1847 - Etat de stus et renable des moulins blanc et roux de Coat-Piriou - GrandTerrier

1847 - Etat de stus et renable des moulins blanc et roux de Coat-Piriou

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§ E.D.F.
Un état détaillé des récoltes et une description du double moulin de Coat-Pirou, sa chaussée et son bief qui seront supprimées quelques années plus tard par l'aménagement du canal d'amenée à la papeterie voisine d'Odet.

Grand merci à Geneviève Hypolite pour nous avoir fait connaître ce document notarial briécois qui contient autant de jolis mots savants dont a aujourd'hui oublié le sens : stus [1], renable [2], trémie [3], triguette, pirouette [4], jument sèche, ... Et merci également à Mann Kerouredan pour avoir « challengé » l’hypothèse d’une roue en milieu de bief.

Autres lectures : « 1809 - État des moulins à farine d'Ergué-Gabéric » ¤ « Les moulins d'Ergué-Gabéric » ¤ « Quatre moulins à farine et un moulin à papier du côté d'Odet » ¤ « Le site de la papeterie d'Odet et son alimentation en eau » ¤ « 1540 - Adveu de Penanrun extraict de l'inventaire de Kempercorentin » ¤ « 1544 - Aveu de noble écuyer Charles Provost, seigneur de Penanreun » ¤ 

1 Présentation

Le stu [1], mot qui a presque disparu des dictionnaires, désignait autrefois les fumures ou amendements dont on épandait les terres agricoles cultivées. Le dictionnaire Godefroy [5] est le seul ouvrage qui mentionne ce terme sous cette définition de « sorte de fumier, d'engrais » en indiquant des exemples d'utilisation dans les documents d'archives du Finistère. Effectivement le terme de Stu a une consonance bien bretonne, car les savants Le Gonidec et Le Pelletier ont signalé le terme « Douar-Stû », terre chaude enrichie de fumier.

Procéder à un « état des stus » était une obligation aux 19e-20e siècles pour les tenanciers agricoles à chaque terme de bail pour inventorier les quantités en stock de fumiers, pailles, foins, landes, genêts, tout ce qui servait, directement ou indirectement à enrichir les terres labourables.

Ici, à la petite ferme de Coat-Piriou, on peut voir que le prix (75 centimes) du fumier au mètre cube est 5 à 12 plus cher que la paille, mais un peu moins que le foin. Et les trois variétés de paille donnent les différentes cultures pratiquées sur les terres de Coat-Piriou : avoine, seigle et blé noir, et par contre le blé froment n'y est pas cultivé.

* * *

Quant au renable [2], deuxième partie du document, le mot est plus connu, il s'agit de l'inventaire des pièces composant le moulin, réparties ici sur deux installations distinctes : le moulin blanc et le moulin roux.

Par ailleurs, dans un document de 1809, le moulin de Coat-Piriou est recensé avec la particularité de disposer de deux roues et moutures de natures différentes : l'une perpendiculaire (donc verticale, à aubes, avec deux tournants et double engrenage), l'autre horizontale (donc à cuillères et en prise directe sur l'axe de la meule tournante). Comme sur les 8 autres moulins en activité de la commune, les deux meules de Coat-Piriou viennent des carrières de Rouen, mais la production annuelle de farine n'y est pas très importante : 4 quintaux (loin derrière les 20 quintaux du Cleuyou).

La première question est de savoir quelle catégorie de roue, verticale ou horizontale, équipait quel moulin, blanc ou roux. La réponse est dans le document :

  • Le moulin roux disposait d'une roue verticale car il est question de « grand et petit tournant ». En effet le grand tournant était dans l'eau du bief, et le petit, appelé aussi « rouet », formait engrenage en dessous de l'axe de la meule.
  • Le moulin blanc disposait d'une roue horizontale car il est mentionné « La pirouette avec accessoires ». En effet cette pirouette désigne l'ensemble composé d'une roue hydraulique horizontale et de son arbre relié à la meule.

Comment étaient placées respectivement les deux roues et meules associées par rapport au bief ? La première hypothèse est celle d'un batiment un peu en amont pour accueillir la roue verticale, mais la position de cette roue en milieu de bief ne semble pas correcte. Mann Kerouredan propose sa version sur le dessin ci-après : « A Coat-Piriou, le bief a été créé pour maintenir une réserve d’eau suffisante pour les deux roues, mais sans courant ni dénivelé, mais avec une chute d’eau en sortie de bief ».

Quant à savoir quelle était l'utilisation respective de chacun des moulins, rien n'est moins simple. On a l'habitude localement de désigner les moulins blancs comme produisant de la farine de froment, sans doute parce le terme breton « gwenn » (blanc) est proche de « gwinizh » (froment). Ainsi dans deux aveux de 1540-1544 pour le domaine de Pennarun en Ergué-Gabéric, il est question de « un moulin blanc à froment, et l'autre de seigle ».

 
Les deux roues de Coat-Piriou
Les deux roues de Coat-Piriou

Jean Le Foll, dans son étude « Moulins et meuniers d'autrefois » publiée par l'association « Foën Izella » (Association de recherches sur l’histoire locale du pays de Fouesnant), donne cette explication :

  • Le moulin blanc avait en général des meules qui broyaient plus fin le froment et le blé noir.
  • Le moulin roux était utilisé pour moudre l'avoine et les aliments du bétail (80% de l'activité meunière).

Les autres particularités de vocabulaire descriptif des moulins de Coat-Piriou :

  • « triguette » : ce morceau de bois placé près de la trémie, dont le mouvement fait tomber le blé sous la meule, est appelé généralement « traquet », et évoque le tic-tac typique d'une meule en activité.
  • « jument sèche » : présente sur les deux moulins de Coat-Piriou et valorisée avec le balancier, poids et contre-poids. Le Littré donne cette définition d'une jument dans un moulin : « instrument qui servait à faire la monnaie au moulin, avant l'invention du balancier ; les faux monnayeurs s'en servent encore, c'est une espèce de fer à gaufrer qui fait et marque en même temps la pièce. ». Mais son usage reste encore bien mystérieux !

2 Transcriptions

Page 1:

N° 59. Le 28 février 1847

Etat de stus [1] et renable faits au lieu de Coat-Piriou en Ergué-Gabéric porté ) 978 fr. 67

(1.10 Enregistré à Quimper le six mars 1847 [...] reçu un franc, décime dix centimes - signature)

L'an mil huit cent quarante sept, le vingt huit du mois de février.

Par devant Me Michel Jaouen, notaire à la résidence de Briec, chef-lieu de canton, arrondissement de Quimper, département du finistère,

ont comparu Pierre Louboutin et Marie-anne Tiborre, sa femme, qu'il autorise, cultivateurs, demeurant au lieu de Kerhô, en la commune de Briec, d'une part ; Laurent Legall et Marie Laurence Daoudal, autres cultivateurs, demeurant au lieu de Coat-piriou, en la commune d'Ergué-Gabéric, d'autre part ;

Lesquels dits Laurent Le Gall et femme en exécution du bail à ferme à notre rapport enregistré à Quimper, a fait procéder, de concert avec Pierre Louboutin et femme 1° au mesurage et évaluation des stus [1], foin, pailles, fumier, genêts et landes qui composent l'état de stus [1] du dit lieu de Coat-piriou et 2° à l'estimation du renable [2] du moulin de Coat-piriou ; lesquels consistent ainsi qu'il suit :

Etat de stus [1].

  • Cinquante quatre mètres cubes de foin à raison de un franc cinquante centimes le mètre cube, quatre vingt un francs, ci ... 81f. 00
  • Trente quatre mètres cubes de paille avoine à soixante deux centimes le mètre cube, donnant vingt un francs, ci ... 21
  • Quarante deux mètres cubes de paille seigle, à trente huit centimes le mètre cube, quinze francs quatre vingt seize centimes, ci ... 15f. 96

Page 2

  • Soixante quatre mètres cubes de paille blé noir à dix centimes le mètre cube, six francs quarante centimes, ci 6.40
  • Dix sept mètres cubes de fumier chaud à soixante quinze centimes le mètre cube, douze francs soixante quinze centimes, ci ... 12.75
  • Un mètre quarante centimètres cubes de fumier mêlé à cinquante centimes le mètre cube, soixante dix centimes, ci ... 0,70
  • Un mètre cube trente centimètres cubes de fumier pour les prairies, à vingt-cinq centimes le mètre cube, trente trois centimes, ... 0,33
  • Quatre vingt mètres cubes de lande sur pied à raison de treize centimes le mètre cube, dix francs quarante centimes, ci ... 10.40
  • Quarante huit mètres cubes de genêt sur pied, à dix neuf centimes le mètre cube, neuf francs douze centimes, ci ... 9.12
  • Huit mètres cubes de lande à piler à vingt cinq centimes le mètre cube, deux francs ... 2.00
  • Cent deux ares sous stus [1] après seigle à six centimes l'are, six francs douze centimes, ... 6.12
  • Quatre vingt seize ares sous stus [1] après blé noir à douze centimes l'are, onze francs cinquante deux centimes, ci ... 11.52
  • Prat-ar-veil, quarante mètres de fossés levant et midi estimés neuf francs vingt centimes, ... 9.20
  • Parc-at-veil, cent quatre vingt six mètres des fossés midi et couchant, estimés vingt sept francs cinquante centimes, ci ... 27.50
  • Parc-an-ty, ayant cent cinquante cinq mètres du fossé nord et cent quatre vingt dix mètres des fossés midi et levant estimés soixante huit francs vingt centimes ... 68.20
  • Poz-Pella, ayant deux cent quarante mètres des fossés nord et levant, estimés dix huit francs.
 

Page 3

  • Parc-ar-forn, ayant cent quatre vingt deux mètres des fossés couchant et nord, estimés vingt francs, ci ... 20
  • Foennec ar coat, ayant cent quarante mètres du fossé nord, estimé seize francs, ci ... 16
  • Prague-tosta, ayant quatre vingt huit mètres du fossé nord, estimé neuf francs, ci ... 9
  • Prague-pella, ayant quatre vingt mètres du fossé nord, estimé onze francs, ci 11
  • Parc bihan, ayant quarante mètre du fossé nord, estimé quatre francs, ci ... 4
  • Foennec ar sulliec, ayant cent soixante dix mètres des fossés nord et couchant, dix sept francs ... 17

Total de l'état de stus [1] trois cent soixante dix sept francs dix sept centimes, ci ... 377 f. 17

Renable. Moulin Blanc

  • La trémie [3], auge à grains, civière, triguette, chapeau et conduit, neuf francs, ci ... 9
  • Quatre pièces de cuvages et deux montants [...], estimés quatorze francs, ci ... 14
  • Balancier, poids, contre-poids et jument sèche, trois francs .. 3
  • Sept planches de couverture, cinq francs ... 5
  • La meule tournante ayant de diamètre un mètre quarante centimètres et d'épaisseur vingt deux centimètres, charge distraite, cent cinquante francs, ci ... 150
  • La pirouette avec accessoires, quarante francs ... 40
  • La croix pesant onze kilogrammes, trente trois francs ... 33
  • Le grand fer pesant vingt kilogrammes, quarante francs ... 40

Total du moulin blanc, deux cent quatre vingt quatorze francs ... 294

Moulin Roux

  • La trémie [3], auge à grains, civière, triguette, chapeau et conduit, huit francs cinquante centimes, ci ... 8.50
  • Quatre pièces de cuvages et un montant, dix francs, ci ... 10
  • Huit planches de couvertures, six francs ... 6
  • Jument sèche, poids et contre-poids, quatre francs ... 4
  • La meule tournante ayant de diamètre un mètre cinquante centimètres et d'épaisseur vingt-trois centimètres, la charge distraite, cent vingt quatre francs ... 124

Page 4

  • Le grand et le petit tournant, quinze francs, ... 15
  • La croix pesant dix kilogrammes, trente francs ... 30
  • Le grand fer pesant vingt kilogrammes, quarante francs, ... 40

Total deux cent trente sept francs cinquante centimes, ... 237.50

Objets communs

  • Le croc servant à lever les moulins, deux marteaux, un levier et un ciseau, dix huit francs, ci ... 18 f.
  • La chaussée côté du midi [...]ant au point sur une longueur de vingt deux mètres, un mètre quatre vingt centimètres d hauteur, même largeur, vingt quatre ... 24
  • Quatre pelles sur l'étang dont deux servant au trop plein, estimées trois francs, ci ... 3
  • Les cables estimés seize francs, ci ... 16

Total soixante trois francs, ci ... 63 f.

Récapitulation

  • L'état de stus [1] portant à ci ... 3777.17
  • Le moulin blanc, ci ... 294.00
  • Le moulin roux, ci ... 237.50
  • Les objets communs, ci ... 63.00

Du montant de laquelle estimation de l'état de stus [1] et du renable [2] et charges Laurent Legall et femme pour les rendre pareils à l'expiration du bail sus-relaté, sauf l'augmentation ou la diminution qui s'y trouvera à cette époque, dont il sera fait raison à qui il appartiendra après nouvelle estimation.

Dont acte : fait et payé, après lecture, au bourg de Briec, en l'étude et au rapport du dit Mr Jaouen, en présence des sieurs Michel Legall, aubergiste, et Jean-Marie Faucon-Dumont, instituteur, les deux demeurant séparément au dit bourg de Briec, nos témoins, lesquels ont signé avec Pierre Louboutin et nous notaire, les autres comparants ont déclaré ne le savoir faire de ce requis individuellement, les dits jour, mois et an.

(signatures Faucon-Dumont ; Legall ; Louboutin ; Jaouen, notaire)


3 Originaux

Lieu de conservation :
  • Archives Départementales du Finistère
  • Minutes de Me Michel JAOUEN, Notaire à Briec de 1837 à 1849
 

Reférence, droit d'image :

  • Cote ADF 4 E 21 / 51
  • Usage privé et restreint.

4 Annotations

  1. Stu, stuit, stuc, s.m. : sorte de fumier, d'engrais : « Jouira le tenancier de ses stucs et engrais estans aux terres de ladite tenue » (1578, Coutume de Bret., Nouv. Cout. gén., IV, 408) ; « Troys journées de terre en stus et engroys pour forment, terres labourables en stu et engroys pour avoine » (1510, inventaire par la cour de Treourec, Arch. Finist.). On trouve encore au XVIIIe s. : « un journal et demi de stus sous seigle » (1744, Arch. Finist. B 287). Source : dictionnaire Godefroy 1880. Jean-François Le Gonidec signale également en 1807 « Stû, adj. Je n'ai jamais vu employer ce mot qu'après le mot douar, terre ; douar stû, terre chaude, terre en rapport, terre préparée à recevoir la semence, après avoir été engraissée. Le Pelletier a considéré ce mot comme substr., et lui a donné la signification de fumier ». Au 19e siècle l'état de stus en Cornouaille était l'inventaire de tous les fumiers; pailles, foins, landes en réserve ou sur la terre dont la destination était de l'enrichir avant les labours. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10]
  2. Renable, s.m. : état des lieux, l'adjectif renable ou raisnable signifiant en vieux français « en bon état », et étant dérivé aussi en basse-Bretagne du terme breton « Renabl, plur. -où » pour « inventaire ». Ce renable était pratiqué essentiellement pour inventorier les biens des meuniers lors des renouvèlements de baux. Il y avait le grand renable pour les aménagements extérieurs (les vannes d'amenée ou de fuite, les rigoles ou biefs, les chaussées) et le petit renable dans lesquels étaient inventoriés et valorisés tous les appareils à l'intérieur du bâtiment du moulin (le grand fer, la meule dormante et la meule courante, la roue ou la pirouette, les cordes). Le terme de souche peut être un synonyme de petit renable dans certains documents d'archives. Par extension le terme renable désigne la valeur mobilière du moulin, les meuniers devaient acquitter cette somme lors de leur entrée en jouissance, et la somme leur étant rendue à la fin du bail si le moulin était jugé bien entretenu.  [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 2,0 2,1 2,2 2,3]
  3. Trémie, s.f. : sorte de grande auge carrée, large du haut, étroite du bas, qui devait permettre aux grains de tomber sur les meules. Source : Jules Verne, Île mystérieuse, 1874, p. 373. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 3,0 3,1 3,2]
  4. Pirouette, s.f. : ensemble composé d'une roue hydraulique horizontale et de son arbre relié à la meule d'un moulin. Un moulin à rodet ou moulin à pirouette est un type de moulin à eau à axe vertical. Source : Wikipedia. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  5. Frédéric-Eugène Godefroy (1826-1897) est un philologue et lexicographe romaniste, journaliste et enseignant français. Une de ses œuvres les plus célèbres est le « Dictionnaire de l’ancienne langue française du IXe siècle au XVe siècle » publié en 1881. [Ref.↑]