Jean-Louis Morvan, recteur d'Ergué-Gabéric - GrandTerrier

Jean-Louis Morvan, recteur d'Ergué-Gabéric

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Catégorie : Personnalités
Encyclopédie : GrandTerrier

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Jean-Louis Morvan est une personnalité qui est toujours présente dans les souvenirs des Ergué-Gabéricois. Recteur de la paroisse pendant 12 ans de 1969 à 1981, il fut l'artisan de la restauration de l'orgue de Dallam et du rétable de Kerdévot, ce qui lui vaudra le titre de chevalier des arts et des lettres.

On s'attachera ici à détailler deux périodes de sa vie : la grande guerre pendant laquelle il fut prisonnier et ses 12 ans de rectorat à Ergué au service de ses paroissiens et des richesses patrimoniales de la commune.

Autres lectures : « 1965-1975 - Apurement de dette paroissiale après la construction de la chapelle de Keranna » ¤ « 1976-1982 - Les archives de la Commission Histoire d'Ergué-Gabéric » ¤ « MORVAN Jean-Louis - Ergué-Gabéric : son histoire » ¤ « CERHEG - Bulletin Intron Varia Kerzevot » ¤ 

Pouldreuzic, 2003
Pouldreuzic, 2003

[modifier] 1 Une vie bien remplie

Jean-Louis est né en 1920 à Kerbrat en Trégarantec dans le Nord-Finistère et décède à 86 ans fin août 2006 à Quimper alors qu'il est encore en charge de la paroisse de Pouldreuzic.

Les principales dates qui ont marqué sa vie sont :

  • 1937 - baccalauréat au lycée St-François de Lesneven.
  • 1937 - entrée au séminaire de Quimper
  • 1940 - en juin prisonnier après 11 jours de mobilisation.
  • 1945 - en avril libération et retour en Bretagne.
  • 1947 - ordination de prêtre par Mgr Fauvel en la cathédrâle de Quimper.
  • 1948 - nomination comme vicaire de Landudec
  • 1951 - vicaire à Névez
  • 1954 - vicaire au Pilier-Rouge à Brest
  • 1966 - nomination comme recteur de Melgven
  • 1969 - recteur d'Ergué-Gabéric
  • 1981 - recteur de la Foret-Fouesnant
  • 1999 - retraite active au presbytère de Pouldreuzic
 
Morvan Jean-Louis : Né le 01/01/1920 à Trégarantec, fils de Christophe et de Jeanne Léon ; ordonné prêtre le 29/09/1947 ; guerre et captivité ; 1947, surveillant à Lesneven ; 1948, vicaire à Landudec ; 1951, vicaire à Névez ; 1955, vicaire au Pilier-Rouge, Brest ; 1966, recteur de Melgven ; 1969, recteur d’Ergué- Gabéric ; 1981, chargé de la paroisse de La Forêt-Fouesnant ; 1999, retiré au presbytère de Pouldreuzic ; décédé le 21 août 2006.

Etude : EF 2006 n° 39 p. 16. RÉPERTOIRE DES PRÊTRES DÉCÉDÉS ET ORDONNÉS ENTRE 1801 ET NOS JOURS DANS LE DIOCÈSE DE QUIMPER ET LEON - Mise à jour 2008 par Yann Celton, archiviste. :

[modifier] 2 Jeune K.G. en Allemagne

Au début du conflit de 1940-1945, en France, Jean-Louis qui avait tout juste 20 ans, écrivit son journal sur des feuilles volantes et raconta sa courte mobilisation suivi de son expérience de KG (Kriegsgefangener), prisonnier en route vers le pays ennemi.

Là-bas en plein coeur de l'Allemagne, dans son premier camp de prisonnier à Limburg (Stalag XIIA), il les recopia dans un cahier de marque Schola, qu'il compléta les années suivantes de deux autres cahiers identiques. Le détail de son séjour et les transcriptions de ses cahiers, ainsi que la traduction allemande pour l'histoire locale de la vallée de la Moselle (Moseltal), sont relatés dans l'article bibliographique : « MORVAN Jean-Louis - Prisonnier en Allemagne de 1940 à 1945 ».

Ce qui frappe le lecteur de ses cahiers, c'est la spontanéité du prisonnier, et la fraîcheur de ses observations. Il dit et écrit tout haut ce qu'il pense. Et de cette spontanéité on devine une grande humanité, un sens de l'amitié et de la fraternité entre les peuples. Il dut travailler dur dans les champs, lui l'intellectuel, et affronter les idées nazies de certains de ses patrons de ferme. Et il souffrit physiquement lorsqu'il dut travailler à l'usine IG Farben-Industrie Ludwigshafen où il devait porter des sacs de soude de 100kg.

 

Après sa libération et son retour, il y a des prolongements heureux et positifs à sa période de captivité :

  • Alors qu'il baptise le fils d'un ami à Trèves, il est invité à visiter l'usine de Ludwigshafen par un dirigeant de la société BASF (ex IG Farben). Ce dernier le reçoit ensuite à table comme "Ehre Gest" (invité d'honneur) et devant les cadres supérieurs de l'entreprise il relate toute son histoire.
  • Son frère Jean-Marie fut prisonnier aussi en Allemagne. Mais contrairement à Jean-Louis il resta dans la même famille à Salgen et il sympathisa avec le fils jeune séminariste allemand du village bavarois. Ce jeune Anton Schaule fait la connaissance de Jean-Louis après-guerre et ils se consacrent tous les deux à la lourde tâche de rapprochement des peuples français et allemands.
  • En 1978, Jean-Louis suggère à Anton de proposer à ses paroissiens de venir à Ergué-Gabéric. Ils hésitent car ils craignent la rancœur de certains français, mais leur accueil est très émouvant. La messe de réconciliation à la chapelle de Keranna est poignante également. Et c'est le début d'échanges entre la paroisse bretonne et celle de St-Martin d'Augsbourg.
  • En 2004-2008, les villes de Frankenthal et de Traben-Trabach s'intéressent à ses souvenirs de captivité comme un témoignage historique très intéressant pour l'histoire locale. Adof Welter, historien, utilise des extraits dans ses publications sur la région de Trèves et organise la traduction en allemand du deuxième cahier, opération menée par Dieter Eyhoff.

[modifier] 3 La période gabéricoise

Gestionnaire malgré lui

La première tâche qui incomba à Jean-Louis à son arrivée à Ergué en 1969 fut purement administrative : la dette de la paroisse suite aux travaux de la chapelle de Keranna s'élevait à 25 millions de centimes. Il fallut beaucoup d'énergie pour obtenir des solutions de financement. En juillet 1970 il écrivait à son évêque : « En me nommant ici, voulait-on placer un prêtre ou un financier ? Cette année passée, j'ai surtout été financier ; j'ai dû chercher 6 millions, faire appel à la population, organiser une kermesse ... ».

Et dès 1971 il engagea le projet d'une salle paroissiale pour le quartier du Rouillen, ce grâce à un don Le Guay-Lassau. Mais l'évêché, ne voulant pas renouveler l'expérience de Keranna, veillait au grain : «  Notre préférence va à un équipement pastoral léger, répondant en priorité aux besoins actuels de la catéchèse des enfants et de l'A.C.E. et pouvant cependant servir aux réunions d'adultes ».

En janvier 1980, dans le compte-rendu de la réunion du conseil paroissial, Jean-Louis put enfin crier victoire : « Pour la première fois depuis 1969, la paroisse n'a plus de dette. Celles de Keranna et de la salle du Rouillen sont réglées, et l'avoir de la paroisse est de 24903 francs ».

Commission d'histoire

Une des grandes œuvres de Jean-Louis à Ergué-Gabéric fut d'avoir lancé une Commission Extra-municipales de Recherches Historiques. Les premiers travaux de recherche de la commission n'eurent pas lieu à la mairie, mais au presbytère. En effet, dès 1973 lorsque le retable de Kerdévot fut saccagé et pillé, une prise de conscience avait germé quant à l'urgence de mieux connaître l'histoire du patrimoine communal. Et Jean-Louis Morvan, fut le premier à en être convaincu, et à vouloir convaincre ses concitoyens de cette nécessité. Dès 1976 il organisa des réunions dans la grande salle de son presbytère où il était question de défense de l'histoire et du patrimoine au travers des documents d'inventaire, des missives envoyées aux autorités pour récolter des fonds, des évènements à organiser ...

En guise d'archives et de publication, Jean-Louis contribua personnellement :

 

Restauration du retable de Kerdévot

L'affaire du retable de Kerdévot causa bien des soucis au recteur gabéricois. Le 6 novembre 1973 cet ensemble unique d'origine anversoises et datant du 15e fut l'objet d'un cambriolage par le gang "spécialisé" Wan den Berghe de Bruxelles qui emportèrent 6 statues et saccagèrent une dizaine d'autres. Trois statues furent retrouvées six mois plus tard, mais les statues du tableau de la nativité sont encore manquantes aujourd'hui.

Suite au saccage, il fallut mettre à l'abri le chef d'oeuvre : d'abord dans le grenier du presbytère, puis dans la sacristie de Kerdévot, en enfin au musée de Quimper. Il fallut aussi répondre aux enquêtes de la police judiciaire et aux responsables des Beaux-Arts car le retable était classé.

En 1975, à force de démarches, le travail de restauration fit confié à P. Hémery du Faouët qui sut redonner aux statues abîmées leur dorure et leur polychromie originelles. Et en 1979, Jean-Louis et Pierre Faucher, maire, décidèrent le rapatriement du retable à Ergué, car les décisions des instances parisienne tardaient à venir.

Ce jour-là, les services municipaux travaillèrent toute la journée à hisser le retable pesant une tonne et ils n'eurent pas le temps de poser la vitre blindée de protection contre de nouveaux cambrioleurs. Jean-Louis et Gusti Hervé de la commission diocésaine d'art sacré passèrent la nuit dans la chapelle et prirent des centaines de photos.

Rénovation de l'orgue Dallam

En 1971 on se rendit compte que cet orgue historique Dallam datant de 1680 avait été ignoré du classement des monuments historiques lors du dernier passage de la commission. Lorsque ce fut fait il fallut se battre contre les lourdeurs des administrations, valider les devis, obtenir des subventions, lancer les travaux de restauration sous l'égide de Jean Renaud de Nantes.

En 1978 Jean-Louis engagea une campagne auprès des entreprises pour collecter des fonds. Lorsqu'une société n'était pas assez généreuse il ne mâchait pas ses mots : « Ce matin j'ai reçu une lettre de votre société avec un chèque de 100F libellé "pour vos orgues". Je me demande si vous avez compris le sens de ma démarche : versement d'une somme sur le 1/1000 du chiffre d'affaires destiné aux œuvres, comme vous me l'aviez conseillé, me laissant espérer une somme assez forte en raison de la bonne marche de la société" ».

Le coût total de l'opération fut de 294.000 francs. Et le budget, grâce aux dons et aux subventions, fut bouclé pour le grand jour de l'inauguration de l'orgue, le 19 octobre 1980, soit 300 ans après sa construction. Ce jour-là tout le monde ne put pénétrer dans l'église, et les organistes JA et S. Villard et M. Cocheril firent vibrer les coeurs en interprêtant du Couperin, Roberday, Purcell, Attaignant, Ximenez.

[modifier] 4 Un sacré caractère


Les contemporains de Jean-Louis ont pu remarquer qu'il avait un "sacré" caractère. Il était capable de s'emporter, et là on remarquait son bégaiement, mais il le regrettait toujours. Il était émotif. A la cérémonie de départ d'Ergué, il ne put prononcer son discours tant il pleurait d'émotion. Et la grande musique était son refuge et son remède pour affronter les difficultés.



Thème de l'article : Biographie et histoire d'une personnalité gabéricoise

Date de création : avril 2006    Dernière modification : 11.08.2018    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]