direct de Guy Autret était Guy de Charmoy, celui-là même qui sera débouté lors de la Réformation, et qui était son petit cousin. Ensuite la propriété de Lezergué fut cédée à Jacques du Bot de Talhouet, fils de Jean-Louis Du Bot, major de la noblesse de l’évêché de Vannes, et de Bonne Yvonne de Charmois. Il épouse Marie-Joseph de Cambont-Coaslin, de la maison des ducs et pairs de France de ce nom ; et en secondes noces, Alexandrine du Moulin. [Ref.↑]
  7. Présidial, s.m. : tribunal de justice de l'Ancien Régime créé au XVIe siècle ; c'est en 1552 que le roi Henri II de France, désireux de renforcer son système judiciaire et de vendre de nouveaux offices, institue les présidiaux ; le présidial de Quimper-Corentin a été créé à cette date dans le ressort du parlement de Bretagne (Wikipedia). Siège présidial, tribunal qui juge en dernier ressort, sans appel (Dictionnaire du Moyen Français). Sous l'Ancien Régime, tribunal et juridiction qui avaient été établis en 1551 dans certains baillages importants pour juger en dernier ressort les affaires peu graves (Trésor Langue Française). [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 7,0 7,1 7,2]
  8. Escabeau, s.m. : siège de bois à trois ou quatre pieds, sans bras ni dossier ; source : dictionnaire de l'Académie. Le droit de banc près d'une tombe dans une église, noté généralement « escabeau avec accoudoir » est considéré comme une prééminence noble. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 8,0 8,1]
  9. Comble, s.f. : mesure de capacité pour les grains, probablement la mine comble, c'est-à-dire 6 boisseaux ; source : Dictionnaire Godefroy 1880. En région quimpéroise le terme comble est plutôt donné comme équivalent d'un grand boisseau comble, par opposition à un simple boisseau ras. Soit précisément 67 litres pour le froment, 82 pour le seigle, et 80 pour l'avoine [¤source : Document GT de 1807]. La comble se distincte de la raze[Terme] [Lexique] [Ref.↑ 9,0 9,1 9,2]
  10. Boisseau, s.m. : mesure de capacité pour les matières sèches, les grains surtout. Sa contenance varie beaucoup suivant les produits et les localités et aussi suivant que la mesure est rase ou comble [¤source : AD Finistère, glossaire des cahiers de doléances]. La précision « Mesure du Roi » indique la volonté d'uniformiser les disparités, avant que le poids en mesure décimale ne soit adopté à la Révolution. Avant uniformisation, chaque ville ou village avait ses poids et ses mesures particuliers. Dans certains cantons, et plus particulièrement en Bretagne on était obligé d'avoir jusqu'à six mesures différentes dans son grenier pour procéder aux pesées. Par exemple le boisseau ras pour le froment contenait 11,2 litres à Morlaix et 107,1 litres à Landevennec [¤source : Wikipedia]. La mesure de Quimper était établie comme suit : 67 litres pour le froment et le seigle, 82 pour l'avoine et 79 pour le blé noir [¤source : Document GT de 1808] ou alors 67 litres pour le froment, 82 pour le seigle, et 80 pour l'avoine [¤source : Document GT de 1807]. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 10,0 10,1 10,2 10,3]
  11. Carnée, s.f. : mesure pour les grains. A priori équivalent au quart de boisseau, une mesure ancienne de matières sèches. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  12. Criblée, s.f. : mesure pour les grains a priori différente de la crublée qui équivaut quant à elle à 2 boisseaux. Ce serait la quantité de grain mise dans un crible à chaque utilisation ; source : forum cgf. En 1790 une déclaration du recteur d'Ergué-Gabéric précise que trois criblées de froment produisent un fort demi-boisseau, soit une criblée équivaut à un sixième de boisseau. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  13. Quelorne, s.f. : baquet servant à la cuisine, kelorn en breton, et à ranger les condiments, la farine, la pâte à pain. Source : histoiresdeserieb.free.f. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  14. Étoupe, s.f. : du latin "stupa,-ae", sous-produit fibreux non tissé issu essentiellement du travail du chanvre ou du lin. Source : Wikipedia. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 14,0 14,1]
  15. Courtepointe, s.f. : couverture de lit doublée, remplie de coton ou de duvet et piquée. Source : TLFi. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  16. Etain, estain, s.m. : métal gris blanc, ductile, malléable, le plus fusible de tous les métaux usuels, et s'effritant aux très basses températures. Ce métal, quelquefois allié au plomb, servant à la fabrication d'objets d'usage courant ou d'objets d'art. Vaisselle d'étain ; soldat d'étain ; graver des plats d'étain. Source : Trésor Langue Française. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  17. Chartil, s.m. : le corps d'une charrette. Source : Littré. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 17,0 17,1]
  18. Berlinge, s.f. : étoffe particulière courante en Cornouaille au 18e siècle, dont la chaîne est en fil de chanvre et la trame en laine (source : www.1789-1815.com). Dans beaucoup de fermes de la Cornouaille, on a l’habitude de faire quelques aunes de berlinge au bout des toiles de chanvre que les cultivateurs tissent eux-mêmes pour leur usage (Breiz-Izel, ou vie des Bretons de l’Armorique, par M. Alexandre Bouët, tome troisième, Paris 1844, p. 112) [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 18,0 18,1 18,2 18,3]
  19. Panne, s.f. : étoffe de laine, soie ou coton travaillée comme le velours, dont le poil plus long et moins serré est couché, et qui sert dans la confection de vêtements ou dans l'ameublement. Source : TLFi. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]


Thème de l'article : Fonds documentaires, pièces d'archives

Date de création : 24/09/2013    Dernière modification : 14.06.2018    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]