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Blog 06.07.2014

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[modifier] Turben ar mair n'a po quet

Au-delà des invectives émaillées de vers bretons et de bretonnismes, on découvre le rôle surprenant de l'instituteur du « hameau » de Lestonan.

Billet du 06.07.2014.
Billet du 06.07.2014.

Les deux journaux « Le Progrès du Finistère » et « Le Finistère » se sont étripés en mai et août 1912 pour ces élections où pour la première fois six conseillers républicains vont cohabiter avec les élus conservateurs. Il faut dire que jusqu'à présent, depuis plus de trente ans, la mairie est dirigée exclusivement par des conservateurs dits réactionnaires.

Les correspondants locaux de ces journaux s'invectivent sous des pseudos et des qualificatifs choisis. Du côté des Réactionnaires, le journaliste conservateur du Progrès se présente comme le « Goaper », c'est-à-dire le « moqueur », et qualifie le camp opposé de « Gugusses ». Le journaliste républicain du Finistère se cache quant à lui derrière le collectif « groupe d'électeurs libres » ou le pseudo « Le véridique » et utilise généralement du terme « cléricaux » pour désigner ses adversaires.

Outre des bretonnismes comme « tailler les chupens », la langue bretonne est aussi un support pour lancer des attaques, comme ces vers composés par les conservateurs, traduits en français par les républicains, avec semble-t-il une approximation sur le sens du mot « turben » désignant l'écharpe tricolore du maire :

« Radicalet lipet ho peg, (Radicaux, léchez votre bouche)
Turben ar mair n'a po quet. (Le turban du maire vous n'aurez pas.)
Taïllet vo deoc'h guiz eo gloat (On vous taillera comme vous est dû)
Bebet chupen deuz en hed » (Une veste de votre longueur !)

Mais le clou des échanges les plus vifs est l'affaire de l'instituteur de Lestonan. La situation de départ est décrite par le correspondant du Progrès : « Tout un quartier de la commune était mécontent du maintien d'un instituteur de hameau auquel les pères de familles ne peuvent ou ne veulent pas confier leurs enfants. On m'a dit qu'il n'avait que 5 élèves, alors que son école aurait pu en compter 70 à 80. »

Les coupures de presse sont édifiantes sur la façon dont chaque parti se positionne sur le cas de l'instituteur Godet, interprète les intentions du parti adverse, jusqu'à faire dire au républicain « Le Finistère » : « Les Républicains continueront leur marche en avant. L'instituteur ne sera sans doute plus là, mais mort ou vivant il sera sans dans leur pensée et avec eux il criera : "Vive le Grand-Ergué républicain ! " ». Aux élections municipales suivantes, en 1919, quelles que soient leurs sensibilités réactionnaires ou républicaines analysées par les services préfectoraux, les élus des deux bords se porteront candidats sur une liste unique d'Union.

En savoir plus : « Les premiers conseillers municipaux républicains, Le Progrès et Le Finistère 1912 », « 1919 - Liste d'Union Réactionnaire et Républicaine aux municipales », « 1910 - Ecole publique de Lestonan de Paul-Emile Godet »



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