Blog 07.12.2013 - GrandTerrier

Blog 07.12.2013

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[modifier] Blessures et grands esprits

« Je suis certain que ça n’a été que grâce à cet accident que j’ai pu commencer, à l’âge où tous les autres crânes se ferment pour toujours, à avoir de nouvelles idées et à me rendre compte de toutes les choses de ce monde », Jean-Marie Déguignet (1834-1905)

Clément VI (chapelle Saint-Martial du palais des papes)
Clément VI (chapelle Saint-Martial du palais des papes)

Jean-Marie Déguignet, qui n'avait que cinq ans et qui habitait avec ses parents dans un penn-ty à Quélennec en Ergué-Gabéric, se fit une plaie profonde à la tempe gauche, alors qu'il était pourchassé par un essaim d'abeilles près du Moulin du Poul.

Il attribue sa capacité de mémoire à cette blessure, et se compare au 4e pape d'Avignon, Clément VI (1291-1352) : « J’ai vu dans l’histoire qu’un de nos papes, Clément VI, eut le même accident, et, par cette raison, il eut, dit-on, un esprit extraordinaire ».

Ce fait divers n'est pas relaté dans les biographies de Clément VI et restait pour nous une énigme. Jusqu'au jour où un érudit lecteur du GrandTerrier ne découvre le livre « Sophisme » du philosophe Jean Buridan, dans une édition commentée de Joël Biard, et consulte le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Île-de-France de 1875. On y découvre là un échange en latin entre un pape diplomate et fastueux et un philosophe sceptique, évoquant leurs errements de jeunesse et cette blessure rocambolesque.

Quand Jean Buridan se présenta, le pape lui demanda :

  • « Pourquoi as-tu frappé le pape ? » (Tu quare percussisti papam).

Le philosophe répondit par cette formule :

  • « Mon Père, j’ai frappé un pape, mais je n’ai pas frappé le pape (Pater, papam percussi, sed non percussi papam) ».

Buridan prétendait en fait l'avoir frappé avant qu'il ne soit pape, il s'appelait encore Pierre Roger, et il était un de ses jeunes condisciples à l'Université de Paris. Les deux hommes se seraient disputés les faveurs d'une jeune femme, et Buridan aurait frappé violemment le futur pape à la tête. Celui-ci « perdant tout son sang, en aurait eu le cerveau purgé, et aurait de ce fait acquis une fabuleuse mémoire ».

On apprend aussi qu'une lettre du poète italien François Pétrarque, lequel était proche du pape Clément VI surnommé « le Magnifique », raconte la même anecdote. Cette lettre a été retrouvé : « Libri I. Rerum memorandarum » (choses à se souvenir).

En savoir plus : « Les énigmes non élucidées dans les écrits de Jean-Marie Déguignet »,
« Les blessures de Jean-Marie Déguignet et de Clément VI » et « Espace Déguignet »

Billet du 07.12.2013.



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