Jean Le Floc'h gymnaste de la fête du Centenaire en 1922 - GrandTerrier

Jean Le Floc'h gymnaste de la fête du Centenaire en 1922

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Catégorie : Mémoires 
Site : GrandTerrier

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Le 19 décembre 2009 disparaissait le dernier participant actif de la fête du Centenaire des papeteries Bolloré. Il avait 96 ans et les souvenirs de cette fête de 1922 où il fit une prestation de gymnaste étaient souvent évoqués lors des fêtes de familles.

Jusqu'à la fin il avait gardé une joie de vivre, un talent de comédien, le goût de la musique, la mémoire des chansons et des poésies, une vivacité d'esprit conservée de ses jeunes années de gymnaste aux Paotred-Dispount.

Après sa jeunesse gabéricoise, il dut affronter les conditions difficiles des années de guerre pendant laquelle il fut prisonnier en Autriche. Des souvenirs qu'il aimait bien partager aussi.

Autres lectures : « 1935 - Photo de la clique des tambours et clairons des Paotred » ¤ « 193x - La clique des Potred Dispount descendant la rue Elie Fréron à Quimper » ¤ « 1922 - Les Paotred à la fête du centenaire de la Papeterie de l'Odet » ¤ « Les Paotred depuis 1913 : archives, photos, témoignages » ¤ 

Jean
Jean

[modifier] L'acrobate sans peur

Il est né à Landudal le 7 juin 1913, avant que ses parents ne vinrent s'installer comme agriculteurs à Quillihouarn en Ergué-Gabéric. Il n'avait que 6 ou 7 ans quand, avec ses trois frères Yves, François et Hervé, il rejoignit la section de gymnastique des Paotred Dispount [1] créée en 1913 par l'abbé Le Gall.

Le prefet en 1922
Le prefet en 1922

Il se souvient, lors d'une de ses premières sorties avec les Paotred, avoir été pris dans les bras du Préfet de l'époque [2], avec une barbe à la Zola. Il était aussi très fier d'avoir eu le privilège d'être conduit en camion [3] à Quimper par le chauffeur de Bolloré pour se faire tailler son premier costume des Paotred ; compte tenu de son jeune âge, aucun costume en série à sa mesure n'était disponible.

Henri Gourmelen, l'entraîneur employé de la papeterie d'Odet, qui pourtant en avait vu d'autres jeunes très doués, était très impressionné par ses prouesses et l'appelait affectueusement « l'acrobate ». Très souple, très doué, son plaisir était de marcher sur les mains, et même à l'âge avancé de 70 ans il le faisait encore.

Jean Le Floc'h participa aux entrainements, fêtes locales et festivals de gymnastique [4], et notamment en 1922 à la grande fête du centenaire des papeteries Bolloré où les Paotred firent une démonstration très remarquée. Pour le final de leur prestation sportive, Jean, étant le plus jeune et le plus léger, était toujours placé au sommet de la pyramide formée des gymnastes.

On le voit ci-dessous (en n° 1) accompagné de ses frères François (n° 2) et Hervé (n° 3) exécutant un mouvement d'ensemble lors d'une manifestation de gymnastique.

Mouvement des jeunes gymnastes des Paotred
Mouvement des jeunes gymnastes des Paotred

Pour les manifestations qui avaient lieu généralement les dimanches les costumes blancs des Paotred devaient être propres et immaculés. Le souvenir d'une compétition l'a également marqué : la rupture d'une barre fixe qui couta la vie à un gymnaste d'une autre société de gymnastique. On le voit aussi à Quimper en tête de cortège portant la pancarte des « Potred-Dispount » :

Rue Elie Fréron à Quimper
Rue Elie Fréron à Quimper
 

[modifier] Le prisonnier boute-en-train

En 1939 Jean Le Floc'h fut mobilisé, puis prisonnier, et dut prendre le statut de KG [5] en captivité dans un stalag [6] en Autriche.

Jean aimait beaucoup chanter, il était aussi un bricoleur astucieux. Au camp il était devenu le boute-en-train qui, grâce à la chanson, réussit à maintenir le moral de tous. Vers la fin des hostilités, on leur demanda d'être plus discrets : « Ne chantez plus, ça nous fait trop de peine car trop de villageois ont été tués à la guerre ».

Il y resta jusqu'à la fin de la guerre, vit arriver les Russes, les gardes du camp s'étant enfuis entre temps. Avec ses compagnons ils prirent à pied la direction de l'Ouest, sur plus de 200 km, devant quelquefois manger de l'herbe pour ne pas mourir de faim (c'est une épreuve qui le marqua profondément).

Portrait par son petit-fils
Portrait par son petit-fils

Après la captivité, Jean s'engagea dans la Gendarmerie Nationale. Après un premier poste en Alsace, il fut nommé à la pointe de Bretagne dans les départements du Finistère et du Morbihan. Après sa retraite de la gendarmerie, il trouva un emploi de magasinier-emballeur aux faïenceries Henriot à Quimper.

Ensuite quand il arrêta de travailler il continua bien sûr à animer les fêtes de familles en chantant et récitant des poèmes. À ses heures il était également artiste peintre et jouait de l'accordéon. Et il garda toujours un attachement pour le pays de son enfance quand il excellait en gymnastique du côté d'Odet en Ergué-Gabéric.

Peinture signée J. Le Floc'h
Peinture signée J. Le Floc'h

Notes:

  1. La section de gymnastique créée en 1913 prendra en 1919 le nom de Paotred Dispount (« Les Gars sans peur » en breton), avant de se diversifier en clique de tambours et clairons, tir à l'arme de guerre et carabine, et enfin en équipe de football. Voir l'article de Jean Guéguen en 1984 : « Les 70 ans d'existence des Paotred-Dispount ». À noter que Paotred ne prend jamais de s, car en breton la terminaison "ed" est une marque de pluriel. [Ref.↑]
  2. Joseph Marie Auguste Desmars fut le préfet du Finistère de 1921 à 1925. [Ref.↑]
  3. Les déplacements entre Odet et Quimper se faisaient avec les camions de chez Bolloré, lesquels servaient sur la semaine à l'approvisionnement du charbon. [Ref.↑]
  4. Voir le reportage sur le festival de gymnastique en août 1922 à Ergué-Gabéric : « Festival de gymnastique des Paotred-Dispount, Le Progrès du Finistère 1922 » [Ref.↑]
  5. KG, lors de la seconde guerre mondiale, étaient les initiales de Kriegsgefangener, « prisonnier de guerre » (Krieg ~ guerre, Gefangener ~ capturé). [Ref.↑]
  6. Dans l'Allemagne nazie, Stalag était un terme désignant un type de camp pour prisonniers de guerre. Stalag est l'abréviation de "Mannschaftsstamm- und Straflager". Ce type de camp était destiné aux hommes du rang, les officiers étant détenus dans des Oflags. [Ref.↑]


En annexe voici une photo de la clique de tambours et clairons des Paotred prise en 1935. On y retrouve les 3 gymnastes Le Floc'h et Yvon le 4e frère, et également d'autres noms du quartier d'Odet. La reproduction n'est pas de qualité, mais on ne désespère pas de trouver la version originale, ce qui permettra de compléter l'identification des gymnastes : « 1935 - Photo de la clique des tambours et clairons des Paotred » ¤ 



Thème de l'article : Mémoires de nos anciens gabéricois.

Date de création : Décembre 2009    Dernière modification : 24.01.2014    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]