An dommerien, les chauffeurs, Feiz ha Breiz 1908 - GrandTerrier

An dommerien, les chauffeurs, Feiz ha Breiz 1908

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Catégorie : Gazettes
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§ E.D.F.

Une histoire racontée par Jean-Louis Prigent [1] mettant en scène des « Dommerien » dans le camp des Révolutionnaires de 1789, publiée en juin 1908 dans Feiz ha Breiz [2], le journal en langue bretonne édité par l'évêché de Quimper et de Léon.

Autres lectures : « La vision de Déguignet sur les apports et méfaits de la Grande Révolution » ¤ « Kergoant, Kergoan » ¤ « 1795 - Vente et adjudication de la tenue de Ty Plouz » ¤ « 1790 - Les 50 pages du recensement de la population » ¤ « Alain Dumoulin, écrivain et recteur (1788-1791) » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

L'histoire se passe à Kergoant, village situé au nord-est de la commune d'Ergué-Gabéric, en plein affrontement entre Chouans et Républicains lors de la Grande Révolution de 1789 :

  • les chouans sont nommés sous les seuls termes « ar Chouanted »,
  • les prêtres réfractaires sont désignés par les Révolutionnaires comme « al labouz-du » (les oiseaux noirs), « ar sae zu » (les sarraus noirs), « al loan-du » (les laines noires).
  • les révolutionnaires sont appelés en breton « an dispac'herien », « ar Republikaned », « ar bleizi-ze » (ces loups-là), et également « an Dommerien » (les chauffeurs).

Pourquoi les chauffeurs ? Parce que la technique de ces tortionnaires pour obtenir des aveux était de mettre leurs victimes sur les flammes d'un feu, du moins leurs pieds. Ici la couleur locale veut que le feu soit allumé dans la cheminée sous une « billig ruz » [3] (plaque à crêpes "rouge").

Ce qui étonne dans ce texte, c'est le fait que le journal catholique associe les chauffeurs aux révolutionnaires alors qu'ils étaient généralement perçus comme des sympathisants chouans. Annick Le Douguet a analysé les méfaits et procès des chauffeurs en Cornouaille dans la monographie « Langolen, chronique d'un village de Basse-Bretagne », Institut culturel de Bretagne, 1998, et l'article « Les Tommerien, redoutables hordes de chauffeurs, sèment la violence et la mort à Pleuven et à Clohars-Fouesnant  », cc-paysfouesnantais.fr :

  • « Cette horde de scélérat a pris naissance à Langolen, dans le canton de Briec, déjà fortement ébranlé par les excès de la chouannerie ».
  • « Organisée sur le mode armé, cette horde s'est inspirée des méthodes chouannes pour se livrer à des opérations de brigandage dans la campagne ».

Ici le journaliste de « Feiz ha Breiz » présente les choses différemment : les chauffeurs sont dans le camp des révolutionnaires, et leur but est de terroriser les bons paroissiens et leurs anciens prêtres réfractaires.

Qui sont d'une part les paroissiens impliqués dans cette histoire ? Tout d'abord le chef de famille de Kergoant : comme il est prénommé Fanch ou François, on pourrait penser qu'il s'agit de François Nédélec, né le 24/2/1777 à Pleuven, et marié le 12 février 1794 à Marie Marguerite Renée Seznec, et qui prit la sucesssion de son beau-père René à Kergoant. Mais dans l'histoire racontée par Jean-Louis Prigent son épouse est sensée se prénommée Anna, et non Marie Marguerite Renée comme à l'état civil.

 

Il est question aussi d'un prénommé Per ou Pierre du village de Ty-Plous, dépendant de Kernaou, qui était en relation avec les Chouans basés dans le secteur de Briec. En 1790 à Typlous ce sont René Briand et François Le Floc'h, âgés respectivement de 45 et 28 ans, qui y habitaient.

En enfin qui pouvait être le prêtre réfractaire qui s'était réfugié à Kergoant ? S'agissait-il du recteur lui-même, Alain Dumoulin exilé ensuite à Prague, ou l'un de ses vicaires ? Ou alors un prêtre d'une paroisse avoisinante ?

Jean-Marie Déguignet avait signalé l'existence des chauffeurs dans ses mémoires : « Ce souvenir seul (de Robespierre) leur faisait peur, autant que les souvenirs des chouans et des chauffeurs (ann domerien) ».

Et le paysan bas-breton signale aussi la pratique de la billig [3] comme instrument de torture : « Il y en avaient encore trois ou quatre richards dans la commune qui ... avaient eu les fesses rôties sur la poêle à crêpes, pour les forcer d'avouer où étaient leurs trésors ».

« An dommerien hag ar billig ruz », inspiré d"une couverture du Petit Journal du 15.11.1908
« An dommerien hag ar billig ruz », inspiré d"une couverture du Petit Journal du 15.11.1908

[modifier] 2 Transcription et traduction (en cours)

Pajennad 184 :

An Dommerien

(An dra-ma a zo bet kountet da genta gant an Tad Scao, p'edo c'hoaz var ar studi)

Koan a zo drebet hag oll dud an ti a zo azezet endro d'an daol : en eun tu e veler an tad koz gant e zaou vab bihan, Jozefik hag Herveik, enn tu all ar mevellien hag an ozac'h, o lenn buez sent Laurans. Herveik a rea skrijadennou bep an amzer, hag a veac'h m'oa peurlennet buez ar zant ma laveraz : « Perak ez euz bet great kement a boan d'ar zant-ze ? Ne velan ket perag eo bet lakeat d'ar maro, p'e guir n'en doa great drouk ebet. Ha ma felle d'an dud kris-se e laza, perak beza hen dalc'het da c'houzanv poaniou ker spountuz epad keit amzer ? Ma vijen bet eno, me am bije tennet var an dud goues-se ha lezet ar zant da reded ».

— « Te c'hoar, mabig paour, eme an tad koz, ato e zeuz bet tud fall, hag ato an dud-se o deuz klasket ober drouk d'ar re vad. Brema e zeuz kant vloaz, epad an dispac'h vraz pe ar revolusion, oa evel e amzer sant Laurans. »

—« Tad koz, eme Herveik, en eur bokad dezan, kountit d'eomp eun histor en em gavet epad ar revolusion ».

An tad koz, ne c'helle nac'h netra de vab bihan, a stagaz dioc'htu gant e histor.

— « Neuze, emezan, hervez m'am meuz klevet gant va zad, ar veleien a ranke mont da guzat du-ma, du-hont,

 

Page 184 :

Les chauffeurs

(Cette histoire a été racontée pour la première fois par le père Le Scao, alors qu'il était au séminaire)

Le souper est terminé et tous les habitants de la maison sont assis autour de la table : d'un côté on voit le grand père avec ses deux petits enfants, Joseph et Hervé, et de l'autre les domestiques et le chef de famille en train de lire La Vie de saint Laurent. Hervé a des frémissements tout le temps, et à peine la lecture était-elle achevée qu'il dit : « Pourquoi a t-on fait tant de mal à ce saint ? Je ne vois pas pourquoi on l'a mis à mort, car il n'avait fait aucun mal. Et si ces gens cruels voulaient le tuer, pourquoi lui avoir fait subir des tourments si épouvantables et pendant si longtemps ? Si j'avais été là, j'aurais tiré sur ces gens sauvages-là et laissé le saint s'en aller ».

— « Tu sais, mon petit, dit le grand père, autrefois il y a toujours eu des gens mauvais, et ces gens-là ont toujours cherché à faire du mal aux gens de bien. Il y a maintenant cent ans, pendant la grande révolution, c'était comme du temps de saint Laurent. »

—« Grand père, dit le petit Hervé en l'embrassant, raconte-nous une histoire qui s'est passé pendant la révolution. ».

Le grand père, qui ne pouvait rien refuser à son petit-fils, commença aussitôt son histoire.

— « Alors, dit-il, d'après ce que j'ai entendu de mon père, les prêtres devaient se cacher ici et là,

Pajennad 185 :

er parkeier, er c'hoajou, er c'hreier ... Bez' e zoa tud digaloun hag a rea micher d'o diskuill d'ar Republikaned, hag ar re-ma, pa c'hellent tapa peg en eur beleg pe en dud vad a roe digemer d'ezo, o lakea var eur bilig-ru ha setu perag e zint bet hanvet an Dommerien.

Eun dervez e Kergoant (Erge-Vraz) edo an dud o vont da gousked : Ar c'hreg a ioa soken en he guele. Setu ma oue klevet trouz tud o vale hag o tostaat ; an nor n'oa ket prennet ha pemb Republikan a zilam en ti, eur c'hleze hag eur fuzulh gant peb-unan.

— « Aman ez euz eur beleg kuzet : it, sitoian, da chercher anezan d'eomp, a lavaraz dioc'htu ar mestr anezo d'ar penn-tiegez ».

— « Pell 'zo, n'am meuz guelet sae zu ebed em zi, a respountaz an ozac'h, goulskoude ma na fell ket d'eoc'h va c'hredi, klaskit oc'h-unan. — Evidon-me ne furchin ket, rag gout a ran ne gavin netra ».

— « It da lavaret kement-se à d'autres. Aman ez eue eur beleg kuzet. Digasit anezan dirazomp, ha da c'hortoz ni ne gollimp ket hon amzer ».

Ar Republikaned en e lakeaz ouz taol hag a reaz servicha d'ezo kig, bara guinis hag eur banne hini melen, ni petra 'ta. Evel Fanch ne rea van, mestr an dommerien a laveras :

« Ce citoyen ne fell ket d'ezan diskouez e pe leac'h eman al labouz-du : ne vo ket brao d'ezan choum aze beteg m'or bezo leunet hor c'hof : rag neuze ni a velfe a lemm eo hor c'hlezeier pe tenna a ra hor fuzulhou. — Rag bezit sur, citoyen, ni or bezo ar beleg, pe da benn, da gas ganeomp. Da c'hedal, daoust hag ama n'euz ket sidr ? — kers da gerc'hat, citoyen Jaouen, emezan, en eur drei ouz unan d'euz e e vignouned ».

Ma na fell d'eoc'h nemed sidr, e z'euz moien d'o servicha, eme Fanch. Kerkent an ozac'h a gemeraz eur skudel hag a bedaz ar mevel da ziskouez d'ezan an hent gant ar goulou. Er c'hao e chomchent eun tammig da zavarat, ha Fanch a lavaraz goustadik d'ar mevel : « Ne anavezan ket an diaoulou-ze, goest int d'ober ar brasa torfejou. Goulskoude, selaouit mad an dra-ma, neuz forz petra reint, choumit sioul : an distera a rafec'h, evit klask tec'het, a ve avoalc'h evit lakaat diskredi varnoc'h hag oc'h anaout ».

 

Page 185 :

dans les champs, les bois, les étables... Il y avait des gens sans cœur qui avait comme tache de les dénoncer aux Républicains, et ceux-ci , quand ils pouvaient mettre la main sur un prêtre ou sur les gens de bien qui les accueillaient, les mettaient sur une billig (plaque à crêpes) chauffée au rouge, et c'est pourquoi on les a appelés les Chauffeurs.

Un jour à Kergoant (Ergué-Gabéric) des gens allaient se coucher : l'épouse était même déjà dans son lit. Et voilà qu'on entendit le bruit de gens qui marchaient et s'approchaient ; la porte n'était pas fermée et cinq Républicains font irruption dans la maison, chacun tenant un sabre et un fusil.

— « Il y a un prêtre caché ici : Allez, citoyen, nous le chercher », dit aussitôt leur commandant au chef de famille .

— « Il y a longtemps que je n'ai pas vu un de soutane noire dans ma maison, répondit le chef de famille, cependant si vous ne voulez pas me croire, cherchez-le. — Pour ma part je ne chercherai pas, car je sais que vous ne trouverez rien. ».

— « Allez dire cela à d'autres. Il y a un prêtre caché ici. Amène-le nous, et nous, en attendant, nous ne perdrons pas notre temps. ».

Les Républicains s'attablèrent et se firent servir de la viande, du pain de froment et un verre d'eau-de-vie, bien entendu. Comme François restait impassible, le chef des chauffeurs dit :

« Ce citoyen ne veut pas montrer où se trouve le corbeau : ce ne sera pas agréable pour lui de rester là jusqu'à ce que nos ventres soient remplis : car alors nous verrions si nos épées coupent et si nos fusils peuvent tirer. — Car soyez en sûr, citoyen, nous aurons le prêtre, ou ta tête, à ramener avec nous. En attendant, je me demande s'il n'y a pas du cidre ici ? — Va en chercher, citoyen Jaouen, dit-il, en se tournant vers l'un de ses compagnons ».

Si ce n'est que du cidre que vous voulez, il y a moyen de vous en servir, dit François. Aussitôt le chef de famille pris une écuelle, et demanda au commis de lui montrer le chemin avec la lumière. Dans la cave, ils restèrent un moment à parler, et François dit tout bas au commis : « Je ne connais pas ces diables-là, ils sont capables de faire les plus grands crimes. Cependant, écoutez bien ceci, quoiqu'ils fassent, restez calme : le moindre geste que vous feriez pour chercher vous enfuir serait suffisant pour attirer les soupçons sur vous et vous faire reconnaitre ».

Pajennad 186 :

— « Ne fell ket d'in, eme ar mevel, beza penn kaoz euz ho maro, ha ne lezin ket ho laza. » Peoc'h, eme Fanch, c'houi a zo izoum ac'hanoc'h er vro-ma. N'eus beleg all ebed, ha ma vezoc'h lazet, piou a vadezo ar vugale, a lavaro an ofern ... Me am meuz pemp krouadur ; keit ha ma choumo ho mam ganto e c'hellan beza dinec'h, savet mad e vezint : ma c'hoarvez ganti beza lazet ive, Doue a gemero soursi anezo. Rak-se taolit evez, neuz forz petra reio ar bleizi-ze, grik ebed : petra rafec'h eneb pemb : ha dreist oll diouallit d'en em ziskuill ».

— Eun dra goulskoude 've mad da ober : me ia da lavaret da Ber an ti-plouz kas kelou d'ar Chouanted ema ar Republikaned ama. Bet e tleont beza vardro Briec gant Kornouaill » —« Kerzit memez tra ».

Ar mevel, pe ar beleg, evel ma keroc'h, a redaz da gaout Per, ha Fanch a deuaz en ti gant e sidr.

A veac'h m'oa Fanch deuet tre, kabiten an dispac'herien a lavaraz : « allons, citoyens, buvons ; ha te, en eur drei ouz Fanch, ev ganeomp, muoc'h a nerz e pezo da stleja al loan-du ». — « Ne evan ket, eme an ozac'h, hag eur veach c'hoaz e lavaran d'eoc'h n'euz beleg ebed ama. Ne dal ket deoc'h. » — « Ni a velo ; ar pez a zo sur, ar beleg a gavimp pe varc'hoaz vintin e rin tro Gemper gant da benn var beg va c'hleze ».

Hanter-noz a zounaz. — « Allons, citoyen Jacques, a lavaraz ar mestr, kerz da furcha : me ia da domma, rag gleb oun ». — Jakez hag an tri all en em lakeaz raktal da glask ar beleg : furchet e oue ar c'hreier, ar c'hardiou, peb korn euz an ti.

Epad an amzer-ze Anna, ar c'hreg, a ioa meurbet ankeniet, evel ma c'helloc'h kredi. Heb sonjal, e loskaz eun uhanaden. Kerkent mestr an dommerien a c'halvaz e dud evit gwelet piou a ioa er guele. Fanch en em lakeaz etre ar guele hag inti en eur lavaret « Va greg eo ». — « Sitoianez, lavar e pe leac'h ema ar beleg ha ne vo great drouk ebed did ». — Anna a ioa ive eur gristenez euz an dibab. — « Pell 'zo, emezi, ne veler beleg ebed mui er vro ; ar re n'int ket bet lazet o deuz kemeret an teac'h. »

— « Ah ! evelse e reer goap ac'hanomp, eme as mestr en eur zistaga eur javedad gant Fanch, a gouezaz d'an douar. Gortoz ... », ober a reaz eur zell spountuz endro

 

Page 186 :

— « Je ne veux pas, dit le commis, être responsable de votre mort, et je ne les laisserai pas vous tuer ». Paix, dit François, vous, on a besoin de vous dans ce pays. Il n'y a aucun autre prêtre, et si vous êtes tué, qui va baptiser les enfants, dire la messe ... J'ai cinq enfants en bas âge ; tant qu'ils auront leur mère, je ne suis pas inquiet, ils seront bien élevés, et s'il se trouvait qu'elle fut tuée également, Dieu prendra soin d'eux. Rak-se faîtes attention, quoi que fasse ces coyottes-là, pas un mot : que feriez vous contre cinq hommes : et surtout diouallit d'en em ziskuill ».

— Il y a quelque chose cependant qu'il serait bien de faire : je vais dire à Pierre de Ti-Plouz de faire savoir aux Chouans que les Républicains sont ici. Il doivent être du côté de Briec avec Cornouaille » —« Allez y donc ».

Le serviteur, ou plutôt le prêtre, comme vous voudrez, courut prévenir Pierre, et François rentra dans la maison avec le cidre.

A peine François entré, le capitaine des révolutionnaires dit : « allons, citoyens, buvons ; et toi, en se tournant vers François, bois avec nous, tu auras plus de force pour traîner la bête noire ». — « Je ne bois pas, dit le chef de famille, et une fois encore je vous dis qu'il n'y a pas de prêtre ici. Vous perdez votre temps. » — « Nous verrons ; ce qui est sûr, c'est que nous trouverons le prêtre ou bien demain matin je ferai le tour de Quimper avant ta tête au bout de mon épée ».

Minuit sonna. — « Allons, citoyen Jacques, dit le chef, allez fouiller : je vais me chauffer, car je suis mouillé ». — Jacques et les trois autres s'empressèrent de rechercher le prêtre : les étables, les hangars, chaque recoin de la maison furent fouillés.

Pendant ce temps Anna, l'épouse, était très angoissée, comme vous pouvez l'imaginer. Sans réfléchir, elle poussa un soupir. Le chef des chauffeurs appela ses gens pour vérifier qui était dans le lit. François se plaça aussitôt entre le lit et eux en disant « C'est ma femme ». — « Citoyenne, dites-nous où est le prêtre et on ne vous fera aucun mal. ». — Anna était aussi une excellente chrétienne. — « Il y a longtemps que l'on ne voit aucun prêtre dans le pays ; ceux qui n'ont pas été tués on pris la fuite. »

— « Ah ! comme ça on se moque de nous, dit le chef en giflant François qui tomba à terre. Attends ... », il jeta un regard effrayant autour

Pajennad 187 :

d'ezan ha tapa a reaz eur gorden a ioa var leur an ti : araok m'en doa gellet Fanch sevel, en doa liammet daouarn Anna adrenv he c'hein. Neuze e lavaraz d'an ozac'h : « Ar beleg n'ema mui ama ? lavar d'eomp neuze da be leac'h eo eat. ). — « Ne lavarin ket — beleg ebed n'en deuz great droug d'in-me na d'id-te. Perag e fell d'id ober brezel d'ezo. » — « Lavar d'eomp e pe leac'h ema ar beleg, pe te 'po keuz. » — « Na lavarin ket. » Neuze var urz ar mestr, an tan a zo c'houezet dindan ar billig. Fanch a zonjaz na deuet e heur ziveza.

Goulskoucle Doue a zo oll-c'halloudek hag an den ne ra nemed ar pez ma lez anezan da ober. Fanch en d'oa ar brasa fisianz ennan. 0 klevet e vugale o lenva hag o velet stad truezuz e vreg, an daelou a deuaz en e zaoulagad. Lavaret a reaz ennan e-unan : « Guerc'hez Vari, grit eur zell a druez ouzin. Guelit va bugale, guelit Anna ! Petra deuint da veza goude va maro ? Ho polontez bezet great, o va Doue. Me 'zo kountant da vervel evidoc'h : mez diouallit an eneou keiz-se, diouallit ar beleg. Itron Varia Gerdevot, ma na vezan ket lazet gant ar bleizi gouez-ma, me 'roio d'eoc'h an daou ejen guella 'zo em c'hraou. »

Setu ma oue klevet eur vouez skrijuz o iouc'hal er pann all d'an ti : « Eh bien ! citoyen, laver d'eomp e pe leac'h ema al loan du pe me da lakeio var ar billig ruz. » Fanch a reaz eur zell ouz Anna hag e vreg a lavaraz d'ezan : « Na falgaloun ket ; Doue da vel. » Krenveat, Fanch a respountaz : « Ama n'euz loan du ebed. » — « Avoalc'h evelse » ; kroget e oue e Fanch, liammet e zaouarn adrenv e gein hag astennet var ar billig. Anna a bede kalounek, ar vugale a lenve forz eur ran-galoun oa o c'hlevet.

D'ar mare-ze, ar mevel a deu en ti. Pebez kalounad evitan ! Moudra a ranke var e himor evit miret da zifen an hini a roe e vuez evitan. Noue ket lezet pell amzer da zonjal : kroget e oue ennan ha liammet e dreid hag e zaouarn. Ne c'hellaz miret da skuill daelou a levenez pa glevaz Fanch o lavaret : « Gloar d'eoc'h, va Zalver, bezit meulet brema hag e peb amzer. Introun Varia Gerdevot, ho pet truez ouzin », e zaoulagad a joume da bara ouz an nenv evel p'en divije guelet ar Verc'hez : el leac'h diskouez kaout poan, morse n'oa bel ken laouen ha ken

 

Page 187 :

de lui et ramassa une corde qui e trouvait sur le sol de la maison : avant que François ait pu se mettre debout, il avait attaché les mains d'Anna derrière son dos. Alors il dit au chef de famille : « Le prêtre n'est plus ici ? Dis-nous alors où il est allé. ». — « Je vous le dirai pas — aucun prêtre ne m'a fait de mal, ni à toi non plus. Pourquoi veux-tu leur faire la guerre ?. » — « Dis-nous où est le prêtre, ou alors tu vas le regretter. » — « Je ne le dirai pas. » Alors sur l'ordre du chef, un feu fut allumé sous la billig. François pensa que sa dernière heure était arrivée.

Cependant Dieu est tout-puissant, et l'homme ne fait que ce qu'il lui laisse faire. François lui faisait la plus grande confiance. Entendant ses enfants pleurer, et voyant l'état pitoyable sa femme, les larmes lui vinrent aux yeux. Il dit en lui-même : « Vierge Marie, ayez pitié de moi. Regardez mes enfants, regardez Anna ! Que deviendront-ils après ma mort ? Que votre volonté soit faite, mon Dieu. Je suis prêt à mourir pour vous, mais protégez ces pauvres âmes, préservez le prêtre. Notre-Dame de Kerdevot, si je ne suis pas tué par ces loups, je vous donnerai les deux plus beaux bœufs de ma crèche. »

On entendit alors une voix effrayante hurler à l'autre bout de la maison : « Eh bien ! citoyen, dis-nous où est la bête noire, ou alors nous te mettons sur la billig rouge. » Fanch a reaz eur zell ouz Anna hag e vreg a lavaraz d'ezan : « Na falgaloun ket ; Doue da vel. » Avec force, François répondit : « Ici il n'y a pas de laine. » — « Si c'est comme ça » ; François est attrapé, ses mains liées dans le dos, et allongé sur la billig. Anna a bede kalounek, ar vugale a lenve forz eur ran-galoun oa o c'hlevet.

À ce moment, le commis entra dans la maison. Quel surprise ! Moudra a ranke var e himor evit miret da zifen an hini a roe e vuez evitan. On ne lui laissa pas une minute pour réfléchir : il fut attrapé, pieds et mains liés. Ne c'hellaz miret da skuill daelou a levenez pa glevaz Fanch o lavaret : « Gloire à toi, mon Sauveur, soyez béni maintenant et de tout temps. Notre-Dame de Kerdévot, ayez pitié de moi », e zaoulagad a joume da bara ouz an nenv evel p'en divije guelet ar Verc'hez : el leac'h diskouez kaout poan, morse n'oa bel ken laouen ha ken

Pajennad 188 :

chichan : lavaret e vije bet eno var eur guele plun. Ar republikaned a zelle an eil ouz egile : morse n'o doa guelet kement all : el leac'h anaout eno dorn Doue, en em lakeont da gounnari hag ar mestr a reaz tenna Fanch divar ar billig en eur lavaret : « Hema en deuz eun dra benag dindan e zillad hag a vir ouz an tan d'hen devi. »

Fanch a zo divisket : n'oue kavet varnan nemed eur skapular. Tolet e oue adarre var ar billig, en noaz er veach-ma : ne c'houzanvaz poan ebed, kaer o devoue an dommerien ober tan.

« An tan ne zeo ket, eme ar mestr, va c'hleze a droc'ho. Edo o vont da skei, pa lavaraz unan euz e dud : « selaou ». E guirionez klevet a reer tud o tostaat, dioc'h an trous oa anet e na kalz anezo. « Ar Chouanted, eme unan. » Ar ger-ze a reaz d'ar bleizi-ze mont sot : sellet a reont an eil ouz egile evel tud diskiant : petra da ober : tec'het, mont da guzet ? hag amzer ? Goulskoude an trouz a dostea, a dostea... galoupat a raout er meaz, heb beza sonjet rei taol ar maro da Fanch.

Neubeud goude, ar Chouanted a ioa en ti, ha goude beza tennet Fanch divar ar billig ha diliammet ar beleg hag Anna, ec'h en em daolont oll d'an daoulin evit trugarekaat an Aotrou Doue hag introun Varia Gerdevot.

J.-L. Prigent [1].

 

Page 188 :

chichan : lavaret e vije bet eno var eur guele plun. Les Républicains se regardèrent les uns les autres : jamais on n'avait vu une telle chose : el leac'h anaout eno dorn Doue, en em lakeont da gounnari et le chef qui tenait François sur la billig dit alors : « Celui-là a quelque-chose sous ses habits et on va mettre le mettre à brûler sur le feu ».

François était serein : ils n'avaient trouvé sur lui qu'un scapulaire (vêtement religieux). Il fut jetté sur la billig, en grande difficulté cette fois : il se résignait sans peine, les chauffeurs se démenaient à faire du feu.

« Le feu ne fera rien, dit le chef, mieux vaut le tabasser. Ils allaient frappé, quand l'un d'entre eux dit : « écoutez ». En fait on entendait des gens s'approcher, et faisant du bruit comme s'ils étaient très nombreux. « Les Chouans, dit l'un ». Ce mot rendit dingues les loups : ils se regardèrent les uns les autres, comme des déments : que faire : fuir, disparaître ? se dépécher ? Cependant le bruit se rapproche, se rappoche... galoper dehors dans la campagne, sans plus songer à donner la mort à François.

Un peu après, les Chouans étaient dans la maison, et ensuite François était tiré de la billig, le prêtre et Anna déliées, et ils se sont tous mis à genoux en remerciement à Dieu et Notre-Dame de Kerdévot.

J.-L. Prigent [1].

[modifier] 3 Coupures de presse

[modifier] 4 Annotations

  1. Jean-Louis Prigent (1878-1962), prêtre du diocèse de Quimper, né à Guissény, ordonné en 1905, professeur à Saint-Yves Quimper ; 1906, hors diocèse ; 1907, vicaire à Briec ; 1926, chapelain de l'école du Sacré-Cœur de Lesneven ; 1933, recteur de Baye ; 1945, recteur de Lamber ; 1952, chapelain à Plouzané ; 1957, maison de Keraudren ; décédé le 9-03-1962. Publications : Miz Mari : eskobti Kemper ha Leon (Brest, Moullerez ru ar C'hastell, 1909). [Ref.↑ 1,0 1,1 1,2]
  2. « Feiz ha Breiz » est le premier journal hebdomadaire en langue bretonne, qui fut fondé par l'Evêque de Quimper et parut de 1865 à 1884, puis de 1899 à 1944, et enfin depuis 1945. De 1865 à 1874 la direction et rédaction furent assurées par l'excellent bretonnant Goulven Morvan, originaire de La Forest Landerneau. Feiz ha Breiz reparait après la guerre en 1945 sous le nouveau titre de « Kroaz Breiz, puis renommé en « Bleun-Brug ». [Ref.↑]
  3. « Billig » , mot breton pillig, genre féminin, dont « billig » est la forme lénifiée après l'article défini « ar », soit « ar billig » : plaque circulaire en fonte, donc extrêmement lourde, utilisée pour réaliser et faire cuire une galette ou une crêpe. Cette plaque, d'un diamètre variant généralement entre 33 et 50 centimètres, étaient posée autrefois (avant l'apparition de l'électricité ou du gaz dans les campagnes bretonnes) sur un trépied métallique sous lequel on enserrait de petits fagots de bois secs enflammés. [Ref.↑ 3,0 3,1]


Thème de l'article : Coupures de presse relatant l'histoire et la mémoire d'Ergué-Gabéric

Date de création : octobre 2012    Dernière modification : 4.09.2014    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]