Blog 14.04.2018 - GrandTerrier

Blog 14.04.2018

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[modifier] Une moitié se trouve sur le grabat ...

Billet du 14.04.2018 - « Cessez, dit le médecin au chirurgien, il n'y a plus rien à faire, on ne le sauvera pas. Bianchon et le chirurgien replacèrent le mourant à plat sur son grabat infect », Honoré de Balzac, Le Père Goriot.

Cette semaine l'analyse d'une liasse de documents conservée aux Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine incluant des rapports et tableaux sur l'évolution et les conséquence d'une épidémie de dysenterie qui a touché Ergué-Gabéric, Briec et quelques autres communes entre 1779 et 1787.

Le dossier démarre par une lettre datée de septembre 1786 du subdélégué Le Goazre de Quimper à l'intendant à Rennes : « Le sieur Denys recteur du Grand Ergué m'écrivit le vingt sept de la manière plus pressente, une moitié des habitants de sa paroisse se trouve sur le grabat, l'autre moitié chancelle, plusieurs sont morts et beaucoup d'autres très mal. »

La maladie épidémique déclarée à Ergué-Gabéric et Briec est vraisemblablement la dysenterie qui est une maladie infectieuse grave se traduisant par des diarrhées et crampes abdominales, et une mortalité importante. Le nombre d'habitants de la paroisse est d'environ 1500 âmes. Si le nombre de morts en 1786-87 est de 200 sur 2 ans, le plus grand pic de décès annuels reste l'année 1779 : 159 morts, soit plus du double d'une année normale et plus de 10% de la population totale (cf. étude démographique).

Dans la lettre du subdélégué il est question aussi de la fin de l'épidémie à Briec, laquelle s'est propagée à Ergué-Gabéric où des secours sont demandés : « Les malades pauvres de Briec se rétablissent, le cour du mal est arrêté ... À peine le mal cesse-t-il d'un cotté qu'il se reproduit d'un autre (au Grand Ergué). ... le peuple de cette paroisse a réellement bezoin de secours, et que la présence du chirurgien y est d'autant plus nécessaire que M.M. les prêtres sont eux-mêmes grabataires.  »

Les remèdes utilisés par les médecins et chirurgiens sont faits exclusivement de « miels, syrops et vinaigre ». Les sirops et les boissons vinaigrées sont accompagnés de produits à base de plantes et préparations diverses dont un rapport donne précisément la quantité précise délivrée à Ergué Gabéric pendant le passage du chirurgien Kerjean : deux livres de manne (suc purgatif du frêne), une demie livre de senné (plante laxative), une livre de sel de plomb (effets constipatifs), quatre onces de sel de nitre (maux d'estomac), huit onces de crême de tartre (purge de bitartrate de potassium), une once de "semen contra" (plante vermifuge) et enfin six onces de jalap (poudre purgative de tubercule).

Les paiements des honoraires du médecin (celui qui établit le traitement) et du chirurgien (celui qui applique le traitement) sont déclenchés par l'intendant de Bretagne, au vu des rapports et certificats. Le tarif journalier est différent : 6 livres pour le chirurgien et 15 pour le médecin.

Les pièces de 1786 concernant Ergué-Gabéric incluent également un rapport sous forme de tableau, adressé à la subdélégation de Quimper pour les mois de septembre et octobre 1786 quant à l'état des 91 malades du Grand Ergué visités par le chirurgien Kerjean et le médecin Jean-Baptiste Le Breton.

  Huile d'Honoré Daumier, Philadelphia Museum of Art :

En octobre 1786 sur Ergué-Gabéric, on décompte 87 personnes guéries, 94 attaqués de la maladie, mais aucun mort récente. On trouvera dans le rapport la liste des personnes traitées, toutes qualifiées de pauvres et réparties en deux catégories, la « première classe » et la « dernière classe », suivant leur ressources. Les deux classes sont soignées gratuitement, la dernière bénéficiant en plus d'une aide alimentaire, c'est-à-dire du bouillon, du riz et éventuellement un peu de pain.

L'intendant, en charge d'obtenir les fonds et les remèdes nécessaires, est le destinataire des rapports et du tableau récapitulatif. Sur le tableau le médecin et le recteur Denys certifie le travail réalisé par le chirurgien pendant 31 journées entières : « il s'est acquitté avec zèle et intelligence des devoirs de son état ». Le recteur appose également son nom dans la colonne des personnes soignées de la première classe, en bas de la liste des 90 autres malades, et juste avant la signature du capitaine .

En avril 1787 le chirurgien Kerjean et le médecin Le Breton font une nouvelle visite plus courte à Ergué-Gabéric pour contrôler l'évolution de l'épidémie qui est en régression. Les remèdes distribués sont de nouveau les « miels, syrops et vinaigre », et l'apothicaire Arvennou est payé 25 livres par le receveur des Domaines et Droits de Bretagne pour la délivrance aux malades de Briec, Ergué-Gabéric et Locmaria.

Le sentiment du chirurgien Yves-Marie Kerjean après son premier passage est le suivant : «  Il semblerait, par le petit nombre de personnes traitées dans cette paroisse, qu'elle a été moins maltraitée que la paroisse de Briec. Cependant par le grand nombre de convalescents que j'y ai trouvé en arrivant, il me parait que relativement à l'étendue des deux paroisses, celle d'Ergué-Gabéric a autant souffert que celle de Briec, la maladie est la même partout ».

En savoir plus : « 1786-1787 - Rapports médicaux sur le traitement de l'épidémie à Ergué-Gabéric »