Le meurtre de Jean Lozac'h à Meouet Vihan, Police Magazine, Ouest-Eclair et Dépêche 1937 - GrandTerrier

Le meurtre de Jean Lozac'h à Meouet Vihan, Police Magazine, Ouest-Eclair et Dépêche 1937

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Catégorie : Gazettes
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§ E.D.F.

Où il est question d'un crime crapuleux en pleine campagne gabéricoise et d'une enquête menée par le commissaire Yves Le Gall [1].

Autres lectures : « Village de Meouet Vihan » ¤ « Pierre Tanguy, maire (1929-1945) » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Police Magazine est un grand hebdomadaire national d'avant guerre dont le premier numéro est daté du 1er décembre 1930. Avec le journal Détective ils se partageaient les chroniques des affaires criminelles, avec en prime pour le magazine les lancements de futurs romans policiers à succès.

On peut citer de grands titres de Police-Magazine comme « L'assassinat du président Paul Doumer » ou « Seznec est-il innocent ? » en 1932 ou « Le mystère Prince va-t-il s'éclaircir ? » en 1934 ... On lui doit également d'avoir publier en 1937-38 plusieurs romans de Georges Simenon dont « La nuit du carrefour ».

En août 1937, c'est Ergué-Gabéric qui est à l'honneur du magazine : une pleine page est consacrée à un article au titre accrocheur, « Un crime en Bretagne ».

L'ambiance locale rapportée par le journaliste Geo Guasco vaut bien celle du « Mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux : «  La nuit était tombée depuis longtemps et nul bruit ne se faisait entendre dans la ferme de Meoët-Vian, en Ergué-Gabéric, à dix kilomètres de Quimper, sur la route d'Elliant. C'était, dans toute sa splendeur, le repos de la vaste campagne. Le silence, rien que le silence. ».

Outre les éléments de l'enquête et l'interview du commissaire Yves Le Gall [1], l'article met également en scène des voisins gabéricois : la victime Jean Lozach [2], vieux garçon agriculteur à Meoët-Vihan ; le neveu Jean-Louis P. [3], meunier à Meil-F. ; un dénommé Rannou de Meoët-Vras ; Pierre Tanguy [4], maire d'Ergué-Gabéric, et enfin M. Goulaounic, interprète en langue bretonne.

 

Les suites de l'enquête policière ont été relatées dans les journaux locaux, l'Ouest-Eclair [5] et la Dépêche de Brest et de l'Ouest [6]. On trouvera ci-dessous les articles et coupures de presse. Dans la famille proche le petit-neveu Jean-Louis P. ne fut pas soupçonné, mais son cousin René d'Ergué-Armel le fut et il fut écroué à la prison de Quimper. Mais il fut relâché :

« Le 11 août, l'on procédait à l'arrestation de René T., 40 ans, courtier en grains, demeurait à Ty-Bos, en Ergué-Armel ... Lors d'une perquisition le commissaire avait découvert chez lui un complet gris récemment lavé et portant encore des traces suspectes ... Après un bon mois de détention René T. fut remis en liberté provisoire, faute de preuves suffisantes ».

A priori les recherches suivantes sont restées vaines. En décembre on signalait la piste d'un marchand forain, mais son alibi était vérifiable : « Pressé de questions, M ... produisit un alibi sérieux et qui fut immédiatement contrôlé. Cet individu qui, prétendait-on, s'était battu avec un paysan, déclara qu'en effet, s'étant rendu dans la région d'Elliant, chez un fermier de Stang-Kerniel, pour travailler à la récolte des pois, il avait été surpris par le cultivateur courtisant la fille de celui-ci. La volée qu'il avait reçu provenait du dit fermier ».

Et les journalistes de conclure : « Dans ce pays d'Ergué-Gabéric l'on n'est pas bavard et ceux qui savent quelque chose font preuve d'un mutisme remarquable » (Ouest-Eclair, 13.08.1937).

[modifier] 2 Reportage de Police Magazine

« Un crime en Bretagne

QUIMPER
(De notre envoyé spécial)

La nuit était tombée depuis longtemps et nul bruit ne se faisait entendre dans la ferme de Meoët-Vian, en Ergué-Gabéric, à dix kilomètres de Quimper, sur la route d'Elliant.

C'était, dans toute sa splendeur, le repos de la vaste campagne. Le silence, rien que le silence.

A peine aurait-on pu percevoir, en s'approchant de la ferme de Meoët-Vian et en collant son oreille à la fenêtre du logis, à peine aurait-on pu percevoir le ronflement du maître des lieux, Jean Lozach.

A part cela, le silence, rien que le silence.

Et apparemment, le calme le plus grand.

Mais alors, que faisait donc cette Ombre qui, tapie dans l'obscurité, restait immobile, semblant patiemment une heure déterminée ?

Puis elle se levait, l'ombre, et se dirigeait, sans faire le moindre bruit, vers la porte de la ferme.

L'heure était venue.

L'heure du crime ...

#   #

Le cultivateur Jean Lozach avait soixante-quinze ans [2]. Célibataire, il vivait seul dans sa ferme de Meoët-Vian et cette solitude s'expliquait mal dans le pays, car le vieillard passait pour posséder de sérieuses économies qui lui auraient permis de se faire servir par un ou deux domestiques.

- Pourquoi, disait-on, Jean Lozach, qui est riche, ne prend-il personne pour le soigner ? Il n'est pourtant pas avare.

- Si, qu'il est avare ! Mais il y a autre chose.

- Quoi donc ?

- Que voulez-vous, Jean Lozach est un célibataire endurci ; il a toujours vécu seul, il a ses habitudes ; ça le changerait trop s'il sentait quelqu'un à ses côtés.

- C'est pourtant pas prudent de rester seul à son âge.

- Je sais bien ; mais que voulez-vous y faire. Il a ses idées, cet homme ...

Ce n'était pas prudent en effet et plusieurs amis de Jean Lozach avaient maintes fois tenté de le lui faire comprendre :

- Vous n'avez pas peur, tout seul, la nuit ?

Mais le vieux avait répondu, l'air surpris :

- Peur de quoi ?

- Des vagabonds, des bandits. Il y en a tant, de nos jours.

- D'accord, seulement moi je prends des précautions : dès que le soir arrive je m'enferme chez moi et je vous assure qu'il faut montrer patte blanche pour se faire ouvrir.

- Les gens sont si méchants ! Pour vous prendre votre argent il y en a bien qui n'hésiteraient pas à commettre un crime.

- Allez, je ne suis pas si riche qu'on dit.

- Peut-être, mais on le croit et c'est cela qui est dangereux.

- Bah ! vous dites des bêtises.

Et jean Lozach continuait à demeurer tout seul. Avec pour compagnie sa basse-cour et les dix vaches que venait traire chaque matin et chaque soir son petit neveu, Jean-Louis P., meunier habitant au village du Moulin-du-G., à deux kilomètres de Meoët-Vian.

Ce petit-neveu se devait d'ailleurs bien de rendre quelques menus services à son vieil oncle, puisque ce dernier lui avait fait, paraît-il, donation de la plupart de ses biens. Mais outre cela, Jean-Louis P. entourait le fermier d'une sollicitude touchante.

Aussi conçoit-on l'émotion avec laquelle il narra, l'autre jeudi, l'assassinat qu'il venait de découvrir et dont la victime était justement celui qu'il soignait avec dévouement.

#   #

- C'est à huit heures, commença Jean-Louis P., c'est à huit heures ce matin que j'arrivai chez mon oncle. Après m'être lavé les mains au puits situé derrière la maison je fus surpris de voir sur le sol, presqu'à mes pieds, la barre de la clôture intérieure de la ferme. Je me retournai vers la demeure et constatai que la porte d'entrée, donnant accès à la cuisine, était ouverte.

" Je pris peur, et n'osant entrer dans la pièce, je m'en allait regarder par une fenêtre donnant sur la cuisine, mais située de l'autre côté de la maison.

" Ah ! Quel horrible spectacle ! Mon pauvre oncle, vêtu d'un pantalon et d'une chemise, gisait sur le sol, sa tête baignant dans une véritable mare de sang ! Affolé, je me précipitai chez un voisin, M. Rannou, qui est installé à deux cents mètres de là, à Méoët-Braz et luis dis ce que je venais de découvrir.

" Lorsque j'eus repris un peu de sang-froid, nous revînmes tous deux à la ferme et, cette fois, je pénétrai dans la cuisine ; le cadavre de mon oncle était déjà froid et, tout autour de lui, des vêtements, du linge et des papiers trainaient, épars sur la terre battue.

" - Il faut prévenir les gendarmes, décida M. Rannou.

" Vous savez la suite ..."

C'est, en effet, tout ce que pouvait dire sur le moment le meunier Jean-Louis P..

#   #

La maréchaussée, qui procéda aux premières recherches, constata tout d'abord que le vieillard portait à la tête de terribles blessures, faites assurément à l'aide d'un instrument contondant. Deuxième constatation : l'assassin avait tenté d'effacer les traces de son forfait en mettant le feu à la ferme, ainsi qu'on pouvait en juger par certaines traces relevées sur les papiers et les chiffons éparpillées dans la cuisine.

La troisième découverte faite par les gendarmes fut celle de l'arme du crime, un lourd marteau de maçon appartenant à la victime, et retrouvé sous la commode du père Lozach. La partie pointue de l'outil était ensanglantée.

- On a dû tuer pour voler, déclara l'adjudant de gendarmerie Cabellan après avoir procédé à cette rapide enquête.

 

Et il attendit les résultats de l'autopsie, pratiqué par le docteur Renault, médecin-légiste, lequel précisa :

- Neuf blessures, toutes d'une violence inouïe. Le marteau de maçon que vous m'avez présenté est bien l'arme dont s'est servi le meurtrier.

Là-dessus, les scellés furent apposés sur les portes de la demeure tragique, en attendant l'arrivée des magistrats du parquet de Quimper et des policiers de la brigade mobile de Rennes, alertés par M. Tanguy [4], maire d'Ergué-Gabéric. Mais cette arrivée ne devait se produire que le lendemain et, ce jeudi soir, on ne parla dans la région, non sans quelque angoisse, que du meurtre de Jean Lozach.

Tout le monde finit par se coucher non sans avoir, instinctivement, barricadé le mieux possible portes et volets.

- Des fois que ce soit un rôdeur ...

#   #

Le lendemain matin, c'est-à-dire le vendredi, se trouvaient réunis sur les lieux, de très bonne heure, tous les enquêteurs : M. Le Sciellour, juge d'instruction ; M. Desirez substitut du Procureur de la République ; M. Chicard, greffier ; M. le capitaine de gendarmerie Le Thomas ; M. Yves Le Gall [1], commissaire à la brigade mobile de Rennes et son inspecteur, M. Buffon. Enfin, M. Goulaonic, interprète, car il est peut-être utile de vous préciser qu'en Ergue-Gaberic beaucoup de braves gens ne parlent que le breton et que la plupart des phrases ânonnées par eux durent nous être traduites.

Et l'enquête se poursuivit.

On constata alors que la maison de Jean Lozach était en réalité un véritable taudis et que le vieillard, d'une avarice vraiment sordide, entassait dans ses armoires et ses bahuts tout ce qui devait lui tomber sous la main : guenilles, papiers, boites de conserve vides, morceaux de bois, etc ... ; enfin tout ce qui pouvait sans doute représenter encore à ses yeux une valeur quelconque.

Dans quel recoin était caché le magot du septuagénaire ? On ne sait. Pour la bonne raison qu'on n'en retrouva ce jour-là aucune trace. Était-il trop bien dissimulé ou avait-il été enlevé par l'assassin ? On en était réduit aux hypothèses.

Or, des hypothèses que le juge d'instruction et le commissaire Yves Le Gall firent, il apparut que le criminel était, non seulement un familier de la victime, mais encore très au courant des habitudes de celui-ci.

Que l'assassin et le vieillard avaient dû converser un instant avant le drame, ainsi que l'établissaient les traces relevées sur les deux sièges placés en vis-à-vis, devant la table de la cuisine, traces - poussière enlevée - qui attestaient que deux hommes s'étaient assis là récemment.

Mais que s'était-il passé ensuite ?

L'assassin, après avoir fait semblant de quitter le vieillard, s'était-il dissimulé dans la maison, attendant le sommeil de son hôte ? Ou bien est-ce au cours d'une banale conversation que, brusquement, il avait frappé ?

Et qui était cet homme, l'assassin ?

Un familier ? Un parent ? Un débiteur venu pour reprendre un papier compromettant ? (car on chuchotait que Jean Lozach pratiquait de temps en temps le prêt à la petite semaine).

En fait, l'habile policier qu'est le commissaire Yves Le Gall [1] - dont on connaît les succès et le tact dont il les entoure - paraissait ne pas être abattu par la tâche difficile qui lui était offerte.

- Nous verrons bien, disait-il, avec ce calme qui le caractérise.

Mais la patience n'est-elle pas la principale qualité d'un policier, surtout si cette patience est mise en pratique par un esprit méthodique ?

Car les magistrats n'avaient point perdu leur temps, s'ils se montraient peu bavards. Et, le vendredi soir, après une journée d'investigations, ils avaient obtenu de nouveaux renseignements.

- Le mercredi, à 21 heures, avait dit Jean-Louis P., en regagnant le Moulin-du-F., et en passant devant la ferme de mon oncle, j'entendis celui-ci ronfler. Naturellement, je me gardai bien de le réveiller et je rentrai chez moi.

A 21 heures.

Le crime était donc ultérieur à 21 heures. Or le père Lozach, lors de sa mort, était vêtu d'une chemise et d'un pantalon, et les panneaux de son lit clos - un lit breton - étaient fermés, ce qui attestait que le septuagénaire n'était pas encore couché lorsqu'il avait été frappé.

Et lui qui avait coutume de se coucher à 22 heures au plus tard !

Puis Jean-Louis P. l'avait entendu ronfler à 21 heures, il fallait donc admettre que le vieillard dormait donc, encore vêtu, appuyé sur la table ou étendu sur un banc de bois.

Et cela paraissait bizarre, bizarre ...

La première piste suivie fut celle d'un ancien employé du père Lozach, demeurant au village de Keroué et qui aurait eu, croyait-on, à se plaindre de son patron. S'agissait-il donc d'une vengeance ? les policiers ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'ils faisaient fausse route et cette piste dut bientôt être abandonnée.

A la grande satisfaction de la plupart des habitants du village qui, eux, avaient une autre idée en tête et qui en parlaient ainsi, à voix basse :

- Si la vengeance n'est pas le mobile du crime, ce ne peut être que l'intérêt.

- Vous voulez dire qu'on a tué le père Lozach pour le voler.

- Pas tout à fait.

- Je ne comprends pas.

- Vous allez saisir : ce n'est pas parce que le magot du vieux n'a pas encore été retrouvé chez lui qu'il faut en déduire qu'on le lui a pris. Peut-être est-il caché dans un coin de son jardin.

- Et alors ?

- Eh bien, on a pu tuer le père Lozach, non pas pour le dépouiller sur le champ, mais pour profiter plus tard !

- Comment vous y allez !

- Je ne suis peut-être pas si loin que vois croyez de la vérité. Que va-t-il se passer ? Je n'en sais rien, mais il faut espérer que les policiers auront, eux aussi, la même idée que moi.

Voilà ce que l'on disait, à Meoët-Vian, ce soir-là ... »

Geo Guasco

[modifier] 3 Déroulement de l'enquête

[modifier] 3.1 Dépêche de Brest - 13-15/08/1937

...

L'enquête fut donc longue et difficile, toutes les pistes furent suivies, et c'est grâce à une élimination méthodique, à des interrogatoires minutieux, à des vérifications précises, que MM. yves Le Gall, commissaire ; Alain Moreau et Ernest Blatier, inspecteurs de la brigade mobile de Rennes, sont arrivés à suivre une piste sur laquelle ils ont travaillé longuement et qui vient d'amener, en raison de charges graves, l'arrestation de René T., neveu de la victime.

Lorsque la population d'Ergué-Armel, de Quimper et de Kerfeunteun a connu l'arrestation de René T., grande fut la stupéfaction, car, employé depuis longtemps comme voyageur pour les farines par un négociant de Kerfeunteun, il jouissait d'une bonne réputation et, à l'heure actuelle, de nombreuses personnes ne veulent pas croire à sa culpabilité.

Pourtant lourdes sont les charges relevées contre lui par l'enquête de la police mobile, si lourdes que le distingué juge d'instruction n'a pas hésité à signer un mandat d'arrêt et à faire écrouer René T. à la prison de Quimper.

René T. a une quarantaine d'années et est domicilié à Ty-Bos sur la route de Quimper à Concarneau, une maison qu'il vient de faire construire et qui se compose d'un débit-épicerie, de vastes locaux, devant lesquels est placé un poste à essence où, à la sortie de la ville, s'arrêtent de nombreux automobilistes.

...

Arrivons aux charges relevées contre René T. et qui ont motivé son arrestation.

Les policiers ont saisi chez lui un costume gris, usagé, présentant des taches suspectes.

Disons de suite que, d'un premier examen, ces taches, sur les bras, sur le devant du veston et sur le bas du pantalon auraient été reconnues par un pharmacien de Quimper, après examen minutieux, pour être des taches de sang.

Un expert, à la suite d'un second examen, a fait parvenir au parquet un rapport, tenu secret jusqu'ici, mais qui aurait contribué à l'arrestation de René T..

De plus, le costume a été lavé, il y a trois mois, dit Mme T.. Il y a quelques jours, dit René T..

Cette contradiction, qui est loin d'être la seule, ne serait pas étrangère à la décision du juge d'instruction.

Le costume saisi va être envoyé à Paris en vie d'expertise.

René T. et sa femme prétendent que leur oncle avait une grande affection pour eux ; dans la région d'Ergué-Gabéric on dit tout le contraire ; on raconte que le père Lozach refusait de donner de l'argent à René T. qui venait souvent lui en demander.

Il est un point établi et reconnu par l'inculpé et sa femme, c'est que, quelques jours avant l'assassinat de leur oncle, ils sont allés tous deux lui demander pour payer une dette urgente, six mille francs que le vieux Lozach a refusé nettement de leur prêter.

...

René T. a demandé, de la prison, comme défenseur, Me René Feunteun, du barreau de Quimper.

Jeudi, à deux heures, les scellés apposés sur la maison du crime, ont été levés par M. le juge de paix de Quimper en présence de la famille de la victime.

Des constatations sont faites, à l'heure actuelle, par MM. Le Gall, Moreau et Blatier de la police mobile de Rennes, ainsi que des prélèvements de sang et des recherches susceptibles d'amener ou des précisions sur leurs soupçons, ou un nouveau coup de théâtre.

Nous en reparlerons.

L. T.

 

[modifier] 3.2 L'Ouest-Eclair - 14/12/1937

L'affaire d'Ergué-Gabéric va-t-ell rebondir ? La police mobile a repris son enquête.

L'on se souvient du crime atroce qui perpétré dans la nuit du 28 au 29 juillet dernier dans une ferme isolé du pays d'Ergué-Gabéric, à Méouet-Vian. Un vieillard de 75 ans, M. Jean Lozach, cultivateur célibataire, fut tué de sept coups de marteau de maçon. Son cadavre fut découvert le lendemain dans la maison par M. Jean-Louis P., petit-neveu de la victime, meunier au F., en Ergué-Gabéric.

L'enquête menée par la gendarmerie de Quimper d'abord, par le parquet ensuite, puis par la brigade mobile, fut longue et difficile. Elle aboutit cependant à cette constatation que le crime n'avait pu être commis que par des familiers du vieillard, lesquels, le sachant riche, auraient tué pour voler.

Le 11 août, l'on procédait à l'arrestation de René T., 40 ans, courtier en grains, demeurant à Ty-Bos, en Ergué-Armel, parent de la victime, sur lequel pesaient de fortes présomptions. Lors d'une perquisition accomplie à Ty-Bos, le commissaire Le Gall et l'inspecteur Moreau, de la brigade mobile, avaient en effet découvert chez le courtier en grains un complet gris récemment lavé et portant encore des traces suspectes. De plus certaines contradictions furent relevées dans les déclarations des époux T..

Des analyses eurent lieu pour déterminer la nature des taches suspectes. Les unes conclurent qu'il s'agissait de sang humain, d'autres laissèrent subsister le doute.

Après un bon mois de détention, René T. fut remis en liberté provisoire, faute de preuves suffisantes.

L'affaire suivit néanmoins son cours à l'instruction bien que beaucoup de gens s'imaginassent qu'elle était enterré.

Il faut dire d'ailleurs que la tâche ne fut pas facilitée aux enquêteurs par les voisins et amis de la victime dont les déclarations restaient fort réticentes.

Sur d'autres pistes

Bien que l'on fit peu de bruit autour de l'affaire, l'on continuait cependant d'en parler. Peu à peu même, les langues se délièrent et l'on indiqua aux enquêteurs diverses pistes qui donnèrent lieu à de nombreuses vérifications de la part de la gendarmerie de Quimper.

Mias ces pistes n'aboutirent jusqu'à ces temps derniers, à aucun résultat positif.

L'enquête, cependant, devait être reprise la semaine passée par le commissaire Le Gall, de la brigade mobile qui, réunissant tout le réseau de renseignements obtenus sur le crime, parcourut le pays et les environs entendant diverses personnes amies de la victime.

Une piste fut particulièrement suivie : celle d'un marchand forain M..., que l'on disait avoir aperçu à Ergué-Gabéric à l'époque du crime.

Pressé de questions, M... produisit un alibi sérieux et qui fut immédiatement contrôlé. Cet individu qui, prétendait-on, s'était battu avec un paysan, déclara qu'en effet, s'étant rendu dans la région d'Elliant, chez un fermier de Stang-Kerniel, pour travailler à la récolte des pois, il avait été surpris par le cultivateur courtisant la fille de celui-ci. La volée qu'il avait reçue provenait du dit fermier.

Le commissaire Le Gall et l'inspecteur Moreau n'eurent aucune peine à vérifier ces dires qui s'avérèrent exacts. M... se trouvait à Elliant un peu avant le crime d'Ergué-Gabéric. Il ne quitta la région qu'après l'affaire.

Il semble donc que la piste conduisant au marchand forain doive être abandonnée.

Mais l'enquête n'est pas close pour autant. D'autres pistes sont actuellement suivis avec obstination par les enquêteurs qui ne désespèrent pas de mettre la main sur le ou les coupables de ce crime odieux.

Nous n'en dirons pas davantage pour ne pas gêner l'enquête qui, nous le souhaitons, aboutira sans tarder.

[modifier] 4 Coupures de presses

(Usage et droit d'image : Accès privé et restreint aux pages imprimées)

[modifier] 5 Annotations

  1. Yves Le Gall était commissaire de police mobile à la 13e brigade régionale à Rennes. Il est décédé accidentellement le 05.08.1938 à La Flèche (Sarthe) à l'âge de 33 ans. [Ref.↑ 1,0 1,1 1,2 1,3]
  2. Jean Lozach est né le 26/02/1862 à Meouet Bihan en Ergué Gabéric, enfant de Jean Lozach et de Marie-Anne Treut. [Ref.↑ 2,0 2,1]
  3. Jean Louis Marie P. est né le 13/09/1887 à Moulin de pont-ar-marchat en Ergué Gabéric de père meunier Joseph Marie T. et de mère Marie Lozach. [Ref.↑]
  4. Pierre Tanguy fut maire d'Ergué-Gabéric pendant 16 années : « Pierre Tanguy, maire (1929-1945) ». [Ref.↑ 4,0 4,1]
  5. L'Ouest-Éclair est un ancien quotidien régional français, créé par deux Bretons chrétiens d'une sensibilité républicaine et sociale, l'abbé Félix Trochu, prêtre en Ille-et-Vilaine, et Emmanuel Desgrées du Lou, natif de Vannes, commissaire de la Marine, puis avocat. Les ventes décollent après la Première Guerre mondiale et, en 1930, le patron embauche son gendre, Paul Hutin, un Lorrain de 42 ans qui deviendra son gendre. Le journal rayonnait, à ses débuts, sur cinq régions, la Bretagne, la Normandie, l'Anjou, le Maine et le Poitou, comme Journal républicain du matin. En 1940, Paul Hutin, militant antinazi comme sa femme, souhaite que L'Ouest-Eclair ne paraisse pas sous le joug allemand et s'engage dans la Résistance. L'Ouest-Éclair sera interdit à la Libération pour acte de collaboration. Paul Hutin revient à Rennes, à peine libérée, le 4 août 1944 pour créer le Ouest-France. [Ref.↑]
  6. La Dépêche de Brest est lancée le 18 novembre 1886 avec des moyens très limités et succède à l’Union Républicaine du Finistère créée 10 ans plus tôt. Quotidien, il sera même biquotidien durant des périodes d’actualité forte, comme lors de la première guerre mondiale, avec une édition du matin et une édition du soir. Installé rue Jean Macé à Brest (à l’époque rue de la rampe), à l’emplacement des locaux actuels du Télégramme, La Dépêche de Brest poursuivit son évolution jusqu’au 17 août 1944. Ce jour là, en application de la nouvelle réglementation de la Libération, les biens de la Dépêche furent mis sous séquestre. L’ensemble du matériel est alors loué au Télégramme, nouveau titre autorisé par le Comité régional de l’information. [Ref.↑]


Thème de l'article : Coupures de presse relatant l'histoire et la mémoire d'Ergué-Gabéric

Date de création : septembre 2010    Dernière modification : 11.07.2018    Avancement : Image:Bullgreen.gif [Fignolé]    Source : Police Magazine 1937