La pierre tombale à enfeu des Liziart conservée au Cleuyou - GrandTerrier

La pierre tombale à enfeu des Liziart conservée au Cleuyou

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Catégorie : Patrimoine
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§ E.D.F.

Où il est question de l’ancestrale pierre des Liziart de Kergonan en Ergué-Gabéric, conservée au manoir du Cleuyou : « belle pierre tombale provenant de l'enfeu [1] de la terre de Kergonan dans l'église d'Ergué-Gabéric, avec le blason des Liziart » [2].

Au sommaire le descriptif de cette pierre ouvragée, l’histoire de sa famille noble détentrice et les raisons de son transfert dans le parc du Cleuyou.

Autres articles : « Familles nobles gabéricoises » ¤ « Le manoir du Cleuziou/Cleuyou » ¤ « 1426-1562 - Les Liziart de Kergonan en Ergué-Gabéric et leurs armes » ¤ « Les Le Guay (1804-1917), châtelains du Cleuyou au 19e siècle » ¤ « Un blason à trois chevrons sur le linteau du presbytère » ¤ 

[modifier] Une très belle pierre ouvragée

Sur cette magnifique pierre tombale granitique taillée en bosse, se côtoient un cimier [3] formé d'un cygne aux ailes déployées, un heaume à lambrequins [4] et un écu aux trois croissants.

Le cygne ci-contre est une figure de style utilisée dans la mythologie celtique et sur cette pierre tombale sa symbolique est d'autant plus marquée. En effet on dit que le cygne est l’oiseau du seuil, associé à la fête druidique de Samhuinn. Il représente notre capacité à voyager dans l’Autre Monde.

Extrait des « Enfants de Lir », d’Ella Young [5] :
« Cygnes blancs des mondes sauvages qui survolez.
Tant de contrées, avez -vous jamais vu l’île de Tir-na-n’Og
Où la jeunesse est éternelle, l’île de Tir-na-Moe
Où la beauté n’a pas de fin ou celle de Moy-Mell,
Embaumant du parfum des fleurs ? »

Tir-na-n’Og était une île de l’Autre Monde où la jeunesse était éternelle. Les cygnes blancs auxquels le poème fait référence sont quatre enfants d’une des plus anciennes lignées d’Irlande, les Thatha de Danaan.

Sous le cygne, un heaume et ses lambrequins [4], placé comme si l'oiseau sacré transportait l'âme du défunt vers cet Autre Monde. Depuis que la pierre a été nettoyée en 2012, on voit très nettement tous ces ornements finement ciselés.

Sans oublier le blason qu'on voit la tête en bas (un chef cranté) dans sa disposition verticale actuelle : « d'or à trois croissants de gueules ». Le croissant est le symbole de la noblesse, de l'accroissement de richesses, de l'honneur et de la renommée. Il peut rappeler les croisades et les expéditions contre les Sarrasins, car il était le symbole de l’empire ottoman et de la ville de Constantinople. Mais dire que les détenteurs de blason avec croissants sont d’anciens croisés est probablement exagéré. Le croissant est également usité comme symbole du culte de la Vierge chrétienne, celle-ci étant parfois représentée les pieds posés sur un croissant.

 
Photo Werner Preissing 2010
Photo Werner Preissing 2010

[modifier] Prééminences des Liziart de Kergonan

 

La pierre tombale date vraisemblablement des dernières années des dernières années du 15e siècle, si l’on se fie à l’acte prônal [6] du 16 septembre 1495 qui accordait le droit de tombe à « François Liziart, seigneur de Kergonnan ».

Les Liziart avaient pour armoiries « d'or à trois croissants de gueules ». Le lieu noble de Liziart était à l’origine en la paroisse de Rosnoen. Quant au fief de Kergonan qui est situé à l’extrémité nord-est de la commune d’Ergué-Gabéric, on l’a souvent confondu avec le lieu homonyme en Ergué-Armel [7]. A la fin du 19e siècle une erreur de classement d'une pièce d'archive aux Archives Départementale de Loire-Atlantique s’est produite dans l’Inventaire sommaire de Léon Maitre, et de nombreux aveux ont été attribués par erreur au manoir de Kergonan d’Ergué-Armel.

On trouve les croissants des Liziart des Kergonan en vitre latérale de l'église paroissiale St-Guinal d’Ergué-Gabéric. D'après une note de l'édition de la Vie des Saints d'Albert Le Grand, François Liziart, seigneur de Kergonan, fit don à la paroisse de ce vitrail. François Liziart est représenté agenouillé devant son saint patron Saint François d’Assise, et accompagné de sa femme Marguerite de Lanros, elle-même présentée par Sainte Marguerite.

En 1426 Raoul Liziart, sieur de Kergonan, est cité à la Réformation des fouages [7], avec la mention d'une contestation des paroissiens quant à l'ancienneté des prérogatives du fief de Kergonan. À la montre de Cornouaille tenue à Carhaix en 1481 [7], on trouve François Liziart, mineur, représenté par Louis Le Borgne, archer en brigandine. En 1562, Jehan Liziart, seigneur de Kergonan, est dit « sous l'edict » à la montre de Quimper-Corentin.

[modifier] Prosper et Albert Le Guay, archéologues de père en fils

Comment la pierre des Liziart a été transférée au 19e siècle dans le parc du château du Cleuyou. Notre hypothèse est que les propriétaires du Cleuyou, Prosper ou Albert Le Guay, archéologues amateurs, ont organisé une opération de protection à la suite de travaux d’aménagement du dallage de l’église paroissiale.

Prosper et Albert Le Guay formaient deux sympathiques figures qui avaient en commun une réelle passion pour l'archéologie et l'histoire locale. Tous deux ont participé régulièrement aux travaux de la Société Archéologique du Finistère et arpenté les campagnes bretonnes à la recherche de trésors oubliés.

Guillaume Le Guay, père de Prosper, est né en 1773 dans le village normand de Tessy-sur-Vire (50). Il se maria à Quimper le 28 Brumaire de l'an 13 et fit l'acquisition du château du Cleuyou, sans doute mis en vente par la négociante Magdelaine Merpaut [8] qui l'avait acquis en 1795 en tant que bien national confisqué aux Tinténiac, les derniers propriétaires nobles [9].

Son fils Prosper est né à Quimper le 26 Frairial de l'an 13. Il fut d’abord négociant et fabricant de fécules de pommes de terre, tout comme son frère Félix, et ensuite il fut nommé conseiller de préfecture. En 1846 Prosper était domicilié au Cleuyou où la naissance de ses derniers enfants furent déclarés. Et en 1873 il y était toujours lorsqu'il s'inscrivait comme l'un des 27 premiers membres de la Société Archéologique du Finistère : « Le Guay ancien secrétaire général de la Préfecture ». C’était du temps de l’abbé Abgrall, du major Faty et de La Villemarqué.

À son tour, sans doute à la mort de son père en 1886, Albert Le Guay s'établit au Cleuyou après avoir fait une carrière de juge de paix à Douarnenez. Dans le bulletin de 1886, il était mentionné officiellement en tant que membre de la Société : « Le Guay, ancien juge de paix à Douarnenez ».

Prosper ou Albert ont sans doute également, dans des circonstances inconnues aujourd’hui, récupéré et entreposé la très belle pierre tombale de 1383 de Grallon de « Kervastar-Keriguar » (Elliant), faite de pierre friable blanche et gravée en creux. C’est leur héritier, cousin issu de germains, Louis Le Guay, qui organisa en 1920-30 le transfert de cette pierre au musée départemental breton de Quimper.

Le père et le fils aimaient parcourir les campagnes pour visiter les vieilles demeures de Cornouaille, et pour repérer des objets témoins du passé, que ce soit des pierres gravées ou des pièces de monnaie. Prosper a participé à plusieurs fouilles archéologiques importantes, notamment sur les terres d’Ergué-Armel.

Le 12 juillet 1873 dans un article du Bulletin de la Société Archéologique du Finistère une virée du côté de Briec est relatée en ces termes :

 
Pierre tombale de Grallon de Kervastard
Pierre tombale de Grallon de Kervastard

« Vers la fin du mois de mars, M. Le Guay, l'un de nos collègues, fit connaître à M. Le Men et moi l'existence d'une pierre à quatre auges, munie de tourillons que l'on supposait être une ancienne mesure, et qui à ce point de vue, offrait un véritable intérêt archéologique ... M. Le Guay offrit sa voiture, et, le 2 Avril, nous partîmes MM. Le Guay père et fils, M. Le Men et moi pour aller voir cette pierre et avec l'intention de visiter les communes de Briec et d'Edern ».

La voiture des Le Guay n'était bien sûr pas motorisée au sens actuel du terme : « Ornières, fondrières, excavations dangereuses ; le cheval donne à plein collier, M. Le Guay et moi nous allégeons la voiture qui cependant gémit et qui dans une secousse violente perd un de ses écrous ».

* * *

À la lumière de la passion des Le Guay pour les vieilles pierres et l’histoire de la région, il est très probable que Prosper et/ou Albert Le Guay aient eu soin de conserver dans leur propriété du Cleuyou la belle pierre à enfeu [1] des Liziart.

[modifier] Annotations

  1. Enfeu, s.m. : ancien substantif déverbal de enfouir. Niche à fond plat, pratiquée dans un édifice religieux et destinée à recevoir un sarcophage, un tombeau ou la représentation d'une scène funéraire. Avant la Révolution française, les seigneurs du pays étaient enterrés par droit d'enfeu dans un sépulcre de ce genre. Source : Trésors de la Langue Française. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 1,0 1,1]
  2. Notes de visite au manoir du Cleuyou dans les années 1910-30 par le mémorialiste Louis Le Guennec. [Ref.↑]
  3. Cimier, s.m. : ornement (panache, animal, symbole, etc.) fixé sur le sommet d'un casque et d'une coiffure en général. [Ref.↑]
  4. Lambrequins, s.m.pl : longs rubans festonnés, censément du lin, partant du heaume et entourant l'écu ; en héraldique, le terme s'emploie toujours au pluriel. Source : Wikipedia. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 4,0 4,1]
  5. Ella Young (1867-1956) est une poète irlandaise et spécialiste de la mythologie celtique de la fin du 19e et début du 20e siècle. [Ref.↑]
  6. Prône, s.m. : lecture faite par le prêtre, en chaire, après l’évangile, à la grand-messe. Le prône comporte des prières en latin et en français à l'intention des vivants, à commencer par le Roi, et des défunts ; parfois, mais pas toujours, une homélie commentant les lectures du jour ; et enfin une série d'annonces concernant les fêtes et les jeûnes à venir, les bancs de mariage, les monitoires de justice, les ordres adressés par le Roi, etc. On comprend ainsi que ce prône peut être fort long, mais il est essentiel pour la cohésion de la communauté paroissiale et pour la communication du haut en bas dans le royaume. Source : Dictionnaire de l'Ancien Régime. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  7. Voir les études/notes de Norbert Bernard relatives aux Liziart / Faou et Kergonan, et ses transcriptions des montres et réformations des 15e et 16e siècles sur les sites Internet www.grandterrier.net et www.tudchentil.org. [Ref.↑ 7,0 7,1 7,2]
  8. Marie Magdelaine Merpaut, née vers 1755 à Rennes, qualifiée de marchande dans les actes d'acquisition des biens nationaux du Cleuyou, était la sœur de Jeanne Yvonne Merpaut (laquelle épousa en 1778 Jean François Guillaume Lafage, marchand en la rue Kéréon). Les Merpaut étaient originaire de la paroisse de Rennes St-Germain. Marie Magdelaine Merpaut reste célibataire et décède le 15 juin 1829, à Quimper, rue Keréon. [Ref.↑]
  9. François-Hyacinthe et Vincent de Tinténiac, père et fils, se sont illustrés comme royalistes et comme officiers dans l’armée des chouans. [Ref.↑]


Thème de l'article : Patrimoine communal d'Ergué-Gabéric

Date de création : décembre 2009    Dernière modification : 13.06.2015    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]