La grande crue et tempête de l'hiver 1924-25, L'Ouest-Eclair et autres journaux 1925 - GrandTerrier

La grande crue et tempête de l'hiver 1924-25, L'Ouest-Eclair et autres journaux 1925

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Catégorie : Gazettes
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§ E.D.F.

Une grande inondation ravagea la ville de Quimper, provoquée par la crue de l'Odet et de ses affluents, emportant le tablier du vieux pont de Meil-Poul, au moulin du Stangala sur les berges de la commune d'Ergué-Gabéric.

Vous trouverez ci-dessous des extraits d'articles des journaux locaux, l'Ouest-Eclair, la Dépêche de Brest et le Progrès du Finistère. Et aussi des cartes postales du site de Meil-Poul sur l'Odet, des photos plus récentes et des vidéos en 2011 et 2013.

Autres lectures : « Cartes postales du moulin de Meil-Poul au Stangala » ¤ « Le site naturel protégé du Stangala » ¤ « Projet de barrage au Stangala, Journal des Débats et journaux régionaux 1928-29 » ¤ « ISTIN Jean - Le moulin de Meil Poul » ¤ « Balade du chanoine Abgrall au Stangala * » ¤ « Les moulins d'Ergué-Gabéric » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Sur les terres de Basse et Centre Bretagne, entre le 25 décembre 1924 et le 3 janvier 1925, il est tombé entre 100 et 140 mm (dont 50 à 60 mm les 2 et 3 janvier) d'eau, faisant déborder les rivières de leurs lits et provoquant des dégâts considérables.

Cumuls de pluviosité du 25 décembre 1924 au 3 janvier 1925
Cumuls de pluviosité du 25 décembre 1924 au 3 janvier 1925

À Quimper, au confluent du Steir, de l'Odet et du Jet, tout fut inondé, et notamment le quartier de la gare, l'Eau Blanche, l'Hippodrome, la Providence : « dans la nuit de vendredi à samedi, donc, la crue s'enflait subitement, l'Odet et le Jet sortaient de leurs lits, couvraient les prés se trouvant sur leur parcours ».

D'après les journalistes, il fallait remonter 50 ans auparavant pour une crue comparable : « nous avons interrogé nos plus anciens concitoyens qui tous, après avoir rappelé leurs plus anciens souvenirs, ont été unanimes à nous déclarer que les inondations d'aujourd'hui sont sans précédent. En 1874, le Steir déborda encore. C'était le jour du Grand Pardon de Kerdévot. Le vieux pont Médard fut sérieusement menacé par les terribles coups de bélier imprimés à son tablier par les troncs d'arbres enlevés ».

 

Le spectacle est saisissant : « le service des Ponts et Chaussées commence à établir, samedi soir, depuis le Pont-Firmin jusqu'à la Gare, de légères passerelles avec transversales aux deux extrémités. L'eau a tellement monté que les arches des ponts ne s’aperçoivent plus ; le quai du Théâtre est transformé en cascade ; l'eau roule en trombe, charriant les objets les plus hétéroclites, fûts d'essence, objets mobiliers, bois, paille, foin, jusqu'à des animaux domestiques ».

Le pont de Meil-Poul en 1902
Le pont de Meil-Poul en 1902

Plus en amont sur l'Odet le tablier du pont du moulin de Meil-Poul fut emporté par les flots. Le dernier meunier, Laurent Bescond, s'en souvint de cette crue, car il dut cesser son activité, sa clientèle étant essentiellement sur la rive droite, à Quimper-Kerfeunteun. Le pont ancestral détruit, il ne pouvait plus conduire son cheval et livrer ses sacs de farines.

Par la suite, on reconstruisit une passerelle, mais il ne fut plus question de remonter des piles et un tablier aussi large qu'auparavant. En 1929, lorsqu'il est question d'un projet de barrage hydraulique sur ce site, les journaux décrivent le lieu ainsi : « le très vieux moulin du Poul, croulant à l'angle de sa passerelle moussue ».

[modifier] 2 Coupures de presse

3.1 La Dépêche de Brest [1]

La tempête fait rage.
Toutes les rivières du Finistère débordent.
Les quais de Quimper, Quimperlé, Châteaulin et Port-Launay sont inondés.
Dégâts considérables.

À Quimper. À la suite des pluies torrentielles tombées dans la région au cours de la formidable tempête soufflant du sud-ouest depuis 48 heures, l'Odet et le Steir, démesurément gonflés, sont sortis de leur lit et ont inondé toute la région aux abords immédiats de Quimper, aussi bien que certains quartiers de la ville.

Dans la traversée de Quimper, les deux rivières ont l'allure de torrents impétueux et au pont Sainte-Catherine, devant la Préfecture, le remous et le courant sont tellement violents qu'on semble avoir l'illusion de certains « rapides » des arroyos [2] d'Extrême-Orient, gonflés par les pluies de la saison chaude et ravageant tout sur leur passage.

L'eau couvre constamment les piles des ponts : le pont Firmin forme barrage tellement le niveau des eaux est élevé [...]

16 heures - L'eau monte sans discontinuer. L'inondation dégénère en catastrophe. Aux moulins Méret, les pertes sont évaluées à 300 ou 400.000 francs.

Au buffet de la gare, il y a 1 m 50 d'eau dans les caves.

Sur la voie ferrée, on est inquiet ; au cas où la crise s'accentuait, on envisage l'interruption de tout trafic ferroviaire [...]

 
La Dépêche de Brest, 4 janvier 1925
La Dépêche de Brest, 4 janvier 1925

3.2 L'Ouest-Eclair [3]

La tempête souffle, les rivières débordent.
Les inondations prennent des proportions inquiétantes dans l'ouest et l'on craint des désastres.

Quimper, 3 janvier (De notre correspondant particulier). La tempête fait rage. Les cultivateurs qui venaient au marché de la direction de Coray, Rosporden, ont éprouvé de grosses difficultés pour arriver à Quimper, car les routes étaient inondées. Voilà huit jours que la pluie ne cesse de tomber sur la région quimpéroise. De toutes les collines avoisinantes, les eaux se précipitent en trombes et ont provoqué à Quimper, depuis l'Eau-Blanche jusqu'au pont Firmin, des inondations. Les caves sont envahies, même les rez-de-chaussée. Avenue de la Gare, les voyageurs ui débarquent des trains sont obligés de prendre des camions qui les transportent hors de la région inondée.

Les minoteries sont envahies, avec 1 m 50 d'eau dans les machines.

Aucun service d'ordre n'est organisé ; seuls, quelques agents ralentissent l'allure des véhicules, qui passent au pont Firmin.

 
L'Ouest-Eclair, 4 janvier 1925
L'Ouest-Eclair, 4 janvier 1925

De New York jusqu'en Russie, la tempête a passé, causant d'importants dégâts.
Les cotes ont été particulièrement éprouvées. On signale partout de graves inondations.

Quimper, 4 janvier (De notre correspondant particulier). La tempête s'est calmée depuis la nuit dernière. Les eaux de l'Odet baissèrent dans la nuit, mais avec le flux de la marée qui se fait sentir dans toute la traversée de Quimper, elles remontèrent pour s'abaisser à nouveau.

Nous signalions hier qu'une minoterie était envahie par les eaux. Les dégâts y sont importants ; environ 1 500 quintaux de blé ont été submergés et il est à craindre qu'ils ne puissent être consommés. On circule en bateau dans la cour de la minoterie. Les Ponts et Chaussées ont établi une passerelle de fortune pour permettre aux voyageurs de se rendre à la gare et d'en sortir. Un entrepreneur a organisé un service d'auto-car pour la gare.

 
L'Ouest-Eclair, 5 janvier 1925
L'Ouest-Eclair, 5 janvier 1925

3.3 Le Progrès du Finistère [4]

Les inondations.

Des pluies torrentielles, se déversant depuis près d'un mois sur les diverses contrées de la France, ont provoqué, partout où elles sévissaient, des inondations, dont le bilan se traduit par des dégâts importants.

Notre région n'en a pas été exempte, bien au contraire ; toutes les rivières du Finistère ont débordé, jetant la perturbation dans les populations riveraines.

En ce qui concerne Quimper, nous avons interrogé nos plus anciens concitoyens qui tous, après avoir rappelé leurs plus anciens souvenirs, ont été unanimes à nous déclarer que les inondations d'aujourd'hui sont sans précédent. En 1874, le Steir déborda encore. C'était le jour du Grand Pardon de Kerdévot. Le vieux pont Médard fut sérieusement menacé par les terribles coups de bélier imprimés à son tablier par les troncs d'arbres enlevés par le courant du chantier de la scierie Charuel (aujourd'hui transformée en glacière). Les eaux couvrirent le quartier de la Providence et celui de la place Terre au Duc. Néanmoins, dans son ensemble, l'inondation ne présenta pas l'importance de celle de samedi et dimanche derniers [...]

Dans la nuit de vendredi à samedi, donc, la crue s'enflait subitement, l'Odet et le Jet sortaient de leurs lits, couvraient les prés se trouvant sur leur parcours, rendaient impraticables l'avenue de la Gare et la route de Rosporden, depuis le pont du Théâtre jusqu'à Poul-ar-Raniguet [...]

Afin de faciliter la circulation, le service des Ponts et Chaussées commence à établir, samedi soir, depuis le Pont-Firmin jusqu'à la Gare, de légères passerelles avec transversales aux deux extrémités. L'eau a tellement monté que les arches des ponts ne s’aperçoivent plus ; le quai du Théâtre est transformé en cascade ; l'eau roule en trombe, charriant les objets les plus hétéroclites, fûts d'essence, objets mobiliers, bois, paille, foin, jusqu'à des animaux domestiques.

Il ne reste plus, aujourd'hui, qu'à réparer le plus complètement et le plus rapidement possible les ravages nombreux et importants causés par ces funestes inondations et à souhaiter qu'il n'y ait plus à en déplorer le retour.

 
Le Progrès du Finistère, 10 janvier 1925
Le Progrès du Finistère, 10 janvier 1925


[modifier] 3 Stangala / Meil-Poul

Vidéo n° 1 YouTube MrLaora (décembre 2011)
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[modifier] 4 Annotations

  1. La Dépêche de Brest est lancée le 18 novembre 1886 avec des moyens très limités et succède à l’Union Républicaine du Finistère créée 10 ans plus tôt. Quotidien, il sera même biquotidien durant des périodes d’actualité forte, comme lors de la première guerre mondiale, avec une édition du matin et une édition du soir. Installé rue Jean Macé à Brest (à l’époque rue de la rampe), à l’emplacement des locaux actuels du Télégramme, La Dépêche de Brest poursuivit son évolution jusqu’au 17 août 1944. Ce jour là, en application de la nouvelle réglementation de la Libération, les biens de la Dépêche furent mis sous séquestre. L’ensemble du matériel est alors loué au Télégramme, nouveau titre autorisé par le Comité régional de l’information. [Ref.↑]
  2. Arroyo, s.m. : en géologie, cours d’eau temporaire qui se remplit lorsqu’il pleut. De l’espagnol arroyo (« ruisseau »). Source : Wikitionnaire. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  3. L'Ouest-Éclair est un ancien quotidien régional français, créé par deux Bretons chrétiens d'une sensibilité républicaine et sociale, l'abbé Félix Trochu, prêtre en Ille-et-Vilaine, et Emmanuel Desgrées du Lou, natif de Vannes, commissaire de la Marine, puis avocat. Les ventes décollent après la Première Guerre mondiale et, en 1930, le patron embauche son gendre, Paul Hutin, un Lorrain de 42 ans qui deviendra son gendre. Le journal rayonnait, à ses débuts, sur cinq régions, la Bretagne, la Normandie, l'Anjou, le Maine et le Poitou, comme Journal républicain du matin. En 1940, Paul Hutin, militant antinazi comme sa femme, souhaite que L'Ouest-Eclair ne paraisse pas sous le joug allemand et s'engage dans la Résistance. L'Ouest-Éclair sera interdit à la Libération pour acte de collaboration. Paul Hutin revient à Rennes, à peine libérée, le 4 août 1944 pour créer le Ouest-France. [Ref.↑]
  4. L'hebdomadaire « Le Progrès du Finistère », journal catholique de combat, est fondé en 1907 à Quimper par l'abbé François Cornou qui en assurera la direction jusqu'à sa mort en 1930. Ce dernier, qui signe tantôt de son nom F. Cornou, tantôt de son pseudonyme F. Goyen, ardent et habile polémiste, doté d'une vaste culture littéraire et scientifique, se verra aussi confier par l'évêque la « Semaine Religieuse de Quimper ». [Ref.↑]


Thème de l'article : Revue de presse

Date de création : Décembre 2013    Dernière modification : 4.05.2017    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]