1776 - Escroquerie du franc-maçon Jean-Corentin Bréhier, une affaire sous Louis XVI - GrandTerrier

1776 - Escroquerie du franc-maçon Jean-Corentin Bréhier, une affaire sous Louis XVI

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§ E.D.F.
Une affaire qui fit beaucoup de bruit à l'époque : un franc-maçon accusé d'escroquerie, un évêque de Cornouaille [1] qui dénonce une association tendant « au déisme et au libertinage », deux loges locales qui se battent pour obtenir la protection du Grand Orient, un tribunal-présidial local sous la coupe franc-maçonne s'insurgeant comme l'évêque, une escalade auprès des instances nationales du clergé d'une part et du ministre garde des sceaux et même du Roi d'autre part.

Cette affaire a été évoquée par la grande enquête de Bruno Le Gall et Jean-Paul Péron sur les francs-maçons de Quimper, parue dans les bulletins 2010 et 2011 de la Société Archéologique du Finistère, et par un article « Une affaire maçonnique sous Louis XVI » de Pierre Chevallier dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine de septembre 1955.

La collecte des documents des Archives Nationales et de la Bibliothèque Nationales de France (cf. transcriptions ci-dessus) est l'occasion de comprendre les rôles respectifs des acteurs francs-maçons impliqués de la famille Bréhier, dont François-Salomon qui fut maire de la commune d'Ergué-Gabéric de 1808 à 1812.

Sceau officiel de la Loge « L'heureuse maçonne à l'orient de Quimper »

Autres lectures : « LE GALL Bruno & PÉRON Jean-Paul - La franc-maçonnerie à Quimper » ¤ Une affaire maçonnique sous Louis XVI par Pierre Chevallier ¤ « François Salomon Bréhier, maire (1808-1812) et avoué franc-maçon » ¤ « Les Mermet, propriétaires du manoir du Cleuyou et de Kervreyen » ¤ « Les Le Guay (1804-1917), châtelains du Cleuyou au 19e siècle » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Aux archives départementales d'Ile-et-Vilaine et du Finistère, les compte-rendus du Présidial [2] de Quimper et du Parlement de Bretagne mentionnent bien qu'un frère Bréhier de la loge « L'heureuse maçonne » de Quimper est accusé d'escroquerie liée à son activité de franc-maçon, mais ne précisent ni son prénom, ni son état-civil.

Il en est de même pour les documents conservés aux Archives Nationales et au département des Manuscrits de la BnF, mais en y regardant de plus près on croit pouvoir identifier qui a fait quoi.

C'est bien de la loge « L'heureuse maçonne » de Quimper que le scandale a éclaté : « un membre de cette même loge vient d'abuser de la maçonnerie pour faire de fausses lettres de change qu'il tiroit sur le Grand Orient au profit de paysans grossiers et crédules qui lui donnoient une somme modique pour en obtenir une plus considérable dans un tems limité »

Cette affaire n'échappe pas à l'évêque Toussaint Conen de Saint-Luc [1] qui, lors de deux missions ou prédications [3], l'une en langue bretonne, l'autre en française, organisées le 6 juin 1776 dans la cathédrale de Quimper, dénonce les déviances d'une « certaine association qui contre l'intention, sans doute, de ceux qui s'y sont enrôlés, ne tend à rien moins qu'à conduire au déisme et au libertinage ».

Et il précise les agissements d'un « particulier franc maçon qui a effectivement surpris la douce foi des hommes simples en leur faisant payer des sommes considérables pour les aggréger à la franc maçonnerie, quoique nous ne l'ayons désigné en aucune manière, ne le connaissant pas même de nom et quoique le procureur du Roy eut pleine connoissance des manœuvres de ce jeune homme, qu'il eut vu les billets qu'il avoit donné et qu'il eut cherché à le faire évader. »

Il n'y qu'un seul Bréhier identifié à la loge de l'Heureuse Maçonne : en 1774 Jean-Corentin, maitre en chirurgie, apparaît dans les tableaux des membres avec la fonction de « thuileur » [4], et le titre de « souverain prince de rose croix », né à Quimper le 20 juillet 1747. C'est bien un « jeune homme » comme précise l'évêque, à savoir 29 ans à l'époque, qui a utilisé son rang de garant du secret de la loge pour soutirer de l'argent à des tiers crédules.

Le procureur du Roi et le tribunal présidial [2] de Quimper vont demander qu'une procédure criminelle soit ouverte, mais cela sous forme d'un procès à charge contre l'évêque accusé d'avoir profité d'un fait divers pour lancer publiquement une violente opprobre morale contre l'intégralité des francs-maçons de la ville. Il faut dire que « plusieurs (d'entre eux) sont les principaux membres du présidial ».

En fait, depuis 1774 et même avant, Quimper connait une lutte implacable entre deux loges concurrentes : L'Heureuse Maçonne et la Parfaite Union. Avant l'affaire Bréhier, d'autres malversations sont constatées au sein de l'Heureuse Maçonne : « dernièrement un de leurs membres venoit de commettre un vol avec effraction, on instruit actuellement sa procédure en crime, heureusement il a pris la fuite ». Mais l'affaire Bréhier va accélérer les choses, et fin 1776 la loge de L'heureuse maçonne est interdite par les instances du Grand-Orient qui par contre officialisent la constitution de la Parfaite Union.

 
Sceaux de la Loge « La parfaite union », version simplifiée à droite

L’évêque est dans un premier temps muté à l'évêché de Saint Flour. Puis, après moultes réclamations, la procédure contre lui est arrêtée et il est rétabli et confirmé comme évêque de Quimper où il décédera en 1790. Mais en 1776 il a droit de la part du secrétaire de la Maison du Roi à une remontrance royale : « Sa Majesté a également jugé qu'en usant d'un peu plus de ménagement, votre zèle n'en eût peut-être que mieux atteint le but que vous vous proposiez sans sous exposer aux suittes désagréables que vous venez d'éprouver. »

A partir de 1773 on trouve des Bréhier dans les tableaux des membres de la loge « La Parfaite Union », mais ceux-ci ne peuvent pas avoir des liens avec celui qui, depuis la loge concurrente, a entaché la réputation maçonne. Cela exclut donc Jean-Corentin, son père Gilles et ses autres frères. En effet la haine est telle que le correspondant de la Parfaite Union parle de « fripon » et de « membres perdus, banqueroutiers et autre qui se trouve aujourd'huy sous le coup de la procédure criminelle et qui ne sauroit éviter une peine effective et diffamante ».

En fait le premier Bréhier qui apparaît dans la Parfaite Union est Claude, frère cadet de Gilles et également négociant. Il est qualifié de « jeune », tient d'abord la fonction de « terrible » (officier "expert"), et dès 1779 est « revêtu de tous les grades ». En 1780 il est dénommé « Bréhier père » car ses fils sont aussi devenus membres de la loge, et assurera au cours des années les rôles de premier surveillant, correspondant et trésorier jusqu'à l'année de sa mort en 1785.

Le fils aîné de Claude, Jean Élie, négociant de Quimper, est qualifié dès 1779 de « Bréhier fils », avec le titre de « maitre bleu » et une fonction de vice orateur. L'année suivante il est dit « Bréhier fils ainé » et obtient le titre de « maitre parfait », puis « élu des quinze » et « élu des 9 », et la fonction de secrétaire ; en 1789 il est « vivant noblement » et « chevalier d'Orient ».

Le deuxième fils Bréhier, Jean Julien, apparait en 1781 comme « fils cadet » en tant que « maitre bleu », puis « élu des 15 ou des 9 ». En 1787, le Julien Bréhier [5] vivant à Vannes est peut-être ce fils cadet. Et enfin le second cadet, François-Salomon, exerçant la profession procureur du présidial [2] et futur maire d'Ergué-Gabéric, est membre de la Parfaite Union en 1786 et 1787 avec le titre de « maitre bleu ».

Tableau généalogique des Bréhier francs-maçons :

 BRÉHIER Jean (~1694-1749) x  PICHON Magdelaine
 └> BRÉHIER Gilles (1716-1795) 
      x VINCENT Jeanne (~1723-1785)
      ├>  BRÉHIER Jean Corentin (1747-?), médecin, *LHM
 └> BRÉHIER Claude (1729-1785), négociant, *LPU
      x VINCENT Julienne (1729-1800)
      ├>  BRÉHIER Jean Élie (1756-?), négociant, *LPU
      ├>  BRÉHIER Jean Julien Marie (1757-?), négoc., *LPU
      └>  BRÉHIER François Salomon (1760-1845), avoué, *LPU
Légende :
*LPE : loge L'Heureuse Maçon, *LPU : loge La Parfaite Union

[modifier] 2 Transcriptions

Les textes transcrits ci-dessous contiennent des paragraphes ( § ) non déployés. Vous pouvez les afficher en un seul clic : § Tout montrer/cacher

Lettre de l'évêque du 12 juin 1776

M. l'évêque de Quimper, procédure ... francs maçon. Quimper le 12 juin 1772 (NDLR: 1776 en fait)

Messieurs,

J'ai l'honneur de vous adresser un procès verbal, qui vous instruira de la persécution qu'on me fait éprouver dans ce païs. Vous êtes, Messieurs, chargés de la confiance du Clergé, et vous en êtes dignes, et c'est à ce titre, que je vous prie de vouloir bien faire les démarches les plus promptes et les plus efficaces, pour arrêter le cours de la révoltante procédure, qu'on ourdit ici contre moi. J'écris ce jour à son Éminence Mr le cardinal de la Rochaimon, à Mr le Garde des sceaux, et à Mr Amelot ministre aiant le département de cette province, pour les instruire de tout ce qui se passe ici, et je leur envoi copie du même procès-verbal que je vous adresse. Cette affaire, Messieurs, demande tout votre zèle et la pls grande célérité, attendu surtout notre extrême éloignement de la capitale. Vous [p.2] sentirez mieux que personne les suites facheuses qu'elle peut entrainer, et vous nous empresserez surement de les prévenir, en obtenant de Mr le Garde des sceaux, ou du ministre de la Proince, des ordre qui arrêtent la pétulante témérité des magistrats du présidial [2] de Quimper.

C'est la cause de tout l’Épiscopat, Messieurs, et celle du sainct ministère; ce motif est plus que suffisant pour vous engager à m'accorder vos bons offices de la manière la plus prompte et la plus efficace.

Je suis avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteiur, f. T. f p Ev. de Quimper.

Mémoire de l'évêque du 12 juin 1776

12 juin 1776. (Annotation manuscrite en haut de page : "Le 28 juin 1776 M. l’Évêque de Quimper a été nommé Évêque de St Flour.")

Messieurs les agents généraux du clergé

Nous soussigné Évêque de Quimper certifions, attestons et rapportons qu'afin de disposer les peuples confiés à nos soins à profiter de la grâce du jubilé, nous aurions arrêté de donner deux missions, l'une française, l'autre bretonne, dans notre ville épiscopale, qu'en conséquence nous aurions rassemblé des différents quartiers de notre diocèse quarante missionnaires dont le rôle et les travaux ont répondu à notre attente, à la tête desquels nous aurions ouvert ces deux missions le jour de la pentecôte 26 mai dernier, que sollicité par ces missionnaires et le vœu de tous les honnêtes gens de prêcher contre une certaine association formée depuis plusieurs années en cette ville, au grand scandale de la religion et des mœurs, ainsi que la ruine des familles, nous nous livrâmes à entrer dans leurs vües, ce que nous exécutâmes le samedi 8 juin entre 5 à 6 heures du soir, monté en chaire, en exhortant notre peuple à la persévérance entre autres moyens que nous lui indiquâmes, nous proposâmes la fuite des occasions comme une des plus efficaces ; nous ajoutâmes qu'une occasion fatale pour un grand nombre de nos diocésains, étoit une certaine association qui contre l'intention, sans doute, de ceux qui s'y sont enrôlés, ne tend à rien moins qu'à conduire au déisme et au libertinage, association réprouvée par les lois du royaume, par celles de l’Église par la raison même et par une décision de la Sorbonne. Sans nommer cette association nous en disons assez pour faire connaitre celle des francs maçons qui fait beaucoup de mal dans le diocèse. Nous exhortâmes nos auditeurs à fuir ces conventicules et nous n'oubliâmes rien pour leur en inspirer de l'éloignement. Nous fîmes connaitre que nous savions à n'en pouvoir douter que sous prétexte de cette association, surement à l'insu et contre le gré de ceux qui la composent, on faisoit des levées d'argent sur les habitants des villes et de la campagne pour les recevoir francs maçons en leur faisant espérer des sommes considérables et un bonheur chimérique, ce que nous qualifiâmes d'exaction et de concussion, ce que la preuve en étoit acquise, nous passâmes à d'autres objets.

Que le lendemain 9 juin vers les 6 heures du soir faisant la clôture de ces deux missions, sur des propos

§ Page 2 ...

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§ Page 4 ...

Réponse des agents généraux du clergé le 19 juin 1776

Évêque de Quimper, Quimper. Francs-maçons. Procédure criminelle. N° 197 bis.

Du 19 juin 1776, Mgr

Nous avons reçû avec la lettre que vous nous avés fait l'honneur de nous écrire le procès verbal qui y étoit joint. Nous avons écrit avant de faire aucune démarche pour prévenir les entreprises des juges de Quimper devoir nous concerter avec Mgr le cardinal de la Roche-Aymon. Il a été aussy vivement frappé que nous de la persécution qu'on vous fait éprouver et il a bien voulu se joindre à nous pour étouffer le mal dans son origine. Il a du voir lundi M le Garde des sceaux qui luy aura sans doute communiqué les mesures qu'il a déjà prises pour se faire rendre compte de la conduite des officiers du Présidial [2] de Quimper. Il a bien voulu ne nous les pas laisser ignorer. Nous avons vû avec plaisir qu'il avoit prévenu les demandes que nous aurions pu luy faire à cet égard. Nous avons tout lieu d'espérer que vous aurés une entière satisfaction de la façon plus qu'indécente dont on s'est conduit vis-à-vis de vous.

Soyés bien persuadé, Mgr, que nous nous employerons dans la suite avec autant d'ardeur que de zèle et que nous n'avons rien de plus à cœur que de vous prouver le respect avec lequel nous avons l'honneur d'être.

Mgr (signature)

Réponse du secrétaire de la Maison du Roi le 21 juin 1776

Officiers du présidial [2] de Quimper, procédures.

M. l'evêque de Quimper, 21 juin.

J'ai, M., communiqué à M. le Garde des sceaux le mémoire que vous m'avez adressé et nous an avons conjointement rendû compte au Roi. Sa Majesté a cru devoir arrêter la procédure commencée par les officiers du Présidial [2] de Quimper, et M. le Garde des sceaux leur écrit, par son ordre, pour leur enjoindre de lui envoyer cette procédure, et leur deffendre de la continuer, jusqu'à ce qu'après l'examen qu'elle en aura fait faire, elle leur a fait connoître sa volonté. Elle a vû à regreter qu'ils eussent pris relativement à vous un parti dont ils ne pouvoient ne pas sentir l'irrégularité, mais je ne dois pas vous dissimuler qu'elle a également jugé qu'en usant d'un peu plus de ménagement, votre zèle n'en eût peut-être que mieux atteint le but que vous vous proposiez sans sous exposer aux suittes désagréables que vous venez d'éprouver.

Lettre de l'évêque du 20 juillet 1776

Carhaix 20 juillet 1776, en cours de visite.

Messieurs,

Je reçois une lettre de M. le Garde des sceaux qui me mande qu'il a rendu compte au Roy des lettres que j'ai eu l'honneur de lui écrire, ce qu'en conséquence et sans doute d'après les sollicitations que je sais que vous avés voulu joindre aux miennes, Sa Majesté a fait ordonner aux juges de Quimper de se rendre à la suite du conseil.

§ J'écris ce jour à M. le Garde des sceaux ...

Lettre de l'évêque du 18 août 1776

Le 18 août 1776

Messieurs,

Je me fais un plaisir et un devoir de vous annoncer que le Roi a bien voulu recevoir les raisons qui m'ont porté à ne point accepter l'évêché de St Flour. Sa majesté m'offre encore un nouveau motif de reconnoissance en me déchargeant de la pension de 3000 livres imposée sur mon siège et en la transférant sur celui de St-Flour. § Ce témoignage de bonté et de protection ...

Lettre de la loge « La Parfaite Union » du 24 juin 1776

Très respectable et très vénérable frère,

Je suis chargé par le t.f.f. abbé de Raymond notre vénérable de vous assurer la réception des mémoires que vous lui avez fait passer à son adresse : il a été étonné de ne point trouver dans le même paquet les certificats qu'il vous avait demandés pour mander de la R: L: ; il vous prie de nous faire part des motifs d'opposition s'il s'en présente ; autrement de nous les envoyer le plutôt qu'il vous sera possible.

J'eus la faveur, t: r: f:, de vous dresser dans le mois de janvier une planche à traier à l'effet de vous conférer les pouvoirs nécessaires pour être reconnu notre correspondant au g. O., nous vous y témoignions en même tems nos justes motifs de plainte pour nous opposer au rétablissement de l'heureuse maçonne dans notre enceinte, je vous exprimais dans ma lettre que cette loge n'étoit composée pour la plupart que de banqueroutiers, de gens sans mœurs, et que dernièrement un de leurs membres venoit de commettre un vol avec effraction, on instruit actuellement sa procédure en crime, heureusement il a pris la fuite, aujourd'huy un autre membre de [p.2] cette même loge vient d'abuser de la maçonnerie pour faire de fausses lettres de change qu'il tiroit sur le G:. Or.: au profit de paysans grossiers et crédules qui lui donnoient une somme modique pour en obtenir une plus considérable dans un tems limité, il les a même signé, ses parents et ses amis se sont heureusement emparés des faux billets et ont remboursés les différentes sommes qu'il avait touché, malgré cela ce fripon n'est pas encore tranquille, car notre prélat l'ayant dénoncé dans la chaire de vérité pour trouver occasion de diffamer et de vomir des horreurs contre les maçons ; les juges ont été obligés de connaitre de cette affaire et d'entendre les témoins. Toutes ces scènes d'abomination jettent le plus vilain vernis sur notre loge et sur la réputation de chaque membre en particulier, elle est même si attaquée par le public profane que nous sommes forcés de prendre les tempéraments nécessaires pour parvenir à notre justification, ce qui nous mettra dans le cas d'instruire le G:. Or.: en tems et lieu. Le trop zélé prélat nous a désigné sous le nom d'une association abominable de gens sans foy, sans religion, et sans mœurs, et qui ne se cachoient pas. En attendant de plus amples instructions, nous vous prions instamment, t:;b:.f.:, de solliciter de tout votre pouvoir et au nom de notre l: la suppression et extinction entière de la loge l'heureuse maçonne de notre orient, et de nous faire passer l'arrêt de prescription. Nous ne doutons pas de votre zèle à faire obtenir à de bons maçons qui se sont toujours bien comportés et qui pour la plupart sont des citoyens vertueux et ...ables à ... toute la satisfaction qui leur est due en pareille circonstance. Honorez-nous, je vous prie, d'une prompte réponse et vous obligerez des frères qui ont pour vous la plus grande affection, et qui ne cesserons de se dire dans les sentiments de la plus vive reconnaissance.

Très cher et très resp:. frère
à l'Orient de la Parfaite union de Quimper
Le 24e jour du 4e mois de l'an de la V.:L: 5776

Les dévoués frères, par mandement de la L: La Parfaite union, Le Breton mo. secrétaire correspondant

 

« L'heureuse maçonne » au député du 25 mars 1774

A l'orient de Quimper le 25 mars ... 1774

Au très vénérable frère Pingré, juge, prospérité et salut.

Monsieur et vénérable frère,

notre correspondant nous a fait part dans les termes de la lettre, que vous luy fittes la faveur de luy écrire ; en réponse à la sienne, qui avoit pour objet, celuy de nous adres... ; pour vous prier de nous représenter au T. A: G: orient ; vous voulûtes bien luy mander, que cetoit avec plaisir, que vous vous chargiez de ce ministère. Votre départ précipité pour la campagne, que vous nous annonçater etre pour quelque tems, nous avoit forcé au silence.

Le s. Bassoville, notre député a paru nous laisser dans une inquiétude singulière sur le détail de sa mission, étant toujours absent : nous vous reçû plusieurs de ses lettres ...

sceau de la loge « L'heureuse maçonne »

signature De Renière cadet, secretaire

Lettre du député de Grand Orient du 25 mai 1774

A Paris 25 mai 1774 (Annotation : "j'ai écrit à la Constante de Brest".)

T:.R:.F:.

Il y a eu un mal entendu par rapport aux l: de l'Orient de Quimper qui sont au nombre de deux, celle de l'Heureuse Maçonne et celle de la Parfaite Union. Celle de l'heureuse Maçonne est la plus ancienne. Durant la vacance des travaux, elle a eu commission du fr: de Jonville d'installer plusieurs loges de la province, et nommément celle de la Parfaite Union de Quimper. Aussitôt la reprise des travaux, elle s'est empressée de se faire reconstituer, elle l'a été, vous devez avoir en mains ses nouvelles constitutions. Elle avoit en cet Orient un fr:. Basseville pour député. Ce fr:. par commission de sa l.: m'a demandé si après son départ de Paris, je voudrois accepter le titre de député de la dite l:. J'ai répondu affirmativement.

Plusieurs mois se sont ensuite écoulés sans que j'aie entendu parler de la L:. de l'Heureuse Maçonne. Il y a deux ou trois mois que le L.: de la Parfaite Union s'est mise en règle, en demandant à être reconstituée. J'ai été nommé pour examiner cette requête et en faire le rapport à l'atelier. Ne soupçonnant pas qu'il y eut deux l.: à Quimper, je me persuadai facilement que celle là étoit la même qui m'avoit fait offrir quelques mois auparavant le titre de son député. Je procédai aux informations, j'écrivis à la l: de l'Heureuse Rencontre de Brest, j'en reçus un témoignage très favorable à celle de la Parfaite Union, je n'écrivis point à la l:. de l'Heureuse Maçonne, je ne soupçonnois [p.2] pas même, comme je l'ait dit, l'existence d'une seconde l.: à Quimper. J'avois aussi écrit à la l:. de St Louis au Régiment de Guienne, que je savois être en correspondance avec la loge (c'est-à-dire, avec une loge) de Quimper. Le fr:. Moreau vénérable de la l:. de St Louis me répondit que sa l:. connoissoit peu celle de la Parfaite Union, et qu'elle ne la connoissoit au reste que par de bons endroits, qu'il existoit une autre l:. à Quimper sous le titre de l'Heureuse Maçonne, avec laquelle celle de St Louis avoit toujours été en correspondance très intime, et de laquelle il n'étoit pas possible de dire trop de bien. La réponse du fr:. Moreau est restée jointe à la liasse de la l:. de la Parfaite Union. Je fis rapport du tout à l'atelier qui ordonna la délivrance des constits. à la l:. de la Parfaite Union sans consulter la l: de l'Heureuse Maçonne, qui ne s'étoit pas mise en règle.

§ Cela était à peine arrêté ...

Lettre du 15 juillet 1774

L'orient de Quimper, le 15eme jour du 5eme mois en la G:. Lumière 5774 cerre vulgaire le 15 juillet 1774.

Très vénérable frère,

Ne nous blamez pas sur les motifs de notre délicatesse, à l'égard de la R: l:. la parfaite union ; cette délicatesse existe, et existera, toujours entre nous, elle n'est fondée que sur les moyens de nous soustraire à une soumission, que nous ne nous sommes jamais persuadés devoir luy faire ; au reste le témoignage de cette l.: devoit nous estre favorable ; vous nous marqués avoir feu... des difficultés au r. f. ... chargé de cette affaire à la chambre des provinces, et qu'il a consulté d'autres orients ; suivant son rapport, une loge de notre province qui prétend nous connoistre a refusé son consentement, et fondé son refus sur la dépravation des moeurs de quelques-uns d'entre nous, et sur les scènes scandaleuses; que nous avons plus d'une fois données à Quimper. Vous ajouttez ignorer les détails qui ne vous ont point été communiqués. § Ne vous auroit-on point fait ignorer aussy le nom de cette l:. ...

Lettre de « La parfaite union » du 26 janvier 1776

à l'Orient de la Parfaite Union de Quimper le 26e jour de l'11e mois de l'an de la V. L. 5775.

Mo,. t:.f:. et t:. R:. f:. f:. f.: f:.

Nous nous empressons de répondre à la faveur de votre planche à tracer, nous sommes bien sensibles aux égards que vous voulez bien avoir pour notre loge ; votre première ne nous ait pas parvenue, mais nous en devinons le contenu par ce que vous ne dîtes de la loge L'heureuse maçonne ; elle ne mérite aucunement votre attention, elle est composée de membres perdus, banqueroutiers et autre qui se trouve aujourd'huy sous le coup de la procédure criminelle et qui ne sauroit éviter une peine effective et diffamante. Le t:. R:. f:. ... actuellement notre député au G.: Or:. aura la bonté de vous faire part de ce que nous lui avons marqué à ce sujet. Veuillez bien M:. t:. R:. f:. recevoir nos remerciements sincères pour les soins que vous vous êtes donné pour cette affaire.

Croyez que rien ne nous flattera davantage que de coopérer avec vous à l'édification d'un nouveau temple à la gloire de l'art royal, nous sommes à seize lieues du Port Louis, néanmoins nous irons avec plaisir installer la loge du Régiment de Condé, si vous jugez à propos de nous envoyer les pouvoirs.

Je vous prie de me croire M:. t:. f:. f:. avec les sentiments maçonniques et les honneurs qui font cas à vos qualités premières.

M t.:R:.f.: et t:.a:. f:. tirs et officier du G:.Or.:

Par mandement l'être affectionné et dévoué frère Le Breton médecin, secrétaire et correspondant.

Extraits des tableaux de la loge « L'heureuse maçonne »

1768

  • pas de Bréhier

1774

  • Pierre Marie Anthoine Mermet [6] négociant, trésorier, grand écossais, Quimper (né), 24 août 1744, Quimper (adr), signature
  • Jean Corentin Bréhier, maitre en chirurgie, thuileur [4], souverain prince de rose croix, Quimper (né), 20 juillet 1747, Quimper (adr), signature


Extraits des tableaux de la loge « La parfaite union »

1773

  • Claude Bréhier le jeune, négociant, membre né le 25 avril 1770, thuileur [4], né à Avranges le 13 mars 1729, à Quimper, signatire.
  • Tableau C : Le frère Claude Breyé nogociant membre né le 25 avril 1770 tuileur né à Avranges le 13 mars 1729, à Quimper, omis en copiant, signature Bréhier.

1775

  • Bréhier, négociant, à Quimper, terrible.

1777

  • Bréhier le jeune, négociant, S: P: R: C:, maitre d"hôtel (inversion de ligne en tableau A) ou plutôt terrible (B)

1778

  • Bréhier le jeune, négociant,

1779

  • Bréhier fils, négociant, maitre bleu, vice orateur
  • Béhier le jeune, négociant, R.V.T.L.G.

1780

  • Bréhier père, négociant, Revetu de tous les grades, 1er surveillant
  • Bréhier fils ainé, négociant, maitre parfait, vice orateur

1781

  • Bréhier fils ainé, négociant, Maitre parfait, secrétaire.
  • Bréhier père, négociant, R.v.t.l.G., Correspondant.
  • Bréhier fils cadet, négociant, maitre bleu, adjoint au secrétaire.
  • Page 2 : Par mandement, signature "Bréhier fils ainé secrétaire"
  • Page 4 : Par mandement, signature "Bréhier le jeune"

1782

  • Bréhier fils ainé, négociant, élu de quinze, secrétaire
  • Bréhier père, négociant, R.d.t.L.G., trésorier
  • Bréhier fils cadet, négociant, maitre bleu
  • Page 3 : Par mandement, signature "Bréhier fils ainé secrétaire"

1783

  • Bréhier fils ainé, négociant, maitre parfait, secrétaire
  • Bréhier père, négociant, R.d.t.l.G., trésorier
  • Bréhier fils cadet, négociant, maitre (tableau A) ou maitre bleu (tableau B)
  • Page 2 : Par mandement, signature "Bréhier fils ainé secrétaire"

1784

  • Bréhier père, négociant, S.P.D.R.C., trésorier
  • Bréhier fils ainé, négociant, élu de quinze, secrétaire
  • Bréhier fils cadet, négociant, maitre bleu
  • Page 2 : signature "Bréhier père trésorier"

1785

  • Bréhier père, négociant, S.P.D.R. + "croix", trésorier
  • Bréhier fils ainé, négociant, élu de 15
  • Bréhier fils cadet, négociant, élu de 9

1786

  • Bréhier cadet, négociant, élu des 15, à Quimper
  • Bréhier ainé, négociant, élu des 9, à Quimper
  • Bréhier 2e cadet, procureur au présidial [2], maitre bleu, à Quimper

1787

  • Bréhier ainé, négociant
  • Bréhier 2e cadet, procureur au présidial [2]
  • Julien Bréhier, négociant, à Vannes (page 3 : n'en suit pas régulièrement les travaux)

1789

  • Brehier ainé, vivant noblement, chevalier d'Orient.
  • Auguste Bréhier, négociant, apprenti f., à Montauban en Query (page 3 : pas domicilié à Quimper, ne suit pas les travaux assidument à raison de son éloignement)


[modifier] 3 Documents d'archives

Lieu de conservation :

  • Archives Nationales.
  • Cote G/8/647, G/8/2614 et O/A/472.
 

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Lieu de conservation :

  • Bibliothèque Nationale de France.
  • Cote FM/2/360.
 

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Lieu de conservation :

  • Bibliothèque Nationale de France.
  • Cote FM/2/361.
 

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§ Tableaux 1775 à 1789 FM/2/361 ...


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  1. Toussaint Conen de Saint-Luc (1734-1790) est un évêque breton né à Rennes et décédé à Quimper. Nommé abbé de l'abbaye de Langonnet en 1767, il devient le dernier évêque de Cornouaille de 1773 à 1790. Prélat zélé, ultramontain, il s'oppose aux loges maçonniques de Quimper, " La Parfaite Union" et l'"Heureuse Maçonne", et dénonce en chaire les 8 et 9 juin 1776 « ces gens sans mœurs, sans scrupule ». [Ref.↑ 1,0 1,1]
  2. Présidial, s.m. : tribunal de justice de l'Ancien Régime créé au XVIe siècle ; c'est en 1552 que le roi Henri II de France, désireux de renforcer son système judiciaire et de vendre de nouveaux offices, institue les présidiaux ; le présidial de Quimper-Corentin a été créé à cette date dans le ressort du parlement de Bretagne (Wikipedia). Siège présidial, tribunal qui juge en dernier ressort, sans appel (Dictionnaire du Moyen Français). Sous l'Ancien Régime, tribunal et juridiction qui avaient été établis en 1551 dans certains baillages importants pour juger en dernier ressort les affaires peu graves (Trésor Langue Française). [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 2,00 2,01 2,02 2,03 2,04 2,05 2,06 2,07 2,08 2,09 2,10 2,11 2,12 2,13 2,14]
  3. Mission, s.f. : suite de prédications pour l'instruction des fidèles et la conversion des pécheurs (TLFi). Les missionnaires bretons les plus connus sont Dom Michel Le Nobletz (1577-1652) et Julien Maunoir (1606-1683) ; de nombreux prédicateurs ont organisé dans les campagnes bretonnes jusqu'au 20e siècle, comme les pères Jean-Louis Rozec, René-Marie de la Chevasnerie.  [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  4. Tuileur, s.m. : franc-maçon chargé de tuiler une loge, c'est-à-dire constater si un candidat franc-maçon l’est vraiment, et donc de défendre l’accès à la loge aux non-initiés (fr.wiktionary.org). [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 4,0 4,1 4,2]
  5. Le vannetais Julien Bréhier apparaissant dans la liste des membres peu assidus ne peut pas être le fils de Gilles, car ce fils là est décédé en 1774. Quant à l'Auguste Bréhier domicilié à Montauban, membre également peu assidu en 1789, nous ne l'avons pas identifié. [Ref.↑]
  6. Pierre Marie Mermet est lié à l'histoire d'Ergué-Gabéric car son demi-frère Vincent et son neveu Guillaume Le Guay détiendront le manoir du Cleuyou. [Ref.↑]


Thème de l'article : Document d'archives sur le passé d'Ergué-Gabéric.

Date de création : Décembre 2012    Dernière modification : 10.01.2018    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]