JAOUEN Hervé - Chroniques d'hier et de demain - GrandTerrier

JAOUEN Hervé - Chroniques d'hier et de demain

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JAOUEN (Hervé), Chroniques d'hier et de demain, Ouest-France, Mayenne, 2004, ISBN 2-7373-3454-3
Titre : Chroniques d'hier et de demain
Auteur : JAOUEN Hervé Type : Livre/Brochure
Edition : Ouest-France Note : -
Impression : Mayenne Année : 2004
Pages : 430 Référence : ISBN 2-7373-3454-3

[modifier] Notice bibliographique

Dans ce livre publié en 2004, on retrouve avec délectation les billets du lundi écrits par l'auteur gabéricois dans les colonnes du Télégramme entre 1999 et 2003. Y sont rassemblés 201 billets dont 5 inédits, tous sans exception dotés de véritables titres de polar. Y sont peintes des scènes où la Cornouaille cohabite avec l'île de Groix et l'Irlande. L'auteur est certes pudique sur son environnement de vie, mais on peut citer quelques passages où il décrit son voisinage proche :


LE VOL SILENCIEUX DES CHAUVES-SOURIS (page 27, 05.07.1999)

L'ancienne mine, près de chez nous, abrite des chauves-souris. Les soirs d'été, quand nous dînons sur la terrasse, elles viennent froufrouter au-dessus de nos têtes et happer les moustiques attirés par la lumière. Nous les encourageons à bâfrer, nos chauves-souris insectivores et de ce fait insecticides - elles peuvent occire, lit-on dans les livres, jusqu'à trois cents grammes d'insectes par jour. Merveilleux DDT, que ces chiroptères. Ils sont protégés, nous l'ignorions.

[ . . . ]

Plus loin il décrit toute la poésie de la campagne gabéricoise qu'il connaît si bien. Une beauté ternie par une décision économique et politique locale  :

UNE VALLÉE JOLIE À CROQUER (page 289, 13.05.2002)

Le croquis pourrait commencer comme ce poème de Rimbaud que nous avons tous appris : « C'est un trou de verdure où chante une rivière / Accrochant follement aux herbes des haillons / D'argent ... ». Mais la vallée est plus qu'un trou de verdure : serpentant entre les collines, c'est une véritable cascade de vallons, un long escalier, un tapis vert déroulé pour le ruisseau qui, bien sûr, se gargarise dans le fond. Il prend sa source dans de hautes prairies incultes où pousse la ciguë, entre les racines de saules où naguère venaient véroter les bécassines quand partout ailleurs les pâtures étaient gelées. Le relief accidenté de la vallée l'a protégée des folies du remembrement. Le long du ruisseau on trouve des moulins dont la taille croît à mesure que le ruisseau s'élargit. En amont, ce sont de modestes moulins sans bief, qui ne pouvaient travailler que pendant les crues. Plus en aval, un canal miniature file tout droit le long d'une étroite prairie bordée de peupliers. Couleur or jaune il y a quelques jours, ils viennent de passer au vert. Là, comme s'il voulait se cacher avant de rejoindre la plaine, le ruisseau s'enfonce encore, la vallée se creuse. Elle est si belle que sur ses flancs des amoureux de la nature ont rênové des bâtisses, loué des champs en pente pour y élever des chevaux-dahuts, construit des maisons où chaque fenêtre encadre un Monet changeant.

Depuis quelques mois flotte sur la vallée un brouillard d'amertume. Ces gens croyaient avoir déniché leur Éden. La municipalité qui leur avait accordé le permis de construire - le droit d'asile - en paysage préservé a autorisé la construction d'un atelier de compost de déchets d'abattoir et leur épandage au sommet de la colline. Au contraire du dormeur de Rimbaud, les habitants des coteaux ne dorment plus tranquilles. Les odeurs de trahison font frissonner leurs narines. Ils n'ont pas deux trous rouges au côté droit, mais une flèche plantée à gauche. En plein coeur. Ils ne comprennent pas pourquoi, ni au nom de quoi, on a décidé de salir leur vallée.


Page 233, le 21.10.2001, il rend compte dans un billet CI-GÎT UN ÉCRIVAIN de son pèlerinage sur la tombe de Jean-Edern Hallier au bourg d'Edern : « la sépulture de Jean-Edern est seule au bout de sa travée et sa haute croix en pierre décalée, ultime mais bien modeste façon de se démarquer du commun ». Et il se remémore sa visite à cet "homme célèbre" quand lui, Hervé, n'avait que 20 ans.

Page 423, dans un billet inédit écrit en 2001 et intitulé COCHON QUI S'EN DÉDIT, il décrit une scène de conseil municipal auquel il a certainement assisté en tant que conseiller, séance où les élus de gauche et écologistes doivent traiter un dossier d'extension d'un éleveur de porcs. Il ne mâche pas ses mots : « on ne peut s'empêcher de voir dans un tel renoncement une espèce de syndrome munichois ».




Une chronique du lundi, publiée le 27 mars 2000, est absente de l'édition des chroniques d'hier et d'aujourd'hui :


CROQUIS DU LUNDI (27.03.2000) par HERVÉ JAOUEN


Deguignet et le polar régional

Notre région, ces derniers mois, a été marquée par deux phénomènes : le succès, aussi considérable qu'imprévu, des Mémoires d'un paysan bas-breton de Jean-Marie Deguignet, et la multiplication de titres dans un genre qui fait florès, et qu'on pourrait appeler le nouveau polar régional breton. Quels liens peut-on trouver entre ces deux phénomènes à priori antithétiques ?

Le Breton a longtemps souffert de terribles complexes. En les évacuant, il s'est forgé une haute idée de ses réelles qualités et semble souvent enclin à refuser tout regard critique. Le polar, un mot qui qualifiait à l'origine les romans de série noire, durs, écrits dans une langue drue, sentant le soufre, n'est pas une littérature dont la mission est de donner de la société une image proprette et maquillée, bien au contraire. Les nouveaux polars régionaux, dans leur majorité plus proches des énigmes aseptisées d'une Agatha Christie que du roman noir américain, font seulement semblant d'aborder les problèmes de société, et renvoient de la Bretagne une image consensuelle, rassurante et sous-exposée.

 

Or le polar, le vrai, l'universel, est une littérature surexposée. Le succès des mémoires de Jean-Marie Deguignet serait-il dû à une secrète fringale de vérité ? Voilà un bonhomme qui ne mâche pas ses mots : anticlérical, antimilitariste, anarchiste, iconoclaste ne dit-il pas à notre place des vérités qu'on taisait ? Que la Bretagne a toujours été plurielle ? Qu'elle a toujours compté en son sein des contempteurs de ses travers, et qui n'en sont pas moins amoureux d'elle ? La lecture de son livre procurerait-elle la jouissance coupable d'avoir eu parmi nos ancêtres un grand assassin d'images d'Epinal ?

Oui, Deguignet tend enfin à la Bretagne ce miroir dans lequel elle n'osait pas se regarder. Sauf que ce miroir est celui du passé. Mais c'est déjà un grand pas vers la guérison d'une espèce de presbytie collective qui fait que nous nous voyons plus beaux de loin que de près.




L'actualité de la sortie des oeuvres d'Hervé Jaouen est en ligne sur le site Internet www.hervejaouen.fr



Thème de l'article : Fiche bibliographique d'un livre ou article couvrant un aspect du passé d'Ergué-Gabéric

Date de création : avril 2008    Dernière modification : 12.01.2011    Avancement : Image:Bullgreen.gif [Fignolé]