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Actualités, archives 2011

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Sommaire

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1 Chroniques hivernales

« Bloavez mat d'an holl ha ti dilogod evit 2012  » : et oui, une maison sans souris pour des vœux certes lapidaires, mais sincères et conjoncturelles !!

Fin décembre, l'année 2011 se finit tout doucement et on se projette déjà dans le futur avec les bons vœux pour ses amis et les bonnes résolutions pour soi-même. C'est aussi l'heure de faire le point sur les articles et travaux du trimestre passé, et donc de la publication du « Kannadig an Erge-Vras », autrement dit les « Chroniques du GrandTerrier ».

Le sommaire de ce numéro 17 est le suivant, avec comme d'habitude un mélange d'évocations historiques, de souvenirs d'anciens, de documents d'archives, de richesses du patrimoine  :

  • Explications sur la fabrication du papier à cigarette par Louis Barreau
  • Interview de Fanch le boulanger de Stang-Venn et goal des Paotred
  • L'extinction de la mendicité à Ergué-Gabéric de 1847 à 1864
  • La plaque inaugurale de la manufacture d'Odet en 1822
  • Les souvenirs de poilus, prisonnier évadé ou fourrier en campagne
  • La cession du village de Bohars entre 2 hobereaux voisins en 1636
  • Des souvenirs villageois et écoliers de Lestonan en 1939-40
  • L'évocation de la salle de spectacles des Nédélec au Bourg
  • Une minorité d'employés d’Odet aux Paotred-Dispount en 1970
  • La revue littéraire et culturelle des ouvrages publiés récemment
  • La gwerz de la ville d'Ys chantée par Jean-Marie Déguignet
  • Un linteau du 16e siècle sur un penn-ty de Quelennec-Izella
  • Les sommaires des précédentes Chroniques

Téléchargement et lecture du bulletin : « Kannadig n° 17 Décembre 2011 »

L'année 2011 aura été aussi pour le site Internet GrandTerrier.net une progression importante du nombre de visiteurs : un million et six cent mille personnes de janvier à fin décembre, soit 4.400 visiteurs uniques en moyenne par jour (cf Espace Statistiques). Ces chiffres sont fantastiques,
et bien sûr un encouragement pour la suite. Merci.                                                       Billet du 28.12.2011

2 Recueil de bretonnismes

« Le français de Jean-Marie Déguignet est parfois hasardeux, plein de bretonnismes, mais il écrivait avec passion ... » (Wikipedia).

(illustration de Laurent Quevilly pour « Comtes et légendes de Basse-Cornouaille » de J.M. Déguignet)
(illustration de Laurent Quevilly pour « Comtes et légendes de Basse-Cornouaille » de J.M. Déguignet)

Wikipedia définit par ailleurs ce néologisme introduit par l'ouvrage d'Hervé Lossec comme suit : « Un bretonnisme désigne une tournure propre à la langue bretonne passé dans la langue française. Il peut s'agir alors d'une forme grammaticale traduite mot à mot et qui peut choquer certains francophones ou d'un mot breton passé dans le français local ».

La question est donc posée : quels sont les bretonnismes que le paysan bas-breton a emprunté à sa langue et culture maternelle ?

Les repérages, définitions et classification des expressions fleuries et idiomatiques utilisées par notre écrivain sont entamés sur le site GrandTerrier, mais ce travail est loin d'être achevé. Toute aide est la bienvenue, signalez-nous les mots trouvés avec leurs n° de page, les corrections et explications complémentaires ...

D'ores et déjà, on apprend que les tours de physique sont en fait des tours de magie, qu'un gouapeur n'est pas un vaurien, que « friper en amour » c'est flirter, qu'extrémiser est du parler quimpérois, que « Ma Doue benniget » est l'expression favorite des bas-bretons, et enfin que, pour Déguignet, les mots « chupenn, «penn-ty », « rastell », « gast », « paotr-saout », « stang », « pilhaouer », « lammkein », « gwin ardant » ... n'ont pas besoin d'être traduits.

En savoir plus : « Recueil des bretonnismes de J.-M. Déguignet »
en espaces : [ Déguignet ] et [ Breton ]

En outre l'association Arkae nous informe que l’édition anglaise des mémoires de Jean-Marie Déguignet vient de faire peau neuve. L’éditeur et la traductrice Linda Asher ont placé sur la couverture le fameux poème « Petit panégyrique à mes écrits » :
To you, my writings, do I address these words today,
You consolers of my sad old age.
You are my children, luckless children,
Like me in this world, you are ignored.

En savoir plus : « DÉGUIGNET Jean-Marie - Memoirs of a Breton Peasant »
en espaces : [ Déguignet ] et [ Bibliographie ] .

Billet du 23.12.2011

3 Un village en 1939-40

« Je me souviens d'une année de complète liberté. Je jouais et courais, en sabots, et commençais à comprendre quelques mots de breton ... ».

La fête de Lestonan fut créée par Jean Lazou, instituteur à l'école communale depuis 1925. Le 2 juillet 1939 il était toujours actif dans le comité d'organisation, assisté de Jean-Pierre Quéré, patron du café-commerce et salle de bals de Lestonan, et d'Yves Pennanguer, employé à la Papeterie d'Odet.

L'engagement politique et social comme membres du parti communiste de Jean Lazou et de son épouse (également institutrice à Lestonan) aura marqué les habitants du quartier de Lestonan en cette période difficile d'avant-guerre.

D'après l'Ouest-Eclair, le clou de la fête de juillet 1939 fut le concours agricole avec les incontournables bêtes à cornes et les lapins, mais aussi les prix pour les meilleurs cidres et beurres. Pour le cidre le journaliste nota : « Les échantillons présentés étaient de qualité supérieure, doux et pétillant à souhait comme doit l'être le cidre de Cornouaille ». C'est René Beulz de Pennanec'h qui emporta le premier prix.

En savoir plus : « Les fêtes annuelles du quartier de Lestonan, Ouest-Eclair Dépêche de Brest 1936-1939‎ » en rubrique [ Reportages] .

Magdeleine Gloaguen, 8 ans et habitant au Havre avec sa mère, fut confiée à sa tante et son oncle Lazennec de l'automne 1939 au mois de juin 1940. Sa tante était à cette époque institutrice à l'école communale de Lestonan, et Magdeleine fit le récit de son séjour dans ce coin de campagne bretonne.

Elle nota dans ses souvenirs émerveillés : « Tous les écoliers étaient en sabots et nous les laissions, en rentrant de la cour de récréation, dans un grand couloir qui séparait les deux classes de l'école des filles. Je me souviens de cette enfilade de petits sabots que nous devions aligner bien soigneusement ».

En savoir plus : « L'année 1939-40 de Magdeleine Gloaguen à l'école communale de Lestonan‎‎ » en rubrique [ Mémoires des Anciens] .

Billet du 16.12.2011

4 Interview d'un supporter

« Quand on allait quelque-part on nous appelait les bouffeurs d’hosties, mais il y avait des gens de gauche ici aux Paotred, plus qu'au bourg ... »

Depuis quelques années déjà, on ne fait plus de pain à Stang-Venn, mais l'épicerie et le bar de Fanch Ster sont toujours ouverts. Ce dimanche là, l'ancien goal boulanger est derrière son comptoir comme d'habitude, et les « clients » viennent en voisins goûter au rosé. Suivant un rituel bien établi, ils réclament un morceau de craie pour inscrire leur pronostic pour le prochain match des Paotred ...

Et là Fanch explique : « Je suis né ici à Stang-Venn à la boulangerie en février 1930, j'aurais donc bientôt 82 ans. Mon père était boulanger aussi et il s'appelait François Le Ster comme moi. Il est allé à la guerre des tranchées ... ».

Et il répond volontiers aux questions : dans le temps, on livrait le pain en cheval, en « Chenard et Walcker », ou en fourgon Peugeot ? Pourquoi avoir fait en 1949-50 une saison comme goal dans l'équipe concurrente du bourg ? Pour quelle raison le club des pronostiqueurs des Paotred-Dispount de Stang-Venn n'a pas plus de 20 membres ?

En savoir plus : « Fanch Ster, boulanger à Stang-Venn et goal des Paotred » en rubrique [ Mémoires des Anciens] .

En introduction de l'interview on trouvera des liens vers d'autres articles sur les Paotred-Dispount, les Gars Sans Peur, qui vont fêter en leur centenaire en 2013, qu'on se le dise ! Entre autres : un article de Jean Le Berre et Laurent Huitric datant de 1977, un autre de 1984 relatant la fête des 70 ans, et un document totalement inédit de 1970 quand les employés de la papeterie élus au bureau du club de foot étaient devenus minoritaires, et que cela fâcha un tant soit peu la direction des établissements Bolloré.

Billet du 10.12.2011

5 Carnet d'un promeneur

« Si ces notes servent à mieux connaître Ergué-Gabéric en ce début de XXIe siècle, et contribuent à tisser des liens, l’objectif fixé sera atteint ... »

Au cours des 3 derniers hivers, Pierre Faucher s'est baladé, le plus souvent à pied, dans les villages de sa commune. Il en a recueilli des observations très intéressantes sur le patrimoine bâti et leurs aménagements riches de leur passé.

Dans son livre édité il y a une semaine dans le cadre des cahiers de l'association Arkae, il a rassemblé ses notes de promenade et les a complétées de cartes, de très belles photos de Gérard Calvar, d'encarts de journaux, d'interviews d'anciens et d'articles de bulletins communaux.

Les 9 quartiers visités sont : De Pont-ar-Marc'had à Kerdiles : Tréo-an-daou-zour ; La vallée du Jet, de Coutily, et le Cleuyou, en passant par Poulduic, Mélennec jusqu'à Meilh Pont-ar-Marc'had ; Le Rouillen, avec la route de Coray et la traversée de la voie expresse ; Le bourg et les fermes avoisinantes ; Lézergué, Quilihuec, et, de la Croix-Rouge à Lenhesq, Croas-Spern et Pen-Carn Lestonan ; Kerdévot et Niverrot ; Entre l'Odet et la route de Coray, de Pen-Carn à Loc'h-Laë, via Saint-André ; Lestonan ; De Tréodet à Quélennec. Le Stangala et la route de Sulvintin.

Parmi les découvertes inédites faites lors des promenades hivernales de Pierre Faucher, on notera le linteau en accolade avec une épigraphe datée du 16e siècle sur un penn-ty du village de Quélennec, près de la chapelle de St-Guénolé. La date serait relative à la construction de la petite maison ou alors aurait un rapport avec la chapelle voisine. L'année précise pourrait être 1503 ou 1559, les avis sont partagés.

En savoir plus :

Billet du 03.12.2011

6 Archives du 17e siècle

« Ont comparu Messire Guy Autret seigneur de Missirien, demeurant en son manoir à Lezergué, et écuier Allain de Kersulgar sieur de Mezanlez ... »

En admiration devant la beauté des documents d'archives de la famille « Le Roux-Cuzon » pour les villages de Kerellou et de Bohars, nous nous sommes attachés à transcrire et étudier les plus anciens d'entre eux datés de 1636-1638.

Il est question de Guy Autret, seigneur de Missirien et de Lezergué, signant un contrat d'acquêt du village de Bohars (écrit « Botgarz ») dont les droits de chefrente détenus par Alain de Kersulgar, sieur de Mezanlez, lui sont cédés. En contrepartie d'un surplus du montant de la vente, l'acheteur va s'engager sur le paiement d'une rente annuelle.

La trace d'un double sceau de cire est toujours visible sur le document de 1638. On est également surpris par les conditions dans lesquelles ce contrat d'acquêt est annoncé officiellement aux habitants d'Ergué-Gabéric. Un sergent royal général d'armes se déplacent par 6 fois à la sortie des grands messes du dimanche et, perché sur les marches du calvaire du cimetière près de l'église, il fait sa proclamation : « Estant sur la grande croix du cimetière lire accoustumé à faire les bannies, j'ay publié à haute voix en vulgaire langage breton et françois la teneur du contract d'aquest ». Outre les deux langues dites vulgaires, le breton et français, on remarquera les termes de « bannies » relatives à ces proclamations et expliquant l'origine de la formule de « publication des bans ».

Ces documents nous permettent aussi de mieux connaitre trois personnalités : Jan Le Masson, détenteur en domaine congéable du village de Bohars ; Guy Autret de Lezergué, l'acquéreur et prêteur ; les Kersulgar de Mezanlez, les vendeurs et emprunteurs. Et de comprendre le fonctionnement de cette rente « constitutée » que Mazarin et Colbert vont combattre par la suite.

En savoir plus : « 1636,1638 - Cession du village de Bohars d'Alain Kersulgar de Mezanlez à Guy Autret ».

Billet du 26.11.2011

7 Papetier chez Bolloré

« À cette époque, en 1925, la fabrication de ce papier était assez empirique et vraiment artisanale ». Louis Barreau (1898-1996), ingénieur papetier.

Retraité retiré près de Nantes, Louis Barreau a retracé le commencement de ses 39 années passées dans l'entreprise Bolloré de 1925 à 1964, et notamment ses séjours à Odet et Cascadec, en dactylographiant lui-même ses mémoires et en y incluant des croquis et illustrations en couleur.

La transcription ci-dessous de ces 19 pages de mémoires a été complétée par des extraits d'une chronique familiale écrite par Joël Barreau avec des précisions et autres anecdotes sur la vocation papetière de son père.

Dans une première partie, on trouvera des souvenirs regroupés par périodes, suivant le plan suivant : l'enfance et les fiançailles (grâce à Mme Bolloré mère), la découverte de l'usine à papier en 1925 (en l’occurrence à Cascadec au bord de l'Isole), la « dure » vie d'ingénieur papetier (sans oublier les sorties aux Folies Bergères à Paris !), l'affectation à l'usine d'Odet en 1929, et enfin les temps de guerre et de privations en 1939-45 (dont son expérience de marchand ambulant, à vélo, de cahiers de papiers à cigarettes à rouler O.C.B.).

Le ton de ces mémoires est enjoué, spontané et truffé de jeux de mots : « Une fois, à Odet, on nous avait livré du charbon à matières tellement volatiles que tout le tas s'échauffait en fumant de plus en plus. Il y avait eu alerte et arrosage copieux du délinquant ! J'avais pris sa température et établi des isothermes alarmants. Par bonheur, les douches répétées firent tomber la fièvre ».

La deuxième partie est consacrée aux 7 pages dactylographiées sur les techniques de fabrication du papier à cigarette. Louis Barreau qui avait une vocation de professeur explique didactiquement chacune des étapes d'élaboration du papier en vigueur à Odet et à Cascadec dans les années 1925-1940, en y incluant des anecdotes vécues personnellement et des croquis colorés.

En savoir plus :

Billet du 19.11.2011

8 Rentrée littéraire

« Ce mot n'existe pas (encore) dans les dictionnaires. Il y a bien gallicisme, anglicisme, latinisme, mais point de bretonnisme ! ». H. Lossec, Skol Vreizh.

Véritable succès populaire, le livre sur « les Bretonnismes » d'Hervé Lossec a réconcilié nombre de bretons avec leur langue natale, un français enrichi d'expressions bretonnes qui finalement ne sont ni « droch », ni « paour-kez » !

Et ce succès est de retour, puisque le tome 2 vient de sortir fin octobre. Encore plein de nouvelles tournures telles que « crever son ventre de rire », « il sait tourner sa crêpe », « il joue avec sa coiffe », « un coup de startijenn », « va revr gant al laboused ! » ...

Et comble de bonheur pour nous autres Gabéricois, c'est à Hervé Jaouen, grand écrivain breton de Kerdévot, que revient l'honneur de clôturer le fascicule : « Quand mes parents ont commencé à décliner, il y a déjà une quinzaine d'années, je me suis dit : hopala Veig ! il est grand temps de crocher dans un travail que tu remets toujours au lendemain : collecter ces drôles de formules qui font la saveur de leur seconde langue, le français. Hélas, à force de ruser mes botoù, j'ai fini par arriver trop tard ...  ».

En savoir plus : « LOSSEC Hervé - Les Bretonnismes ».

Dans un genre un petit peu différent, le livre écrit par Pierre Le Guirriec, petit mitron boulanger dès l'age de 15 ans, sur les procédés ancestraux de construction des fours de campagne et les techniques de cuisson du pain en Basse-Bretagne.

Chaque détail est expliqué et les termes bretons sont rappelés (en majuscules) : TI FORN (maison du four), MOUDENN (couverture de mottes herbeuses), TOUL-KANTELOR (trou à chandelle), ROZEMM-GAMM ou ROZELL-FORN (racloir, râble), PALIG-FORN (pelle à pain), KOLOENN (panier plat en osier), TORZH (miche), TORZHIOUS (grosses boules), DAOLL-TOAZ (table pétrin) ... Sans oublier en annexe une liste de proverbes et d'expressions populaires, comme « Poazhaén a ra e vara en o form » ("Il cuit son pain à leur four", il pense comme eux, il fait partie de la même coterie).

Pour ce qui concerne Ergué-Gabéric, on retiendra page 34 le four de Kerrous (adossé sous cheminée), page 45 la photo du four de Creac'h-Ergué (avec sa couverture en herbe), et les pages 59 et 60 consacrées à une visite du four au pain de Meilh-Poul au Stangala.

En savoir plus : « LE GUIRRIEC Pierre - Fours en granit et pains de campagne en Basse Bretagne ».

Billet du 11.11.2011 - Cette semaine, en rubrique Déguignet, vous trouverez également une étude inédite sur les 196 vers de la gwerz de la ville d'Ys, écrite par le jeune breton Olivier Souvestre et découverte par le paysan bas-breton en 1851-54.

9 Souvenirs de poilus

La fête de commémoration de l'Armistice du 11 novembre 1918 approchant, voici deux témoignages et évocations du conflit par des gabéricois :

Grûss aus Friedrichsfeld - Le bonjour de Friedrichsfeld.        Kriegsgefangene Franzosen - Prisonniers de guerre français.
Grûss aus Friedrichsfeld - Le bonjour de Friedrichsfeld. Kriegsgefangene Franzosen - Prisonniers de guerre français.

En septembre 1916 dans l'Ouest-Eclair, deux entrefilets relatent le retour au pays d'un prisonnier de guerre, évadé d'Allemagne.

Il s'agit de René, l'un des fils Morvan de la ferme de Kernilis, et son premier témoignage en dit long sur ses conditions de détention : « Les rations sont très minimes. Le café est fait avec de l'orge grillé ; la soupe de maïs et de l'orge ; des œufs de poisson qui sont immangeables. 300 grammes de pain par jour et par homme. Ils donnaient aussi un peu de pommes de terre, mais le plus souvent, c'était remplacé par des betteraves et des navets ».

Dans le deuxième article, le journaliste nous raconte l'évasion de René et d'un compagnon prisonnier du camp de Friedrichsfeld et de la ferme dans laquelle ils travaillaient : « Le soir ils se mirent en route et marchèrent jusqu'à l'aube. Une seconde journée fut encore consacrée au repos et la nuit suivante ils marchèrent de nouveau. Cette marche dans les ténèbres, ils la faisaient souvent en rampant. Ils durent franchir des fils de fer barbelés ayant plus de 2 mètres de hauteur ; ils traversèrent plusieurs marais et une rivière à la nage ».

En savoir plus : « Evasion de René Morvan d'un camp de prisonniers en Allemagne, L'Ouest-Eclair 1916 »

La deuxième évocation est celle du brigadier fourrier Pierre Tanguy, futur maire d'Ergué-Gabéric (de 1929 à 1945), par la lecture attentive de son cahier de campagne où il notait tous ses déplacements, batailles et permissions.

Les périodes en 1ère ligne face à l'ennemi, dans les tranchées, attaques et retraites, y sont notées de couleur rouge, et on y trouve entre autres la prise du Mont Cornillet, la défense du fort de la Pompelle, l'offensive de St-Pierre-Aigle ...

En savoir plus : « 1915-1919 - Cahier de campagne du brigadier fourrier Pierre Tanguy »

Billet du 05.11.2011 - Avis : si vous aviez d'autres documents (lettres, livrets militaires, médailles, décorations ...) datant de cette période 1914-18, et concernant un ancien gabéricois, nous sommes fortement intéressés pour les étudier, et éventuellement les publier.

10 Plaque inaugurale à Odet

« Celui qu'on appelait An Aotrou Le Marié, était l'un des plus fins papetiers de France, presque l'égal de ses amis, les Montgolfier » Abbé André-Fouët

Qui étaient donc les vrais fondateurs de cette papeterie dont on posa la première pierre le 19 février 1822 ? En 2022 aura-t-on oublié que 200 ans plus tôt, ce n'est pas un Bolloré qui créa l'entreprise familiale ?

Les réponses sont précisément dans le texte de la plaque inaugurale de plomb qui était, dit-on, placée naguère à l'entrée de l'usine. Nous proposons ici le texte attesté historiquement, et non la version falsifiée insérée dans certaines biographies.

Les fondateurs de 1822 étaient au nombre de trois, pas plus :

  • un entrepreneur d'origine normande, Nicolas Le Marié,
  • un mécanicien anglais, Thomas Doidge,
  • un maitre-maçon morbihanais, Jean-Marie Josset.

Pourquoi avoir falsifié ce document en 1930 dans le «  Livre d'or des papeteries » édité par René Bolloré en introduisant un pluriel dans la première phrase : « Nicolas Le Marié et R.-G. Bolloré, de Quimper ... » ? Comme s'il était devenu impératif d'accoler le nom de Bolloré à la fondation pour redorer une image d'entreprise familiale.

Et quelles étaient les deux autres manufactures bretonnes à adopter une pile à cylindre qui permettait de raffiner le chiffon en une dizaine d'heures pour en faire de la pâte à papier ? Avant d'être complétée en 1834 par une machine à toile et rouleaux sécheurs - pour remplacer cuves et perches à sècher - en provenance d'Annonay, pays des Canson et Montgolfier.

En savoir plus : « La plaque inaugurale de la manufacture de papiers d'Odet en 1822 »

Billet du 29.10.2011

11 Extinction de la mendicité

« Cette bonne femme était une mendiante professionnelle; elle se chargeait de m’apprendre l'état. Elle indiqua à ma mère comment il fallait confectionner ma besace ... » Jean-Marie Déguignet, Mémoires d'un paysan bas-breton, 1844.

Pour compléter les propos de Déguignet, on trouvera ici un premier document daté de 1847 qui recense nominativement les 29 mendiants « adultes » de la commune, avec mention de l'âge, état marital, invalidité, et enfants éventuels de moins de 12 ans :

  • Une forte majorité de femmes, à savoir presque 70%, et parmi elles la moitié sont veuves.
  • De nombreux enfants de moins de 12 ans et de parents mendiants : 37 contre seulement 29 indigents considérés comme adultes.
  • La moitié des adultes sont incapables de travailler, la plupart en raison « d'infirmités qui les rendent impropres à toutes espèces de travaux ».

Et que penser de l'indigente n° 26 Marie-Louise Lebatt qui n'a que 14 ans ?

  • elle « mendie pour nourrir ses frères et sœurs dont elle est le seul soutien ».
  • elle est dans « la nécessité... de pourvoir à tous les besoins de quatre frères et sœurs en très bas âge ».

À Ergué-Gabéric, le nombre d'indigents était-il inférieur ou supérieur aux chiffres constatés en Basse-Bretagne au 19e siècle ?

Image:Right.gif En savoir plus : « 1847 - Etat nominatif des mendiants gabéricois »

Une deuxième série de documents, également inédits, illustrent la lutte menée de 1858 à 1864 contre la mendicité et la façon dont le maire a exécuté « l'œuvre si éminemment chrétienne et civilisatrice  » du préfet du Finistère, le baron Charles Richard.

Les indigents de la commune étaient recensés annuellement : d'une part les enfants de moins de 12 ans (au nombre de 40 en 1858 et 47 en 1860), et d'autre part les adultes (40 en 1858 et 53 en 1860).

Comment les mesures, essentiellement d'aumône et d'accueil des enfants chez des bienfaiteurs, ont réduit localement la pratique de la mendicité ? En 1862, passant à une étape dite de « répression », le préfet demanda même au maire de prendre un arrêté d'interdiction de la mendicité, ce bien avant Quimper et les autres communes voisines.

Image:Right.gif En savoir plus : « 1858-1864 - Actions municipales pour l'extinction de la mendicité »

Billet du 23.10.2011

12 Salle Nédélec au Bourg

« On pourra voir sur scène des filles avec des garçons jouant la comédie. Des jeunes paysans donnant un spectacle !  » Guill. Kergourlay, JAC 1949.

Les Nédélec qui tenaient le café-épicerie de Kerdévot achetèrent en 1950 la boulangerie Balès du Bourg, et ils s'agrandirent ensuite avec la reprise de la boucherie de Charles Bizien.

Avec les commerces, il y avait également une salle de danses et de noces à laquelle on accédait par la cour intérieure ouverte sur la rue longeant le presbytère. La salle était à l'étage et on y entrait par le grand escalier extérieur en ciment. Avant les Nédélec, la salle servait surtout aux bals et repas de noces.

Ensuite, la salle fut utilisée surtout par la JAC (Jeunesse Agricole Catholique) qui y jouait des pièces de théâtre amateur, en langue française généralement, mais aussi des sketchs en breton. Lorsque les entrées étaient payantes la billetterie était installée à l'entrée de la cour.

Les jeunes de toute la commune participaient à ce mouvement d'après-guerre, ce qui faisait l'affaire des vicaires Vourc'h et Roignant. Qui étaient donc les jeunes filles et jeunes gens impliqués dans la JAC ?

La scène de la salle était agrémentée d'une fresque peinte représentant la chapelle de Kerdévot, tableau réalisé dans les années 1950 par Pierre Le Corre qui habitait le bourg et qui était peintre en bâtiment.

Comment cette peinture fut réalisée ? Qu'en reste-il aujourd'hui, photographies à l'appui ?

En savoir plus : « Une fresque pour les spectacles de la salle Nédélec »
en rubrique [ Mémoires ] et thématiques [Jeux, fêtes et loisirs]

Cet article est aussi une invitation à communiquer d'autres témoignages sur cette période de renouveau après-guerre. Les anciens de la commune ont certainement à nous faire partager des souvenirs inédits sur la salle Nédélec.

Billet du 15.10.2011

13 Chroniques automnales

« Kannad dim. -IG m (où) : message, courrier & -ed messager, & envoyé, par extension député, & kannadig parrez, bulletin paroissial » dict. Favereau.

Comme cela fait presque trois mois que le dernier Kannadig est sorti, il est temps de vous proposer les 24 pages trimestrielles de reprise intégrale et de remise en forme des nouveaux articles du site GrandTerrier.

Le sommaire de ce présent numéro n° 16 est le suivant, avec comme d'habitude un mélange d'évènements historiques, de souvenirs d'anciens, de documents d'archives, de vieilles photos, de richesses du patrimoine ... et les réponses au questionnaire mis en ligne en juillet :

  • Le Grand Quizz Gabéricois « Mémoires Histoire Patrimoine ».
  • Les mémoires de Petit Louis, ingénieur papetier inventif.
  • Le Football-Club, l’U.S.E.G., l’A.E.G. et le bretonnisme Payot.
  • Fourches Patibulaires de Kerelan de 1425 au 18e siècle.
  • Mineurs au fond de la mine d’antimoine de Kerdévot.
  • Les armoiries du Fou sur la maîtresse-vitre de Kerdévot.
  • L’observateur Déguignet en campagne coloniale en Algérie.
  • Vraies et fausses maisons nobles du 15e siècle à Ergué-Gabéric.
  • Observation d’éclipse de lune en 1697 par un recteur inspiré.
  • Exilés gabéricois mis à l’index par l’autorité révolutionnaire.
  • Une épigraphe gothique sur une pierre de calvaire au Cleuyou.
  • Les réponses au quizz « Mémoires Histoire Patrimoine ».

Téléchargement et lecture du bulletin : « Kannadig n° 16 Octobre 2011 »

Pour les abonnés, l'envoi papier par la voie postale se fera courant de la semaine prochaine. Le numéro n° 17 est prévu pour les fêtes de fin décembre. En attendant, les sujets pour les prochains articles ne manquent pas, loin s'en faut, et le blog hebdo va poursuivre son rythme de croisière.

Billet du 08.10.2011

14 Au fond de la mine

« Ni 'laboure evel gozed ha dour o tiverañ e peb lec'h » (nous travaillions comme des taupes et l'eau coulait partout). Yann Reun Even, 1975.

Dessin de Laurent Quevilly
Dessin de Laurent Quevilly

La légende raconte qu'un moine bénédictin allemand, qui avait extrait du stibium, autrement dit de l'« anti-moine », voulut faire bénéficier ses frères moines des vertus stimulantes du minerai, ce qui les firent tous passer de vie à trépas ...

Plus prosaïquement quelle était la vie quotidienne à la mine d'antimoine située près de la chapelle de Kerdévot et mise en exploitation en 1913-15 et 1927-28 ?

Le premier témoignage est celui de Yann-Reun Ewen, survivant gabéricois de la première équipe des mineurs de Kerdévot, interviewé en 1975 par son petit neveu Yann-Kel Kernalegenn. L'entretien fut publié dans la revue « Evid ar Brezhoneg » :

  • « Ur siminal a oa da ziskenn d'an traoñ hag aze ne oa ket sklaer, me 'lavar dit, paotr. Med ul letern a veze gant pen hini, a yae en-dro gant karbur. » (Il y avait une cheminée pour descendre en bas et là c'était sombre, je te le dis, mon gars. Mais chacun était muni d'une lanterne au carbure).

La deuxième source, publiée dans la belle et sérieuse revue « Les Cahiers de l'Iroise » en juillet 2010, est le travail de l'historien et géologue Louis Chauris, docteur-es-Sciences naturelles et directeur de recherche au CNRS. Au travers de documents inédits des Archives Départementales de Quimper, il nous révèle les nombreux conflits d'intérêt qui apparaissent dès la découverte du minerai, et entre autres les tractations lors des deux grèves de 1913 et 1927 :

  • « Une augmentation de 0,25 F par jour a été accordée ; jusqu'alors, les ouvriers de l'extérieur ("au jour") gagnaient 3,25 à 3,50 F ; ceux de l'intérieur ("au fond"), de 4 à 4,25 F. Satisfaction également donnée en ce qui concerne la demande de feu aux heures des repas et la nuit. "Il est vrai - constate le rapporteur - que les mineurs ont continuellement les pieds dans l'eau et que celle-ci tombant de partout, leurs vêtements mêmes sont vite mouillés" ».

En savoir plus  :

Image:Square2Blue.gif« Yann-Reun Even, dindan an douar er vengleuz e Kerzevot », en rubriques [Breton] et [Mémoires].
Image:Square2Blue.gif« Louis Chauris, les conflits d'intérêt à la petite mine d'antimoine de Kerdévot », en [Bibliographie].

Dans ces deux articles, vous trouverez aussi des pointeurs vers les autres sources inédites d'information :

  • Le chapitre sur la mine dans l'ouvrage d'Alain Le Grand. La photo des mineurs en 1915. La demande préfectorale pour un dépôt d'explosif en 1927. Les coupures des journaux d'époque : L'Ouest-Eclair, Le Finistère, Le Citoyen. Les articles dans Ouest-France de Laurent Quevilly en 1986-87. Le compte-rendu de la mission d'expertise de la BRGM suite aux éboulements de 2001.

Billet du 01.10.2011

15 Patibulaires de 1425

« Puis çà, puis là, comme le vent varie, À son plaisir sans cesser nous charie. Plus becquetez d’oyseaulx ... » (François Villon, Ballade des pendus)

Jusqu'en 1424-25, ni le seigneur évêque de Quimper, ni les autres seigneurs bretons de même rang, n'avaient un véritable droit de haute justice, car ils ne pouvaient pas procéder aux exécutions des condamnations à mort. Ils devaient obligatoirement présenter les condamnés devant la justice ducale.

En 1425, sur l'autorisation expresse du duc de Bretagne Jean V dit le Sage, l'évêque Bertrand de Rosmadec put ériger ses propres fourches patibulaires, comme l'attestent les références de cette lettre de concession dont nous avons retrouvée la trace via :

  • Les « Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne de 1429 à 1431 » rassemblés et annotés par René Blanchard.
  • Les « Consultations et observations sur la coûtume de Bretagne » de Pierre Hévin avocat au Parlement de Bretagne.

Ces patibulaires épiscopales seront bâties sur la montagne de Kerelan, à l'époque rattachée à la paroisse de Lanniron, et elles y resteront debout jusqu'à la Révolution.

En savoir plus  : « 1425 - Lettre de concession du duc Jean V pour l'érection de fourches patibulaires » en [Fonds d'archives].

Nous avons aussi publié l'aveu complet du seigneur de Coëtlogon, un de ses successeurs de Bernard de Rosmadec à l'Evêché de Quimper en 1682, avec l'ensemble de ses propriétés et résidences dans la région quimpéroise. Ce document, consultable aux archives départementales de Loire-Atlantique (et également à Quimper sous la forme d'une copie), est très bien conservé et son écriture en est très lisible.

Et outre les « justices et patibulaires à quatre pots de pierre sittués au haut d'une montaigne proche et es enclaves du village de Kerelan près le manoir du Cluziou », il décrit aussi les dix autres propriétés de l'évêque sur la paroisse d'Ergué-Gabéric, avec des indications intéressantes sur certains noms de lieux-dit.

En savoir plus  : « 1682 - Possessions gabéricoises du seigneur de Coëtlogon, évêque de Quimper‎ », publié en [Fonds d'archives].

Dessin inspiré d'un croquis de Laurent Quevilly :
« Colline des pendus à Concarneau, OF-LQ 1984 ».

Billet du 24.09.2011

16 Opinions anti-racistes

« Qu'aurait pensé Jean-Marie Déguignet de la révolution arabe de 2011, une lutte des petites gens contre les élites autocrates ? »

Caserne de Collo, Algérie
Caserne de Collo, Algérie

La situation était bien différente au 19e siècle, l'armée coloniale française était déployée en Algérie pour des opérations de "pacification", et pourtant le soldat observateur exprimait de l'empathie et de la bienveillance pour les algériens.

Les autres raisons pour publier cet article sur une campagne militaire en terre arabe :

  • Des sites internet consacrés à Collo, Constantine et la Kabylie en Algérie citent de larges extraits de ses mémoires pour illustrer l'histoire de ces lieux, ce qui démontrerait que les écrits d'un homme de troupe atypique dans l'armée coloniale ne sont pas inintéressants.
  • Dans la publication de l'intégrale en 2007 le titre de sa campagne est libellé « guerre de Kabylie » alors que son temps fut occupé par des opérations de pacification en dehors de la Kabylie, notamment à Collo-Constantine et à la frontière tunisienne ; seule la dernière étape algérienne est consacrée au conflit kabyle.
  • Cette évocation, tronquée car plusieurs pages du manuscrit sont manquantes, devrait être complétée par un autre texte dit « Résumé de ma vie » où il est question de la visite d'un certain Badinguet, alias Napoléon III, venu inspecter ses troupes à la fin du conflit.

En savoir plus  : « Jean-Marie Déguignet et sa campagne d'Algérie (1862-1865) », publié dans l'[Espace Déguignet].

Il y a deux semaines, avant le pardon de dimanche dernier, un concert était organisé à la chapelle de Kerdévot. Dans un billet très tendancieux le site internet du mouvement breizatao, aka BA, l'a relaté. Un article qu'on aurait aimé ne pas mentionner tant il est éloigné de nos convictions sur GrandTerrier.net. Le journal en ligne breizatao.com, résurgence des journaux autonomistes de 1919-1939 et 1944, est connu pour ses déclarations revendiquant un État national breton, et récemment pour avoir émis des propos racistes à l'encontre de Yannick Martin le sonneur du bagad Kemper.

En savoir plus  : « Peste brune à Kerdévot, BA 2011‎ » en rubrique [Reportages].

Billet du 17.09.2011

17 Inscription gothique ?

« Qui dira où et qui qui fut plantée la première croix de granite sur la terre armoricaine ? » (Y.-P. Castel, "En Bretagne croix et calvaires" p. 197)

Quand Ursula et Werner Preissing ont fait l'acquisition du manoir du Cleuyou en 2008, ils ont découvert cette pierre dans une pièce de ce chateau qu'ils allaient restaurer. Il s'agit d'une très belle pierre circulaire évasée avec une inscription mystérieuse et ayant probablement servi de socle à un fût de calvaire de section carrée.

L'inscription ou épigraphe, vraisemblablement en écriture gothique et difficile à déchiffrer, pourrait dater d'avant le 16e siècle, ce qui classerait cet élément de calvaire parmi les plus anciens de Basse-Bretagne. Nous avons tenté de la déchiffrer et de la comparer avec les autres inscriptions similaires référencées par des spécialistes comme l'abbé Yves-Pascal Castel.

Vous trouverez dans ce nouvel article les photos, les descriptions, les documents de travail et l'avancement de l'enquête autour du déchiffrage. Si vous avez des idées pour résoudre ce qui est une véritable énigme, nous sommes bien sûr intéressés par toute remarque ou suggestion.

En savoir plus  : « Une épigraphe gothique sur une pierre de calvaire au Cleuyou ? » en rubrique [Patrimoine].

Cette étude nous a amené à revisiter l'article sur les croix et calvaires de la commune en le rendant plus lisible et surtout en y ajoutant quelques dizaines de photographies supplémentaires.

En savoir plus  : « Les croix et calvaires d'Ergué-Gabéric‎ » en rubrique [Patrimoine].

Billet du 10.09.2011

18 Bretonnisme gabéricois

Qui n'a jamais entendu parlé de cet endroit sur le Jet accessible par les prairies de Meil Pennarun en Ergué-Gabéric et de Keraudren en Ergué Armel ?

L'endroit était fréquenté par toute la jeunesse du Bourg qui en avait fait sa plage. Et l'USSEG, l'Union Sportive d'Ergué-Gabéric (rebaptisée AEG en 1956) l'avait adopté dès 1948 pour sa Fête annuelle de l'Eau. Quand on y allait, on disait qu'on allait « au payot ».

La fête se déroulait à cet endroit précis au bord du Jet. En fait ce terme payot correspond à un véritable bretonnisme (*) local, car l'expression franco-bretonne « aux palioù » (prononcée payot) désignait les vannes en amont du moulin de Meil-Pennarun. Le mot breton « Pal » au singulier, « ar bal », représente ce système de glissière laissant rentrer l'eau de la rivière dans le bief.

Après quelques années d'interruption, la Fête estivale de l'Eau reprit en 1972, pour le compte de l'AEG (Amicale d'Ergué-Gabéric). La nouvelle formule était devenue plus celle d'une kermesse traditionnelle, les jeux nautiques sur le Jet ayant été abandonnés pour des raisons de sécurité. Elle se déroulait dans la grande prairie (« foennec vras ») de Pennarun, à 100 mètres en aval par rapport « au payot » (autrement dit « aux palioù »).

On trouvera dans l'article ci-dessous l'histoire et d'autres anecdotes sur le club sportif l'USEG-AEG, des photos de 1948 et 1957, ainsi les documents qui ont officialisé en 1956 la transformation de l'USEG (créée en 1945) en AEG.

En savoir plus  : « 1948-1956 - Fête de l'Eau, dissolution de l'USEG et création de l'AEG »

Ces explications et documents nous font revoir les légendes de photos des précédents articles publiés en mai dernier et dans le Kannadig de l'été. En effet les périodes et dates n'y étaient pas correctement mentionnées, et on y a ajouté quelques noms sur la photo de 1949.

En savoir plus  : « 1939 - Dossier d'agrément de la Société "Le Football Club d'Ergué-Gabéric"‎ », « 1949,1970 - Joueurs de foot à l'USEG (Union Sportive) et à l'AEG (Amicale d'E.-G.) », articles accessibles dans la catégorie [Associations] où l'on trouve aussi des coupures de presses, et également des articles sur l'équipe de football concurrente.

Billet du 03.09.2011

(*) : Hervé Lossec dans son excellent livre, « Les Bretonnismes », illustré par Nono et tiré à plus 200.000 exemplaires depuis novembre 2010, a créé ce concept autour des « tournures, d'expressions en français local colorées par des structures et un vocabulaire directement issus de breton », et poursuit encore à ce jour des recherches sur de nouveaux bretonnismes dans les colonnes d'Ouest-France.

19 Jeux taquins, jeux malins

Q20 - Comme indiqué sur la carte Cassini, deux réponses étaient attendues, chacune comptant pour un 1/2 point : Ergué-Guberie et le Grand Terrier.

On se voulait un peu taquin quand on a lancé le quiz de l'été courant juillet : « vingt petites questions sur les aspects habituels du site GrandTerrier, à savoir les passeurs de Mémoires, les sources Historiques et les richesses du Patrimoine communal ». En notre fors intérieur, on pensait que, compte-tenu de la diversité des questions et de la précision des sujets, ça ne serait pas facile de répondre. Et donc on a publié en temps réel les réponses des uns et des autres, sans publier le score toutefois, pour donner un coup de pouce.

Et là surprise, dès le lancement du jeu les scores ont été élevés ! C'est le moment de les dévoiler et de donner des explications sur les réponses. Chapeau bas à ceux qui ont obtenu un score d'au moins 18 sur 20, à savoir Christian Cabellic, Ladien, Amzergollet et Nihouarn. La palme
revient à Christian avec 19,5 points, mais peut-être que ses ancêtres fondateurs de la commune aux 12-13e siècles l'ont un peu aidé !

La question la plus difficile était sans doute la n° 14, à savoir la provenance de l'argent pour l'acquisition de la chapelle de Kerdévot à la Révolution : Jérome Crédou n'était finalement que le prête-nom de l'assemblée des paroissiens, l'argent provenant des fonds d'une quête spéciale au niveau de la commune ; dix quêteurs furent désignés pour lever les fonds et organiser la collecte dans chacune des 10 trêves de la paroisse.

En savoir plus sur le corrigé intégral du quiz : « Réponses au Jeu Questionnaire »

Comme l'été n'est pas tout-à-fait fini, nous vous proposons un vrai jeu de taquin, moins intellectuel que le quiz, mais demandant par contre de la persévérance. Il s'agit de découvrir les réponses à une question en réordonnant les pièces d'un tableau réalisé par un artiste gabéricois, à savoir Per Corre. Armez-vous de patience, n'abandonnez pas face à la difficulté de faire tourner les pièces sans casser le rangement obtenu jusqu'à présent, et lorsque vous aurez fini on vous dira tout sur P... C... près de L...

Pour essayer le nouveau jeu  : « Jeu de taquin »

Billet du 27.08.2011

20 Petit Louis, ingénieur inventif

« Nous sommes très attachés à Odet et Quimper et aimerions que la mémoire locale de notre père soit conservée », Marie-Noelle, Joël et Gildas Barreau

Surnommé « Petit Louis » parce qu'il était très grand de taille, c'était une figure attachante des papeteries Bolloré des années 1930-60. Depuis son premier poste à Cascadec et son laboratoire à Odet, il connaissait individuellement tout le monde dans les usines Bolloré, et il participait à toutes les innovations technologiques. Il était de cette génération qui a vu arriver la célèbre formule publicitaire qui fit les ventes du papier à cigarettes O.C.B. : « Si vous les aimez bien roulées ... ».

À Odet, sa contribution professionnelle ne s'est pas arrêtée aux activités de son laboratoire de chimie. Il créa notamment une bibliothèque pour le personnel de la papeterie. Et il assura également le gravage de toutes les plaques de présentation des objets et poissons exposés au musée océanographique.

En début de semaine de cette mi-août, trois de ses huit enfants se sont retrouvés à Odet-Lestonan pour partager ces souvenirs avec les anciens papetiers, revoir l'usine à papier et ses environs, ainsi que l'école St-Joseph où l'un d'entre eux fut pensionnaire. Et aussi pour révéler l'existence de cahiers de souvenirs rédigés par leur père sur sa vie à Cascadec, Odet et autres lieux.

En savoir plus  : « Louis Barreau, ingénieur papetier » dans la rubrique [Mémoires d'Odet]

En complément une photographie relativement récente des médaillés du travail employées aux papeteries Bolloré de Cascadec en Scaër et d'Odet en Ergué-Gabéric. La photo est prise en 1981 alors que le jeune Vincent Bolloré venait de prendre les commandes de l'entreprise familiale. Pour l'instant, seuls quelques noms ont été inscrits. Cela paraît très facile de compléter leur identification, car, même si certains sont aujourd'hui décédés, ils sont tous encore présents dans les mémoires.

En savoir plus  : « 1981 - Médaillés du travail aux papeteries Bolloré d'Odet et de Scaër » en rubrique [Reportages]

Billet du 20.08.2011

21 Un intellectuel en exil

« J'ai composé cette grammaire pour qu'elle satisfît quelques lettrés et avides de science » Alano Dumoulin, presbytero, encomii regni Bohemie authore

L'association Arkae a publié cet été son cahier n° 14, une biographie alimentée par des documents d'archives finistériennes et tchèques. En effet ce prêtre gabéricois réfractaire se mit en opposition aux autorités révolutionnaires dès 1790 et dut s'expatrier d'abord à Liège, puis à Prague où il publia des ouvrages savants dont une grammaire latino-celtique.

Grâce à cette étude, on en sait un peu plus sur les conditions d'exil du prêtre, notamment par des lettres et documents conservés à la Bibliothèque nationale de Prague. Une énigme subsiste, à savoir le nom de la famille princière qui l'embaucha comme précepteur.

Bernez Rouz y analyse également le contenu des principales publications ou cahiers d'Alain Dumoulin, notamment la célèbre grammaire latino-celtique qui fut critiquée par le corpus bretonnant, mais qui contient néanmoins quelques pièces intéressantes pour l'étude de la langue bretonne.

En savoir plus  : « ROUZ Bernez - Alain Dumoulin dans la tourmente révolutionnaire » en rubriques [Biblio] et [Breton]

En complément on signalera également cinq documents d'archives donnant l'identification des 130-180 nobles et curés de la région quimpéroise qui ont du émigrer face aux évènements de la Révolution Française. Les listes ont été établies par le Directoire du District de Quimper.

Deux d'entre elles sont éditées en grand format par l'imprimerie Barazer de Quimper. Elles étaient destinées à être placardées dans les lieux publics afin de bien communiquer à la population les noms des personnes réfractaires, anti-révolutionnaires et condamnées à l'exil. Et parmi les onze émigrés gabéricois, il y a bien sûr Alain Dumoulin.

En savoir plus  : « 1792-1795 - Liste des citoyens absents et réputés émigrés » en [Fonds d'archives]

Billet du 12.08.2011

22 Noblesses de 1426 à 1562

« le pouvoir admettait que "chascun noble homme" pût exempter "en son manoir, un mestaïer, là où le seigneur du lieu face sa résidence" » J. Kerhervé

Dix ans après avoir publié la Réformation des fouages de 1426 pour la Cornouaille, Hervé Torchet vient de publier la « Montre générale des nobles » de cet ancien diocèse qui eut lieu les 4 et 5 septembre 1481 à Carhaix. Une étude héraldique accompagne également l'ouvrage, ainsi que deux cartes de Cornouaille montrant l'évolution de la démographie nobiliaire de 1426 à 1481.

Pour les cinq nobles gabéricoises et leurs escortes "se montrant" en 1481 à Carhaix avec leur « brigandine, vouge et pertuisanne », la liste est celle étudiée par ailleurs par Norbert Bernard et le chevalier de Fréminville.

Cette publication nous donne en fait l'occasion de revenir en arrière sur le document de 1426 présentant les exempts gabéricois à l'impôt roturier des fouages pour raison de dépendances nobles, et de retracer nos soldats gabéricois défilant avec leur « corselet et pique-sèches aux montres Cornouaillaises de 1481 à 1562.

Et de noter le rôle des habitants quand il s'agit de la reconnaissance de l'ancienneté d'un lieu noble, que ce soit par exemple le manoir de Kergonan, ou alors celui de Quénécrazec : « Yvon Gal, demeurant audit lieu sous Jehan Kervastar, noble, qui le veut sauver de contribuer es fouages, et lesdits paroissiens le contrarient, néanmoins ont été exemptés longtemps a, et semble ledit lieu n'être pas manoir ancien. Il payera.  ».

En savoir plus => « 1426 - Exemptions gabéricoises à la Réformation des fouages‎ » ¤ « 1481 - Monstre de l’Evesché de Cornouailles‎ » ¤ « 1536 - Réformation des personnes et des terres en Ergué-Gabéric » ¤ « 1562 - Monstre de l’Evesché de Cornouailles‎ » ¤ 

Billet du 06.08.2011

23 Eclipse lunaire en 1697

« Après avoir paru obscure, elle reviendra tout à coup, si brillante, que l'éclat de sa lueur surprendra autant et plus que son obscurité n'aura faict »

Christophe Colomb montrant une éclipse
Christophe Colomb montrant une éclipse

Une éclipse lunaire est une occultation de la lune se produisant à chaque fois qu'elle se trouve dans l'ombre de la Terre. Chaque année en moyenne deux éclipses lunaires sont observables de notre planète. En octobre 1697 le recteur d'Ergué-Gabéric en fit une description alors qu'il rédigeait un acte de baptême.

Les termes utilisés n'étaient pas très scientifiques et relevaient d'une prédication plutôt moraliste :

  • « une eclypse sur la lune qui nous pronostique et faict esperer un plein repos dans les troubles mesme les plus grands et les affaires les plus obscures ».
  • « cet astre ne se cachera à nos yeux que par la jalousye du Soleil qui ne pouvant esclairer que peu de gens dans le trouble et dans le désordre s'en prendrera à son opposé »,
  • « Dieu veille par sa Sainte-Miséricorde que je ne me trompe pas dans l'explication de ce que j'ay apperçu ».

Au-delà de l'explication gabéricoise, l'éclipse lunaire du 29 octobre 1697 fut l'objet d'observations de la part de nombreux scientifiques européens contemporains. Et notamment Jacques Cassini, le fils, membre de l'Académie Royale des Sciences, depuis Rotterdam : « Pour me préparer à l'observation de l'eclipse de Lune, je dressai au Pole la grande lunette de mon Octans, & après l'avoir arrêté dans cette situation, je plaçai dedans le tuyau, un Cilindre mobile autour de son Axe, à l'extrémité duquel, il y avoit un genou qui portoit une lunette de 4 pieds, de sorte que lorsque cette lunette étoit dressée à un astre, en la laissant tourner autour de son Axe, elle le suivoit & décrivoit un parallele à l'Equinoxial ».

En savoir plus => « 1697 - Observation d'une éclipse de lune par le recteur Jean Baudour »

Billet du 02.08.2011

24 Quiz gabéricois de l'été

Le sphinx demanda à Œdipe : « Quel est l'être qui marche sur quatre pattes au matin, sur deux à midi et sur trois le soir ? »

Pour ce qui nous concerne, le questionnaire de l'été sera moins tarabiscoté. Il s'agit d'un devoir de vacances comportant 20 petites questions sur les aspects habituels du site GrandTerrier, à savoir les passeurs de Mémoires, les sources Historiques et les richesses du Patrimoine communal.

Même si vous hésitez sur certaines questions, on vous encourage à tester jusqu'au bout vos connaissances et vos intuitions : un seul clic par question, comme dans un QCM (Questionnaire à Choix Multiples).

Quand tout le monde aura tenté sa chance, on fournira un corrigé qui donnera précisément la toponymie de Griffonés, la définition du blason, la légende de Kerdévot, le facteur d'orgues, les origines du moulin à papier, la chanteuse de gwerz, le saint patron, le contemporain de Déguignet, l'architecte audacieux, l'expression bretonne locale ...

Et pour vous donner tout de suite un extrait rigolo de cette dernière catégorie, voici la question n° 17 :

Que veut dire l'expression bretonne typiquement gabéricoise "Hennezh neus tremened Pont ar C'hleuyou " ?

Tentez votre chance => « Le questionnaire gabéricois », dans la joie et la bonne humeur.

Billet du 21.07.2011

25 Chroniques estivales

«  Bravo Ergué ! Les pauvres sœurs d'Ergué-Gabéric ont été jetées hors de leur école ... La population a énergiquement protesté.  » (Ouest-Eclair, 1902)

La phrase de journaliste ci-dessus est un extrait d'un reportage publié récemment sur le site et repris dans le nouveau bulletin. Un autre exemple en 1929 illustrant aussi l'énergie et la joie de vivre : « Ce fut une véritable fête de famille où se manifesta une fois de plus l'union et la sympathie qui règnent entre tous à Odet et à Cascadec ». Et enfin daté de 1642 : « Je seroy dimanche le coeur de vostre festin, primum vivens et ultimum moriens, je veux dire que le premier à table et le dernier à en sortir.  ».

Voici le 15e numéro du « Kannadig an Erge-Vras » avec ses nouveaux articles publiés au cours du trimestre passé :

  • Des enquêtes sur les métiers déclarés de la liste électorale de 1910, sur les moulins avec un inédit sur l'état des moulins à farine en activité en 1909, sur les conscriptions post-révolutionnaires de l'an 1, 7 et 11, sur les élections municipales mouvementées de 1815/1929 et enfin sur les noces d’or industrielles de René Bolloré.
  • Les lectures de l’été : l’hommage au rénovateur des festoù-noz par ses amis, les langues du recteur Alain Dumoulin en pleine tourmente révolutionnaire, une thèse hollandaise sur Déguignet et une monographie en allemand de 228 pages sur le manoir du Cleuyou.
  • Des photos de classe aux écoles publique et privée de Lestonan, des premières équipes de football de l'A-E-G. à l'entrainement à Kerellou ou à Kroas-Spern, et enfin la photo d'une famille de Menez-Groaz.
  • Des témoignages d'anciens élèves dans une video « des 80 ans » ou alors les souvenirs de deux bretonnants gabéricois (en hommage à Loeiz Roparz).
  • Des coupures de presse sur les jeunes vigiles qui jouaient du clairon en 1902, la défense et la protection des ruines de Lezergué et enfin le grand mariage breton de Squividan en 1892.
En savoir plus => « Kannadig n° 15 Juillet 2011 » (consultation en ligne ou téléchargement en pdf)

Billet du 16.07.2011

26 Nominations des maires

« Le bureau ainsi formé, il a été procédé à la nomination du maire de la commune par un scrutin de liste individuelle ... »

Une sélection de deux documents d'archives assez rapprochés, l'un de 1815 pendant la période des 100 jours après le retour de Napoléon 1er, l'autre de 1820 pendant la Seconde Restauration sous le roi Louis XVIII, documents présentant un contraste saisissant quant à l'influence du pouvoir sur les élections municipales.

Le premier document, inédit, est un compte-rendu détaillé de l'élection du maire et de l'adjoint. La méthode utilisée pour ce vote censitaire nous paraît aujourd'hui bien complexe. Pas moins de quatre votes successifs pour seize électeurs habilités et deux élus, avec des techniques de pluralité relative et de liste double. Mais il illustre les probables luttes de pouvoir localement pour obtenir ce titre de maire : un ancien élu, à savoir Jérome Crédou, semble être le perdant.

En savoir plus : « 1815 - Election du maire par l'assemblée des citoyens actifs » ¤ 

Le second document est un échange en 1820 entre ce même Jérôme Crédou, maire démissionnaire et le préfet : « ma vue est si affaiblie que je prends un acte pour un autre et que je crains de me tromper en délivrant des expéditions d'état-civil ». Ici la simplicité est de mise pour la désignation du maire et le pouvoir de décision n'est pas partagé. Ce maire avait lui-même été nommé en 1816 par le préfet précédent, et il avait prêté serment : « Je jure fidélité au Roi, à la Charte constitutionnelle et aux lois du Royaume ». Au moment de sa démission on lui demande de suggérer le nom de son successeur.

En savoir plus : « 1820 - Démission de Jérome Crédou de ses fonctions de maire » ¤ 

Billet du O9.07.2011

27 Portraits / Poltrejoù

« Et si on m'avait dit qu'un jour je serais au Théâtre de Quimper, parlant breton avec P.-J. Hélias et L. Roparz, 25 ans plus tard ... ! » (Reun Rest).

Tout d'abord un portrait daté de 1918 faisant poser les neuf membres d'une famille soudée habitant le quartier de Menez-Groas à Lestonan. Une magnifique photo d'un photographe quimpérois qui a su mettre en valeur les regards superbement expressifs et concentrés des parents et enfants Huitric. Seul le petit dernier, Yvon, n'est pas encore là, il ne verra le jour que deux ans après.

De nombreux descendants ont fait souche dans le quartier de Lestonan et seront notamment les piliers du football local. Ainsi le petit fils Laurent Huitric, depuis 61 ans dans le club des Paotred Dispount, vient officiellement il y a quelques jours « de poser ses crayons de secrétaire général » qu'il était depuis 50 ans.

En savoir plus (noms, interviews) : « 1918 - Famille de Marie-Jeanne et Henri Huitric de Menez-Groas » ¤ 

Ensuite, signalons les portraits de deux gabéricois ayant participé à l'ouvrage en hommage à Loiez Roparz, grand défenseur de la langue et des danses bretonnes.

Il s'agit de Reun Reste, alias René Le Reste, natif de Garsalec et de Bernez Rouz de Mélennec. Leurs contributions dans ce livre, paru il y a une semaine, nous éclairent sur la place du breton à Ergué-Gabéric pendant la deuxième partie du 20e siècle. Le texte de Reun Rest commence avec un style empreint d'humanité et de poésie : « Ma zo eur baradoz evid ar re o-deus poaniet bemdez, war veur a dachenn, evel ar studi, ar hultur, an dañsou, ar mod-beva, nompas hepken gant prezegennou uhel ha pinvidig med hentoh o veza atao tost deuz an dud dister, deuz ar vuhez pemdezieg .... Celui de Bernez Rous est intitulé « Kokolodig » : cf explication dans la fiche de présentation du livre.

Signalons aussi, puisqu'on peut voir ci-dessus leurs bouilles respectives d'écoliers, en 1950 et en 1959, que la collection des photos de classe de St-Joseph de Lestonan s'enrichit, avec notamment la publication récente de celle de 1949/50, année du certif pour certains.

En savoir plus (livre, traductions, photos de classe) : « ROPARZ Jefig - Loeiz Roparz, Paotr ar festou-noz » ¤ « 1946-1950 - Ecole St-Joseph de Lestonan » ¤ « 1959-1969 Ecole St-Joseph à Lestonan » ¤ 

Billet du O1.07.2011

28 Avis aux généalogistes

Contrairement au recensement de 1836, les listes électorales numérisées de 1910 sont disponibles en même temps que les données statistiques !

Achèvement du relevé d'une liste électorale en 3 étapes :

1. Numériser et publier les 22 pages.
2. Enregistrer les 637 électeurs dans une base de données.
3. Adapter le formulaire de recherche.

Ceci étant dit, la liste d'émargement de 1910 servant à la signature des électeurs gabéricois au moment des votes, est un document d'archives intéressant au même titre que les recensements complets de la population.

Certes seuls les hommes y figurent, car les femmes ne votent pas encore. De ce fait deux tiers de la population, à savoir épouses et enfants, sont manquants. Néanmoins la liste répertorie chaque homme actif avec trois indications :

  • l'âge du chef de famille : de 20 à 82 ans pour le doyen (Jacques Tassy de Guilly-vian).
  • le village où il est domicilié : 181 lieux-dits déclarés, de Balannou à Ty Bur.
  • sa profession : 34 différents métiers.

En 1910 le paysage communal est résolument rural, et les professions des habitants en sont le miroir : 64% des hommes sont cultivateurs, et si l'on ajoute les 119 journaliers ce pourcentage s'élève à 83%. Parmi les autres professions exercées on trouve :

  • les 18 charrons du Bourg, Menez-groas, Menez-Castel, Penn-carn-Lestonan, Quélennec, Lezebel, l'Hotel et la Crois-St-André, et les 4 forgerons du Réunic, Garsalec et Kernevez. Le charron fabriquait des charrettes et des charrues ; il travaillait le bois, surtout le chêne pour toutes les parties qui exigent une grande robustesse et notamment les roues, ainsi que l'orme pour faire le moyeu. Ayant une forge ou utilisant celle d'un forgeron, il cerclait de métal ces grandes roues.
  • Les meuniers, tailleurs, tisserands, ouvriers, comptables, mécaniciens, maçons, couvreurs, cordonniers, cantonniers, menuisiers, sabotiers, scieurs de long, instituteurs, gardes, débitants, cabaretier, boulanger, tonnelier ...

En savoir plus : « Liste électorale de 1910 : analyse statistique » ¤ « 1910 - Les 22 pages de la liste électorale » ¤ « Formulaire de recherche - Liste Electorale 1910 » ¤ 

Billet du 26.06.2011

Signalons pour l'un des électeurs, le n° 221, à savoir Emile Godet, instituteur de Lestonan, une photo de 1910 où il pose avec ses 49 élèves et futurs électeurs : « 1910 - Ecole publique de Lestonan de Paul-Emile Godet ».

29 Coup de clairon pour les sœurs

De toutes les poitrines sortent les cris de « Vivent les Sœurs ! Nous voulons garder nos sœurs ! Vivent les gendarmes ! À bas les proscripteurs !  »

Voici un thème récurrent dans nos chroniques récentes du GrandTerrier : la fermeture de l'école congréganiste du bourg d'Ergué-Gabéric en 1902, sous le thème d'une France Laïque s'attaquant à une France Catholique qui se défend vaille que vaille.

Jusqu'à présent on a publié les positions respectives des services de préfecture et ministériels, des instances épiscopales, de Jean-Marie Déguignet à la fin de ses mémoires, et enfin des habitants qui, neuf ans après, pétitionnent pour le retour des sœurs de la Congrégation du St-Esprit.

Cette fois il s'agit de la réaction à chaud et d'un témoignage local tranché dans un courrier adressé au journal L'Ouest-Eclair. Certes il s'agit d'un journal républicain, mais cela ne l'empêche pas de défendre une position rédactionnelle très marquée contre les mesures de fermeture des écoles congréganistes. Au lendemain des opérations de fermeture de début d'août dans le Finistère, les unes du quotidien titraient : « Nouveaux crochetages », « Nouvelles infamies », « Protestation », « Contre la liberté » ...

Le 9 août 1902, après un petit entrefilet le 7, le courrier du lecteur gabéricois est publié, donnant tous les détails de l'opération qui s'est déroulée à l'école du bourg le mercredi 6 alors qu'il faisait encore nuit :

  • « Tout à coup, vers trois heures (du matin), on entend un coup de clairon sur la route de Quimper ; c'est l'un des factionnaires qui donne l'alarme ».
  • « Bientôt 500 personnes sont arrivées au bourg. Un quart d'heure après, apparaît une voiture, escortée de 12 gendarmes à cheval, lesquels sont commandés par un adjudant ».
  • « Les chevaux des braves gendarmes reçoivent des coups de chapeau sur les naseaux et sont obligés de reculer ».
  • « Les religieuses sont alors mises à la porte ; à leur sortie, elles sont l'objet d'une ovation enthousiaste ».
  • « Il est 5 h. 1/4 ; tout est fini ; le commissaire monte en voiture et donne l'ordre du départ. Tous les habitants le poursuivent en criant : " À bas les lâches ! Vivent les sœurs ! Vive l'armée ! À bas les francs-maçons ! " ».

En savoir plus : « Reportage sur l'expulsion des soeurs blanches, L'Ouest-Eclair 1902 » ¤ « 1902 - Documents sur la fermeture de l'école Notre-Dame de Kerdévot » ¤ « 1911 - Pétition des électeurs pour le maintien d'une religieuse du St-Esprit » ¤ « 1902 - Témoignage de JM Déguignet sur la fermeture de l'école ND de Kerdévot » ¤ 

Billet du 17.06.2011

30 Enquête sur les moulins

« Du moulin que la menthe embaume, j'entends le tic-tac sourd, à côté du vieux pont. Un frêle oiseau qui lui répond s'est posé ... » (A. Paban)

Quel était le nombre et l'état des moulins à farine d'Ergué-Gabéric au début du 19e siècle ? C'est un document d'archives (*) découvert récemment qui nous donne l'information.

La réponse : neuf, dont sept avec une ou deux roues horizontales. Et le plus important d'entre eux, celui du Cleuyou, produisait 20 quintaux de farine par jour.

Les roues horizontales ont remplacé des roues verticales (ou perpendiculaires), car elles étaient réputés plus efficaces quand le débit du cours d'eau principal était limité. Par contre il était nécessaire de créer artificiellement une goulotte en cascade en surplomb de la roue. En Bretagne, et presque exclusivement dans le Finistère, les roues horizontales étaient « à cuillères » et étaient installées en prise directe sur la meule tournante. Cette roue fabriquée en bois, en hêtre vert généralement, ou en fonte était constamment immergée, ce qui impliquait aussi que l'eau du bief s'écoulait par dessous la salle à moudre et ses meules, trémies et bluteries.

Cet état récapitulatif nous donne l'occasion de lancer la mise à jour de l'inventaire et de l'histoire de tous les moulins gabéricois (ou proches), recensement qu'on va encore enrichir dans les prochains jours de nouvelles trouvailles dans les archives. À noter à ce propos deux nouveaux documents : l'un de 1811 pour une quittance de renable sur le moulin de Pont-ar-Mar'had, et l'autre de 1812 sur le moulin neuf du Jet qui était propriété de l'une des plus riches familles nobles de France.

En savoir plus : « 1809 - État des moulins à farine d'Ergué-Gabéric » ¤ « Les moulins d'Ergué-Gabéric » ¤ « 1811 - Quittance de renable entre les meuniers de Pont-ar-Marc'had » ¤ « 1812 - Baillée du moulin neuf du Jet au meunier de Kernaou » ¤ 

Billet du 12.06.2011

Note. (*) : C'est Pierrick Chuto, l'auteur du « Maitre de Guengat », qui est le découvreur de ce document inédit. Actuellement il prépare son prochain livre qui paraitra vraisemblablement avant l'été 2012. Ce futur ouvrage, qui, comme le premier, ne sera pas romancé, puise son contenu dans les archives de la période révolutionnaire et impériale sur un territoire autour de la ferme de Kerlan et du chateau de Marhallac’h en Plonéis. Message à l'auteur : si une souscription est lancée avant sa sortie, nombreux d'entre nous s’empresseront de réserver ce second tome.

31 AEG Amicale d'Ergué-Gabéric

« C’est un gars de l’AEG qui va tirer, le plus costaud, celui qui est arrivé tout à l’heure sur son tracteur .... Le meilleur du bourg ... » (D. Lemaire)

Dans les colonnes du GrandTerrier, on a eu tendance jusqu'à présent à favoriser l'autre équipe de foot de la commune, les Paotred Dispount. Et pourtant l'AEG n'a jamais démérité, que ce soit dans l'esprit de camaraderie, les résultats sportifs et l'ancienneté de leur création.

En mai 1939, la Société « Le Football club d'Ergué-Gabéric » faisait l'objet d'une demande d'agrément dans laquelle on apprend qu'elle fut créée en 1936. Pierre Tanguy maire en était le président, le secrétaire Utric ou Huitric (Ponts et Chaussées) et le trésorier Thomas ébéniste au bourg. Le directeur et instituteur Pierre Autret, organisait des séances de préparation militaire en plus du foot et de l'athlétisme.

En 1949 une photo amateur nous montre les joueurs de foot du club qui s'appelait « Union Sportive d'Ergué-Gabéric » depuis 1945 (avant d'être rebaptisée AEG en 1956), lors d'un entrainement dans un champ à Kerellou, près du Bourg, car les terrains de foot de Kroas-Spern n'étaient pas encore aménagés. On y reconnaît le gaol, Louis Poupon de la Croix-Rouge. Lui seul, sans doute, peut nous dire qui étaient d'une part l'entraineur et d'autre part ses compagnons sportifs de l'époque.

On profite de cette rubrique pour publier aussi une photo de jeunes joueurs des années 1970-75 où les têtes, toutes identifiées, sont encore dans les mémoires. Et pour le fun, deux comptes-rendus de matchs où l'AEG affrontait les Paotred, l'un réel en 1986 raconté par le journaliste Laurent Quevilly, l'autre imaginaire sous forme de comte par l'écrivain public Dominique Lemaire.

En savoir plus : « 1939 - Dossier d'agrément de la Société "Le Football Club d'Ergué-Gabéric" » ¤ « 1949,1970 - Joueurs de foot à l'USEG (Union Sportive) et à l'AEG (Amicale d'E.-G.) » ¤ « 1948-1956 - Fête de l'Eau, dissolution de l'USEG et création de l'AEG » ¤ « Les korrigans au match AEG-Paotred par Dominique Lemaire » ¤ « Ergué contre Gabéric ou les Paotred contre l'AEG, Ouest-France 1986 » ¤ 

Billet du 05.06.2011

32 Elections et fête de 1929 à Odet

« Il résulte que les griefs invoqués ne sont pas susceptibles de motiver l'annulation de l'élection et ne sont pas étayés d'aucune preuve »

À gauche : René Bolloré. Au centre debout : Vincourt (Kermoysan), Pierre Lennon (Kerho), Lennon (secrétaire Bourg), Hascoet (Coutily), René Hostiou (Pennanec'h), Berre (Kernaon), Hervé Le Goff (Carpont-Traon), Huitric (Kerdévot), Laurent (Kervian). Assis : Boedec (Odet), Provost (Odet), René Riou (Tréodet, adjoint), Pierre Tanguy (Kerhellou, maire), Jean-Marie Quéau (Parc al Lann, adjoint), François Le Men (Stang Quéau). À droite : Mae Kergoat (Stang-Luzigou).
À gauche : René Bolloré. Au centre debout : Vincourt (Kermoysan), Pierre Lennon (Kerho), Lennon (secrétaire Bourg), Hascoet (Coutily), René Hostiou (Pennanec'h), Berre (Kernaon), Hervé Le Goff (Carpont-Traon), Huitric (Kerdévot), Laurent (Kervian). Assis : Boedec (Odet), Provost (Odet), René Riou (Tréodet, adjoint), Pierre Tanguy (Kerhellou, maire), Jean-Marie Quéau (Parc al Lann, adjoint), François Le Men (Stang Quéau). À droite : Mae Kergoat (Stang-Luzigou).
Début 1929 Ergué-Gabéric vient de connaître cinq années avec un maire républicain modéré, Jean-Louis Le Roux de Lezouanac'h. Les municipalités précédentes, à l'exception de celle de son grand-père Joseph, étaient toutes conservatrices. Avec le premier tour des élections de 1929, c'est la revanche de ceux qui étaient au pouvoir précédemment : la liste de Pierre Tanguy remporte les 15 sièges de conseillers (cf photo ci-dessus).

La coupure de presse d’aout 1929 de l'Ouest-Eclair où est paru le jugement de la protestation des républicains nous apporte un éclairage sur les malversations et collusions qui se seraient produit à Odet : il y aurait des distributions illégales de boisson, notamment à la sortie de l'usine Bolloré, dans le café-épicerie de Chan Ti Ru comme on disait à l'époque : « au débit Rannou, transformé en demi-gros sur l'ordre de M. Bolloré et réouvert depuis deux mois environ  » ...

En septembre 1929, l'Ouest-Eclair, journal républicain, décrit les conditions de la fête des 25 ans de patronat de René Bolloré : « Ce fut une véritable fête de famille où se manifesta une fois de plus l'union et la sympathie qui règnent entre tous à Odet et à Cascadec. ».

Et enfin, pour la mémoire, cette très belle photo de la contremaitresse Mae Kergoat qui arbore l'imposante médaille du centenaire qu'elle a obtenu en 1922.

En savoir plus en rubriques [Reportages], [Mémoires d'Odet] et [Patrimoine] :
Image:Right.gif « Jugement suite à contestation des élections municipales à Odet, L'Ouest-Eclair 1929 »
Image:Right.gif « Fête des noces d'argent industrielles de René Bolloré, L'Ouest-Eclair 1929 »
Image:Right.gif « La médaille de P.V. Dautel pour le centenaire Bolloré en 1922 »

Billet du 29.05.2011

33 La Patrie est en danger

«  Après en avoir entendu lecture tant en français qu'en breton, (...) ils ont déclaré être tous d'avis d'admettre l'effort pour la levée de 12 citoyens »

En juillet 1792, le gouvernement révolutionnaire proclame « la Patrie en danger », et lance un appel aux volontaires au sein de l'armée nationale, mais cela ne suffira pas pour rétablir la paix.

En 1793 tous les hommes valides de 18 à 40 ans sont potentiel- lement réquisitionnés et la com- mune d'Ergué-Gabéric contribue par la levée de 12 citoyens tirés au sort.

En complément du procès-verbal Gabéricois, c'est un document Briécois qui nous détaille la procédure de désignation et la résistance locale des habitants face aux autorités en charge de la réquisition : « Je compte sur la liste le nombre des citoyens qui devaient concourir à cette levée, ils sont au nombre de 369, je fais 333 billets blancs et 36 billets noirs (...) Il se fait un grand mouvement dans l'assemblée (...) Un grand nombre dans l'église en sortent tout à coup et se réunissent de nouveau aux opposants du dehors (...) Je leur ai renouvelé au nom de la loi l'invitation et l'ordre d'y obtempérer, il ne m'a été répondu que par des nan, nan, des cliquetis des bâtons, et par les mots : Dao, Dao. ».

En 1799, en l'an 7 de la République Une et Indivisible, quatre domestiques Gabéricois, à savoir deux meuniers, un charron et un tailleur, sont désignés car « en âge de porter les armes et non mariés ».

Et enfin, en l'an 11, en plein Consultat et nouvelles tentatives de Bonaparte de rétablissement de la paix, deux citoyens de la commune désignés par un tirage au sort organisé par le conseil municipal doivent partir pour « soutenir les fatigues de la guerre».

En savoir plus en [Fonds d'archives] :
Image:Right.gif « 1793 - Levée de 12 citoyens pour le contingent communal »
Image:Right.gif « 1799 - Désignation des 4 conscrits mobilisables de l'an 7 »
Image:Right.gif « 1802 - Tirage au sort de 2 conscrits pour le contingent de l'an 11 »

Billet du 21.05.2011

34 Bretons, mémoires et littérature

«  J'avoue que j'ai été atterré de mon ignorance, je m'étais figuré que Vannes était presque sur la mer » (Stendhal, Œuvres complètes, pp. 36-37)

Un valet de ferme (Pennec) et un autodidacte (Déguignet), un(e) universitaire (Van Voorst) et des écrivains
Un valet de ferme (Pennec) et un autodidacte (Déguignet), un(e) universitaire (Van Voorst) et des écrivains
Ce mémoire d'étudiant écrit en français, « L'identité culturelle bretonne - La Bretagne dans la littérature au XIXe siècle », a été publié en 2009 dans le cadre de la prestigieuse université de Groningen aux Pays-Bas, sous le patronage des professeurs Anne-Marie Gans-Guinoune et Alberte Roué. La démarche de cet ouvrage très bien écrit et documenté est la suivante :

« Nous essaierons de répondre à la question principale --
" doit-on se sentir breton ou plutôt français ou les deux à la fois ? " -- en étudiant quatre livres portant sur la Bretagne : trois ouvrages d'auteurs français et un ouvrage écrit par un Breton. Afin de reconstituer une vision plus large de la France sur la Bretagne, nous avons choisi trois ouvrages divers :

  • un roman d'aventures, Les Chouans d'Honoré de Balzac,
  • un journal intime, Mémoires d'un touriste de Stendhal
  • et un récit de voyage, Par les champs et par les grèves de Gustave Flaubert et de Maxime Du Camp.

Pour l'ouvrage breton, nous avons choisi

  • l'autobiographie de Jean-Marie Déguignet, les Mémoires d'un paysan Bas-breton.

Nous nous intéressons particulièrement à ce livre car l'auteur n'est pas un écrivain au sens propre du mot. Il écrit ses mémoires sans avoir l'intention de les faire publier et ne se soucie donc guère de l'opinion des autres Bretons, il nous confie alors une opinion très sincère ».

En savoir plus : « VAN VOORST A.C. - L'identité culturelle bretonne au 19e siècle », article en catégorie [Bibliographie]

Puisque les « Mémoires de touriste » sont à l'honneur, il est opportun de rappeler l'un de ses passages qui concerne la commune d'Ergué-Gabéric : le procès du sorcier, Yves Pennec, valet de ferme : « Yves Pennec, enfant de l'Armorique, est venu s'assoir hier sur le banc de la cour d'assises. Il a dix-huit ans ; ses traits irréguliers, ses yeux noirs et pleins de vivacité annoncent de l'intelligence et de la finesse. Les anneaux de son épaisse chevelure couvrent ses épaules, suivant la mode bretonne  ».

En savoir plus : « STENDHAL - Mémoires d'un touriste », « BERNARD Norbert - Les voix d'Yves Pennec, en rubrique [Biblio] également.

Billet du 13.05.2011

35 Sauvegarde de l'Art Français

«  Tout porte à espérer que ce monument, d'un style assez rare dans le Finistère, ne quittera pas de sitôt la Cornouaille pour les bords du Potomac. »

Version inédite du dessin de Louis Le Guennec
Version inédite du dessin de Louis Le Guennec

Courant de l'année 1929, le mémorialiste Louis Le Guennec a publié dans les colonnes de l'Ouest-Eclair un certain nombre de chroniques des « Choses et gens de Basse-Bretagne » décrivant les pièces oubliées du patrimoine de notre région, dont celle-ci sur le château de Lezergué.

Ce texte complètement méconnu n'a pas été repris dans les deux recueils publiés par la Société des Amis de Louis Le Guennec. Et la reproduction du dessin qui accompagne l'article de l'Ouest-Eclair est de bien meilleure qualité que celle incluse dans l'un de ces ouvrages.

Et on y apprend de nombreuses choses intéressantes : les démarches nationales de l'association « La Sauvegarde de l'Art Français » pour l'inscription de Lezergué en monument historique, la menace des milliardaires américains avides de reconstructions outre-Atlantique, l'annonce de mise en vente du château, les pierres du château d'origine dans les bâtiments de ferme, la pierre blasonnée Autret-Lohéac abandonnée sur un talus, le goût pour la bonne chère du chatelain Guy Autret ...

En savoir plus : « Choses et gens de Basse-Bretagne, le chateau de Lezergué, l'Ouest-Eclair 1929 »
en rubrique [Reportages]
Billet du 07.05.2011

36 Un grand mariage breton

«  La toilette de la mariée, à la gracieuse mode de Quimper : robe en satin blanc garnie de velours blanc, brodée d'argent, coiffe en dentelle ... »

Repas de noces en Basse-Bretagne (Olivier Perrin)
Repas de noces en Basse-Bretagne (Olivier Perrin)

Il y avait peut-être un peu moins de monde qu'à la cérémonie royale de Kate et William, mais en Basse-Bretagne on a toujours adoré les grands mariages. Il est question ici des noces de Perrine et Jean, unissant en 1892 deux familles de traditions républicaines, avec 600 invités au village de Squividan en Ergué-Gabéric, le tout relaté dans le grand quotidien français « Le Petit Journal » sous le titre « Un mariage breton ».

Le marié est Jean Le Crane, fils de Michel. Son père et lui furent maires de Beuzec-Conq, œuvrant notamment pour l’ouverture d'une école laïque dans leur commune.

La mariée est Perrine Guyader, fille de Louis, surnommé Louis Squividan, du nom du village où il était agriculteur et marchand de bois. Son engagement politique en tant que Républicain ne fut pas de tout repos en ce temps où la municipalité était tenue par les conservateurs.

Pas moins de 300 pauvres vinrent au repas de noces à Squividan. L'accueil fut royal : « Suivant l'usage traditionnel, l'épousée les a servis elle-même. On a tué un bœuf à cette occasion. ».

Le préfet et son épouse vinrent également honorer les familles de leur présence. Et le clou de la fête fut l'élégance, et le prix, de la robe de la mariée : « à la gracieuse mode de Quimper ».

En savoir plus en rubrique Reportages : « Un grand mariage breton à Squividan, Le Petit Journal et Finistère 1892 » Billet du 30.04.2011

37 Video des 80 ans

« Merci à toutes les personnes qui ont permis ce 80e anniversaire ainsi qu'à tous ceux qui se sont investis dans la vie de l'école pendant ces années »

Le samedi 5 juin 2010 eut lieu la fête des 80 ans de l'école St Joseph Ste Marie de Lestonan avec l'inauguration d'un nouveau bâtiment. Un an après, l'école et l'association « Réseau Mennaisais » ont publié une vidéo commémorative des festivités avec au sommaire :

  • l'introduction par la directrice de l'école.
  • le témoignage lu d'un ancien, à savoir Yvon Huitric de Menez-Groaz.
  • la visite de l'exposition avec les photos de classes depuis 1928.
  • le spectacle de danses et chants présenté par les enfants et les institutrices.
  • le discours inaugural de Gwenaël Huitric, avec une présentation des anciens sur la scène.
  • le diiscours d'Hervé Herry, maire, et enfin la coupure du ruban avec la participation collective des anciens et des enfants.

En savoir plus en « rubrique Bibliographie » : « RÉSEAU MENNAISAIS - Les 80 ans de l'école Ste Marie St Joseph »

Et pour continuer l'entretien de la mémoire, René Le Reste, 75 ans cette année, toujours aussi enjoué et dynamique, vous invite à compléter les noms des écoliers sur une nouvelle photo de classe mise en ligne. Ils sont pas moins de 63, nés entre 1935 et 1941, c'est-à-dire âgés de 7 à 13 ans. Certains viennent encore à l'école en boutou-coat (sabots de bois).

En savoir plus en « rubrique Reportages » : « 1941-1949 - Ecole St-Joseph de Lestonan - Classe de 1947-48 »

Billet du 23.04.2011

38 Archéologie et terre noire

Où il est question de châtelains, d'une société archéologique, de protestations républicaines, d'un gisement de charbon et de toponymie bretonne.

Ce billet commence par le souvenir et la biographie de trois châtelains du Cleuyou : ils venaient de Basse-Normandie et se sont établis en Basse-Bretagne.

Deux d'entre eux, père et fils, avaient en commun une réelle passion pour l'archéologie et l'histoire locale. Tous deux ont participé régulièrement aux travaux de la Société Archéologique du Finistère et arpenté les campagnes bretonnes à la recherche de trésors oubliés.

Le dernier fut un républicain convaincu qui ne craignait pas d'écrire une lettre au préfet pour dénoncer les anomalies provoquées par les conservateurs élus au conseil municipal : « J'ai vu le conseiller Péron, étant au bureau, tirer des bulletins de vote de sa poche et les remettre au conseiller Laurent qui les distribuait aux électeurs à l'entrée de la salle ».

En savoir plus en « rubrique Personnalités » : « Les Le Guay (1804-1917), châtelains du Cleuyou au 19e siècle »

On ne peut évoquer le Cleuyou aujourd'hui sans s'interroger de nouveau sur l'origine du nom du Rouillen, le grand quartier voisin qui s'est urbanisé après les années 1980. Quelques années après l'arrivée du premier Le Guay à Quimper, un compte-rendu de conseil municipal de 1817 décrit les lieux : « le chemin de la terre noire autrement dit le Ruillen commençant à la barrière du Cleuyou et finissant à la garène de Kerelan, long d'environ 800 pieds, demande une prompte réparation ». Quand on sait par ailleurs qu'en 1752, l'ingénieur Christophe Mathieu de Noyant dirigea les premières fouilles de recherche de gisement de charbon vers le chemin de Coray et qu'un puits de 67 mètres fut creusé près du pont du Cleuyou, on peut presque en déduire la nature de la terre noire du Rouillen. Mais quid de « Ruillen » en breton de 1817 ?

Billet du 16.04.2011

39 Noblesses d'Elliant

Une pierre carrée gravée d'un blason antique, écartelé avec le dessin de mains et d'un lévrier et d'un entrelacement en fretté : une énigme résolue ?

Chapelle, sacristie, fontaine de Kerdévot, musée départemental, presbytère
Chapelle, sacristie, fontaine de Kerdévot, musée départemental, presbytère

Le point commun entre tous ces blasons inventoriés à Ergué-Gabéric est qu'ils sont issus de fiefs et seigneuries de la paroisse d'Elliant et témoignent des donations et de la fondation d'un lieu de dévotion gabéricois où le souvenir de la peste était sans doute toujours vivace.

Le lieu de dévotion honoré par les Elliantais est bien entendu celui de Kerdévot : la maitresse-vitre est chargée des écus multiples des seigneurs de Tréanna, Guengat (Botbodern), Tromelin (Botbodern) et Kervastard (Kerengar) qui y apposèrent leurs signatures à l'édification du lieu sacré.

Quant à l’énigmatique blason de la fontaine antique, ce serait un cadeau des « sieur et dame de Botbodern », tous deux présents à la Réformation de la noblesse de 1532, et immortalisant l'alliance des trois mains des Guengat et du lévrier des Tromelin.

La sacristie, plus tardive, fut l'objet aussi au début du 18e siècle d'une donation d'une famille noble, les Lopriac, propriétaires du fief de Botbodern, comme l'atteste leur blason orné de trois coquilles.

Quant au presbytère on y trouve les trois chevrons des Kervastard de Kerengar, blason qu'on peut comparer avec ceux de la pierre tombale de l'un d'entre eux, visible au musée départemental breton de Quimper.

En savoir plus en « rubrique Patrimoine » :
Billet du 09.04.2011

40 Un cimetière insalubre

Conformément au décret du 23 Prairial de l'an 12, il faut supprimer le cimetière actuel et l’établir dans un autre terrain d’une plus grande superficie.

Sur la carte postale ci-contre, on s'aperçoit que les tombes sont nombreuses dans un espace restreint autour de l'église St-Guinal et du presbytère. Déjà en 1845 un document inédit, constitué d'une fiche de renseignements statistiques sur les églises paroissiales et les presbytères du Finistère, confirme qu'on en avait conscience.

Dans ce document la description de l'église n'est guère engageante : « Elle n'offre aucun intérêt pour le rapport de l'art ; elle n'est susceptible ni d'entretien, ni de grosses réparations, ni d'agrandissement, enfouie jusqu'à hauteur des vitraux dans le terrain d'un étroit couloir circulaire où, à défaut de cimetière, s'entassent successivement les cadavres, les uns sur les autres ».

Et l'état du presbytère n'est guère plus rassurant : « L'état de ses murs et de sa couverture le rend fortement susceptible d'une reconstruction totale sur un nouvel emplacement éloigné des causes d'insalubrité sus-mentionnées ».

Il faudra attendre 1922 pour que les nouvelles inhumations se fassent dans le cimetière près de Pennarun, et 1933 pour que l'ancien cimetière autour de l'église soit enfin désaffecté. Quant au presbytère il sera complètement rénové dans les années 1957-1961 pour devenir la plus joli bâtisse du centre-bourg.

En savoir plus => « 1845 - Rapport sur l'état de l'église paroissiale et du presbytère » en « Fonds d'archives ».

Billet du 02.04.2011

41 Moulin aux couteaux

Ponteven, pont du Cleuziou, moulin du charretier, moulin à couteaux, Meilh-Koutili : des noms différents pour un même lieu encore plein de mystères.

Ce moulin ancestral et le pont voisin étaient sur le dernier bras de la rivière du Jet avant qu'elle ne se jette dans l'Odet. C'est par là seulement qu'on pouvait s'échapper de Quimper et partir sur l'ancienne voie romaine du centre vers le pays de Poher.

En 1562, les papiers relèvent déjà à cet endroit un moulin du charretier. Est-ce de là que La Fontaine va composer sa fable « Le charretier embourbé » :
«  C'était à la campagne près d'un certain canton de la basse Bretagne, appelé Quimper-Corentin » ?

En 1615, c'est le pont du Cleuziou ou Ponteven, le dénommé Even étant peut-être un ancêtre du chanteur Patrick Ewen en scène à l'Athéna ce soir !

En 1762, on parle toujours du moulin du charretier ou de Pont-Even.

A partir de 1762, le moulin étant presqu'en ruines, on l'appelle le moulin à couteaux, car si on ne peut plus moudre le grain, on y affute vraisemblablement les couteaux. Et en breton le lieu-dit prend tout simplement le toponyme breton des couteaux : Koutili, Couteli, Coutilly.

En savoir plus => « Le moulin de Coutilly » et les « Archives du Cleuziou ».

C'est dans les ruines des bâtiments de Coutilly que les salaisons Jean Gouiffès se sont installées avant guerre. En atteste un document préfectoral inédit où l'on s'aperçoit que la défense de l'environnement était déjà d'actualité : « 1937 - Autorisation d'ouverture des salaisons Gouiffès » en « Fonds d'archives ».

On en profite aussi pour signaler la magnifique pierre à enfeu des Liziart de Kergonan conservée au Cleuyou, près de Coutilly, et empreinte de rémanences celtiques : « La pierre tombale à enfeu des Liziart conservée au Cleuyou » en « Rubrique patrimoine ».

Billet du 26.03.2011

42 Rétrospective de la noblesse

Du 13e au 18e siècle, une des choses qui frappent le plus en Basse-Bretagne, c'est le foisonnement des seigneuries et gentilhommières :

I. De Lezergué et Cabellic - II. De Provost - III. De Liziart - IV. De Kerfors - V. De Coëtanezre - VI. De Kersulgar - VII. Autret - VIII. Rozerc'h - IX. De Kermorial - X. - Le Gubaer - XI. - De Geslin - XII. De Tinteniac - XIII. De La Marche
I. De Lezergué et Cabellic - II. De Provost - III. De Liziart - IV. De Kerfors - V. De Coëtanezre - VI. De Kersulgar - VII. Autret - VIII. Rozerc'h - IX. De Kermorial - X. - Le Gubaer - XI. - De Geslin - XII. De Tinteniac - XIII. De La Marche

En 1980, la Commission extra-municipale de Recherches Historiques d'Ergué-Gabéric publiait son premier bulletin avec 16 pages consacrées aux seigneurs et manoirs locaux. Plus de 30 ans après, il était grand temps d'actualiser la connaissance sous la forme d'une rétrospective des 14 familles nobles gabéricoises.

Dans le nouvel article, les informations sont rangées chronologiquement du 13e siècle à la Révolution, depuis De Lezergué / Cabellic jusqu'aux De La Marche. Seules les familles établies à Ergué-Gabéric pendant au moins deux générations ont été étudiées. Leurs manoirs sont respectivement à Lezergué, Kergonan, Kerfors, Pennarun, Kernaou, Mezanlez et au Cleuyou.

Pour 13 patronymes, l'armoirie a été retrouvée et illustrée par son blasonnement, à savoir la description textuelle incluant des codes couleurs spéciaux, et par le dessin de l'écu en graphique scalaire normalisé : «  de gueules à la croix potencée d'argent, cantonnée de quatre croisettes de même », « d'azur à trois têtes de léopard d'or », « d'or à trois croissants de gueules », « d'argent au greslier d'azur, enguiché et lié de même », « de gueules à trois épées d'argent, garnies d'or, les pointes en bas, rangées en bande », « d'azur à trois fleurs de lys d'argent rangées en fasce, accompagnées en chef de deux quintefeuilles de même », « d'or à cinq trangles ondées d'azur », « d'argent au greslier de sable, lié et enguiché de gueules, accompagné de trois feuilles de houx de sinople, renversées. », « d'azur au greslier d'argent, accompagné de trois fleurs de lys de même », « d'argent à la fasce d'azur, chargé de trois roses d'or et accompagné de six feuilles de houx de sinople. », « d'or à six merlettes de sable, 3, 2 et 1 », « d’hermines au croissant de gueules », «  de gueules au chef d'argent ».

En savoir plus => « Familles nobles gabéricoises » en [ Rubrique Personnalités].

Billet du 19.03.2011

43 Chasse aux sœurs blanches

« Vu le décret du 1er août 1902 qui prononce la fermeture de l'établissement congréganiste ouvert à Ergué-Gabéric par les Filles du St-Esprit » :

Jusqu'à présent, sur cet évènement, nous avions le témoignage républicain de Jean-Marie Déguignet et la vision ecclésiastique dans la Semaine Religieuse. On connaît maintenant la réalité grâce à une liasse de 12 documents retraçant les opérations d'interdiction et de fermeture de l'école ND de Kerdévot de la Congrégation du St-Esprit.

Bien que minutieusement préparée, l'intervention du 06 août fut plutôt rude : « Nombreux manifestants à l'intérieur de l'établissement à la tête desquels se trouvaient le recteur Hascoët qui s'est dit propriétaire de l'immeuble et ses deux vicaires. Quelques pierres ont été jetées sur les gendarmes par des enfants. ».

La chronologie des évènements des années 1902 à 1911 :

  • En janvier 1902 Hervé Le Roux, maire d'Ergué-Gabéric, est interrogé par le préfet sur l'école libre.
  • Début août 1902 un décret national et un arrêté préfectoral de dissolution de l'établissement sont publiés.
  • Le 6 août un commissaire et des gendarmes se déplacent au bourg d'Ergué-Gabéric, les sœurs blanches sont délogées et les scellés sont apposés sur les portes et fenêtres de l'école.
  • Le 16 octobre les scellés sont levés. Trois nouvelles religieuses sécularisées remplacent les trois sœurs blanches du St-Esprit.
  • En 1903 une enquête et un rapport font le point sur les activités des anciennes sœurs blanches toujours à Ergué-Gabéric : « Ce sont elles qui, en fait, dirigent l'école libre et elles accompagnent les enfants à la promenade. L'ancienne supérieure est à la papeterie Boloré. Elle se livre à l'exercice illégal de la médecine et vend des remèdes. ».
  • En 1911 une pétition signée par 193 électeurs gabéricois, soutenue par le député républicain Louis Hémon et adressée au préfet obtient la réintégration de sœur Félicienne à la tête de l'école privée.

En savoir plus => « 1902 - Documents sur la fermeture de l'école Notre-Dame de Kerdévot » et « 1911 - Pétition des électeurs pour le maintien d'une religieuse du St-Esprit » en [ Fonds d'archives ].

Billet du 12.03.2011

44 Service de renseignement

Si l'organisation WikiLeaks et Internet avaient existé en 1912, la fiche communale concoctée par la préfecture du Finistère aurait-elle été publiée ?

Il s'agit de la fiche d'Ergué-Gabéric des services préfectoraux rédigée à la veille des élections municipales de mai 1912 par un préfet très attaché aux valeurs républicaines.

Il écrit entre autres : « Cette commune a toujours été réactionnaire. Le maire est un paysan manquant de franchise ... ». À cette époque le qualificatif réactionnaire n'était pas aussi injurieux qu'aujourd'hui. Il dénotait une position politique pour le retour à l'état social et politique antérieur et impliquait une opposition aux républicains, au pouvoir depuis 1870, et à leur loi de la Séparation des Églises et de l'État.

Sur cette fiche on trouve aussi : les résultats des élections municipales de mai 1908 et législatives de 1910 ; la domination économique de René Bolloré, entrepreneur local ; les noms des quatre instituteurs des écoles laïques, relais du message républicain ; le nombre de classes en écoles privées versus publiques ; le profil psychologique du maire et sa sollicitation récente du député républicain ...

L'esprit des cables ou télégrammes de la diplomatie américaine révélés en 2010 par l'organisation WikiLeaks est très proche : rassembler des informations utiles, mêmes personnelles, pour la promotion et la défense d'un état républicain sur des terres hostiles !

En savoir plus => « 1912 - Fiche préfectorale de renseignements sur une commune réactionnaire » en [ Fonds d'archives ].

Billet du 05.03.2011

45 Victimes du progrès en 1907

« Tous les efforts de Mme Bihan pour maîtriser la bête furent inutiles ; aussi, successivement, elle renversait le nommé Jean-Louis Conan ... ».

Où il est question d'un cheval affolé par le passage du train entre Quimper et Ergué-Gabéric, et qui, avec son char-à-bancs, renverse plusieurs gabéricois qui passaient par là.

Ce fait-divers se passe le 15 juin 1907, soit 44 ans après l'inauguration de la ligne Paris-Nantes-Quimper en 1863. À noter que le tracé du chemin de fer longeait la frontière sud d'Ergué-Gabéric le long du Jet jusqu'à l'entrée dans Quimper. Et bien entendu à ces époques, les locomotives fonctionnaient au charbon et le sifflet à vapeur était actionné pour signaler leur passage, bruit strident qui pouvait effrayer les animaux.

L'accident se passe à Poul-ar-Raniket (la mare aux grenouilles), à la sortie est de Quimper en direction d'Ergué et de la vieille route de Rosporden. Ce quartier est connu entre autres pour être l'endroit où, dans son grenier, Jean-Marie Déguignet acheva en 1905 la deuxième édition de ses cahiers avant de mourir. A cette époque, les gabéricois allaient y chercher occasionnellement leur pain blanc (« bara gwinnich ), qui était un véritable luxe par rapport au pain de seigle plus courant: « Wi oa kerhed bara da Poul ar Raniket, ban ti Lozac'h pennag. Ar re a ye all da gehed bara, gant charaban. A var graet kalz bara » (Marjan Mao, 1982).

Qui sont les six personnes citées par le journal et toutes d'Ergué-Gabéric ? C'est l'occasion de faire le portrait et rédiger l'histoire de ces victimes du progrès en ce début du 20 siècle. Et notamment de ce Jean-Louis Conan, agriculteur à Kerdilès et presque aveugle au moment des faits.

En savoir plus => « Un train, un cheval affolé et des passants renversés, Le Courrier du Finistère 1907 » en [ Rubrique Reportages ].

Billet du 26.02.2011

46 Patibulaires à deux pots

« Dans une montagne dépendant de son lieu de Lestonan, aux facultés de faire exercer la justice sur les hommes et vassaux tant à foy qu'à domaine ».

Il y a quelques semaines, nous avions longuement décrit les fourches patibulaires épiscopales de Kerelan bâties sur quatre poteaux, ce qui constituait une supériorité sur celles de Lestonan qui n'en avaient que deux. On se devait cependant de retrouver l'évocation de ces dernières.

À savoir un mémoire de 15 pages du début du 18e siècle qui s'emploie à défendre les droits de fief, de patibulaires, de haute justice, et les prééminences des seigneurs de Lezergué.

Bien qu'il soit rédigé tardivement, le document apporte des informations très intéressantes sur l'origine et l'évolution du lieu noble de Lezergué depuis le 15e, et notamment en 1497 Jean de Coatanezre déclarant ses patibulaires « tombés et choits à terre », Guy Autret luttant dans les années 1630-40 pour officialiser tous ses droits honorifiques, et de 1682 à 1740 ses héritiers, Guy de Charmoy et Jacques du Bot, affrontant l'administration de la Réformation des domaines de Bretagne.

En savoir plus => « 1736-1740 - Défense des droits de fief, de justices et de prééminences pour Lezergué » en [ Fonds d'archives ].

Cette rétrospective nous donne l'occasion de compléter l'inventaire des nobles, gentilshommes, écuyers, seigneurs ou simples sieurs d'Ergué-Gabéric. Le but est de recenser toutes les familles qui y ont séjourné ou possédé l'un des fiefs gabéricois : Lezergué certes, mais aussi Kerfors, Kergonan, Mezanlez, Kernaou, Kerfrès, Pennarun, la Salle-Verte, le Cleuyou ... et de présenter le travail final dans le prochain bulletin Kannadig de début avril.

En savoir plus => « Familles nobles gabéricoises » en [ Rubrique Personnalités ].

Billet du 19.02.2011

47 Le Cleuyou, lieu noble

« Francfief et foy et homaige. Et premier, la maison encienne et principalle du manoyre et lieu noble du Cleuziou scittué en la paroisse de Lanniron  ».

Le lieu noble du Cleuyou, ainsi que les terres voisines de Kerempensal et de Kerelan, n'ont rejoint le territoire de la commune d'Ergué-Gabéric qu'en 1791. Est-ce la raison pour laquelle l'histoire du manoir et de ses habitants n'a jamais été étudiée ?

Aux Archives Départementales du Finistère, un dossier rassemble pourtant un nombre important de titres et d'aveux concernant ce lieu depuis 1562. Nous en avons référencé et analysé 10 documents, et la simple lecture et première transcription permettent déjà de mieux comprendre la succession des générations de nobles hommes et dames et des transmissions de propriété entre ces différentes familles du Cleuziou : Rubiern, de Kermorial, Le Gubaer et de Tinteniac.

Le dernier de ces nobles, François-Hyacinthe de Tinteniac doit s'enfuir à la Révolution, et les propriétés du Cleuziou seront vendues en Biens Nationaux.

En savoir plus => « Le manoir du Cleuziou/Cleuyou »
en [ Espace Cleuyou ].

Après la Révolution et le rattachement à Ergué-Gabéric, quatre générations de la famille Le Guay vont marquer les lieux de leur empreinte. L'un d'entre eux, Albert, juge de paix, va rallier la cause politique des Républicains. En 1890 il propose d'organiser une grande fête patriotique, : « organiser des courses d'hommes, de jeunes gens et d'enfants, de courses en sacs, des courses de chevaux, des luttes, jeux de la poêle, etc., (...) pour commencer à une heure de l'après-midi par une distribution aux indigents ». Ceci en septembre, une semaine après le grand pardon de Kerdévot ...

En savoir plus => « 1890 - Fête patriotique du 21 septembre au Cleuyou » en [ Espace Cleuyou ].

Billet du 13.02.2011

48 Des Girondins chez le curé

« Le bonhomme - curé constitutionnel du Grand Ergué - nous chauffa, nous sécha, nous traita, nous coucha, nous cacha jusqu'à la fin du jour. ».

Ils voulaient échapper à la guillotine ...
Ils voulaient échapper à la guillotine ...

Grâce à une fiche manuscrite de Prosper Hémon et la relecture des mémoires de deux survivants, on en sait un peu plus sur la cavale des députés Girondins proscrits, invités à se réfugier à Quimper en août 1793 et s'arrêtant à Ergué-Gabéric. Venant des quatre coins de la France, ils ont eu leurs heures de gloire :

  • Le marseillais Charles Barbaroux. Jeune figure révolutionnaire, il publie le journal « L'observateur marseillais ». Remarqué à la tribune de la Convention pour sa beauté et son éloquence.
  • L'écrivain parisien Jean-Baptiste Louvet. Il vivra une idylle avec Mme Cholet, qu’il nomme Lodoïska en référence à l’une des héroïnes de son roman.
  • L'avocat normand François Buzot. Il fut aimé par Madame Roland, l’égérie des Girondins. Les lettres de Madame Roland à Buzot écrites en prison sont parmi les plus belles lettres d’amour de l’histoire de France.
  • L'avocat Jérome Pétion de Chartres. En 1791, il est élu maire de Paris face à La Fayette, le héros de la guerre d'indépendance américaine. Le financier normand Gabriel de Cussy. Le médecin de la Meurthe, Jean-Baptiste Salle. L'administrateur de Bayonne Arnaud-Jean Meillan. Le médecin de la Gironde François Bergoing. L'avocat d'Eure-et-Loir Denis-Toussaint Lesage. Le juge d'Eure-et-Loir Jacques-Charles Giroust.

La dernière étape de la cavale des proscrits girondins depuis Caen, à savoir le trajet à pied de Rostrenen à Quimper, consista en « trente-deux heures de marche non interrompue », la plupart du temps sous la pluie battante et de nuit, car de jour ils pouvaient être reconnus et arrêtés. Et ils eurent quelques difficultés à Carhaix pour trouver le chemin de Quimper, et à Ergué-Gabéric, à deux lieux de leur destination, ils purent prévenir leurs amis quimpérois de leur arrivée ...

La première action urgente vis-à-vis des réfugiés fut de leur procurer du "lambig" (eau-de-vie de cidre) pour les réchauffer : « Notre nouveau conducteur nous mena d'abord chez un paysan, où, sur notre mine, nous n'aurions jamais obtenu le petit verre d'eau-de-vie et le peu de pain noir qui nous furent donnés. Une liqueur des îles et de la brioche ne nous avaient jamais paru si bonnes. ». Il est sûr que les députés ne parlant pas la langue bretonne locale n'auraient jamais pu obtenir seuls un tel réconfort.

En savoir plus => « 1793 - Dix députés girondins proscrits en fuite font halte au presbytère » en [ Fonds d'archives ].

Billet du 05.02.2011

49 Paysan breton bouddhiste ?

« Ce qui fit la fortune prodigieuse du bouddhisme, ce ne fut pas la philosophie nihiliste qui lui sert de base, ce fut sa partie sociale. »

Déguignet, le paysan bas-breton, était-il bouddhiste ? Nous allons tenter de répondre à cette question, et également de comprendre son analyse des origines des religions hindouiste et bouddhiste grâce à l'étude d'extraits de trois de ses textes.

Dans ces écrits, Déguignet cherche à montrer les écarts de la religion chrétienne en prenant des points de référence dans les autres religions, notamment celles de la civilisation indienne. On peut se demander quand il amène des éléments de comparaison s'il ne préfèrerait pas ces religions anciennes, surtout la morale bouddhiste née en Inde dès le 5e siècle avant J.-C.

Par contre il partage manifestement l'erreur de Voltaire quand ils datent tous deux des textes sacrés aryens pré-védiques du 5e millénaire avant notre ère.

Cette recherche nous donne aussi l'occasion de compléter les notes et références que Norbert Bernard a rassemblées et incluses dans les éditions des textes étudiés.

En savoir plus => « Déguignet, le paysan bas-breton, était-il bouddhiste ? » en catégorie [ Déguignet ].

Billet du 23.01.2011

50 Décret impérial honorifique

« Grâce à la grande vénération dont elle est l'objet, elle fait des recettes suffisantes pour couvrir les dépenses de son érection en chapelle de secours »

Des lettres inédites et un décret officiel de Napoléon III illustrant un changement historique en 1855 du statut de la chapelle qui semble avoir échappé aux mémorialistes car aucune notice n'en fait mention.

Et pourtant de nombreuses personnes sont intervenues pour appuyer le dossier : le préfet Charles Richard qui joue le rôle de coordinateur, le vicaire général de l'évêque, le maire de la commune Pierre Nédélec, le conseil de fabrique, l'agent-voyer de l'arrondissement Doudet, le conseiller d'État Antoine de Contencin (qui signe le décret), le ministre de l'Instruction publique et des Cultes Hippolyte Fortoul, le secrétaire général du ministère de l'Intérieur Manceaux ...

Grâce à leurs actions et à la donation d'une parcelle du placître par les époux Mahé qui possédaient à Kerdévot une exploitation agricole voisine, la chapelle de Kerdévot, dans une paroisse en extension, va pouvoir doubler l'église paroissiale, trop éloignée. On va pouvoir y exercer le culte régulièrement et légalement. En attendant d'être l'objet en 1914 d'un classement au titre de la loi sur les Monuments Historiques.

En savoir plus => « 1855 - Décret impérial pour l'érection de Kerdévot en chapelle de secours » en [ Fonds d'archive ].

Billet du 12.01.2011

51 Conducteur de machine

« Certains disent que cet homme, à la faculté d'emmagasiner de l'énergie statique, avait inventé chez Bolloré le concept de la batterie avant l'heure ! »

Il est décédé en 1973 à l'âge de 73 ans, et pourtant du côté de Stang-Venn et de Lestonan tout le monde se rappelle de Youenn Briand, de son côté pince-sans-rire, de son engagement social à la C.G.T. et son professionnalisme chez Bolloré à Odet aux commandes de sa machine à papier, la n°7 sur laquelle il a produit des kilomètres de papiers à cigarettes de marque O.C.B. jusqu'en 1959.

C'est l'occasion de présenter quelques anecdotes et éléments biographiques rassemblés par ses proches et amis : son mariage avec une gabéricoise du Reunic, les voyages en car qu'il proposait avec sa section syndicale d'Odet aux familles des ouvriers de la papeterie tous les ans à partir de 1937 au début des congés payés, le plaisir de souffler dans son cor de chasse qu'il avait eu à son service militaire, les sorties avec son clairon dans les rangs de la clique musicale des Paotred pour accompagner les fêtes laïques et religieuses ...

Sans oublier le témoignage d'un sécheur de la machine 7 qui, les larmes aux yeux, se remémore les facultés électriques surprenantes de Youenn : « Vers 7 heures et demi le matin, Youenn venait en bout de sécherie, se mettait la paume contre la bobine de papier pendant deux minutes ...  ».

En savoir plus => « Youenn Briand, ancien conducteur de la machine à papier n° 7 » en [ Mémoires d'Odet ].

Deux autres documents ont été également mis à jour récemment pour enrichir le fonds « Mémoires des Papetiers » :
Image:Right.gif 1881 - Elections municipales et influence patronale à la papeterie Bolloré : pétitions ouvrières et conclusions d'avocat.
Image:Right.gif Index chronologique de l'histoire des papeteries d'Odet-Cascadec : tous les évènements et dates importantes entre 1822 et 1983.

Billet du 07.01.2011