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[modifier] 1 Rendez-vous du côté de Kerdévot

Billet du 01.07.2017 - « Eürus bras a cavan, habitantet Ergue, Da veza, dre preferanç dan oll dud ar c'hontre, Enoret demeus un Ilis quer caër ha quer santel, Mammen an oll miraclou ha graçou eternel » (Je vous trouve bien chanceux, habitants d'Ergué, d'être honorés d'une église si belle et si sainte)

Antoine Favé, vicaire d'Ergué-Gabéric, avait révélé en 1891 dans le bulletin annuel de la Société Archéologique du Finistère l'existence de ce cantique spirituel en breton, « Notre cantique se trouve parfaitement daté, et c'est lui-même qui nous dit qu'il fut composé onze ans après l'accident du 2 février 1701 : donc il est clair qu'il est de 1712 ».

Ce qui suit est l'analyse des éditions originales du cantique : on avait déjà communiqué l'existence d'une version incomplète dans les collections numérisées des Archives du Diocèse de Quimper et Léon, et aujourd'hui nous publions la version complète conservée à l'abbaye de Landévenec. Pour l'une et l'autre, il s'agit des feuilles volantes imprimées des 56 strophes du cantique de 1712 et des deux additions dont Antoine Favé avait indiqué l'existence sans en fournir le texte.

Antoine Favé, à la fin de son article sur l'ancien cantique dans le Bulletin annuel de la Société Archéologique du Finistère, écrivait : « Des additions furent faites quelques années plus tard à cet intéressant cantique ... ».

Le document imprimé dont disposait le vicaire est bien celui des feuilles volantes retrouvées, un magnifique tiré à part sans mention d'éditeur et datant du 18e siècle de par ses caractères typographiques. Les deux additions sont bien là en pages 7 et 8, et les 56 strophes à l'orthographe un peu vieillotte sont bien réparties à l'identique sur les 7 premières feuilles.

En fait on dispose bien de deux exemplaires, l'un à l'abbaye de Landévennec sous la cote 010.70 (facsimilé publié sur fv.kan.bzh), l'autre aux archives diocésaines de Quimper. Le premier est complet avec ses 8 feuillets, le deuxième est un peu écorné et ne présente que 4 feuilles (1-2 et 7-8).

Bernez Rouz a relevé l'existence d'une version publiée ultérieurement dans les années 1870 par la maison d'édition Kerangal, avec une orthographe plus moderne et des strophes revues (notamment les strophes 55 et 56). L'originalité de cet exemplaire est la dédicace d'éditeur aux accents royalistes, sous la forme d’un appel à prier pour Henri V, Comte de Chambord.

Par ailleurs, le cantique de Kerdévot est aujourd’hui chanté sur un autre air (« Laudate Mariam », et non le « Santez Mari » du vieux cantique) et avec des paroles complètement différentes. L'auteur de cette version moderne est Jean Salaun qui la composa en 1881. Mais le cantique moderne est court et conventionnel, alors que celui de 1712 est plus authentique et riche d'anecdotes (Duguay-Trouin, retable, peste ...).

 

En savoir plus : « Cantic Spirituel e gloar an Itron Varia Kerdevot ha diou addition »


NOTA-BENE: la chapelle de Kerdévot sera ouverte pendant l’été 2017 ; les dimanches et jours de fêtes, des bénévoles vous y accueilleront pour échanger et agrémenter vos visites.

L’association GrandTerrier y sera présente le vendredi 14 juillet toute la journée et prroposera un jeu d’énigmes sur 7 éléments patrimoniaux notables de la chapelle, ainsi que des exemplaires de ses chroniques trimestrielles, et, si cela vous intéresse, des facsimilés imprimés du cantique de Kerdévot..

Sur le site GrandTerrier on trouvera le questionnaire en ligne et la possibilité de trouver le mot-mystère de 7 lettres, en 2 parties (article + nom), représentant le terme breton de la peste qui fit
des ravages à Elliant et qui fut arrêtée par ND de Kerdévot : « Aet eo - -    - - - - - a Elliant » (la peste est partie d'Elliant), Villemarqué, Barzaz Breiz.

Pour vous aider il y a même un jeu de taquin qui fonctionne sur ordinateur PC, tablette ou smart-phone : un petit clic "sec", et non "glissé", sur une des vignettes près du carré noir pour réussir le casse-tête.

En savoir plus : « Un jeu à base d'énigmes pour une visite guidée de la chapelle de Kerdévot »

[modifier] 2 Voyages à Odet et à Lezergué

Billet du 24.06.2017 - « C’est en flâneur que j’ai couru mon cher pays (...) tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, j’ai porté mes pas au hasard », Jean-François Brousmiche, Avertissement, Voyage dans le Finistère en 1829, 1830 et 1831, Quimper, éd. Morvran, 1977, tome I, page 2.

Percepteur à Lambezellec et secrétaire de l’Intendance sanitaire de Brest, Jean-François Brousmiche a tenu un journal lors de ses pérégrinations dans le finistère. Ses notes ont été recopiées en 1889 par son fils Édouard sous le titre « Voyages dans le finistère en 1839, 1830 et 1831 », puis reproduites par la Société Académique de Brest dans son bulletin de 1890-91 en tant qu’ « Une promenade dans le Finistère, il y a soixante ans ». Enfin elles sont rassemblées par l’éditeur Morvran en deux volumes en 1977 ; le premier titre est repris mais avec le mot « Voyage » au singulier comme celui de Jacques Cambry en 1794.

Jean-François Brousmiche est bien sûr passé par Quimper et ses environs bucoliques. Dans l'édition de 1977, à la page 257 du second tome, on peut lire une belle description du manoir de Lezergué : « Il n'est pas de vallées fraîches, ombreuses où coulent les rivières et les moindres ruisseaux ..., chacun veut orner la solitude qu'il s'est choisie ... Il convient à Ergué-Gabéric de voir la ruine moderne de Lezergué, dont l'escalier à double rampe est digne de remarque ... Le site où elle est placée est admirable, et les arbres que l'on y voit encore sont suffisants pour l'abriter et prêter du charme au séjour que l'on y établierait. »

Page 255, une courte note sur la papeterie Le Marié, qu'il localise par erreur à Kerfeunteun, alors qu'elle se trouve à Odet en Ergué-Gabéric, et qui produit sa pâte grâce à des cylindres, et non des pilons : « Il en est un (moulin à papier) surtout dont les produits sont de qualités supérieures ... Des eaux, d'une étonnante pureté, contribuent aussi à donner plus de blancheur aux divers papiers que confectionne cet établissement, papiers bien supérieurs à ceux des autres fabriques du finistère : ils peuvent même lutter avec les produits des manufactures des autres parties de la france. Cette usine placée sur l'Odet, qu'un médiocre filet d'eau met en mouvement, appartient à monsieur Lemarié de Quimper.  »

 

En 1794-95, dans son Voyage finistérien, Jacques Cambry identifie également un moulin à papier sur la commune de Kerfeunteun en amont du moulin du Duc : « On trouve une papeterie dans Kerfuntun, sur le Steyr ».
Il est probable que Broumiche qui admirait l’esprit « judicieux » et « éclairé » de Cambry s'en soit légèrement inspiré. En tous cas, en 1831, la papeterie créée et fondée en 1822 par Nicolas Le Marié est décrite par Brousmiche comme la plus performante de la région.
Fiches bibliographiques pour en savoir plus : « BROUSMICHE Jean-François - Voyage dans le Finistère en 1829-1831 »,
« CAMBRY Jacques - Voyage dans le Finistère en 1794-95 »

[modifier] 3 Solidarités îliennes et celtitudes

Billet du 17.06.2017 - En 1852, sur une île perdue au large du Finistère, une épidémie abat tout le troupeau de moutons, et les pêcheurs peinent à rapporter de quoi nourrir leurs familles. Moïra, accusée de sorcellerie, s'inspire des idées des îliens en provoquant un naufrage pour piller l'épave ...

Ce livre est un très bel ouvrage composé par deux sœurs passionnées de cinéma, rassemblant une sélection de 102 films tournés en Bretagne et représentatifs des multiples facettes de la région. Parmi ceux-ci, les 4 pages (p. 74-77 du chapitre "Les îles, un monde à part") consacrées au film « Les Naufrageurs » réalisé en 1958 par Charles Brabant et produit par Gwenn-Aël Bolloré : « Lorsque, confrontés à l'imminence d'une famille, les îliens cherchent une solution, c'est tous ensemble qu'ils décident de commettre un crime en provoquant un naufrage ».

Outre sa femme, Renée Casima, dans le rôle de la jeune sorcière Moïra, Charles Vanel figure au casting du film. Aujourd'hui, le film fait partie du catalogue de Tamasa-Distribution qui dispose des droits pour le distribuer dans les salles de cinéma. Mais le film n'a pas encore été édité en vidéo pour une diffusion VOD ou DVD.

Interrogé par André Espern, Gwen-Aël Bolloré présente son film ainsi : « Les Naufrageurs, c'est une île qui s'appelle Blaz-Mor [1] , une île qui ressemble étrangement à Ouessant, à Sein, c'est plus haut que les Glénan, une île. Et comme ils n'ont rien à croûter, ils font les naufrages. »

Un roman, inspiré par le scénario du film, a également été écrit par Gwen-Aël Bolloré et publié aux Editions de la Table Ronde : « Moïra la Naufrageuse ». Mais le sujet du livre est développé de façon très différente du script du film de Charles Brabant. Notamment pour le lieu (village Blaz-mor [*] et non l'île imaginaire), pour les personnages, uniquement 3 dans le livre (Yannick, Louise et Moïra), pour la noirceur de Moïra la sorcière dans le roman, et plus ambigüe dans le film, et enfin pour la morale de solidarité ilienne dans le film alors que le livre est bien plus inspirée de légendes celtiques.

Deux mois avant la sortie officielle du film du 28 janvier 1959, une projection historique fut organisée dans la ville de Quimper, sans doute dans la grande salle de l'Odet-Palace (ou alors au Bretagne qui s'appelait le Gradlon avant 1965), avec un grand vin d'honneur pour 27 personnalités invitées nominativement.

On trouvera dans l'article référencé le facsimile de l'invitation avec l'identification des 27 noms qui sont soit des proches de la

 


famille du producteur Gwenaël Bolloré, soit les personnes impliquées dans la réalisation du film, soit des personnes influentes du monde de la presse (Paris-Match, Journal du dimanche, Bretagne à Paris) et du cinéma.

Le photographe Etienne Le Grand (né en 1911-12 d'un père photographe d'origine gabéricoise) présent pendant le tournage du film à Kerity, et 22 de ses négatifs sont conservés au Musée de Bretagne de Rennes, présentant les acteurs et les prises de vue lors du naufrage du bateau à Kerity-Penmarc'h : Site Internet du Musée de Bretagne.

Les scènes photographiées sont celles prises sur le site de Kerity-Penmarc'h avec les acteurs principaux (Charles Vanel, Renée Cosima ...), et le bâteau qui sera volontairement naufragé sur les rochers. Les deux dernières photos de la collection sont prises à la nuit tombée.

Dans le film-interview d'André Espern, le producteur et scénariste Gwenn-Aël décrit son rôle dans le tournage du naufrage : « Dans le scénario le bateau qui ne voyait plus les feux, devait s'écraser du côté de Penmarc'h. Quand on a été pour tourner, personne ne voulait prendre la barre, parce que le type était seul. Tout le monde s'est tourné vers moi, car c'est moi qui avais écrit le scénario. Je me suis déguisé en marin hollandais, avec des bottes et une casquette, et puis j'ai été droit sur les cailloux, il y avait un peu de mer. C'est très impressionnant, puisqu'avec une barre franche, résister à la tentation de tourner la barre pour éviter les cailloux, c'est dur pour un marin. »

En savoir plus : « BLANCHARD Nolwenn et Maria - La Bretagne au cinéma », « 1958 - Première mondiale du film Les Naufrageurs à Quimpe », « Etienne Le Grand, clichés du tournage du film "Les Naufrageurs" de Gwenn-Aël Bolloré », « ESPERN André - Gwenn-Aël Bolloré, l'homme crabe »


Note : [*] Blaz signifiant à la fois « goût » ou « saveur », mais aussi « odeur » - dans un sens péjoratif (mauvaise odeur), et Mor signifiant « mer », la traduction du nom de l'île peut ainsi être double et présenter la même ambiguïté que ses habitants : « le goût de la mer » où « l'odeur (mauvaise) de la mer ». Cette dualité, voire cette opposition, est très présente dans le film. Source : Wikipedia.

[modifier] 4 Flambées épidémiques scolaires

Billet du 10.06.2017 - Les déclarations de maladies épidémiques en 1908, 1917 et 1921 par un instituteur d'école et un médecin à l'attention du préfet et de l'inspection académique, avec les effets déjà constatés sur place et les différentes recommandations d'éradication.

Les deux premières lettres proviennent de l'instituteur de l'école publique du bourg, M. Tanguy, qui signale à son administration en 1908 des cas de grippes et de rougeole, et en 1917 il confirme l'existence de cas graves de dysenterie. La troisième lettre est une prise de position argumentée et motivée du médecin quimpérois Charles Colin qui dresse un tableau de l'épidémie de teigne en 1921 dans les écoles gabéricoises.

En 1908 la grippe et la rougeole touchent 30 élèves de l'école des garçons du bourg, et certainement aussi de nombreux autres dans les autres écoles du bourg et de Lestonan. La consigne pour la rougeole est de respecter « les prescriptions visant les maladies épidémiques en évinçant les élèves malades ».

En septembre 1917 l'ensemble des habitants de la commune est affecté par une épidémie: « Des cas de dysenterie graves se sont en effet produits à Ergué-Gabéric. La maladie s'est déclarée il y a près d'un mois. Il y a actuellement une cinquantaine de malades dans toute l'étendue de la commune. Sept décès sont déjà survenus dont deux au bourg. »

Cette endémie mortelle est probablement la conséquence de conditions sanitaires insuffisantes, et une contamination de l'eau potable des puits ou des sources. L'école des garçons au bourg ne compte qu'une victime, mais par contre l'école des filles à l'est du bourg, dans un « quartier qui laisse beaucoup à désirer au point de vue de l'hygiène », est bien plus touché et l'institutrice adjointe y est contaminée. Deux médecins militaires venus de Lorient doivent venir sur place, et après diagnostic ils demandent le « licenciement » de l'école des filles, c'est-à-dire sa fermeture provisoire.

En 1921, le docteur Colin rédige un rapport au préfet dans lequel il rend compte de ses constats où il s'est rendu suite à une alerte épidémique de teigne : « À l'école libre des filles du bourg, j'ai trouvé un cas de teigne, chez la jeune SALAÜN Marguerite. À l’École publique des garçons de Lestonan, autre cas chez le jeune MOIGNE (Michel). »

Au-delà des recommandations sanitaires usuelles de propreté corporelle, Charles Colin défend l'idée des « patères numérotées » dans les écoles : « La teigne se propage souvent dans les écoles par le changement de coiffures, soit par jeu, soit parce que les coiffures sont jetées en désordre les unes sur les autres et que dans le brouhaha de la sortie de classe les élèves les interchangent. »

  Cours d'hygiène infantile en Picardie en 1917 :

Il conclut par « J'espère que si ces prescriptions sont bien et intelligemment appliquées, nous ne tarderons pas à voir enrayée l'épidémie menaçante ». Malheureusement cela ne sera pas suffisant, car en 1927, à l'école des filles du bourg, on constatera une réapparition de la teigne.

En savoir plus : « 1908-1921 - Epidémies de grippe, rougeole, dysenterie et teigne dans les écoles »




Addendum au sujet scolaire de la semaine dernière :

Nous avons complété la bio de Judicaël Gloaguen, instituteur de Lestonan de 1926 à 1929, puis au Bourg.

Et notamment sur ses idées anti-militaristes qui donnèrent lieu à son inscription au Carnet B du Ministère de l'Intérieur, car « pouvant troubler l'ordre public en s'opposant à la mobilisation nationale ».

Est-ce sa blessure au combat en septembre 1914 dans la Somme qui en fit un pacifiste ?

En savoir plus : « 1929 - Carnet B et enquête sur un instituteur aux idées anti-militaristes », « Judicaël Gloaguen et épouse, directeur et institutrice de 1926 à 193x »

[modifier] 5 Hygiène et propreté à Lestonan

Billet du 03.06.2017 - « J'ajoute qu'au cours de mon entretien avec M. le Maire j'ai demandé à celui-ci s'il y avait lieu de se plaindre de M. Gloaguen en tant qu'instituteur. Il m'a répondu négativement ... Chaque année il remporte de beaux succès au certificat d'études et aux Bourses. »

Tel qu'on peut le lire dans ce dossier de 1929 conservé aux Archives Départementales (2 O 409), le préfet Charles Vatrin, pour son dernier poste dans le Finistère avant sa retraite, est sollicité pour raisonner les protagonistes d'un conflit autour d'une pompe défaillante et qu'il faudrait réparer :

Image:Right.gif La municipalité et le maire sont agacés contre les requêtes de l'instituteur, « vu les exigences continuelles de M. Gloaguen et les ennuis occasionnés par lui depuis son arrivée dans la commune », lui demandent de « réparer à ses frais les dégâts occasionnés à cette pompe », et suggèrent son transfert dans une autre commune.

Image:Right.gif L'instituteur, « un maître consciencieux, travailleur, qui conduit son école avec allant et qui prend à cœur l'intérêt de ses élèves », voudrait améliorer les conditions d'hygiène de son école.

Image:Right.gif L'inspecteur académique prend fait et cause contre ce qu'il ressent comme une injustice : « cette délibération du Conseil municipal est un acte d'ingratitude qui très sincèrement me fait de la peine ».

Image:Right.gif Le président de l'association mutualiste « Solidarité du Finistère » demande l'annulation de la délibération municipale formulant des « appréciations injustifiées ».

En fait ces échanges sur le conflit autour de la pompe à eau, apporte des informations intéressantes sur les conditions d'hygiène et d'organisation à l'école de Lestonan en cette première moitié de 20e siècle :

Image:Right.gif Le poêle, assurant le chauffage de chaque classe, fonctionne au charbon. En 1928 M. Gloaguen obtient de la mairie un nouveau poêle, mais par contre le 10 février il essuie un refus de réapprovisionnement de charbon, car les conseillers ont estimé que 200 kg par an et par classe étaient suffisants, aussi bien à Lestonan que pour les classes de Mme Borrossi au bourg.

Image:Right.gif La propreté de l'école passe par le renouvellement de peinture et la « désinfection » des classes et du logement de l'instituteur. Le conseil municipal parle de « luxe », lésine sur le nombre de couches de peinture et se plaint des dépenses engagées.

Image:Right.gif Une pompe permet d'amener de l'eau aux robinets affectés à la toilette des enfants : ce n'est pas une simple pompe à main car la dernière panne est due à « à un mauvais état de la soupape du piston ». Elle est sensible au froid car l'instituteur doit faire « un grand feu » pour la dégeler, ce qui fait fondre le « le tuyau de plomb ».

Image:Right.gif Le rapport de l'inspecteur stipule que « l'eau est nécessaire à la toilette des enfants, à Lestonan peut être plus qu'ailleurs car les épidémies y sont fréquentes ». Ce point, souligné au crayon bleu, est sans à imputer à un quartier où la pauvreté est plus marquée que dans le reste de la commune.

  Image:Right.gif La volonté de bien faire son métier d'instituteur sans se mêler « de questions politiques » est notée également par l'Inspecteur qui ajoute qu'il « ignore d'où en est venue l'initiative », ne croyant pas en celle du maire républicain de gauche, Jean-Louis Le Roux, lequel est normalement un défenseur de l'école laïque.

Il faut dire que ces années 1927-29 sont troublées par un autre dossier, celui de la création de l'école confessionnelle de Lestonan par René Bolloré. Les Gloaguen sont bien sûrs opposés à cette nouvelle école, ainsi que Mme Lazou, directrice de l'école des filles de Lestonan.

Au delà de considérations politiques, les critiques à l'égard des Gloaguen sont sans doute issues de simples considérations personnelles, avec peut-être la mésentente avec son instituteur adjoint Jean Lazou.

In fine, M. Gloaguen ne sera pas transféré ailleurs malgré le désir de la municipalité. Le maire républicain Jean-Louis Le Roux ne sera pas réélu, étant battu par des opposants conservateurs. En 1931 les Gloaguen seront nommés à l'école des garçons du Bourg en remplacement des Le Coant et le couple Lazou prendra la direction de l'école communale de Lestonan.

En savoir plus: « 1929 - Conflit entre l'instituteur de Lestonan et la municipalité au sujet d'une pompe »

[modifier] 6 Caverne d'Ali-Baba à Beg-a-grip

Billet du 26.05.2017 - Les chemins balisés du Stangala ignorent complètement cet endroit bucolique que seuls quelques anciens se remémorent avec beaucoup d'émotion, tellement ils y ont crapahuté quand ils étaient enfants ; le lieu est pourtant accessible et vaut le détour.

La grotte des curés, couramment appelée « Toul ar veleien » depuis le 19e siècle de Jean-Marie Déguignet, servait d'abri pour les curés réfractaires de la Révolution et le « Grip » est l'évocation de l'animal fabuleux du lieu éponyme de Griffonès. Nous vous proposons d'y aller avec le concours des explications et d'un reportage photos inédit.

Le point de départ est le bout du chemin balisé de Griffonez depuis le parking d'Ergué-Gabéric. Ce chemin aboutit à un double promontoire dominant la vallée de l'Odet qui coule en contrebas vers la ville de Quimper. Le premier point de vue était autrefois le début d'un chemin qui descendait de façon abrupte en direction de l'Odet et du moulin de Meil-Poul. Le deuxième plateau est plus large et le point de vue vaut une visite, mais il cache un site encore plus impressionnant.

À vous de le découvrir maintenant ; il faut continuer sans l'aide d'un chemin tracé au cordeau, en restant sur la crête, direction nord-ouest. Au début, le côté praticable est plutôt coté Briec, jusqu'à un endroit où la crête rocheuse est coupée par un grand passage (cf photos de l'étape 1). On se croirait au col de Roncevaux, mais sans le risque d'être attaqué.

Pour continuer la balade, longez toujours la crête, cette fois côté Quimper-Kerfeunteun et vous pourrez admirer les parois rocheuses, les cavités et la grotte dite « Toul ar velien », le trou où les curés anti-constitutionnels se réfugiaient à la Révolution. L'endroit est vraiment enchanteresse (photos étape 2). L'une des cavités est assez profonde pour qu'on s'y glisse.

Jean-Marie Déguignet, dans ses mémoires datées de la deuxième moitié du 19e siècle, a évoqué ce lieu : « Dans cette grotte qu'on appelle toujours Toul ar Veleien (le Trou des Prêtres), on peut se loger facilement et largement et on y serait à  l'abri  des  visites

  importunes car il faut avoir de la hardiesse, de l'adresse et de l'agilité pour arriver jusque-là. Il faut même connaître le secret d'Ali Baba. »

Mais la balade n'est pas terminée, il faut toujours progresser vers le bout de la crête, et vous arrivez bientôt sur un petit promontoire. Contrairement aux premiers plateaux entourés d'arbres, celui-ci permet de voir très loin à 360 degrés, à gauche les versants opposés de Kerfeunteun et à droite sur les prairies de Briec et le pylône de Tréouzon (étape n° 3).

Et enfin les derniers mètres, tout au bout de la crête, une surprise vous attend, un beau rocher qu'on croirait qu'il a été sculpté pour représenter un animal légendaire : cf photos de l'étape n° 4. Certes le rocher ressemble plus à un gros chien qu'à un lion ailé, mais le toponyme évoque bien la légende du griffon :

Image:Right.gif « beg » : "pointe ou embouchure", issu du moyen breton bec est comme son homologue français bec, mais au sens plus restreint, un emprunt au gaulois becos (Source Deshayes).

Image:Right.gif « grip » : ancien français grip, du latin gryphum emprunté au grec, évoquant le griffon, animal fabuleux mi-aigle, mi-lion (Jean Tosti). Grippy, griffon animal fabuleux, génie soit mauvais, soit bon (dictionnaire celtique de Jean-Baptiste Bullet).

Selon la légende, l'animal logeait dans une grotte près de Griffonès (celle des curés réfractaires ?) et terrorisait le voisinage. Chaque mois on devait lui apporter une jeune fille pour sa nourriture. Le griffon fut finalement tué par un seigneur voisin qui ne supportait pas de voir sa promise livrée à l'affreuse créature.

En savoir plus: « Découverte de la grotte des curés dite "Toul ar veleien" à la pointe de Beg-a-grip »

[modifier] 7 Des enquêtes concordataires

Billet du 20.05.2017 - “Enquêtes de 1804 à 1814 sur l'état de la paroisse, du personnel ecclésiastique, de l'église et des chapelles”, Collections numérisées. Documents conservés aux Archives Diocésaines de Quimper et Léon, mis en ligne sur le site Internet diocese-quimper.fr

Il s'agit de cinq enquêtes émises par les services diocésains auxquels doivent répondre les curés desservants d'Ergué-Gabéric, sur les revenus et les charges de leurs églises et chapelles.

Les deux curés sont respectivement François Pennec jusqu'en 1809 et au-delà son remplaçant Jean-Guillaume Le Bescou. Le premier est directeur du petit séminaire de Plouguernevel au moment de la Révolution et s'oppose à la Constitution civile du clergé. Il doit émigrer en pays espagnol et à son retour, en raison de « ses talents et sa moralité », est nommé recteur d'Ergué-Gabéric en 1802.

Les positions réfractaires aux autorités révolutionnaires exprimées par Le Bescou lui génèrent plus de soucis. Il est arrêté et détenu plusieurs fois au château de Brest. En 1797, alors qu'il est en transit à la maison d'arrêt de Quimper avant d'être déporté à Rochefort et Madagascar, il s'échappe en pleine nuit avec 5 autres prêtres. Il est réintégré après le Concordat, en 1804, comme desservant de St-Evarzec, puis Ergué-Gabéric en 1810.

La taille de la paroisse, « environ 2000 âmes, environ 1500 communiants », est un peu surévaluée car les recensements donnent plutôt 1800 habitants. On peut aussi s'interroger sur la différence de 500 entre le nombre d'âmes et de croyants : sans doute l'addition des jeunes enfants pas encore en âge de communier et les non-catholiques minoritaires.

D'après Le Bescou, la situation financière de la paroisse n'est pas florissante : « Les chapelles de St-Guénolé et St-André sont onéreuses à la fabrique », « Le produit des offrandes est insuffisant pour remplir les charges ».

Le cas particulier du presbytère est intéressant : « Ici il y a un presbitère, il n'appartient pas à la commune, il y a cependant un acte d'obligation de vendre et d'acheter signé de part et d'autre ». En fait le presbytère avait été vendu en 1796, comme biens nationaux à l'instar des chapelles et propriétés nobles, et en 1804 le propriétaire Salomon Bréhier confirme qu'il continue à affermer cette bâtisse à la commune, et qu'il s'engage prochainement à la revendre.

Au début du 19e siècle, le statut sur l'église et les 6 chapelles de la paroisse est le suivant :

Image:Right.gif L'église paroissiale, dédiée à St-Guinal, « pour ainsi dire à une extrémité de la commune » nécessite quelques réparations en 1814.

Image:Right.gif Dès 1804 trois chapelles) sont en ruine : St-Gildas (ou Loqueltas), St-Joachim (à côté de Lezergué) et Ste-Apolline (à côté de Kerdudal-Sulvintin). Les deux  dernières  ont  été  ven-

  dues à la Révolution à des propriétaires privés, et pour ce qui concerne St-Gildas le curé-desservant a un doute.

Image:Right.gif Trois chapelles sont opérationnelles : St-André, St-Guénolé et Kerdévot. Les deux premières sont réputées avoir été vendues à la commune : « Les 3 autres, m'a-t-on dit, avoient été vendues. La commune elle-même avoit acheté deux,  » (en fait sur les actes de vente aux enchères de St-André et St-Guénolé figurent deux gabéricois qui sont sans doute des prête-noms en délégation de la collectivité).

Image:Right.gif La chapelle de Kerdévot est aussi achetée, mais un doute est entretenu sur la nature du mode d'acquisition  : « la 3e avoit été achetée par un particulier pour la commune, de ses propres deniers, ou comme disent plusieurs, des deniers de la commune. ».

François Le Pennec demande en 1804 dans sa réponse aux services épiscopaux d'organiser la restitution à la communauté : « Il y a dans la commune une chapelle pour l'ouverture de laquelle soupire toute la commune et même tout le canton, et celui qui l'acheta est content de la rendre gratis ».

Cette restitution de Kerdévot sera effective en 1807 par « acte déposé au secrétariat de l'évêché ». Et en 1809, dans un document authentifié, le maire rétablira la vérité sur l'origine des fonds qui ont servi à l'achat de 1794 : tous les paroissiens ont versé leur dons lors d'une quête communale et paroissiale pour garder leur lieu de culte.

En savoir plus: « 1804-1814 - Enquêtes diocésaines sur l'état de la paroisse d'Ergué-Gabéric »

[modifier] 8 Une fabrique de pâte hors sol

Billet du 13.05.2017 - Un échange de lettres à entête entre le papetier d'Odet René Bolloré et le préfet du Finistère pour une demande d'ouverture d'une fabrique de pâte à papier à proximité de la ville de Quimper. Dossier conservé aux Archives Départementales du Finistère.

Dans l'objectif d'étendre les activités des papeteries d'Odet et de Cascadec, l'entrepreneur René Bolloré a le projet en 1923 de créer une fabrique de pâte à papier en aval de l'usine d'Ergué-Gabéric, le long de la rivière de l'Odet, à l'entrée de la ville de Quimper. Il en fait la demande à J. Deismars, préfet du Finistère de 1921 à 1925. Cette initiative, qui ne sera pas concrétisée à notre connaissance, lève un certain nombre de remarques et de questionnements :

Image:Right.gif Le lieu tout d'abord est « "La Forêt" sur la rive droite de la rivière l'Odet à proximité de la ville de Quimper » : il s'agit donc de la rive de l'Odet, aujourd'hui dans le quartier dit de l’hippodrome, et jusqu'au début du 20e siècle en bordure sud du domaine du très beau manoir en ruines de la Forêt. Le plan joint indique les parcelles concernées, avec une localisation probable de l'usine projetée sur les bâtiments de la parcelle 851. René Bolloré en était-il devenu propriétaire, ou allait-il les louer ?

Image:Right.gif Le mode de fabrication de la pâte reste très traditionnel, « au moyen de matières usagées (drilles, vieux chiffons, etc ...) par lessivage alcalin », c'est-à-dire par le malaxage de ballots de chiffons, et non de bois, de paille ou de vieux papier. Le lessivage alcalin indique un traitement à base de soude.

Image:Right.gif Les réserves administratives du préfet et de l'inspection du travail ne sont pas excessives : le classement en catégorie 3 en terme de risques d'insalubrité d'une part, et d'autre part les recommandations particulières en termes de « cabinets d'aisances », de fourniture d'eau et de vestiaires au personnel.

Image:Right.gif En demandant l'avis des autorités locales, le préfet ne s'adresse qu'au maire d'Ergué-Gabéric, où est le siège et l'usine principale de fabrication du papier, et non à celui de Kerfeunteun où est projetée la production de la pâte. Par  ailleurs  l'inspecteur

 
[ "Croquis du manoir de La Forêt en 1843 ; longtemps en ruines, complètement détruit vers 1942, domaine s'étendant jusqu'aux rives de l'Odet ]

du travail et des établissements classés, basé à Lorient, donne également un avis favorable. Il est étrange que l'enquête n'ait pas inclus des considérations de risques de pollution de la rivière en amont de la préfecture, alors que quatre ans plus tôt les esprits s'étaient un peu échauffés sur l'efficacité des déversoirs d'Odet.

Nous ne savons pas les raisons exactes de l'abandon du projet de cette fabrique de pâte à papier à Kerfeunteun. Une des raisons est sans doute le maintien des chiffonneries d'Odet et de Cascadec, avec ses cylindres lessiveurs et raffineurs, à proximité des machines à papiers. Peut-être il y eut également d'autres complications administratives de nature à empêcher sa mise en œuvre.

Toujours est-il que les chiffons continuèrent à arriver à Odet jusqu'au années 1950 et le bâtiment de la chiffonnerie de préparation de la pâte fut un lieu emblématique aussi important que les cylindres et des machines à papier.

Marianne Saliou se rappelle : « Du temps de ma mère, les femmes amenaient leurs enfants travailler à l'usine. A la chiffonnerie, ils pouvaient ramasser les chiffons. On gagnait plus ainsi, parce qu'on était payé à la tâche. C'était dur de ce temps là. A la chiffonnerie, les femmes coupaient la corde avec des hachettes. ».

Et Marjan Mao, à la chiffonnerie d'Odet pendant 41 ans, complète : « Quand les lessiveuses étaient bien remplies, on avait du mal à les remuer avec le bâton. Elles étaient très grandes, ce n’était pas facile de remuer les chiffons. On allait dedans, les pieds, les mains, on se mettait à genoux. ».

En savoir plus: « 1923 - Projet d'une fabrique de pâte à papier Bolloré à La Forêt en Kerfeunteun »

[modifier] 9 Lieu noble, sauvage et féminin

Billet du 10.05.2017 - Une enquête documentaire sur un lieu noble très isolé, dominant la vallée du Stangala, sur une terre de légendes avec au départ une « griffonne », puis une mystérieuse « Alix de Griffonez », et enfin les avouantes Françoise de Kergadalen et Françoise de Grassy.

Le griffon, cet animal fabuleux au corps de lion et aux ailes d'aigle, donne son nom au lieu-dit « Griffonez ». La terminaison /ez/ pourrait être en breton une marque de féminin et désignerait donc une « griffonne ». Celle-ci logeait dans une grotte et terrorisait le voisinage. Chaque mois on devait lui apporter une jeune fille pour sa nourriture. La griffonne fut finalement tuée par un seigneur voisin qui ne supportait pas de voir sa promise livrée à l'affreuse créature.

En 1426, lors de la Réformation des fouages, c'est-à-dire de la validation des exemptions fiscales des métayers détenteur d'un domaine noble, le Manoir de Griffonez est détenu par la dame Alix de Griffonez et exploité par « Hervé Le Livec, métayer à Alix de Griffonez, noble, exempt ».

En 1451, 1626 et 1636, dans les aveux cotés ADF-A85, le manoir et le domaine incluant un moulin et plusieurs villages voisins sont respectivement présentés noblement par Riou de Lesmais, Charles du Parc , et enfin « Charles de Grassy et Françoise Kergadallen sa compagne », lesquels sont les parents de Françoise de Grassy, l'héritière de 1680.

Dans le papier terrier de 1680 l'ensemble est présenté et signé par Françoise Degrassy, « damoiselle, dame de Launez », et donne des informations sur un domaine tenu « prochement et noblement du Roy » :

Image:Right.gif Le manoir de Griffonez, terre légendaire du(de la) griffon(ne), est situé sur le promontoire de la vallée du Stangala « soubz terre froide  » au milieu de « soixante dix huict journaux remplis de rochers et vagues  ».

Image:Right.gif Le manoir tenu en domaine congéable, est habité et exploité par François de Chalony lequel paie une rente annuelle à sa propriétaire noble.

Image:Right.gif Le moulin de Griffonès connu aussi sous le nom de « Meil Poul » est exploité par Allain Le Bronnec.

 
"Moulin à eau du dit Griffonnes sur la rivière d'Odet" en 1902


Image:Right.gif Les villages proches déclarés également en domaine congéable dans le domaine Degrassy sont Kernoaz ou « Querernoaz » et Kerberon, orthographié ici « Quiverberen ».

Image:Right.gif Le village de Quélennec bihan est détenu par le meunier Allain Le Bronnec pour ce qui concerne la maisons et les terres agricoles en fief royal de Françoise Degrassy, et pour ses terres froides par l'abbé de Landévennec, ce dernier ayant les terres de Quélennec bras et la chapelle de St-Guénolé voisine.

Image:Right.gif L'héritage de Françoise de Grassy, dont la famille est connue comme détentrice au 17e et 18e siècle du chateau de Keranmoal en Landrévarzec, est déclaré par «  la succession de deffunte dame Françoise de Quergadalen, vivante dame de La Motte sa mère décédée en l'an mil six cents soixante quatre ».

Image:Right.gif Il existe deux Françoise de Grassy, la première née avant 1643, l'autre née en 1663 et filleule de la première. Cette dernière ayant seulement 17 ans en 1680, il est plus plausible que la demoiselle « advouante » soit son aînée car son frère Charles est sieur de La Motte.

En savoir plus: « 1426 - Exemptions gabéricoises à la Réformation des fouages », « 1475-1636 - Adveux de Griffones extraicts de l'inventaire de Kempercorentin », « 1680 - Papier terrier du lieu et manoir noble de Griffonez »

[modifier] 10 Chat noir de la foire du diable

Billet du 29.04.2017 - Jean-Marie Déguignet dans ses mémoires et ensuite Maurice Poulmac'h ont raconté à leur façon les légendes ancrées du pays bas-breton, et notamment « ar c'hazh du », le chat noir mis en vente à la foire de Gourin pour apporter des pièces d'or à son acquéreur.

Il s'agit au départ des pages 282-298 du cahier n° 2 de souvenirs rédigés dans les années 1900  ; puis le premier des « Contes et Légendes populaires de la Cornouaille bretonne recueillis par F.-M. Déguignet » publiés par Louis Ogès dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1963 ; réédité par la Commission Extra-municipale de recherches historiques d'Ergué-Gabéric en 1984 ; inclus en 1998 dans le chapitre "Enfance" des « Mémoires d'un paysan bas-breton » aux éditions an Here (Arkae) et dans un livre de contes illustrés par Laurent Quevilly.

Déguignet en parle ainsi : « une des plus curieuses légendes de Basse-Bretagne, quoique je ne l'ai vue rapportée nulle part par les chercheurs de légendes bretonnes ».

Ensuite le paysan bas-breton remet la légende dans le contexte des années 1840-45 lorsqu'une crise de mildiou frappa l'agriculture locale de la pomme de terre, et qu'on attribua naturellement une cause diabolique à cette catastrophe.

Le déroulé de l'histoire est le suivant :

Image:Right.gif Il y avait autrefois une foire dite du diable qui se déroulait tous les ans à Gourin, vers la Noël, et on y trouvait des chats noirs que les acquéreurs se faisaient payer par les précédents propriétaires qui voulaient s'en débarrasser.

Image:Right.gif Ce jour-là, les consignes étaient transmises, à savoir l'obligation de nourrir l'animal de bouillie de froment et de lait de nourrice, et l'obligation de rendre l'animal au diable à une date précise en échange de l'âme du propriétaire, ou alors de le vendre à la prochaine foire.

Image:Right.gif La contrepartie du pacte avec le diable était bien sûr l'assurance d'une grande richesse, car le chat noir ramenait chaque soir des tas de pièces d'or et d'argent de tous pays.

Image:Right.gif Et voilà qu'un couple de Leuhan qui s'était enrichi de cette façon, voyant arriver l'échéance fatale en juillet, soit bien avant la foire de Gourin, dut demander à leur recteur de bien vouloir combattre le diable contre quelques pièces d"or.

Image:Right.gif Le recteur, accompagné de ses collègues prêtres avec qui il avait copieusement dîné, tous intéressés par l'appât du gain, s'en allèrent un soir à la ferme du chat noir, et dans la nuit firent leur conjuration.

Image:Right.gif Au matin on entendit un grand bruit, et les prêtres sortirent de la maison, leurs surplis blancs devenus noirs cramoisis, le chat noir qui avait lâché un effroyable pet s'étant enfin enfui.

 

Image:Right.gif Les jours suivants, le diable, pour se venger, provoqua l'apparition du mildiou sur les feuilles des pommes de terre de la région.


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Maurice Poulmac'h, grand conteur du Huelgoat et animateur de Radio-Kerne, commence cette histoire par ces mots : « Bez e oa c'hoaz mad bremañ zo kant ha hanter-kant bloaz-so e voa eur foar e C'hourin, foar ar c'hizier du ... » (Autrefois il y a bien déjà maintenant 150 ans avait lieu une foire à Gourin, la foire des chats noirs ...).

Écoute en ligne sur Youtube, video [7j7T4L_PFWg] , sur la chaine TAB.TV "Chadenn ar Vrezhonegien".

En savoir plus: « La légende du chat noir, "foar ar c'hizier du" gant Deguignet ha Poulmac'h »

[modifier] 11 Aumônerie d'Ergué en 1312-1451

Billet du 22.04.2017 - Une charte en latin rédigée par le duc de Bretagne Conan IV (1135-1171) au profit de l'Ordre des Hospitaliers, et citant en particulier l'aumônerie de « Arke/Erke », dans des documents sans doute apocryphes, voire falsifiés.

Dom Morice dans ses « Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne » cite cette charte qu'il certifie de 1160 et lui donne ce titre « Charte du Duc Conan IV pour les Templiers ». L'authenticité supposée de ces informations et l'existence de l'établissement d'Ergué ont conduit les mémorialistes locaux à considérer cette année 1160 comme étant la première marque écrite de la paroisse primitive d'Ergué-Gabéric et d'Ergué-Armel.

Mais la transcription de Dom Morice contient au moins deux erreurs : d'une part la transcription en « Elré » pour Ergué au lieu de « (A ou E) rke » (cf facsimilés de 1312 et 1451 ci-après), et d'autre part les bénéficiaires des dons de Conan IV ne sont pas les Templiers, mais l'ordre des Hospitaliers.

Il existe bien une autre charte présumée de 1182 qui est relative aux biens bretons des Templiers cédés par Conan IV, mais celle de 1160 est explicitement pour la « domui Ierolosomitane Hospitalis » (maison de l’Hôpital de Jérusalem) dont les établissements bretons sont dirigés par « fratris Eguen » (frère Even). Et dans la charte les établissements des hospitaliers sont désignés par les termes de « elemosine » (lieux d’aumône ou aumôneries, à Ergué par exemple), ou de « hospitalis » (hôpitaux dans les plus grandes villes).

Quant aux dates de 1160 et 1182, elles sont aussi sujets de discussions, aucun exemplaire original des deux chartes n'ayant été retrouvé, surtout après l'étude d'Anatole de Bartélémy qui les considère comme apocryphes [1]. En effet certaines bizarreries ont été repérées dans les textes reproduits : en 1182 le duc Conan IV était décédé, en 1160 des témoins signataires n'étaient pas encore en fonction (évêque de Quimper, abbé de Quimperlé) et certaines terres sont en dehors du domaine ducal de Conan IV.

François Colin, dans sa publication « Quand l’historien doit faire confiance à des faux : les chartes confirmatives de Conan IV, duc de Bretagne, aux Templiers et aux Hospitaliers » (ABPO, 2008), a étudié les deux copies de 1312 et de 1451. La première est présentée par le commandeur hospitalier de Quessoy et le notaire Geoffroy Pélion au procureur du roi pour la défense les biens des Hospitaliers en Bretagne et inclut in extenso le texte de la charte de Conan IV. La deuxième copie est une charte de confirmation accordée aux Hospitaliers le 1er novembre 1451 par le duc Pierre II qui reprend également le texte de 1312.

On voit donc que les Hospitaliers de 1312 et 1451 avaient un intérêt politique à faire croire que la propriété de leurs biens datait des siècles précédents.

C'est avec une certaine curiosité que nous avons voulu voir de visu le « Trésor des chartes » des Archives Nationales et des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France où sont conservées respectivement la copie de 1312 et celle de 1451.
 
Carte de François Colin - Possessions des Hospitaliers en Bretagne :
Le premier document est consultable aux Archives Nationales (site Caran de Paris) sous la forme du microfilm MIC-J//241/Dossier 26 qui inclut 22 pièces, la plupart ornées du symbole de la croix de Malte. Grâce à la transcription complète du texte latin dans l'étude d'Elisabeth Lalou et Xavier Hélary, on peut repérer la charte de Conan IV au milieu de la 21e pièce avec cette introduction « annotatas in hec verba : Conanus, dux Britannie et comes Richemondie ... et l'aumônerie d'Ergué y est visiblement orthographiée « Arke ».

La copie de 1451 est un manuscrit de la BnF-Richelieu, dont l'original à la belle calligraphie gothique est consultable dans un registre protecteur. Le même texte attribué à Conan IV y est également, avec pour Ergué une écriture légèrement différente : « Erke ».

En savoir plus: « 1312, 1451 - Premières copies de la charte apocryphe du duc Conan IV pour les Hospitaliers »

[modifier] 12 Bulletin printanier et primesautier

Billet du 15.04.2017 - Le dernier Kannadig rassemblant les articles et billets du trimestre passé, enrichis des échanges privilégiés organisés entre nous après les publications hebdomadaires, dans la bonne humeur naturellement. Les exemplaires papiers et attestations fiscales 2016 ont été postés illico.

Nous ne vous referons quand même pas le coup du poisson d’avril 2017, la « découverte par un jeune pêcheur de saumons argentés suivant l’article du Télégramme de ce jour signé Yannick Peskebrel ».

Vous avez été quelques-uns, paraît-il, à vous rendre sur le site de Pont-Mein sur le Jet pour y chercher la fameuse croix gravée, mais elle était en réalité à Longjumeau sous le Pont des Templiers, le plus vieux pont conservé en son état de la région parisienne.

Mais ceci dit, c’était l’occasion de faire sérieusement le point sur la croix potencée des Cabellic, seigneurs de Lezergué, objet du premier article du bulletin.

Sinon, les autres articles et billets hebdos du trimestre touchent des sujets d’histoire, de mémoires et de patrimoine qui sont toujours aussi éclectiques :

Image:Right.gif La guerre d’Algérie par le témoignage de Josig Huitric à propos d’une opération militaire historique.

Image:Right.gif La création d’une foire à bestiaux sur le site de la chapelle de Kerdévot.

Image:Right.gif La « grève du feu » à la mine de Kerdévot en décembre 1913 et une photo extra.

Image:Right.gif Des registres de documents anciens, à savoir les 237 folios du papier terrier de 1680, et la liste des mouvances suivies par le Présidial de Quimper.

Image:Right.gif Les cartes locales façonnées par un géographe du 18e siècle et la création de la carte des 5 départements bretons en 1790.

Image:Right.gif Et enfin, quatre articles centrés sur les fondateurs de la papeterie d’Odet, en commençant par René Bolloré (et ses descendants) engagé dans la défense du patrimoine naturel de l’île d’Houat.

Image:Right.gif Le billet suivant est politique : la campagne électorale conservatrice de Jean-René Bolloré en 1877. Le troisième est familial et industriel : une papeterie et une fabrique de chapeaux tenues par Le Marié et son beau-frère Jean-Guillaume Bolloré.

 

Image:Right.gif Et le dernier article concerne les papiers à cigarettes OCB, avec un facsimile de la publicité « Si vous les aimez bien roulées » publiée dans les pages du Bottin de 1945.

Le bulletin en ligne : « Kannadig n° 37 Avril 2017 »

[modifier] 13 Engagement pour l'île d'Houat

Billet du 08.04.2017 - Des îles Bolloré, on connaît celle du Loch dans l'archipel des Glénan, acquise en 1920 avec son lac aux canards et ses 54 hectares. René Bolloré était un amoureux de la mer, et il accostait aux Glénans avec son yacht de 32 m « Le Dahu II », mais également à Houat dès l'été 1926.

L'article de 43 pages paru dans le numéro 14 de la belle revue Melvan est une enquête documentaire menée par Alain Vielvoye sur les quatre époques ayant marqué le plan d'occupation des sols de l'île d'Houat et impliqué plusieurs générations de Bolloré.

A. L'option d'achat de 1927

L'arrivée de René Bolloré (1885-1935) accostant à Houat sur son bateau baptisé « Dahu II » est illustrée par un extrait du feuilleton romancé « L'Île » de Roger Le Grand : « Un matin, lorsque le recteur ouvrit les volets de sa chambre, il aperçut par dessus les toits du village, sous les dunes de Trach-er-Gouret, la silhouette élégante d'un yacht à vapeur, blanche sur les eaux vertes et calmes de la baie. "- Tiens, dit-il à haute voix, voilà Réthoré ! », Réthoré étant l'alias de fiction de Bolloré.

Témoignage du recteur Le Bec en 1929 : « Je dois rendre hommage reconnaissant à quelqu'un qui s'est montré d'une générosité magnifique pour sauvegarder les intérêts religieux de Houat et en même temps défendre ce pays contre l'invasion étrangère : Monsieur René Bolloré, riche industriel à Odet près de Quimper ».

En mai 1927, ayant constaté le risque de voir les terres de l'île vendues à des acquéreurs extérieurs, René Bolloré signe une promesse d'achat (qui ne peut être effectif que 20 ans plus tard, ou anticipé uniquement par la municipalité) à 2000 francs l'hectare de 55 hectares (partie ouest de l'ile, dunes de Treac'h-er-Gouret, pointes d'En Tal et de Toul-er-Brer), contre la contrepartie d'amener de l'eau potable au bourg et de moderniser le vieux port et son quai.

B. L'acte d'échange en 1932

L'adduction d'eau, c'est-à-dire le bâti du château d'eau, l'éolienne pour l'énergie requise pour l'amenée d'eau au bourg, le puisage de l'eau à 25 mètres de profondeur, sont bien réalisés aux frais de Bolloré, mais l'eau puisée est saumâtre.

Quant aux travaux au port ils seront financés par les 106.862 francs apportés par l'entrepreneur dans le contrat d'échange de 1932 avec la commune.

Dans cet acte, Bolloré prend possession des 55 hectares, contre les parcelles acquises entre-temps et les travaux d’eau engagés : « Les échangistes prendront les immeubles dans l’état où ils se trouvent sans pouvoir réclamer aucune indemnité pour qui que ce soit ».

 
René Bolloré en 1922
René Bolloré en 1922

C. Le projet immobilier de 1971

En 1971, le rapport de conseil municipal précise que « Le quai Cappio a bien été réalisé grâce au produit de la vente. Les terres Bolloré sont restées sans construction depuis 40 ans ».

En juillet 1971 Michel Bolloré, fils de René, et l’architecte Le Maresquier proposent au maire d'Houat un projet de construction de 44 petites maisons près du vieux port de Toul-er-Brer. Mais ce projet est critiqué, sur la base notamment des engagements de Bolloré père, décédé en 1935, à « préserver Houat de l'invasion étrangère ».

Le projet inclut une proposition de céder gratuitement à la commune deux hectares des dunes pour y faire un camping municipal. Mais, in fine, ces terres sont « situées dans des sites dignes d’être protégés en priorité » et le projet jugé « préjudiciable à la protection de la flore ».

Après certaines polémiques (cf article du Nouvel Obs) et une étude locale du projet, le conseil municipal demande un certain nombre d’amendements, et finalement l'idée sera abandonnée.

(Le Dahu II, yacht blanc de 32 m de René Bolloré, dans les années 1920)

D. Le conservatoire du littoral en 1981-1995

Au décès de Marie-Amélie Thubé, veuve de René Bolloré, en 1977, la succession de la propriété des terres de la pointe du Goret aux quatre enfants va permettre la cession progressive de 40 hectares au conservatoire du littoral.

En savoir plus : « VIELVOYE Alain - L'engagement de la dynastie Bolloré à Houat »

[modifier] 14 Croix potencée du Saint-Sépulcre

Billet du 01.04.2017 - En ce début de printemps, une découverte par un jeune pêcheur de saumons argentés - cf article du Télégramme de ce jour signé Yannick Peskebrel - a fait sensation dans les milieux archéologiques finistériens et les associations historiques saint-sépulcriennes (*) :

Suite à un léger déport du Jet au niveau de Pont-Mein, une pierre encore verte de l'arche nord a révélé une croix potencée similaire au blason des fondateurs d'Ergué-Gabéric, évoquant une origine de chevalerie et de croisade. Et plus bas sous l'eau, on y distingue aussi une inscription supplémentaire en lettres latino-gothiques : « HODIE I.IV », à la signification mystérieuse, mais marquant sans doute la présence localement d'Ordres de chevalerie et de nature cabalistique.

Ce charmant petit pont, appelé "pont romain" par certains et plus connu sous le nom de « Pont Mein » (pont en pierres), situé au bout d'un chemin à la hauteur du village de Mélennec, avait pour vocation d'assurer un passage à pied ou en charrette sur le Jet entre les communes d'Ergué-Gabéric et Ergué-Armel en amont de l'Eau-Blanche. A-t-il été le lieu de passage de troupes de croisés comme sur cette photo de la reconstitution organisée sur le dit pont par la Ligue des Templiers Anonymes du Saint-Sépulcre ? (*)

Image:Right.gif On en profite donc pour dénouer les arcanes des anciennes chartes du duc de Bretagne Conan IV et des symboles des ordres de chevalerie créés après les croisades, et pour élaborer quelques explications inédites sur l'origine du blason des Cabellic et seigneurs de Lezergué.

Dans la charte apocryphe de 1160, copiée au 14e siècle et énumérant les biens bretons des Hospitaliers, successeurs des Templiers, il est question de l'aumônerie d'Arke qui pourrait être la  petite  paroisse  d' Ergué-Armel, la  chapelle  Sainte-Anne-du -

  Guélen étant souvent associée aux Templiers. Mais il pourrait s'agir de la grande paroisse mère d'Ergué, avant le découpage en deux territoires et en incluant donc Ergué-Gabéric, car il n'est pas certain que la chapelle du Guélen était un établissement templier (ou hospitalier, car ces 2 ordres étaient souvent confondus), les templiers étant installés peut-être en un autre lieu.

Toujours est-il que la croix blasonnée de la famille Cabellic qui a donné son nom à la paroisse d'Ergué-Cabellic (puis Gabéric), pose question, car sa symbolique ramène en ces temps troublés de la fin des croisades en terre sainte de Jérusalem. Ce n'est ni la croix pattée rouge des templiers, ni la croix blanche sur fond rouge des hospitaliers (ni de Malte).

Les croisettes et la croix potencée des Cabellic sont bien le symbole par excellence de Jérusalem et évoque le troisième ordre religieux et de chevalerie, après les Templiers et les Hospitaliers, à savoir l'Ordre du Saint-Sépulcre fondé par le croisé Godefroy de Bouillon et dont on trouvera le contexte historique en fin d'article (+ iconographie détaillée).

Mais le choix des couleurs du blason des Cabellic le démarque ; il n'est pas à enquerre car il associe un métal argenté et un émail rouge, et inverse l'ordre des chevaliers du Saint-Sépulcre : la croix est blanche d'argent sur un fond "de gueule" (rouge vif).

On ne sait pas précisément pourquoi les Cabellic avaient ces armes bien typées, mais il est sûr qu'au 13e siècle ces nobles bas-bretons vivaient avec le référentiel
religieux des croisades, ne serait-ce que parce que l'un d'entre eux était évêque de Quimper de 1267 à 1279 et qu'ils avaient de par leur manoir de Lezergué des prééminences dans l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric avec exposition de leurs armoiries au-dessus de la maitresse-vitre.

Image:Right.gif Et si aujourd'hui on collait sur nos plaques d'immatriculation cet autocollant commémoratif ?

En savoir plus : « Ordres de chevalerie et croix potencée d'Ergué-Cabellic », « 1980 - Choix d'un blason communal »

(*) : Le texte ci-dessus en italique, ainsi que le photo-montage, est un poisson d'avril. À noter quand même que la pierre à la croix potencée existe bien, pas à Ergué-Gabéric, mais sous le pont des Templiers de Balizy en région parisienne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commanderie_de_Balizy. La suite du billet forme par contre une enquête très sérieuse, qui sera prochainement complétée des facsimilés de la charte de Conan IV (billet du 22.04.2017).

 

[modifier] 15 La bataille de Tircine en Algérie

Billet du 25.03.2017 - Belkacem Ould Mohktar HADJAIL, « Un symbole de la lutte contre le colonialisme français : Le Chahid Mekkioui Mamoune », Ibn Nadim, Beyrouth, 2016, I.S.B.N. 978-9931-599-15-9, préface de Si Dahou OULD KABLIA et citations du sergent Josig HUITRIC.

Ce livre retrace l'histoire dramatique de Mamoune Mekkioui, un « Chahid », c'est-à-dire un combattant mort pour l'indépendance de l'Algérie, tué le 26 janvier 1958 à Tircine près de Saïda. Il s'agit d'une biographie rédigée par Belkacem Hadjail, retraité de l’Éducation Nationale Algérienne et passionné par l'histoire de l'Algérie, donnant ici la vision des anti-colonialistes sur cette époque troublée.

Mamoune Mekkioui, né en 1919 dans la région de Mascara, était un professeur engagé dans la lutte armée du FLN-ALN. En 1958 il est lieutenant, chef de la zone 6, wilaya 5 au poste de commandement de Tircine. Sa position est dénoncée aux forces françaises voisines de Saïda par un traitre prénommé Youssef. L'opération militaire qui s'en suit se solde, au bout de 3 jours, par 20 morts, dont le lieutenant Mekkioui, et 5 à 8 prisonniers.

Dans la biographie du « Chahid », le témoignage de l'appelé gabéricois Josig Huitric sur la bataille de Tircine commence par cette lettre écrite à sa mère le 29.1.1958 et publiée sur Grandterrier : « Dimanche j'ai été en opération, enfin je suis parti à cause que les autres gradés étaient à l’hôpital, tous les deux ont les oreillons, et cette opération a aussi payé, une vingtaine de rebelles de tués, cinq prisonniers dont une infirmière ; plus tard je t'emmènerai la photo, cent mines de récupérées, deux mitrailleuses et plusieurs fusils de récupérés. »

Le livre de Belkacem inclut d'autres citations de Josig, témoin d'un fait d'histoire bien malgré lui, notamment sur cette photo d'une jeune infirmière prénommée Malika. Et hors livre, on pourra lire cette belle anecdote sur le raisin de Mascara.

La photo de l'infirmière Malika

Il déclare qu’il n’a pas pu la retrouver : « La photo c'est moi qui l'ai prise avec mon appareil. Je crois que je l'ai perdue lorsqu'on a fait une exposition de la FNACA à Kroas-Spern. J'avais plein de photos, dont celle-là où on voit l'infirmière, et depuis je ne la retrouve plus. »

Il en fournit, toutefois, certains détails : « Pour les prisonniers je t'ai dit que c'était une 4x4. Mais c'était une jeep d'un chef quelconque je pense. Et l'infirmière était seule à l'arrière de la jeep, avec des hommes en armes de chaque côté, et devant : le chauffeur et à côté de lui un haut-placé. Je n'ai pas vu les autres prisonniers, j'étais concentré sur l'infirmière. »

 

Le raisin de Mascara

Josig Huitric : « Une fois j'avais deux prisonniers et un m'a demandé du raisin. Je suis parti aller chercher du raisin, du mascara. Ils allaient partir en corvée de bois, et il savait que son heure était arrivée. »

Réponse de Belkacem Hadjail par mail : « Il faut lui dire, de ma part, que j’ai été très sensible à son geste, à l’égard du prisonnier, auquel il s’est donné la peine de répondre à son dernier désir  »

Articles : « HADJAIL Belkacem - Le Chahid Mekkioui Mamoune », « 1957-1959 - Lettres de Josig Huitric, sergent à Saïda en Algérie »

[modifier] 16 Une foire à bestiaux à Kerdévot

Billet du 18.03.2017 - « Le Conseil, après en avoir délibéré, partageant l'avis de son président, émet le vœu qu'il soit créé une foire annuelle au lieu de Kerdévot, en cette commune, et que cette foire se tienne le lundi après le deuxième dimanche de Septembre. », délibération du 28 février 1881

En 1881 une demande de création d'une foire annuelle de vente de bestiaux sur le placître de la chapelle de Kerdévot est orchestrée par le maire Jean Mahé, agriculteur sur le même lieu-dit. La délibération du conseil municipal énumère les nombreux avantages liés au choix du lieu : « la chapelle de Kerdévot est distante de dix à quinze kilomètres de tous les grands centres où se tiennent des foires, qu'elle est située en pleine région d'élevage, qu'elle est contiguë à un placître d'une contenance cadastrale de un hectare soixante-dix ares, suffisamment ample pour contenir, outre une grande quantité de bestiaux de toutes sortes, un grand nombre d'étalages, de débits, etc. ».

Le choix de la date, à savoir le lundi qui suit le deuxième dimanche de septembre, n'est pas choisi au hasard non plus : c'est le lendemain du grand pardon, et les stands et échoppes des commerçants pourront rester sur place un jour de plus. Les bénéfices attendus sont d'une part fiscaux pour la commune, et d'autre part la foire apportera « des facilités qu'elle procurerait aux habitants de la commune pour la vente de leurs bestiaux ».

Devant cette initiative, le préfet de Quimper, le comte Léon-Paul Lagrange de Langre, doit rappeller les règles administratives, à savoir la nécessité de passer par une enquête auprès des municipalités voisines « dans un rayon de deux myriamètres (c'est-à-dire 10 km ou trois lieues) environ du lieu d'où vient la demande ». Vingt communes sont consultées, 11 sont favorables à la création de la foire, 2 sont opposées, 3 répondent qu'elles n'ont pas d'avis sur la question, et 4 ne répondent pas.

Les municipalités opposées à la foire sont Quimper et Ergué-Armel, cette dernière défendant l'idée que « les habitants d'Ergué-Gabéric, ainsi que ceux des communes voisines ont toutes les facilités pour vendre leurs bestiaux aux grandes foires de Quimper ». Les communes indifférentes, sans avis, sont Kerfeunteun, Penhars et Plomelin.

Les onze communes qui majoritairement manifestent leur support à la foire de Kerdévot sont en majorité rurales et leurs arguments sont :

Image:Square.gif « les transactions sur le bétail sont très actives au mois de septembre, ... et sur un emplacement commode et spacieux, ne peut manquer d'attirer de nombreux marchands » (Briec).

 
(Jean Caveng (1905-1993) « La foire aux bestiaux, Bretagne »)

Image:Square.gif « une foire à Kerdévot peut faciliter les transactions dans la région » (Elliant)
Image:Square.gif « l'époque choisie est favorable pour réaliser par la vente des bestiaux les fonds nécessaires au payement des loyers » (St-Evarzec), la plupart des baux de fermage se terminant à la St-Michel, c'est-à-dire le 29 septembre.

En août le préfet publie un arrêté d'exécution : « Article 1er. En exécution de la délibération sus-visée, est autorisée la création, dans la commune d'Ergué-Gabéric, d'une foire annuelle qui se tiendra à Kerdévot le lundi après le deuxième dimanche de Septembre ». Il autorise également les 3 foires voisines demandées au bourg de Langolen, dont la 3e au 30 septembre (le lendemain de la St-Michel).

Le lundi 12 septembre 1881, Jean Mahé, maire d'Ergué-Gabéric, put donc parader à la toute première foire de Kerdévot. À noter qu'un accident mortel de jeune cheval « ombrageux », en route vers la foire, endeuilla une famille elliantaise : « Le malheureux Cotten qui avait une jambe prise dans les rênes, ne put se dégager et reçut à la tête et à la poitrine de terribles blessures à la suite desquelles il a succombé lundi dernier ».

En savoir plus : « 1881 - Création d'une foire annuelle aux bestiaux sur le lieu de Kerdévot »

[modifier] 17 Beau-frère chapelier à Quimper

Billet du 11.03.2017 - « Avant le 18e et l'usage du poil fin de castor ou du feutre, les chapeaux étaient si grossiers, que les gens les faisaient couvrir de velours, de taffetas, ou d'étoffe de soie ; on ne les portait nus que par économie, ou pour aller à la pluie », Augris Chrystel (Histoire de la chapellerie)

Deux documents d'archives pour évoquer les activités industrielles d'un fabricant de chapeaux « fins » à Quimper. Le premier est un rapport de 1811 rédigé par le préfet de police à la demande du maire de Quimper pour valider la moralité d'un négociant quimpérois ayant élu domicile à Paris, sans doute dans le but de préparer son projet de création d'une fabrique de chapeaux à Quimper qu'il concrétisera en 1812.

Dans ce document qui fait office d'enquête de moralité, il est rappelé qu'il « s'est toujours très bien comporté. Il est doux, honnête et soumis aux lois et aux autorités. » et la famille Bolloré est « une famille honnête de cette ville ».

Le deuxième document est constitué de sept courriers datés de 1825 entre César Elzéar de Castellane, préfet du Finistère, et Athanase de Larchantel, maire de Quimper, qui ont précisément pour but de valider la demande de Jean-Guillaume Bolloré de transférer sa fabrique sur un nouveau terrain acquis entre la rue des Réguaires et les quais de l'Odet.

Le chapelier Bolloré précise tout d'abord l'historique de son affaire : « Depuis 1812 j'ai établi à Quimper une fabrique de chapeaux. Cette fabrique était d'abord placée dans la rue du Chapeau Rouge, ensuite dans la rue Obscure et elle se trouve actuellement dans la rue du Frout. »

La signature sur sa requête est « Bolloré fils ainé », car en effet il est l'ainé survivant (trois frère et sœurs décédés très jeunes en 1784-86) d'une famille nombreuse de 13 enfants. Son père René, syndic des marins et négociant-propriétaire à Quimper-Locmaria, décède en 1826. Par la suite Jean-Guillaume gardera l'habitude de signer « Bolloré ainé », lorsqu'il paraphe en 1838 le document de succession de son frère René-Corentin et cosigne en 1859 un document officiel avec son beau-frère papetier d'Odet.

Le maire a des arguments pour défendre le projet de 1825 : « Cet établissement mérite, on peut le dire, de fixer la sollicitude de l'autorité, il a pris depuis quelques années un certain accroissement, les chapeaux fins qu'on y fabrique sont estimés et ils peuvent recevoir, chaque jour, un nouveau degré de perfection, on y occuppe un grand nombre d'ouvriers. » On y compte 25 ouvriers pour fabriquer des chapeaux de poils fins et de feutre.

Après avis de l'expert, à savoir l'Ingénieur en chef du département, chargé de la surveillance des rivières et cours d'eau, le préfet publie l'arrêté d'exécution : « Art 1er. Le sieur Bolloré, fabricant de chapeaux à Quimper, est autorisé à établir sa fabrique dans sa propriété de la rue des Réguaires. »

 
(film de Chaude Chabrol, tourné à Concarneau et à Quimper en 1982)

Le siècle suivant, dans une publication intitulée « Papeteries d'Odet, discours des Fêtes du Centenaire (1822-1922) », une note au-dessous du facsimilé de la plaque commémorant la création de l'usine d'Odet par son beau-frère Nicolas Le Marié précise que « François Le Marié père et Guillaume Bolloré ont aussi contribué, par leurs conseils, à la création de cet établissement ». Il est question de conseil et non de co-participation de Guillaume Bolloré, car on voit bien qu'en 1825 il était encore très impliqué dans l'extension de sa fabrique de chapeaux.

On est loin du détournement documentaire de 1930 dans le « Livre d'or des papeteries » de René Bolloré qui introduit volontairement un pluriel « ont posé » (au lieu de "a posé") dans la première phrase de la plaque commémorative : « Nicolas Le Marié et R.-G. Bolloré, de Quimper ont posé la première pierre de cet établissement ».

Jean-Guillaume Bolloré n'a pas posé de première pierre à Odet (ni son hologramme « R.-G. » aux initiales inventées), mais il a prodigué des conseils à son beau-frère gabéricois et favorisera le transfert en 1861 de l'usine à papier à son neveu, tutoré et gendre Jean-René Bolloré lorsque Nicolas Le Marié sera en incapacité suite à un accident.

En savoir plus : « 1811 - Autorisation de résidence parisienne pour Jean-Guillaume Bolloré », « 1825 - Transfert de la fabrique de chapeaux de Jean-Guillaume Bolloré », « Jean-Guillaume Bolloré (1788-1873), fabricant chapelier »

[modifier] 18 Ordre, Paix et Religion en 1877

Billet du 05.03.2017 - Les idées politiques du premier des Bolloré, héritier en 1861 du moulin à papier de Nicolas Le Marié à Odet en Ergué-Gabéric.

Cette évocation commence par la lecture de l'ouvrage de l'historien Maurice Lucas qui décrit les transformations d'un Finistère-Sud conservateur en un « espace politique ouvert », qui se reconnaît dès juillet 1871 dans la République modérée, « sensible aux courants du radicalisme et du socialisme ». On est loin du cliché d'une Basse-Bretagne attardée et réactionnaire.

L'étude, assise sur de nombreux documents d'archives, porte essentiellement sur le territoire de la Basse-Cornouaille qu'on peut appeler également Cornouaille maritime, bordée par la presqu'île de Crozon, Cap Sizun, Cap Caval, et les larges baies de Douarnenez, Audierne et Concarneau.

Des années 1870 à 1914, les républicains vont y gagner une crédibilité politique, donnant raison au sociologue précurseur André Siegfried : « Lorsqu'il échappe à l'influence politique du prêtre et à la pression immédiate du noble, c'est-à-dire lorsqu'il est abandonné à lui-même, le peuple breton est naturellement égalitaire, républicain et démocrate ».

Page 122, Maurice Lucas fait l'analyse d'une contre-attaque en 1877 du clan conservateur via la candidature de Jean-René Bolloré, papetier gabéricois et originaire de Douarnenez : « Aux références traditionnelles à l'ordre, à la tradition et à la religion s'ajoute celle, plus nouvelle, de la compétence économique garante de prospérité et de paix. La candidature du papetier d'Ergué-Gabéric répond sans doute à la volonté de renouveler une représentation et une thématique susceptibles de démarquer la posture conservatrice d'une image passéiste, sinon réactionnaire ». Et de citer le texte de son tract pour les élections législatives d'octobre 1877.

Cette affichette au format 20x30cm, conservée aux Archives Départementales du Finistère (cote 3 M 278, élections législatives d'octobre 1877), se décompose en une première partie argumentaire sur les qualités du candidat, et une seconde listant les noms des membres notables de son comité de soutien.

 

Le premier argument est relatif à la morale : « Monsieur Bolloré a d'ailleurs vos croyances et vos sentiments. Il aime ce que vous aimez : l'Ordre, la Paix, la Religion. Il redoute ce que vous redoutez : les conflits entre les pouvoirs publics, les théories subversives et la Révolution. » Le second met en avant ses compétences : « Tour-à-tour, chirurgien de la marine, docteur-médecin, exerçant son art dans notre arrondissement, grand industriel ... Sa situation de directeur d'une grande usine ...  »

Les 32 noms de son comité de soutien sont majoritairement des propriétaires et maires des communes voisines de Quimper, un banquier, un notaire, un entrepreneur, un ébéniste ... La présidence est assurée par De Chamaillard père, c'est-à-dire Henri Pierre Charles Ponthier de Chamaillard, député royaliste du Finistère à l'Assemblée nationale de 1871 à 1876.

Le procès-verbal des résultats de la 1ère circonscription de Quimper, conservé également en 3M278, donne une majorité au candidat républicain Louis Hémon. Le détail des votes par commune permet de noter une préférence républicaine dans les grandes villes (Quimper, Rosporden) et le littoral (Concarneau, Fouesnant).

Par contre les communes rurales donnent leurs voix au candidat conservateur : Langolen, St-Evarzec, Ergué-Gabéric, Plomelin, Pluguffan, Elliant, St-Yvi, Tourc'h. Certes sur Ergué-Gabéric où il réside, le papetier Bolloré est en tête (239), mais il devance de très peu Louis Hémon (220), la commune devenant progressivement « sensible aux courants du radicalisme et du socialisme » (cf. Livre de Maurice Lucas).

En savoir plus : « LUCAS Maurice - La Cornouaille politique 1870-1914 », « 1877 - Affiche de JR Bolloré et résultats des législatives »

Nota : la semaine prochaine nous évoquerons la fabrique de chapeaux de Jean-Guillaume Bolloré, oncle, tuteur et beau-père de Jean-René, et son transfert rue des Réguaires autorisé en mai 1825.

[modifier] 19 Grève pour 25 centimes et du feu

Billet du 25.02.2017 - Où il est question d'une grève ouvrière d'une journée, de l'intervention de la gendarmerie sur place, de l'obtention d'une petite augmentation de salaire, d'organisation de feux pour réchauffer et sécher les mineurs, et du licenciement des deux meneurs quimpérois.

L'on savait qu'une mine d'extraction d'un minerai proche de l'arsenic, le célèbre antimoine, avait été exploitée sur notre territoire entre 1913 et 1928, et qu'une petite coupure de journal indiquait un conflit social dès les premiers mois. Mais rien ne vaut une liasse inédite conservée aux archives départementales contenant les échanges entre commissaire, préfet, brigadier de gendarmerie, pour en apprendre un peu peu plus sur les conditions de travail dans la mine de Kerdévot.

En décembre 1913 Joseph Chaleil, le préfet du Finistère est immédiatement saisi par courrier par la direction de la société minière de la Lucette lorsque démarre la grève des 42 ouvriers de la mine d'antimoine : « Nous avons l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance, d'envoyer à notre exploitation de Kerdévot quelques gendarmes pour mettre l'ordre ».

La réquisition de 4 gendarmes et leur brigadier est organisée pour le lendemain matin, l'intervention ayant pour but de « prêter le secours de quatre gendarmes et brigadier à Kerdévot commune d'Ergué-Gabéric à partir du 12 décembre à l'occasion d'un mouvement gréviste ».

Le rapport d'un « commissaire spécial » nous permet de comprendre les motivations de ceux qui ont débrayé toute la journée et la nuit du 11 décembre :
Image:Right.gif La première revendication est le niveau de salaire journalier : « une augmentation de 0.25 centimes par jour a été accordée, qui a paru donner satisfaction, momentanément tout au moins », la nouvelle grille passant de « 3 f 25 ... 4.25 » à « 3 f 50 ... 4.50 ».
Image:Right.gif Ensuite ils réclament des feux pour se sécher : « qu'il leur soit fait du feu, aux heures des repas, et la nuit ... ils ont continuellement les pieds dans l'eau, et que celle-ci tombant de partout, leurs vêtements même sont vite mouillés ».
Image:Right.gif Enfin un peu de considération : « ainsi ils auraient besoin de soins ou d'attention qu'ils n'ont pas eus jusque-là ».

 
(croquis de Laurent Quevilly, 1987, Ouest-France)

La première revendication satisfaite immédiatement, le besoin de feu le sera aussi : « sur lequel je le répète, ils peuvent compter dans un avenir très prochain, et dont ils auraient déjà joui ou bénéficié si les fournisseurs, tant d'anthracite que de bois, y avaient mis un peu plus de hâte ».

La contrepartie de ce règlement est la non reprise du travail par les deux meneurs quimpérois principaux, à savoir Villerm et Jean Riou, tous deux domiciliés à l'Eau Blanche. Quatre autres meneurs sont licenciés et « réglés » le 12 au matin, mais ils sont réintégrés le lendemain avec leur 36 autres collègues qui avaient déjà repris le travail.

Il faut dire que la présence des 5 gendarmes avaient été maintenue sur place à Kerdévot jusqu'au lundi 15 décembre, et qu'une tournée militaire est programmée pour le 24, jour de la paie (tous les 10 jours), pour éviter d'autres velléités de grève.

En savoir plus : « 1913 - Grève des ouvriers employés aux mines d'antimoine de Kerdévot », « Antimoine à Kerdévot/Niverrot en Ergué- Gabéric », « Revendication des ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot », « Antimoine à Kerdévot, OF-LQ 1987 »

(2 employées et 31 ouvriers à la mine Kerdévot en 1915 en sabots et portant pioches et lampes de mineurs, photo communiquée par Jos Nédélec de St-Joachim)

[modifier] 20 Papier terrier et timbré de 1680

Billet du 20.02.2017 - « Papier terrier : registre tenu par les chambres de comptes régionales dans le cadre d'une Réformation du domaine du roi.
Papier timbré : papier tamponné d'un sceau soumis à paiement utilisé pour enregistrer des actes authentiques.
 »

En 1660 Colbert lance la réformation du domaine royal en Bretagne, c'est-à-dire la vérification des aveux et déclarations de propriété des sujets du roi, depuis le paysan jusqu'aux seigneurs locaux.

Les 43 sentences concernant Ergué-Gabéric, constituées de 237 folios recto-verso (soit près de 500 clichés), faisant suite au « conseil d'estat du troisiesme aoust mil six sent quatre vingt pour la confection du papier terrier et réformation du domaine de Quimper, Chateaulin, Carhaix, Chasteauneuf du faou, du Huelgoat et Landeleau, Concq Fouesnant et Rosporden » ont été concoctées par les commissaires de la cour des comptes.

Les originaux sont conservés aux Archives Départementales de Nantes ou siégeait la cour des comptes chargée de vérifier les déclarations et une copie complète est consultable aux Archives Nationales à Paris sous la côte P//1689 : « quatrième volume du papier terrier de Quimpercorantin ». Ce registre, consacré principalement à la paroisse d'Ergué-Gabéric (folios 171 à 407), et accessoirement Esquibien, Ergué-Armel et Guengat, inclut la liste des documents avec le nom des lieux nobles ou non, ainsi que le nom des propriétaires fonciers.

Les documents établis dans le cadre de la réformation du domaine royal, avec leur sceau de papier timbré libellé « Bretagne EXTRARETERRIER, un sol », sont intéressants à plus d'un titre :

Image:Right.gif ils constituent le papier-terrier ou cadastre de la paroisse avec les possessions réputées dépendre du domaine du roi.
Image:Right.gif lorsque les biens n'ont pas été achetés du vivant du propriétaire mais hérités, les ascendants de celui ci sont souvent fournis, parfois jusqu'à 3 générations, ceci étant très utile pour consolider un état civil très lacunaire pour cette période.
Image:Right.gif l'inventaire effectué permet de tracer précisément le contour des juridictions seigneuriales et des liens de subordination entre seigneurs locaux ou plus distants.

 


Image:Right.gif pour chaque tenue agricole sont généralement fournis les montants des rentes, la surface cultivée et la qualité des terrains (terre froide, chaude, pré, étang, bois, ...).

Outre les domaines nobles connus comme Kerfors, Lezergué, Keranmilin (Kerveil), Penanrun ... on peut citer, aux folios 399-400, le cas particulier du presbytère ou « maison presbituale située au bourg paroissial d'Ergué gaberic » qui fait bien partie du domaine du roi, avec y compris une tenue au village distant de Tréodet.

Certaines sentences de 1680 seront mises à jour en 1682 : c'est le cas, en folio 294, de deux encarts successifs pour le domaine de Lezergué. Le premier de mars dit que l'aveu détaillé doit être complété aux dires de son propriétaire Guy de Charmoy, seigneur de Keraret et héritier de Guy Autret, de ses droits « de haulte basse et moyenne justice et patibulaires eschues dans une montagne dependante de son lieu de Lestonan ». Par le second addendum de septembre on apprend qu'il « a esté débouté du droit de hautes moiennes et basses justices et de celuy de coustumes ».

Les 237 doubles pages du papier terrier de 1680 d'Ergué-Gabéric sont un trésor documentaire qu'il s'agira d'analyser au fur et à mesure de leurs transcriptions.

Image:Square.gif En savoir plus : « 1680 - Papier terrier et réformation du domaine royal à la chambre des comptes de Nantes »

[modifier] 21 Cartes et itinéraire de Bretagne

Billet du 11.02.2017 - « Atlas itinéraire de Bretagne contenant les cartes particulières de tous les grands chemins de cette province avec tous les objets remarquables qui se rencontrent. Dédié à nosseigneurs les Etats de Bretagne. Par leur très humble et très obéissant serviteur Ogée »

On connaît le géographe Jean-Baptiste Ogée (1728-1789) pour son dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, édité en 1780 et décrivant ses découvertes de voyage sur les chemins et les villages bretons. Sans oublier la paroisse d'Ergué-Gabéric dont les infos se trouvent en page 268 avec le texte original de l'auteur et ses notes de rééditions.

Les deux premiers paragraphes d'Ogée précisent la localisation : « à 1 lieue 1/5 à l'E. de Quimper et à 37 lieues de Rennes », le nombre d'habitants : « 1800 communiants », l'activité essentiellement rurale : « Son territoire est fertile en grains, et plein de vallons où sont de très belles prairies ». La cure est dite « à l'alternative » ce qui, contrairement à Ergué-Armel, indique une double dépendance de bénéfices vis-à-vis de l'évêque les mois pairs et du pape les mois impairs. Plus globalement, en terme de droit féodal, toute la paroisse relève du roi, « à l'exception des trois villages qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper ».

Quant aux notes additionnelles il y a une erreur sur la localisation de Ste-Anne-du-Guélen qui est en réalité sur Ergué-Armel. Dans la première note de 1843 il est question d'« un moulin à papier et une tuilerie » que l'on peut positionner respectivement au lieu-dit d'Odet (la papeterie de Nicolas Le Marié fondée en 1822, et transférée plus tard aux Bolloré) et à Penn-Carn-Lestonan.

À l'occasion de l'édition de son dictionnaire géographique il a aussi publié ses itinéraires précis de voyage et deux cartes « géométriques » dont l'une servira de base de travail pour définir les 5 départements de la région Bretagne.

L'atlas itinéraire de Bretagne, constitué des « Cartes particulières de tous les grands Chemins de cette Province avec tous les Objets remarquables qui se rencontrent à une Demie Lieur Adroite et Agauche » est publié en 1769. Le tronçon Rosporden-Quimper est le trajet emprunté par le voyageur passant notamment à la chapelle de Ste-Anne-du-Guélen en Ergué-Armel, sur une route très proche d'Ergué-Gabéric.

La carte préparée par le cartographe Dezauche en 1771 pour Ogée, « dédiée et présentée à nosseigneurs les Etats », est plus précise, et on y voit bien le nom de la paroisse Ergué « Gaberie » avec un e final à la place du c, la voie principale de communications en pontillé, les tracés des deux cours d'eau "frontières" (Odet et Jet) et affluents, la localisation  du  chef  -

  lieu paroissial et de St-André, et par deux fois le lieu « Kerdevet » correspondant sans doute aux deux chapelles de St-Joachim (près de Lezergué) et de Kerdévot.

Sur la carte dédiée au duc de Duras par Jean-Baptiste Ogée en la même année, les détails gabéricois sont à peu près les mêmes. Par contre cette carte est célèbre pour sa reprise en 1788-89 par les députés bretons comme support du découpage de la Bretagne en départements : Finistère, Côtes-du-Nord, Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure. Les révolutionnaires ont proposé un coloriage des 5 départements et des 45 districts qui seront mis en place le 26 février 1790.

Deux articles pour en savoir plus : « Itinéraire et cartes de Bretagne de Jean-Baptiste Ogée, 1769-1771 », « OGÉE Jean-Baptiste - Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne »

[modifier] 22 Les 110 mouvances du Présidial

Billet du 04.02.2017 - « Toute la paroisse relève du roi, à l'exception des trois villages de Kermorvan, de Kernechiron et Kerougan, qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper. » (Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, 1780)

Nous exhumons cette semaine 4 pages d'un registre des Archives Départementales, site de Brest, incluant la liste des manoirs et villages gabéricois régis par le siège présidial de Quimper et constituant les mouvances du domaine du Roi.

Cet inventaire des manoirs, moulins et villages, non daté précisément si ce n'est du 18e siècle, constitue la dernière photographie de l'ancien régime avant la Révolution de 1789. Le premier registre (cote ADF B502) est probablement daté du début du siècle, et le second (cote ADF B503) est un complément mis à jour après 1730, par la référence à un aveu adressé au Roy. Les deux documents constituent une préfiguration du grand recensement de la population gabéricoise qui sera organisé plus tard en 1790.

Ce registre est produit par le présidial de Quimper, une juridiction royale composée de juges, procureur, sénéchal, avocats et conseillers, tous en charge de délivrer la justice criminelle et civile, en particulier les arbitrages sur les successions et droits seigneuriaux. Attachés au domaine royal, le présidial et la sénéchaussée ne devaient pas traiter pas des affaires civiles et ecclésiastiques relevant des Régaires, l'autre juridiction quimpéroise responsable du domaine temporel du seigneur Évêque de Quimper.

Pour ce qui concerne les villages du fief de l'Evêque cités par Jean-Baptiste Ogée il faut lire Kermorvan, Coat-Piriou et Keranquéo, auxquels il faut ajouter d'autres villages gabéricois formant aussi propriété épiscopale, à savoir Quillyhouarn, Creac'h-Ergué, Kerho et Cutuillic / Saint-André. Sans oublier toute la partie sud-ouest de la commune actuelle, autour du Cleuyou, Kerampensal, La Salle-verte, Kerelan qui étaient rattachés à Lanniron ou Ergué-Armel pendant l'ancien régime.

Certains des villages sous juridiction des Regaires sont également listés comme mouvances du Présidial, notamment Coat-Piriou, Creac'h-Ergué, Kerho, Cutuillic. Ceci peut s'expliquer de différentes manières : soit la totalité des propriétés du village n'était pas détenue par l'Evêque, soit le propriétaire foncier a changé en provoquant un passage dans le domaine royal.

Les manoirs identifiés au 18e siècle par le Présidial, c'est-à-dire les propriétés les plus importantes détenues avec allégeance d'un noble au roi, sont respectivement dans l'ordre d'inscription au registre : (voir la liste dans l'article, ainsi que les moulins associés). Il manque le manoir et moulin de Pennarun, mais sans doute sont-ils compris dans « le bourg en entier ».

Quant aux autres déclarations qui ne sont ni des moulins, ni des manoirs, ce sont les villages repérés par la lettre v, généralement simples mouvances dépendant d'un lieu noble principal. On décompte 105 lieux au total sur le premier document, la 2e page constituant une réécriture de la 1ere page, et le deuxième document en ajoutant seulement cinq. Cette liste de 110 lieux nobles et villages avec leurs orthographes bretonnes anciennes apporte des variantes supplémentaires toponymiques. On notera au passage le bien-nommé « Keranroué », un "hameau du roi".

 

L'autre intérêt du deuxième document est de donner les regroupements des villages par domaine et de préciser leurs derniers propriétaires nobles avant l'hécatombe révolutionnaire. Le plus grand domaine avec ses 22 villages autour du manoir de Kerfors est celui de la famille de La Marche. Le second avec 10 mouvances est celui de Guy-Marie de Lopriac (le blason des Lopriac est présent sur la chapelle voisine de Kerdévot), comte de Donges, qui avait hérité de la seigneurie de Botbodern en Elliant.

Quant à la « maison presbitalle » ou « presbitaire » avec comme avouant «  le Général », elle est pour nous un mystère. En effet on peut se demander pourquoi la cure serait incluse dans le domaine du Roi géré par le Présidial, et non sous la juridiction des Régaires. Certes ce presbytère est encore aujourd'hui la plus authentique bâtisse manoriale du bourg et sera l'objet de convoitises après la révolution, mais le fait qu'elle soit blasonnée du blason d'un recteur chanoine sur sa porte sud nous induit à penser qu'elle était hors de contrôle du présidial royal.

En savoir plus : « 1700-1780 - Les mouvances du présidial de Quimper dans la paroisse d'Ergué-Gabéric »

[modifier] 23 Publicité sexiste d'après-guerre

Billet du 28.01.2017 - « Si vous les aimez bien roulées, papier cigarette OCB ! ». Le slogan était célèbre à la fin de la dernière guerre ... les premiers "bikinis" dévoilaient audacieusement les corps des naïades. Alors, forcément, on les préférait « bien roulées » (Jean Failler, Gens et choses de Bretagne)

Ce slogan publicitaire OCB bien connu, créé par le publicitaire Tony Burnand en pleine guerre 1939-45, a connu un grand succès dans les années d'après-guerre. On le voyait et entendait partout sous la forme d'affiche, de pub radiophonique, et sur les voitures de la caravane du Tour de France.
Un bel homme viril, deux doigts prélevant du tabac, une feuille OCB collée à la lèvre, le clin d’œil pour l'allusion grivoise, voilà les ingrédients visuels de la publicité d'origine. Ensuite, sur les agendas à feuilles détachables et édités par la société Publicis, le slogan était illustré par une pin-up souriante presque dénudée, en maillot de bain et talon haut. Plus tard, la tête du fumeur est devenue un croquis stylisé avec un chapeau rigolo et quatre doigts pour rouler sa feuille gommée.

La femme déshabillée comme illustration sur les paquets à cigarette était d'usage courant jusqu'au milieu du 20e siècle. Les images du fabriquant algérois « Abdelkader ben Turqui et Cie » qui s'approvisionnait en papiers Bolloré, étaient bien connues et "appréciées" des fumeurs.

Le slogan publicitaire « Si vous les aimez bien roulées ... » avait comme support des affichettes ou annonces dans les revues, mais aussi sur les buvards fabrication maison. De dimension 13,5 cm x 21 cm, ils servaient à effacer l'encre dans les foyers et les écoles, et bien sûr à porter le message de la marque. Il existe même un cendrier OCB avec le texte publicitaire sexiste dans une collection de la faïencerie H.B. de Quimper.

Mais en fait après 1952, pendant dix ans, les papeteries Bolloré n'utilisèrent plus cette publicité en leur nom, car ils n'en avaient plus le droit d'usage à cause d'un différent avec le publicitaire créateur Tony Burnand, propriétaires des droits. Ce dernier l'avait ensuite cédé à un représentant des cahiers de papier à cigarette, Jo Le Gentil.

J. Le Gentil, utilisait la pub en question dans l'annuaire Didot-Bottin du commerce de Paris pour faire sa propre promotion : « J. Le Gentil & Cie représentants généraux des papiers à cigarettes en cahiers O.C.B », et celle de son fournisseur : « Papier à cigarette O.C.B Papeteries René Bolloré Société à Responsabilité limitée au capital de 23.400.00 francs ».

On dispose ci-contre de la page originale du Bottin de 1945 où apparait cette pub au format vertical allongé, avec au verso les petits encarts des professionnels du secteur. Le représentant OCB était domicilié au 5 rue de Téhéran, ayant sans doute les locaux commerciaux de l'arrière-cour.

 
Annuaire Didot-Bottin du commerce de Paris de 1945

En 1962, lors de la remise de la légion d'honneur à Michel Bolloré, Tony Burnand écrit une lettre dans laquelle il lui rappelle son rôle comme créateur du slogan publicitaire, sa cession des droits à Jo Le Gentil et il menace de dire la vérité à la presse nationale.

En 1983, lors de la fermeture définitive de la papeterie d'Odet, les articles dans Ouest-France de Laurent Quevilly (alias « Laorz ») titraient « Si vous les aimiez bien roulées ... » ou « On les aimait bien roulées ». On y voit ce célèbre croquis du fumeur OCB qui ne sourit plus et qui a une larme à l’œil.
En savoir plus : « 1945-1983 - Les supports de publicité "Si vous les aimez bien roulées ... OCB" », « 1962 - Défense de paternité du slogan "Si vous les aimez bien roulées ... OCB" »

[modifier] 24 Bulletin des 10 années à venir

Billet du 21.01.2017 - Bulletin, s.m. : publication périodique de dimension plus réduite et de contenu moins développé qu'une revue et rendant compte des activités d'une société (Trésor de la Langue Française Informatisé, TLFi-CNRTL).

Le bulletin de début d'année est l'occasion de vous renouveler nos bons vœux : « Peoc'h ha yec'hed ».

Outre le premier sujet sur la numérisation de l’état des sections et de la matrice cadastrale de 1835, le bulletin contient tous les articles et billets publiés pendant le trimestre, des cartes postales, photos et coupures de presse du côté d’Odet, d’innombrables lettres de Guy Autret (et cette question : « à quand une avenue à son nom ? »), de la musique d’orgue, de la vente des ruines de Lezergué, des terres de la Marquise de Sévigné, jusqu’à la nuit de l’aurore du « Pellgent ».

C'est aussi l'heure de faire cette annonce : en cours d’année 2017 on fêtera l’anniversaire des 10 ans d’existence du site GrandTerrier, et d'ores et déjà nous réfléchissons à une publication supplémentaire, ceci sous la forme de rendez-vous annuels avec un support original, réplicable et multiformes :

Image:Right.gif Une monographie d’histoire et mémoire de la commune et de ses villages, de tous les temps et toutes les époques.

Image:Right.gif Des articles de fond présentés comme dans les « mélanges universitaires », ce en l’honneur des anciens érudits autodidactes du pays comme Déguignet ou Guy Autret.

Image:Right.gif Un suivi des actions de l’année, les grandes découvertes et les enrichissements du fonds documentaire, et la vie de l’association 1901.

Image:Right.gif Un espace ludique, des cartes et photos en grand format, une reliure de 100-200 pages, un tirage professionnel à la demande, une diffusion par correspondance et dans les commerces locaux.

Et bien sûr, dès que la maquette sera prête en fin d’été, on vous en dira plus.

Le bulletin en ligne : « Kannadig n° 36 Janvier 2017 »

 

[modifier] 25 Kerveil domaine des Sévigné

Billet du 15.01.2017 - « les plus belles dames de la province & particulierement pour madame de Sevigné, aveq les reponces de la mesme dame & plus de 300 vers de sa façon & de son esprit, qui themoignent qu'elle a bon esprit et qu'elle est de tres belle humeur », Guy Autret (1644-45).

On imaginait bien que des terres gabéricoises fussent un temps possédées par la marquise de Sévigné (1626-1696), née Rabutin-Chantal. Mais une confusion entre le manoir de Lanroz en Ergué-Armel et les terres de Penanros en Ergué-Gabéric avait généré une désillusion, car seul le premier avait été acquis par la marquise après le décès de son époux Henri de Sévigné (1623-1651). De plus, pour compliquer un peu les choses, dans un document de 1633 (cote ADF A85) un certain village de Keranmilin est possédé par Charles de Sévigné (1598-1635) qui n'est autre que le futur beau-père de la marquise.

Mais en réalité le document publié in-extenso ci-dessous, daté du 6 août 1683, conservé aux archives nationales et découvert récemment totalement par hasard (cote MC/ET/LI/612), donne le détail des propriétés cornouaillaises, avec en annexe le rentier précis des revenus attendus pour chaque domaine et village concernés. Le « manoir » de Kerveil, orthographié « Keranmilin », en Ergué-Gabéric et ses mouvances de Kerjan, Niverrot et Kerveady y sont bien mentionnés comme intégrés au domaine de la marquise, ce au même titre que la seigneurie de Lanros et d'autres terres à Plomelin, Plonéour ... Tous ces biens sont acquis par la veuve Sévigné et ses deux enfants : Françoise épouse Grignan (1646-1705) et Charles (1648-1713).

Nous ne savons pas comment la famille d'Acigné de la Roche-Jagu et de Grand-Bois en Landebaëron est devenue propriétaire des manoirs de Lanros et de Keranmilin/Kerveil. Le domaine de Kerveil était auparavant, aux 15e et 16e siècles, une extension des biens nobles des Tréanna installés à Botbodern en Elliant. Ces derniers ont transmis ces biens à d'autres, peut-être directement à la branche des Grand-Bois qui possédaient déjà d'autres biens gabéricois en 1441.

La configuration du domaine de Kerveil est décrite dans la liasse dite A85 des extraits d'aveux du 16e siècle, avec les quatre ou cinq mouvances de villages payant des rentes et droits de succession au seigneur de Kerveil [1].

Dans cette même liasse A85, on découvre aussi qu'en 1633 le domaine est en possession de Charles de Sévigné, le beau-père de la marquise qui décèdera en 1635 avant le mariage de son fils Henri. Nous ne savons pas quand et comment la propriété est passée ou repassée aux d'Acigné, héritiers de Grand-Bois. Par contre c'est bien en 1683 que Kerveil redevient propriété foncière des Sévigné.

Les terres du domaine et du manoir de Keranmilin/Kerveil sont listées dans le rentier de 1683, à savoir les villages de Kerjan (aujourd'hui Keryann), Niverot, Kervernich (Kervernic) et Kerveady. Les revenus annuels et en part de récoltes sont détaillés. Le manoir de Kerveil générant 30 livres par an représente environ 15% du revenu du château plus important de Lanroz. Le village du Niverrot paie aussi une rente en argent,

 


Les quatre villages doivent annuellement quelques boisseaux « combles » de froment (« scandihl » pour le Niverrot, c'est à dire "barbu") , de seigle et d'avoine, sans oublier un autre impôt proportionnel sur les récoltes (« champart ») et les inévitables corvées. L'ensemble du domaine de Kerveil est déclaré « fief du Roy soubs Quimper » contrairement à Lanroz « fief des regaires » qui est sous l'égide du Seigneur Evêque.

Marie Raputin-Chantal et vraisemblablement son beau-père ne sont jamais venus sur leurs terres cornouaillaises qui n'étaient qu'objets de spéculations financières. Certes ils faisaient des séjours dans leurs autres résidences luxueuses de Bretagne, notamment dans le château des Rochers-Sévigné, mais on peut douter que la précieuse épistolière ait compris le quotidien de ces tenanciers et paysans, à la lecture de l'une de ses lettres : « Vous savez qu'on fait les foins. Savez-vous ce que c'est que faner ? Il faut que je vous l'explique : faner est la plus jolie chose au monde, c'est retourner le foin en batifolant dans une prairie ; dès qu'on en sait tant on sait faner ».

En savoir plus : « 1683 - Vente à la marquise de Sévigné de quelques terres gabéricoises et cornouaillaises », « 1510-1633 - Adveus de Keranmelin extraicts de l'inventaire de Kempercorantin »

[modifier] 26 Ruines de Lezergué à vendre

Billet du 07.01.2017 - Elginisme, s.m. : forme de vandalisme consistant à extraire des œuvres d'art de leur contexte ou région d'origine pour les exposer ailleurs. Cette pratique tire son nom du titre de lord Elgin qui fut responsable du transfert à Londres des marbres du Parthénon (Wikipedia).

C'est sous ce thème qu'en 1929 le Journal des Débats évoque au niveau national le scandale de Lezergué : « Le fermier-propriétaire, qui jusqu'ici campait dans l'unique coin habitable de cette immense ruine, s'est décidé à la démolir et à construire une autre maison avec les matériaux. Mais il a épargné la façade, et espère, parait-il, qu'un Américain milliardaire viendra bientôt lui en proposer beaucoup de dollars. Lezergué revivra peut-être un jour sur les rives du Potomac ou de l'Ohio. ».

Le premier article sur le sujet date de 1924 et est signé des initiales L.G. de Louis Le Guennec : « Le possesseur de ce vieux manoir serait disposé à le vendre ; mais, inspiré par un sentiment respectable, quoiqu'un peu exclusif, et surtout fâcheux par les conséquences qui fatalement en découleront, il ne veut aliéner que les pierres, laissant à l'acquéreur, s'il lui plaît, la faculté de les rassembler ailleurs. »

En 1924-1930 le propriétaire-fermier est Jean-Marie Nédélec, marié à Marie-Renée Laurent, représentant la 3e et avant-dernière génération des propriétaires-fermiers de Lezergué, son grand père ayant acquis le manoir dans les années 1855-60.

L'état de ruine du manoir, rebâti au 18e siècle, est bien avancé dès 1924 : « Intérieurement, Lezergué est dans un triste état, bien qu'on y admire toujours le grand escalier d'honneur et sa voûte plate d'une surprenante hardiesse. Les salles basses, aux cheminées et aux lambris élégamment moulurés, sont seules habitées par le fermier-propriétaire ; tout le reste du château n'offre qu'abandon et ruine. »

D'où le projet de démolition : « Le possesseur de ce vieux manoir serait disposé à le vendre ; mais, inspiré par un sentiment respectable, quoiqu'un peu exclusif, et surtout fâcheux par les conséquences qui fatalement en découleront, il ne veut aliéner que les pierres, laissant à l'acquéreur, s'il lui plaît, la faculté de les rassembler ailleurs ».

À la fin août 1929 de petites annonces laconiques soient publiées dans les journaux locaux quimpérois :

  Signées L. par le mémorialiste Louis Le Guennec et incluant son très beau croquis de la façade en question, les chroniques locales de l'Ouest-Eclair vont alors tenter de réveiller les consciences collectives et faire en sorte que Lezergué soit inscrit comme Monument Historique : « Tout porte à espérer que ces démarches aboutiront et que ce monument, d'un style assez rare dans le Finistère, ne quittera pas de sitôt la Cornouaille pour les bords du Potomac ou de la Rivière-Rouge  ».

L'inscription aux monuments historiques sera effective le 9 décembre 1929. Depuis cette date, la façade du château n'a pas été transplantée, mais on peut regretter que les pierres intérieures ont continué à tomber, notamment l'escalier central monumental.

Aujourd'hui le domaine de Lezergué a connu une belle reconversion par l'installation et le développement d'une cidrerie réputée. Gageons que la marque du cidre de Lezergué est une assurance contre toute tentative d'elginisme, et, espérons-le, une garantie que l'état de la façade ne sera pas plus dégradé dans un futur trop proche.


En savoir plus : « Vente de façade de vieux château, Ouest-Eclair et autres journaux 1924-1930 »