L'assassinat du casseur de pierres à Niverrot, Ouest-Eclair 1931 - GrandTerrier

L'assassinat du casseur de pierres à Niverrot, Ouest-Eclair 1931

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Catégorie : Gazettes
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§ E.D.F.

Où il est question de l'assassinat d'un vieillard en pleine campagne gabéricoise et du procès en assises d'un jeune domestique qui avait l'intention d'aller tuer sa maîtresse entre Dieppe et Abbeville.

Autres lectures : « Village du Niverrot » ¤ « Divers faits divers à Ergué-Gabéric, journaux locaux 1930 » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Cette transcription de procès dans les colonnes de l'Ouest-Eclair [1] [2] met en lumière la misère de nos campagnes en cette première moitié de 20e siècle, et la violence en est une illustration. L'assassinat du 12 octobre est relaté dans l'Ouest-Eclair [2] en page Région le 17.10.1930, et le procès en assises à Quimper le 17 janvier suivant.

L'accusé Louis-Marie Lizen, natif de Fouesnant de parents miséreux, est domestique pour 200 francs par mois (300 pendant la moisson) dans une ferme de Niverrot, après avoir été ouvrier verrier dans la région rouennaise. En 1930 il tue à coups de houe un casseur de pierres et lui dérobe ses 1660 francs d'économies. Pour commettre son délit il avoue avoir bu un litre de vin rouge et de l'eau-de-vie de cidre. Il est condamné à 15 ans de travaux forcés.

La victime est Fanch (François) Gourmelen. Il a 56 ans et est qualifié de vieillard. Méfiant, il porte ses économies sur lui, dans son veston. Casseur de pierres, et non tailleur, pour le remblaiement des routes, il est employé par un meunier, et accessoirement journalier et ramasseur de pommes de terre.

Les personnes citées à la barre et impliquées de près ou de loin dans cette affaire sont :

  • M Bourbigot, 31 ans, cultivateur à Niverrot.
  • André Tanguy, 14 ans, domestique à Niverrot. Son père était un grand buveur et sa mère épileptique. Orphelin de son père, pupille de l'Assistance publique, renvoyé de l'orphelinat Massé [3]. Quand il était petit, son père l'obligeait à aller mendier son pain. Il est acquitté de l'accusation de complicité du meurtre de Fanch Gourmelen.
  • Jean-Louis Quéméré, meunier à Kernahaut en Elliant, patron de la victime.
 
Gustave Courbet, Les Casseurs de pierres, 1849
Gustave Courbet, Les Casseurs de pierres, 1849
  • Louis Barré, cultivateur à Kerlavian en Elliant.
  • Jean-Marie Rioual, charretier de Trégunc.
  • René Leroux, cultivateur de Kerdévot, et son fils Jean et le jeune Rannou, tous trois chasseurs.
  • Laurent Le Grand, cultivateur à Menez-Kerdévot.
  • Pierre Le Cam, dit "Tambour", domestique à Kergariou en Elliant. Alors qu'il était ivre allongé dans un fossé le jour du pardon de Kerdévot, il est victime de Louis Lizen qui lui dérobe son argent.
  • M. Huitric, cultivateur à Niverrot, hébergeur de la victime.

[modifier] 2 Article - 17.01.1931

« Quimper. Aux Assises du Finistère. Le crime de deux vauriens : pendant que l'un faisait le guet, l'autre assommait un vieillard à coups de houe.

Quimper, 17 janvier (de notre rédaction). La dernière audience de la première session des Assises appelle l'affaire suivante :

Louis Lizen, 19 ans, domestique de ferme à Niverrot, en Ergué-Gabéric, est accusé : 1° d'avoir, le 12 octobre 1930, tué un casseur de pierres, François Gourmelen, 56 ans ; 2° d'avoir volé une certaine somme d'argent au préjudice de sa victime et ce, avec préméditation.

André Tanguy, 14 ans, domestique de ferme au même lieu, est accusé de complicité.

Les faits

L'accusé, Louis-Marie Lizen, 19 ans, domestique de ferme chez M. Bourbigot, cultivateur au village de Niverrot, en Ergué-Gabéric, avait travaillé précédemment comme ouvrier verrier à Blangy-sur-Bresle [4] (Seine-Inférieure), où il avait laissé une jeune fille qui était, dit-il, devenue sa maîtresse. Au mois d'août 1930, celle-ci lui écrivit qu'elle était fiancée et que, dès lors, il eut à cesser sa correspondance.

Lizen exala sa colère devant son patron et devant le jeune André Tanguy, âgé de 14 ans, comme lui domestique chez M. Bourbigot, et sur lequel il avait pris un certain ascendant, disant à plusieurs reprises que s'il avait de l'argent, il achèterait un revolver et irait la tuer.

Un jour étant avec Tanguy, il s'arrêta à parler avec un casseur de pierres, François Gourmelen, âgé de 56 ans, qui venait de vendre des cailloux et qui montra à Lizen et à Tanguy la somme de 5 à 600 francs qu'il portait sur lui.

Le même jour, Lizen projetant de voler cet argent dit à Tanguy : "Gourmelen est bon à faire", ce à quoi Tanguy répondit : "Si tu veux". Dans la suite, Lizen tenta de dévaliser Gourmelen qui passait pour porter toujours sur lui ses économies, mais celui-ci ne quittant pas son veston pour travailler, il ne put y travailler. Il décida alors de le tuer. Le samedi 11 octobre dernier, Lizen dit à Tanguy qu'il ferait "le coup", le lendemain, pendant que Gourmelen travaillerait à l'arrachage des pommes des terre, Tanguy acquiesça.

Le dimanche 12 octobre, dans la matinée, Lizen vérifia si Gourmelen travaillait bien dans le champ. L'après-midi, après avoir aidé, avec Tanguy, à charger un tombereau de pierres, il l'envoya reporter sa fourche chez son patron et lui recommanda de revenir vite le rejoindre, en se tenant, pour faire le guet, dans le chemin qui longe le champ.

Lizen s'approcha de Gourmelen qui travaillait et lia conversation avec lui. Il prit la houe qui était posée à terre et arracha lui-même quelques pieds de pommes de terre pour mettre Gourmelen en confiance.

Au bout de quelques minutes, apercevant Tanguy qui, monté sur le talus, lui indiquait par signe que personne ne venait, Lizen porta à Gourmelen, alors que celui-ci était baissé, un violent coup de houe qui l'atteignait au front. Gourmelen tomba sans pousser un cri. Comme il remuait encore, Lizen lui porta sauvagement d'autres coups de houe. Ayant constaté que Gourmelen était enfin mort, Lizen fouilla ses poches et s'empara de son argent.

Il rentra ensuite chez son patron, et dans le hangar qui lui servait de demeure, il compta la somme volée, 1.660 francs, a-t-il déclaré, et commença une lettre pour sa maîtresse. Quant à Tanguy, après avoir sur le talus fait signe à Lizen que personne ne venait, il s'était aussitôt enfin pour ne pas assister au crime et était revenu chez son patron où il s'était mis à jouer avec les enfants et avait pris une collation.

Un peu après, tandis que Bourbigot averti de la mort de Gourmelen se rendait près du cadavre, Lizen mit Tanguy au courant de ce qu'il avait fait et lui offrit 600 francs, en lui recommandant de garder le silence. Tanguy refusa l'argent, disant qu'il n'en avait pas besoin. Lizen et Tanguy ont reconnu les faits.

L'autopsie a établi que Gourmelen, frappé de plusieurs coups avec violence, avait succombé à une fracture du crâne.

Lizen a été condamné pour vol, le 2 juillet 1929, à quinze jours de prison avec sursis. Il est représenté comme peu travailleur, dépensier et vantard.

Tanguy n'a pas d'antécédents judiciaires. Orphelin de père et sa mère étant hospitalisée depuis cinq ans, il est pupille de l'Assistance publique. De bons renseignements sont fournis sur son caractère et ses habitudes au travail.

L'audience

Une nombreuse affluence se pressait encore hier samedi, à 13 heures, au Palais de Justice, pour suivre les débats de cette affaire qui causa dans la région quimpéroise une grosse émotion.

Louis Lizen, au premier abord, ne parait pas avoir une mauvaise mine mais son regard sournois décèle un caractère peu commode. Il est correctement vêtu d'un imperméable jaune et, certes, son attitude générale ne donne pas l'impression d'un domestique de ferme ordinaire.

Quant au jeune Tanguy, qui ne parait pas très à son aise, il jette un regard furtif de temps à autre sur l'auditoire en se tortillant les doigts.

Me Jean Jadé et Me Alizon sont assis au banc de la défense.

L'interrogatoire de Lizen

Le jeune meurtrier répond tout d'abord d'une voix faible et, invité à s'exprimer, déclare : "Je ne me rappelle pas".

Le président retrace alors les faits en un monologue coupé de temps en temps par cette question :

- Est-ce bien cela ?

- Oui.

Lizen était employé chez M. Bourbigot, à Niverrot, à raison de 200 fr. par mois en temps normal et 300 fr. durant la moisson.

- Vous saviez que le vieux Gourmelen portait son argent sur lui ?

- Oui.

Alors l'idée vint d'accomplir le crime dont le président retrace les péripéties que nous relatons plus haut. Il souligne les manœuvres de Lizen pour essayer de cacher son acte criminel, car déjà l'opinion publique unanime me désignait comme étant le coupable.

- Reconnaissez-vous avoir commis le crime avec préméditation ?

- Oui.

- Pourquoi avez-vous fait cela ? Pour pouvoir aller rejoindre votre maîtresse ?

- Oui.

Lizen, en effet, avait appris que Mlle Paulette Galant, la jeune fille qu'il avait connue à Falancourt (Seine-Inférieure), allait se marier malgré leurs relations antérieures.

- C'est alors que vous avez dit : "Si j'avais de l'argent j'achèterais un revolver pour aller tuer Paulette".

- J'ai dit cela dans un coup de colère.

- N'empêche que vous l'avez dit et que c'est sans doute à partir de ce moment-là que vous avez conçu l'idée de tuer le vieux Gourmelen.

- Non, j'avais seulement alors l'intention de le voler.

Les renseignements pris sur Lizen ne sont pas très bons. On le représente comme étant violent et surtout très vantard.

Natif de Fouesnant, de parents misérables, il débuta comme tant d'autres hélas ! à l'âge de 13 ans, dans les verreries d'abord à Rouen, puis dans plusieurs autres villes de Seine-Inférieure. On sait ce qu'est l'existence des enfants embauchés dans ces établissements. Aussi si les jurés trouvent une circonstance atténuante quelconque en faveur de Lizen, c'est cette particularité qui, à notre avis, pèsera d'un grand poids sur leur détermination.

Le président. - Qu'avez-vous à ajouter ?

- Je regrette, monsieur le Président.

- Est-ce vous qui avez été l'instigateur du crime ?

- Oui c'est moi.

Avant la fin de l'interrogatoire, un juré pose une question judicieuse :

- Le 12 octobre, Lizen était-il sous l'influence de la boisson ?

- Oui, j'avais bu un litre de vin rouge et de l'eau-de-vie de cidre.

Le jeune Tanguy

Le complice de Lizen est ensuite interrogé.

De bons renseignements sont fournis sur son compte et son patron, surtout avant l'arrivée de Lizen, était très content de lui.

« C'est Lizen, dit-il qui me confia quelque temps avant le crime, que le père Gourmelen serait "bon à faire". Le Matin du 12 octobre il me dit : "Ce sera pour cet après-midi ».

Le président. - En somme, c'est lui qui vous a monté toute l'affaire ?

- Oui.

- Pourquoi êtes-vous parti quand Lizen allait frapper le vieux ?

 

- Parce que je ne voulais pas assister au crime. Lizen m'a alors offert 600 francs pour ma part en me menaçant : "Si tu dis un mot, je te tuerai toi aussi". Mais j'ai refusé.

Est-ce sous l'effet de cette crainte que le jeune Tangue dissimula la vérité au cours de l'enquête ? Il est permis de le croire, car il semble avoir été toujours terrorisé par l'autre.

« Il me menaçait de coups, dit-il ; si je ne l'aidais pas à commettre le crime ».

Tanguy, cependant, n'a pas toujours eu une conduite exemplaire ; c'est ainsi qu'il fut renvoyé de l'orphelinat Massé, pour indiscipline et méchanceté.

Son enfance a été malheureuse ; son père, qui avait 12 enfants l'envoyait mendier un peu de pain quand il était petit petit.

Les témoignages

Le docteur Renault, médecin-légiste, paraît d'abord à la barre. Il fit l'autopsie du cadavre de Gourmelen et constata que ce dernier portait plusieurs blessures, mais seulement à la tête. L'une d'elles, particulièrement violente, intéressait la région frontale ; elle avait dû être donnée au moment où le malheureux était courbé, ramassant les pommes de terre. Les autres, dont une fracture à la base du crâne, avaient été portées l'homme étant à terre. En somme, Gourmelen avait été abattu comme un bœuf, puis achevé avec sauvagerie.

Le président. - Est-ce vrai, Lizen ?

- Oui.

Le docteur Lagriffe a examiné, au point de vue mental, le jeune Tanguy. Celui-ci, fils d'un buveur et d'une mère épileptique, est cependant normal, doué d'un esprit vif et éveillé. Le praticien croit qu'il a subi l'influence de Lizen.

L'adjudant de gendarmerie Cabellan, des brigades de Quimper, a pris l'enquête en mains dès le début. Lui et ses gendarmes, qui se dépensèrent sans compter dans cette affaire, furent tout de suite renseignées par l'opinion publique, mais il était difficile d'obtenir les aveux de Lizen ... Celui-ci s'indigna :

- Comment, on ose me soupçonner ?

Et il donna l'emploi de son temps : déchargement d'une charretée de pierres avec Tanguy et M. Rioual ; puis, vers 14 heures, retour à la ferme, où il écrit une lettre à sa maîtresse.

Cependant, la gendarmerie s'apprêtait, devant de graves présomptions, à l'arrêter, quand la police mobile qui, entre temps, était entrée en jeu, obtint enfin les aveux des coupables.

M. Richard, commissaire à la brigade mobile de Rennes, retrace, lui aussi, les péripéties de l'enquête que lui et les inspecteurs principaux Le Gall et Le Poulennec menèrent en la circonstance.

Ce que les policiers avaient eu tout d'abord en vue, c'était de connaître l'endroit où Lizen avait caché la somme de 1.660 francs volée. Ils le suivirent et parvinrent à l'appréhender au moment où il changerait de place à l'argent. Le coupable était confondu.

Sur un propos, rapporté par le témoin, relatif à la préméditation, Me Jean Jadé demande des précisions :

- Lizen, dit-il, a prononcé ces mots "Fanch est bon à faire". Bon à tuer ou bon à voler ?

MM. les Jurés tiendront compte de cette observations.

Défilent ensuite ; MM. Jean-Louis Quéméré, 30 ans, meunier à Kernahaut, en Elliant, patron de Gourmelen, sur lequel il donne de bons renseignements ; Laurent Legrand, 29 ans, cultivateur à Menez-Niverrot, en Ergué-Gabéric, qui trouva, vers 15 h. et demie, le cadavre du vieillard dans le champ.

M. Bourbigot, 31 ans, cultivateur à Niverrot, en Ergué-Gabéric, employait les deux accusés : "Sur le coup, dit-il, je n'eus aucun soupçon, car Lizen et Tanguy, mis en face du cadavre, demeurèrent parfaitement calmes et impassibles". Le témoin fut cependant troublé par des traces de sabots se dirigeant du champ vers la ferme et qu'il reconnut pour être celles de Tanguy.

« Lizen, continua-t-il, était travailleur, mais seulement quand il se trouvait en ma compagnie. Quant à Tanguy, il a certainement été entraîné par l'autre ; c'est un excellent garçon que nous estimions tous. Je le reprendrais volontiers chez moi ».

M. Louis Barre, 45 ans, cultivateur à Kerlavian, en Elliant, dépose pittoresquement en claquant les talons :

- J'ai vu Lizen près de la charrette de pierres, dit-il. C'est tout.

- Vos enfants n'ont-ils pas prêté de l'argent à Lizen ?

- Ah, mais non, pas un sou, car je les tiens, moi.

M. Jean-Marie Rioual, 35 ans, charretier à Trégunc, qui était à Niverrot quelques jours, n'a pas entendu Lizen proférer des menaces contre le vieux.

Voici M. René Leroux, 45 ans, cultivateur à Kerdévot, son fils Jean, 15 ans et le jeune Jean Rannou, 15 ans. Tous trois chassaient dans l'après-midi du 12 octobre, à proximité de Niverrot. Tout à coup, vers 14 h. 50, le jeune Rannou vit un homme se diriger vers le champ où travaillait Gourmelen. "Tiens, voilà "Tambour", dit-il. "Non, répondit le fils Rannou, c'est le domestique de Niverrot".

Cette circonstance aida beaucoup à l'arrestation des criminels.

Pierre Le Cam, dit "Tambour", 30 ans, domestique de ferme à Kergariou, en Elliant, vient expliquer que le jour du pardon de Kerdévot, il était totalement ivre et allongé dans le fossé. Profitant de cette circonstance favorable, Lizen lui allongea une volée de coups de trique et lui déroba un billet de 10 francs et deux pièces de 20 sous : toute sa fortune. L'infortune "Tambour", qui ne paraît pas avoir inventé la poudre, fait l'objet de soupçons au lendemain du crime.

- Oui, dit-il ; même que c'était bien embêtant. Aussi je demande, M. le juge, qu'on me verse 200 francs de dommages intérêts.

Cette prétention est accueillie par un rire général et notre homme s'en va tout confus.

C'est chez M. Huitric, 30 ans, cultivateur à Niverrot, que Gourmelen prenait pension. « Il était très avare, dit-il. Un jour, - c'était après le crime de Gouézec [5] - je lui fis remarquer qu'il était imprudent de sa part de garder toujours son argent sur lui.

« Bah, me répondit-il, je n'ai jamais fait de mal à personne. Qui voudrait s'attaquer à un malheureux comme moi ? »

Le réquisitoire et les plaidoiries

M. Lhéritier, procureur de la République, s'attache tout d'abord à démontrer que Lizen fut l'organisateur avant d'être l'exécuteur du crime. Il le montre doué d'une volonté consciente et opiniâtre, préparant son coup avec patience, aidé du jeune Tanguy.

Le procureur retrace la vie de Lizen, son caractère violent, son esprit vantard, puis il passe au jeune Tanguy lequel, selon lui, n'a été qu'un instrument docile entre les mains de l'autre.

L'orateur termine en demandant aux jurés de rendre l'enfant à un milieu sain où oubliera qu'il aura été le complice d'un assassin. Quant à Lizen, il a commis un assassinat avec préméditation. Cette circonstance entraine la peine de mort. A vous de dire, conclut le magistrat, s'adressant aux jurés, s'il a vraiment mérité des circonstances atténuantes.

Me Alizon, dans un brillant exposé, va s'efforcer de disculper totalement le jeune Tanguy. Il montre le lamentable destin qui fut celui de ce jeune homme de 14 ans et sa misérable enfance sans tendresse. L'avocat arrivant aux faits demande à quel mobile a pu obéir Tanguy. Est-ce à son affection pour Lizen ? Est-ce l'amour de l'argent ? Non. Est-ce à la crainte ? très probablement. En tout cas il n'a pas participé au crime.

En terminant, Mr Alizon supplie les jurés de rendre cet enfant à son patron, qui est prêt à le reprendre dès ce soir.

La tâche de Me Jean Jadé, avocat désigné d'office pour défendre Lizen, est certes très lourde. Mais l'éloquent avocat saura user de tous les arguments restant à sa disposition.

Il se demande si la société n'a pas une lourde part de responsabilité dans ce drame commis par un jeune homme abandonné dès son enfance, puis confié, dès l'âge de 13 ans, à ces verreries où trop d'enfants se livrent dans une promiscuité morale à un travail épuisant. Son hérédité a pesé certainement sur son geste meurtrier.

Le défenseur termine en rappelant aux jurés la mission redoutable qui leur est confiée et en faisant appel à leur pitié.

Le verdict

Après une longue délibération, le jury rentre dans la salle d'audience. Son verdict en ce qui concerne Lizen est affirmatif sur toutes les questions. Les circonstances atténuantes lui sont cependant accordées.

Concernant le jeune Tanguy, le verdict est négatif.

La Cour condamne Lizen à 15 ans de travaux forcés ; Tanguy est acquitté.

La session est close.

[modifier] 3 Coupures de presse

[modifier] 4 Annotations

  1. Coupure de presse signalée par Mme Hélène Gille-Perrier. [Ref.↑]
  2. L'Ouest-Éclair est un ancien quotidien régional français, créé par deux Bretons chrétiens d'une sensibilité républicaine et sociale, l'abbé Félix Trochu, prêtre en Ille-et-Vilaine, et Emmanuel Desgrées du Lou, natif de Vannes, commissaire de la Marine, puis avocat. Les ventes décollent après la Première Guerre mondiale et, en 1930, le patron embauche son gendre, Paul Hutin, un Lorrain de 42 ans qui deviendra son gendre. Le journal rayonnait, à ses débuts, sur cinq régions, la Bretagne, la Normandie, l'Anjou, le Maine et le Poitou, comme Journal républicain du matin. En 1940, Paul Hutin, militant antinazi comme sa femme, souhaite que L'Ouest-Eclair ne paraisse pas sous le joug allemand et s'engage dans la Résistance. L'Ouest-Éclair sera interdit à la Libération pour acte de collaboration. Paul Hutin revient à Rennes, à peine libérée, le 4 août 1944 pour créer le Ouest-France. [Ref.↑ 2,0 2,1]
  3. Alexandre Massé est un industriel et un inventeur français, né à Quimper le 15 février 1829 et mort le 13 avril 1910 à Plomelin (Finistère). Il est l'auteur d'une invention d'apparence modeste, mais qui est une innovation d'importance mondiale : le bouton de vêtement comportant quatre trous pour une meilleure fixation. Il se retire à Plomelin pour se consacrer à l'aide à l'éducation des orphelins auxquels, n'ayant pas d'enfants, il lègue toute sa fortune. Une fondation à buts sociaux, la Fondation Massé-Trévidy, héritière de la Fondation Massé-Peticuénot créée en 1894 pour gérer l'orphelinat de Quimper, perpétue ses œuvres. [Ref.↑]
  4. Blangy-sur-Bresle, au coeur de la Vallée de la Bresle, à mi-distance de Dieppe et d'Abbeville, est au centre d’une vallée verrière mondialement connue « La Glass Valley » qui fournit environ 80% des plus beaux flacons de la parfumerie de luxe du monde. [Ref.↑]
  5. Le crime de Gouézec, ou plus exactement de Men-Gleuz-ar-Pont près de Pont-Coblanc, date du 5 jullet 1930 : une jeune fille, une vieille femme et son fils assassinent un vieillard pour le voler. [Ref.↑]


Thème de l'article : Coupures de presse relatant l'histoire et la mémoire d'Ergué-Gabéric

Date de création : janvier 2011    Dernière modification : 2.04.2015    Avancement : Image:Bullgreen.gif [Fignolé]    Source : Ouest-Eclair 1931