Invectives du comité de Défense Laïque contre René Bolloré, Le Cri du Peuple 1927-1929 - GrandTerrier

Invectives du comité de Défense Laïque contre René Bolloré, Le Cri du Peuple 1927-1929

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§ E.D.F.
La dénonciation des actions de l'entrepreneur René Bolloré [1] qui réussit à faire annuler l'agrandissement de l'école laïque des filles et qui vouvrait faire fermer l'école des garçons au hameau de Lestonan.

Ceci au travers de trois articles dans la presse finistérienne du courant socialiste S.F.I.O. et deux billets dans le bulletin du Comité de Défense Laïque

Autres lectures : « 1927-1929 - Tentative de fermeture de l'école communale de Lestonan par René Bolloré » ¤ « AC'H François et RAULT Roger - Les écoles publiques de Lestonan, 1880-1930 » ¤ « Bénédiction de l'école libre d'Odet, Semaine Religieuse 1928 » ¤ « Yvon Huitric et les 80 ans de l'école St-Joseph de Lestonan » ¤ « Les souvenirs des écoles privée et publique de Lestonan par Henriette Briand-Francès » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Le premier article du journal « Le Cri du Peuple » [2], l'organe du parti socialiste ou S.F.I.O. (Section française de l'Internationale Ouvrière) du Finistère, mentionne tout d'abord une lettre du ministre de l'Instruction publique Edouard Herriot [3] à Maurice Bouilloux-Lafont [4], député finistérien de la Gauche Radicale. Dans cette lettre, publiée in-extenso dans la Dépêche de Brest [5], le futur président du Conseil l'informe des accords de subventions des travaux dans 11 écoles du département, dont le projet d'agrandissement de l'école des filles du hameau de Lestonan.

Mais, en ce mois de novembre 1927, le journal socialiste finistérien ne croit guère à cette bonne nouvelle, car jusqu'à présent, dans le Finisère, seulement quatre projets annuels de constructions ou d'extensions d'écoles sont honorés. Le journal donne aussi les montants associés et l'ordre de priorité des 11 projets, celui d'Ergué-Gabéric étant classé 8e sur 11 : « ERGUÉ-GABERIC. - Agrandissement du groupe scolaire de Lestonan : 245.000 fr. ».

Le journal a raison d'être pessimiste car le projet d'agrandissement ne se fera pas. La raison est essentiellement locale : les effectifs de l'école laïque chutent dès la rentrée de 1927, car le papetier René Bolloré [1] ouvre une garderie d'une part, et fait conduire par car les enfants de Lestonan jusqu'à l'école privée du Bourg d'autre part, et en 1928 la situation ne s'améliore pas car il ouvre une école privée de filles dans le même hameau.

En novembre 1928, après l'inauguration de cette école Sainte-Marie, le Comité de Défense laïque du finistère [6], en charge depuis 1922 de promouvoir l'école publique dans tout le département, ne peut que constater la désertion dans son bulletin trimestriel : « La pression fut telle qu'à la rentrée d'octobre, les 4/5 des élèves désertèrent l'école laïque pour l'école chrétienne. »

 


À la fin de l'année scolaire, en juin 1929, le journal « Le Cri du Peuple » donne la parole par deux fois au Comité de Défense laïque [6] dans ses colonnes pour une nouvelle inquiétude, à savoir la suppression de l'école des garçons du hameau : « L'école de garçons de Lestonan sera transformée en asile pour les vieillards ... M. Bolloré [1] construira, à ses frais, une école neuve à plus de 3 km de Lestonan ! »

Le ton du billet est un tant soit peu agressif et vindicatif : « Lestonan, où sévit le multimillionnaire Bolloré [1], seigneur des Papeteries de l'Odet, et de leurs ouvriers et ouvrières, et, au surplus, clérical de première cuvée ... Le seigneur Bolloré [1], multi-millionnaire par la grâce de Dieu et de ses ouvriers, veut débarrasser Lestonan de la "pourriture laïque" ... L'école laïque de Lestonan restera debout, malgré ses ennemis, malgré les traîtres, malgré les invertébrés qui devraient la défendre. ».

Le comité et le journal socialiste font allusion à des traîtres dans les rangs des républicains qui auraient du défendre les écoles laïques. Il s'agit en fait principalement du tout nouveau préfet préfet Charles Vatrin (1873-1938) qui est venu se faire une idée sur place : « La Préfecture a déjà enquêté, mais ces messieurs étaient pilotés par un chauffeur de M. Bolloré [1] ! Serait-ce la bonne Union nationale de ceux qui ne veulent pas d'histoires ? »


[modifier] 2 Transcriptions

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La Dépêche de Brest, 5 novembre 1927

Les écoles du Finistère

M. Bouilloux-Lafont [4], vice-président de la Chambre, a reçu la lettre suivante de M. Herriot [3], ministre de l'Instruction publique :

« Paris, le 29 octobre 1927.

Monsieur le député et cher collègue,

Vous avez bien voulu me signaler la situation des écoles du Finistère et rappeler mon attention sur l'intérêt qu'il y aurait à subventionner dans ce département le plus grand nombre possible de projets de constructions scolaires actuellement soumis à mon examen.

J'ai l'honneur de vous faire connaître que la situation du Finistère n'a pas été sans retenir tout particulièrement mon attention. Etant donné le grand nombre de projets inscrits sur la liste de classement du Conseil général, j'avais décidé, dès le début de l'année, de donner satisfaction aux demandes de subventions qui me seraient faites, dans la plus large mesure possible, et aussi rapidement qu'il se pourrait.

§ Treize dossiers seulement, sur les 106 projets ...


Le Cri du Peuple, 12 novembre 1927

Nos Projets Scolaire. À chacun selon ses actes.

La Dépêche du 5 novembre publie une lettre du ministre de l'Instruction publique, dans laquelle il fait connaître à M. Bouilloux-Lafont [4] que 11 projets scolaires ont été approuvés depuis le début de l'année courante - ce que nous savions déjà. De là à conclure que ce résultat est l'oeuvre du député finistérien, il n'y a qu'un pas.

§ La vérité est toute différente ...

Donnons, pour êtres complets, le détail et le montant des projets approuvés, avec leur numéro d'ordre de classement :

1. SCAER. - Agrandissement et appropriation des écoles publiques : 630.000 fr.

2. PLOVAN. - Construction d'une école de filles : 145.000 fr.

3. PLOUGOULM. - Construction d'une école de filles : 235.000 fr.

6. SIBIRIL. - Achèvement de l'école de garçons : 98.000 fr.

7. LA FEUILLÉE. - Grosses réparations au groupe scolaire : 58.000 fr.

8. LOC-MARIA-BERRIEN. - Agrandissement de l'école des filles : 60.000 fr.

10. LE CLOITRE-ST-THÉGONNEC. - Construction d'une école de filles : 200.000 fr.

11. ERGUÉ-GABERIC. - Agrandissement du groupe scolaire de Lestonan : 245.000 fr.

15. TRÉOUERGAT. - Construction d'une école mixte : 150.000 fr.

20. PLOMEUR. - Agrandissement de l'école du hameau de la Palue : 190.000 fr.

26. PLOEVEN. - Agrandissement de l'école de garçons : 90.000 fr.

Soit un total de 2.101.000 francs de travaux pour lesquels une subvention globale de 1.072.220 francs est accordée, ce qui correspond à un pourcentage de 50 %.

Ajoutons à cette somme une subvention de 1 million à la ville de Pont-l'Abbé pour la construction d'une école primaire supérieure.

Félicitons nos amis de leur action si féconde en faveur de l'école publique, action qui ne s'arrêtera pas là, et profitera, non seulement aux communes, aux enfants du Peuple, au personnel de l'enseignement, mais aussi aux nombreux travailleurs du bâtiment, employés à la construction de ces nouveaux locaux scolaires.


Le Cri du Peuple, 8 juin 1929

Comité de Défense Laïque du finistère.

Ergué-Gabéric (hameau de Lestonan). - Un coup de main des cléricaux. - Sous le règne de la IIIe République laïque et sociale, mais, à vrai dire, apostolique et romaine avant tout, les cléricaux semblent être les maîtres. Ils veulent le faire croire à Lestonan, où sévit le multimillionnaire Bolloré, seigneur des Papeteries de l'Odet, et de leurs ouvriers et ouvrières, et, au surplus, clérical de première cuvée.

Grâce aux millions qu'il a tant de mal à gagner, M. Bolloré [1] construit des écoles chrétiennes (ô Christ, voile-toi la face), où on apprendra, aux futurs citoyens, à s'agenouiller devant les grandes puissances spirituelles et capitalistes : l'Eglise et M. Bolloré [1].

M. Bolloré [1] a, déjà, à peu près, démoli l'école laïque de filles, toujours grâce aussi à la complicité de républicains au faux-nez, il attaque maintenant l'école laïque de garçons. Avec la majorité du Conseil municipal, il a imaginé un tour de passe-passe :

 

Le Cri du Peuple, 8 juin 1929 (suite)

L'école de garçons de Lestonan sera transformée en asile pour les vieillards (comme les bonnes soeurs, M. Bolloré [1] aura ses vieillards, ses pauvres). M. Bolloré [1] construira, à ses frais, une école neuve à plus de 3 km de Lestonan ! Donc, plus d"école laïque de garçons dans l'agglomération ouvrière ; à ce moment, on pourra rafler tous les enfants et les mener à la future école libre.

Voilà le jésuite démasqué, Nos amis du Conseil municipal d'Ergué se sont dressés, au nombre de six. Le Comité de Défense laïque leur adresse ses plus vives félicitations et promet de leur apporter son aide matérielle et morale.

Mais que va faire la Préfecture ? On l'a déjà vu flancher lors des affaires d'Ouessant et de St-Thonan. La Préfecture a déjà enquêté, mais ces messieurs étaient pilotés par un chauffeur de M. Bolloré [1] ! Serait-ce la bonne Union nationale de ceux qui ne veulent pas d'histoires ? Attendons la suite.

Le Comité


Le Cri du Peuple, 15 juin 1929

Comité de Défense Laïque du finistère

À Lestonan (Ergué-Gabéric). - On se rappelle que le seigneur Bolloré [1], multi-millionnaire par la grâce de Dieu et de ses ouvriers, veut débarrasser Lestonan de la « pourriture laïque ».

Nous avons le plaisir de faire savoir, au seigneur Bolloré [1], à ses amis et ... à d'autres, que le Comité de Défense laïque a pris les dispositions nécessaires. Et que, si on veut faire ce mauvais coup, avec des complicités que nous n'hésiterons pas à dénoncer, on trouvera à qui parler.

L'école laïque de Lestonan restera debout, malgré ses ennemis, malgré les traîtres, malgré les invertébrés qui devraient la défendre.


Bulletin du Comité de Défense Laïque, novembre 1928

Ergué-Gabéric. Autour des écoles libres

Allons, les mercantis, avec quelques millions, sous le règne de l'Union nationale, vous aurez raison de bon nombre d'écoles laïques et réaliserez ainsi petit à petit l'Ecole unique confessionnelle.

L'externat Sainte-Marie n'était pas terminé que bonnes sœurs, curés et dame patronnesses étaient par monts et par vaux, visitant toutes les maisons du hameau. Aux ouvriers, l'ordre du maître était dicté très sèchement et d'en haut : se soumettre ou se démettre. Aux fermiers, ils disaient : « Votre bail ne sera pas renouvelé » ; aux propriétaires : « Vous n'aurez pas vos Pâques ». La pression fut telle qu'à la rentrée d'octobre, les 4/5 des élèves désertèrent l'école laïque pour l'école chrétienne.

Il y eut bien quelques résistances, mais au bout de trois semaines elles étaient vaincues. Les moyens employés sont indignes de gens honnêtes, et la rigueur des lois trouveront à s'y employer. Un midi, on vit, sur la voie publique, une institutrice libre traînant une élève qui ne voulait pas la suivre à l'école chrétienne. Quel triste spectacle ! Quelle pitoyable époque que celle qui tolère que l'enfant soit l'innocente victime des passions politiques ou religieuses !


Bulletin du Comité de Défense Laïque, juillet 1929

Lestonan en Ergué-Gabéric.

On sait que dans cette commune, c'est M. Bolloré qui mène tout, Seigneur de Lestonan par la grâce de Dieu et surtout de ses ouvriers. La majorité du Conseil Municipal d'Ergué est à plat ventre devant le Seigneur.

M. Bolloré veut escamoter les écoles laïques voisines de son usine à Lestonan. Bon prince, il offre de racheter la vieille École pour en faire un asile de vieillards, et de construire une École Publique à 3 kilomètres de l'agglomération. Ainsi, la racaille laïque aura quitté Lestonan, et on pourra y construire une école libre de garçons, toutes dévouée à son bienfaiteur.

C'est fort de café. Si bien qu'à Quimper, on n'a pas résisté à M. Bolloré. Notre jésuite n'a pas capitulé. À 1 km 500, la racaille sera encore assez loin, pense-t-il. Voici donc un nouveau projet, et qui, paraît-il, serait agréé par la Préfecture ... Mais on verra ce qu'on verra. On verra que M. Bolloré, Seigneur de Lestonan n'est plus rien quand il a franchi la limite de ses domaines. Nous pouvons même lui annoncer que nous irons l'asticoter à domicile.

À bientôt donc, Seigneur Bolloré.


[modifier] 3 Coupures de presse


[modifier] 4 Annotations

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  1. René Bolloré (1885-1935) prend les rênes de la papeterie Bolloré d'Odet au décès de son père en 1905. Entrepreneur, il développe des débouchés en Angleterre et en Amérique. En 1922 il organise la fête du centenaire de l'entreprise familiale gabéricoise. Il y restaure le manoir, ainsi que la chapelle attenante, crée une cité pour ses employés, ouvre deux écoles privées, subventionne le patronage. Grand chasseur et amoureux de la mer, il fait l'acquisition d'un yacht blanc de 32 mètres, achète l'île du Loc'h aux Glénan et des terres sur l'île d'Houat. [Ref.↑ 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 1,12 1,13]
  2. Le Cri du peuple est un journal hebdomadaire régional créé à Brest en 1908, sous le contrôle de la Fédération du Finistère de la S.F.I.O (Section française de l'Internationale Ouvrière), puis organe du socialisme, du syndicalisme, de la république et de la démocratie jusqu'en 1935. [Ref.↑]
  3. Édouard Marie Herriot (1872-1957 est un homme d'État français, membre du Parti radical et figure de la IIIe République. Ministre des Travaux publics, des Transports et du Ravitaillement dans le 6e gouvernement d'Aristide Briand de décembre 1916 à mars 1917. Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts dans le gouvernement de Raymond Poincaré de 1926 à 1928. Ministre d'État en 1934-35. Président du Conseil, cumul avec le ministère des Affaires Étrangères 1924, 1926 et 1932. Président de la Chambre des députés en 1925, et 1936-1940, 1947-1954. D'autre part maire de la ville de Lyon de 1905 à 1940, puis de 1945 à sa mort, en 1957. En 1946, Édouard Herriot est élu membre de l'Académie française. [Ref.↑ 3,0 3,1]
  4. Maurice Bouilloux-Lafont (1875-1937), homme politique et associé de son frère Marcel Bouilloux-Lafont dans la direction de leur banque familiale. Ayant épousé une riche héritière d'une famille de Quimper, il s'installe à Bénodet, dont il devient maire en 1912. Il est également conseiller général du canton de Concarneau jusqu'en 1934. Il est député du Finistère de 19141 à 1932, d'abord inscrit au groupe de la Gauche républicaine démocratique, puis au groupe de la Gauche radicale. Il est secrétaire de la Chambre de 1917 à 1919, et vice-président de la Chambre de 1924 à 1930. Battu aux élections de 1932, il devient Ministre d’État de la principauté de Monaco. [Ref.↑ 4,0 4,1 4,2 4,3]
  5. La Dépêche de Brest est lancée le 18 novembre 1886 avec des moyens très limités et succède à l’Union Républicaine du Finistère créée 10 ans plus tôt. Quotidien, il sera même biquotidien durant des périodes d’actualité forte, comme lors de la première guerre mondiale, avec une édition du matin et une édition du soir. Installé rue Jean Macé à Brest (à l’époque rue de la rampe), à l’emplacement des locaux actuels du Télégramme, La Dépêche de Brest poursuivit son évolution jusqu’au 17 août 1944. Ce jour là, en application de la nouvelle réglementation de la Libération, les biens de la Dépêche furent mis sous séquestre. L’ensemble du matériel est alors loué au Télégramme, nouveau titre autorisé par le Comité régional de l’information. [Ref.↑]
  6. le comité de défense laïque du finistère a été créé le 11 juin 1922 à Brest, lors d'une réunion entre des instituteurs et les syndicats de l'enseignement public. Il avait pour mission de défendre les lois laïques ainsi que l'école laïque, de propager par tous les moyens possibles l'idéal laïque dans le département. En juin 1953 ce comité devient le Comité National de l'Action Laïque. [Ref.↑ 6,0 6,1]


Thème de l'article : Revue de presse

Date de création : Décembre 2018    Dernière modification : 8.12.2018    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]