ANSEL Yves - L'autobiographie de Rousseau à Annie Ernaux et J.M. Déguignet - GrandTerrier

ANSEL Yves - L'autobiographie de Rousseau à Annie Ernaux et J.M. Déguignet

Un article de GrandTerrier.

Jump to: navigation, search


Image:LivresB.jpgCatégorie : Media & Biblios  

Site : GrandTerrier

Statut de l'article : Image:Bullgreen.gif [Fignolé] § E.D.F.

ANSEL (Yves), « De Rousseau à Annie Ernaux : mobiles, modèles et mutations de l’autobiographie », dans Intervention lors de la journée d’étude organisée par Philippe Forest : L’autoportrait, Nantes, 11 déc. 2008, Site http://www.lettreslangages.univ-nantes.fr, Nantes,
Titre : De Rousseau à Annie Ernaux : mobiles, modèles et mutations de l’autobiographie
Auteur : ANSEL Yves Type : Article
Edition : Site http://www.lettreslangages.univ-nantes.fr Publication : Intervention lors de la journée d’étude organisée par Philippe Forest : L’autoportrait, Nantes, 11 déc. 2008
Impression : Nantes Année : 2008
Pages : Référence : ISBN N/A

[modifier] Notice bibliographique

Texte complet
Dans cet exposé Yves Ansel expose le « pacte » autobiographie de Jean-Marie Déguignet :


Vouloir (et prétendre) dépasser son cas personnel, se raconter en soulignant la dimension générationnelle, collective, du destin individuel, c’est là une posture « sociologique » plus ou moins spontanée que l’on retrouve dans pratiquement tous les textes autobiographiques puisque c’est le meilleur des alibis, et, assurément, de loin le plus commun, le plus opératoire. Voici, par exemple, en quels termes Jean-Marie Déguignet (1834-1905), autodidacte breton, justifie son désir d’écrire, à la fin de sa vie, ses mémoires : Je vais commencer aujourd’hui un travail que je ne sais ni comment ni quand il se terminera, si toutefois, il se termine jamais. Je vais toujours l’essayer. Je sais qu’à ma mort, il n’y aura personne, ni parent, ni ami, qui viendra verser quelques larmes sur ma tombe ou dire quelques paroles d’adieux à mon pauvre cadavre. J’ai songé que, si mes écrits venaient à tomber entre les mains de quelques étrangers, ceux-ci pourraient provoquer en ma faveur un peu de cette sympathie que j’ai en vain cherchée, durant ma vie, parmi mes parents ou amis. J’ai lu dans ces derniers temps beaucoup de vies, de mémoires, de confessions de gens de cour, d’hommes politiques, de grands littérateurs, d’hommes qui ont joué en ce monde des rôles importants ; mais, jamais ailleurs que dans les romans, je n’ai lu de mémoires ou de confessions de pauvres artisans, d’ouvriers, d’hommes de peine, comme on les appelle assez justement, car c’est eux, en effet, qui supportent les plus lourds fardeaux et endurent les plus cruelles misères. Je sais que les artisans et hommes de peine sont dans l’impossibilité d’écrire leur vie, n’ayant ni l’instruction ni le temps nécessaires. Quoique appartenant à cette classe, au sein de laquelle j’ai passé toute ma vie, je vais essayer d’écrire, sinon avec talent, du moins avec sincérité et franchise, — puisque je suis rendu à un loisir forcé, — comment j’ai vécu, pensé et réfléchi dans ce milieu misérable, comme j’y ai engagé et soutenu la terrible lutte pour l’existence.

Ce qui pousse Déguignet à « essayer » d’écrire ses mémoires, c’est le « loisir forcé » et l’intime conviction qu’à travers son récit pourra se lire la destinée des gens de sa classe, que seront mises en lumière les peines, les misères de ceux dont on ne parle jamais, et qui sont « dans l’impossibilité d’écrire leur vie ». Sans prétention, mais fort lucidement, Déguignet envisage son « travail » comme un hommage rendu à ses compagnons d’infortune, voit sa vie comme un « miroir » de la condition des « hommes de peine », comme une existence unique, mais non sans pareille.




Thème de l'article : Fiche bibliographique d'un livre ou article couvrant un aspect du passé d'Ergué-Gabéric

Date de création : Juillet 2009    Dernière modification : 8.05.2011    Avancement : Image:Bullgreen.gif [Fignolé]