Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier - GrandTerrier

Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Mine du Rouillen près du Cleuyou

Billet du 17.02.2018 - « Depuis très longtemps on a constaté l'existence du terrain houiller de Quimper ; les premières fouilles furent faites en 1752, vers le chemin de Coray, par M. Mathieu de Noyant ; ces travaux, dont il ne reste que des traces, ... », Alphonse-Adolphe Rivière, 1838

Cette semaine, des documents conservés aux Archives Départementales du Finistère sur la reprise des recherches minières entre le préfet, le ministre de l'Intérieur et l'Ingénieur en chef des mines, lequel ne manque pas de rappeler l'existence du puits du Cleuyou "foncé" par son oncle Christophe Mathieu à l'est du futur bassin houiller de Quimper.

Dans ces documents d'octobre 1812, Pierre-Joseph Mathieu, l'ingénieur en chef des mines sollicité par le préfet du finistère, présente l'historique de la partie sud-est du bassin houiller : « Les premières fouilles furent faites il y a 60 ans, vers le chemin de Coray par Mr Mathieu de Noyant son oncle ». L'oncle en question se prénommait Christophe et était un ingénieur très actif, avec son père Jacques et ses deux frères, dans le développement des mines du nord de la France au 19e siècle.

Christophe Mathieu est qualifié de Noyant car, devenu propriétaire des mines de Noyant dans l'Allier, il s'y est établi. En 1752 il est mandaté par la Compagnie des mines de Basse-Bretagne, propriétaire des mines de Poullaouen et des premières galeries du Cluyou et de Cuzon, pour apporter son savoir-faire en technique de foncage de puits.

Alphonse-Adolphe Rivière écrira en 1838 à propos du puits du Cluyou : « ces travaux, dont il ne reste que des traces, furent à peine poussés à quelques mètres. » Certains auteurs parlent de 67 m, notamment Alain Le Grand dans son « Quimper-Corentin en Cornouaille » et Bernard Mulot dans un article de la revue « Penn ar Bed », mais nous n'avons pas trouvé les documents d'archives qui en attestent.

Dans le rapport de 1812, l'ingénieur Bonnemaison quant à lui décrit les lieux : « Le terrain est inégal dans sa surface, dans l'est un affleurement a lieu au dessus du moulin du Cluyou, il est déposé en se relevant contre le granit émétique auquel il se joint par un dépôt glaiseux et constitue le penchant d'un côté incliné au pied duquel coule l'Odet. Un dépôt se trouve au milieu de la route de Coray, tantôt terreux, charbonneux, tantôt glaiseux, charbonneux, blanchâtre accompagné et envelopé des noyaux et des boules de poudingue psammilique. »

Cette description de boules de poudingue, c'est-à-dire ces gros galets sédimendaires en pleine terre charbonneuse au milieu de la route de Coray, est une bonne explication pour le toponyme précis du lieu-dit « Rouillen ». En effet ce terme « Ruillen » est sans doute issu de "Ruihañ ou Ruilhal" qui veut dire "rouler" en français. De plus il est attesté que ce lieu, juste au-dessus du château du Cleuyou, le tronçon de route était appelé au 19e siècle « chemin noir du Cleuyou » ou « chemin de la terre noire autrement dit le Ruillen ».

Les géologues Alphonse-Auguste Rivière, Yves-Alain Fuchs et Bernard Mulot ont dressé des plans et cartes géologiques de l'endroit sus-mentionné dans le cadre de leurs études du bassin

  houiller de Quimper :
Image:Square.gif A. Rivière, Etudes géologiques 1838 :
Image:Square.gif Y. Fuchs, revue Penn ar Bed 1953 :
Image:Square.gif B. Mulot, revue Penn ar Bed 1975 :

En 1829, suite aux travaux de recherche sur ce bassin, la concession royale est accordée, ce avec un périmètre délimité au sud par le pont du Cluyou et le moulin des couleurs de Locmaria : « Cette concession, dont l'étendue superficielle est de deux cent vingt-trois hectares, est limitée ainsi qu'il suit : Au midi, par le cours de l'Odet, depuis le moulin des Couleurs jusqu'au pont du Cluyon ; À l'ouest, par une ligne droite, allant du pont du Cluyon au bourg de Cuzon ; ... ».

En fait le filon ne sera vraiment exploité que dans sa partie nord, c'est-à-dire à la mine de Kergogne sur les terres de Kerfeunteun, laquelle sera déclarée en faillite en 1844.

En savoir plus : « 1812-1829 - Un bassin houiller délimité à l'est par le puits et dépôt du Cluyou », « MULOT Bernard & FUCHS Yves-Alain - Les bassins houillers du Finistère », « RIVIERE Alphonse-Auguste - Études géologiques faites aux environs de Quimper »

2 ZAC, RN et chantiers gallo-romains

Billet du 10.02.2018 - En travaillant sur la partie "archéologique" des futures annales du GrandTerrier, en particulier pour mieux comprendre la période antique gallo-romaine à Ergué-Gabéric, on a été amené à rassembler et analyser les rapports et compte-rendus scientifiques de fouilles.

Il s'agit notamment des fouilles récentes menées près des ZAC ou de l'échangeur de la RN 165 au Rouillen, dont les rapports scientifiques sont publiés sur le site Internet du Service Régional de l’Archéologie de Bretagne, et commentés dans les inventaires du bulletin annuel de la Société Archéologique du Finistère ou dans le livre-référence de Jean-Paul Le Bihan / Jean-François Villard.

Tout d'abord il y a Paul du Châtellier, auteur en 1889 d'un inventaire des monuments finistériens des temps préhistoriques à la fin de l'occupation romaine, qui note pour Ergué-Gabéric : « Au Boden, camp retranché, appelé Cos-Castel. À l'intérieur, on trouve des fragments de tuiles et de poteries romaines. Une meule a été trouvée, dans un chemin près de ce camp. À droite de la route de Quimper à Coray (ancienne voie romaine), à 8 km 80 au delà de l'embranchement de la Croix-Rouge, restes de retranchements. À la rencontre de deux routes, en face de l'auberge de la Croix-Rouge, on voit des tuiles à la surface du sol.  ». À l'heure actuelle aucune fouille scientifique n'a été menée du côté du supposé camp retranché romain de Cos-Castel à Boden.

Par contre, à la Croix-Rouge, en 2007 lors de l'extension de la ZAC, il y a eu un chantier archéologique mené par Jean-François Villard : « si l'on se base sur ce faisceau de présomptions, il semble que l'on ait affaire à la Croix-Rouge à un petit établissement antique ». La nature gallo-romaine du site est renforcée par la découverte d'un gobelet à anse bien conservé : « un petit vase presque complet au profil inédit... Ce gobelet pose un problème d'identification. Par sa technique de réalisation et par sa pâte, nous serions tenté d'intégrer ce récipient au corpus des productions antiques. ... Sous toutes réserves, c'est donc plutôt une datation gallo-romaine que nous retenons pour ce vase. »

Si l'on retourne quelques années antérieures, il faut noter la fouille très importante de Ty-Névez-Kerveguen qui a permis d'étudier la structure exacte de la voie romaine Quimper-Carhaix : « Nous avons pu étudier un tronçon de voie antique dont l'état de conservation est assez exceptionnel ». De plus une pièce de monnaie, en l’occurrence un sesterce du IIe siècle, est trouvée par la suite à proximité du chantier de fouilles.

En 1987, après les chantiers de 1985 qui ont mis en évidence des fossés de l'age de fer et des habitats du haut moyen âge, Jean-Paul Bihan intervient sur le secteur nord de la Salverte, à l'occasion d'aménagements industriels et hôteliers, et relève la présence de deux fossés gallo-romains en U, parallèles et distants de 3,50 m, suivis sur près de 40m. De plus des pièces exclusivement gallo-romain sont découvertes sur place : « D. 37 en céramique sigillée de la fin du   IIe   siècle   après   J.-C.,

 
balsamaire en verre de type Isings 82 du IIe ou IIIe siècle (expertise J.Y. Cotten), jatte à bord rentrant en céramique commune, complète mais brisée sur place ». Le cliché ci-contre de cette jatte du Ier siècle après J.-C. a été publié dans le livre référence «  Archéologie de Quimper, Au temps de l'empire romain ».

En 1988 Hervé Kerebel mène des fouilles à Bussizit-Huella, tout près également de la Salverte, avant la construction d'une aire de lavage de camions : « cette fouille nous aura permis d'étudier partiellement un site agricole modeste de l'environnement immédiat de la ville de Quimper au second siècle après J.-C. ».

Le site de Tréodet est visité en 2008 suite à un signalement sur le chantier de réalisation d'un parking et révèle des vestiges de sols en terre battue et de base de murets, des fragments de tuiles du Ier et IIe siècle et de céramiques : « Cette découverte, fortuite et trop tardive, ne put faire l'objet d'aucune intervention raisonnée ». Le lieu, situé bien en amont du pont du Cleuyou sur le Jet, était peut-être un franchissement de l'Odet d'est en ouest.

En 2011, lors d'une intervention archéologique par Jean-Paul Le Bihan et Jean-François Villard avant l'ouverture de la zone d'activité du Squividan, un tronçon de voie antique secondaire y est découvert : « Un diagnostic effectué sur les hauteurs de Squividan dominant la vallée de l'Odet avant son confluent avec le Jet mit en évidence des structures rurales gallo-romaines ».

Les fouilles de Squividan ont mis en évidence un long tronçon antique d'une voie perpendiculaire à la route antique de Quimper à Carhaix. On y a trouvé également des traces d'activité : des enclos isolés, deux fours à sécher les grains, des tuiles et céramiques. Ceci conforte la densité de la campagne autour de Quimper au temps de l'Empire romain.

En savoir plus : « Les chantiers archéologiques gabéricois localisant des établissements gallo-romains », « CHATELLIER Paul (du) - Les époques préhistoriques et gauloises dans le Finistère », « LE BIHAN Jean-Paul - Fouille de sauvetage de Ty-Nevez-Kerveguen », « Intervention archéologique à Salverte-Nord en 1987, fossés gallo-romains », « KEREBEL Hervé - Fouille de sauvegarde de Bossuzit-Huella », « KEREBEL Hervé - Fouille de sauvegarde de Bossuzit-Huella », « VILLARD Jean-François - Vestiges et paysage rural antique de Squividan », « LE BIHAN Jean-Paul & VILLARD Jean-François - Archéologie de Quimper, tome 2 »

3 Sortie du film Les Naufrageurs

Billet du 03.02.2018 - Enfin, ce film culte noir et blanc, produit et scénarisé en 1958 par un gabéricois, Gwenn-Aël Bolloré, est disponible en DVD en vente en ligne par StudioCanal / Universal Pictures pour le prix de 10 euros environ et pour satisfaire notre bonheur de cinéphiles nostalgiques.

Synopsis du film : en 1852, sur une île bretonne où sévit la famine, Moïra brise le fanal qui signale les écueils. Un navire chargé de vivres vient s'y briser. Il est pillé et les survivants sont massacrés. Seul Gilles échappe à la tuerie : il est caché par Louise qui s'est éprise de lui. La jeune orpheline Moïra, rejeté par les îliens, est amoureuse du jeune pêcheur Yann. Un prêtre et un policier du continent viennent sur place et assistent au dénouement ...

Interrogé par André Espern, Gwenn-Aël Bolloré, qui à l'époque était vice-président des papeteries Bolloré, présente ainsi ce film de 1958 dont il est le scénariste et producteur : « Les Naufrageurs, c'est une île qui s'appelle Blaz-Mor, une île qui ressemble étrangement à Ouessant, à Sein, c'est plus haut que les Glénan, une île. Et comme ils n'ont rien à croûter, ils font les naufrages. »

Blaz signifiant à la fois « goût » ou « saveur », mais aussi « odeur » - dans un sens péjoratif (mauvaise odeur), et Mor signifiant « mer », la traduction du nom de l'île peut ainsi être double et présenter la même ambiguïté que ses habitants : « le goût de la mer » où « l'odeur (mauvaise) de la mer ». Cette dualité, voire cette opposition, est très présente dans le film.

Dans le film-interview d'André Espern, Gwenn-Aël Bolloré décrit son rôle dans le tournage des scènes du naufrage : « Dans le scénario le bateau qui ne voyait plus les feux, devait s'écraser du côté de Penmarc'h. Quand on a été pour tourner, personne ne voulait prendre la barre, parce que le type était seul. Tout le monde s'est tourné vers moi, car c'est moi qui avais écrit le scénario. Je me suis déguisé en marin hollandais, avec des bottes et une casquette, et puis j'ai été droit sur les cailloux, il y avait un peu de mer. C'est très impressionnant, puisqu'avec une barre franche, résister à la tentation de tourner la barre pour éviter les cailloux, c'est dur pour un marin. »

Le film est présenté dans le chapitre « Les îles, un monde à part » de la sélection « La Bretagne au cinéma » de Nolwenn et Maria Blanchard, du fait du thème de la grande solidarité îlienne contre les autorités civiles et religieuses du continent, désigné comme étant « la Grande Terre ».

  La plupart des scènes ont été filmées sur le site de Kerity-Penmarc'h-Lesconil, sur les plages avoisinantes et dans un village construit pour l'occasion près du calvaire de Tronoën. Le manoir de Kerlut en Plobannalec est loué pour l'hébergement de l'équipe de tournage. Le photographe quimpérois Etienne Le Grand fils est présent lors du tournage et ses clichés sont aujourd'hui conservés du Musée de Bretagne de Rennes.

Le réalisateur Charles Brabant (1920–2006), grand scénariste et réalisateur, a signé de nombreux films et téléfilms entre 1952 et 1989, dont « La Putain respectueuse » et « Les Aventuriers du Mékong ».

Les acteurs principaux sont l'« Apollon de l'année 1939  » Henri Vidal (jouant Yann Le Coeur), le « comédien exemplaire » Charles Vanel (le vieux Mermez) et l'indochinoise Dany Carrel (Louise). René Cosima qui a épousé en 1957 Gwenn-Aël Bolloré, joue le rôle de Moïra la sauvageonne.

Hormis les scènes alimentant l'intrigue et les paysages du bord de mer, on notera avant tout des scènes ethnologiques de dévotion religieuse, avec des cantiques chantés en breton dans une vieille église ou en procession sur les dunes derrière croix et bannières.

Pour se faire une idée du film, voici quatre courts extraits proposés par le site Internet www.cinema-musique.org :


En savoir plus : « BRABANT Charles - Le film Les Naufrageurs »

4 De l'Art poétique et panégyrique

Billet du 27.01.2018 - « Dans ces écrits loyaux qui tombent de ma plume | J'étouffe mes ennuis et brave l'amertume. | Et j'écoule mes jours en cette compagnie - Sans honte, sans regrets, sans aucune envie. », Strophe 18 du Petit Panégyrique de Jean-Marie Déguignet

Le cahier manuscrit n° 20 de Jean-Marie Déguignet, publié en 2001 dans l'édition intégrale de ses mémoires « Histoire de ma vie » et en 1999 dans l'édition partielle « Rimes et révoltes », contient un magnifique poème que l'auteur présente sur un mode presque humoristique : « Maintenant je vais adresser un petit panégyrique à mes écrits, mes seuls amis qui me consolent un peu de l'ennui et de la misère dans mes vieux jours. ». Généralement un éloge panégyrique est prononcé en l'honneur d'un personnage adulé, mais ici en l’occurrence l'auteur n'a trouvé aucun autre modèle à honorer.

Et il nous délivre pas moins de 54 quatrains ou strophes de 4 vers, avec une métrique de vers alexandrins, soit 12 pieds incluant généralement une césure au 6e pied. Les rimes de chaque quatrain sont plates ou suivies, c'est-à-dire de type AABB, alternant ou non les rimes féminines avec e muet et les masculines :

C’est à vous, mes écrits, qu’aujourd’hui je m’adresse,
Vous les consolateurs de ma triste vieillesse.
Vous êtes mes enfants, enfants infortunés,
Comme moi en ce monde, vous êtes ignorés.</small>

Les 6 premières strophes font le parallèle de destin entre ses écrits et sa propre vie : vont-ils être dévorés par les rats et pourrir comme des grimoires ? À partir de la 7e strophe, les « franches vérités » de ses écrits sont opposées aux messages mensongers, stupides, inutiles des Évangiles chrétiens :

Tandis que des écrits comme les Évangiles,
Faits pour voler les sots, berner les imbéciles,
Tous ces écrits menteurs, stupides, libertins,
Sont fort recommandés comme écrits divins,

Aux strophes 11 et 12 il cite in-extenso entre guillemets Nicolas Boileau, l'auteur de « L'Art poétique », dans son Épitre n. 9 sur le thème du beau et du vrai. Mais Déguignet ajoute « Tu parles bien mon vieux et met en exergue sa fausseté lorsque Boileau fit l'éloge du grand Louis le quatorzième.

« Rien n’est beau que le vrai : le vrai seul est aimable ;
Il doit régner partout, et même dans la fable.
De toute fiction l’adroite fausseté
Ne tend qu’à faire aux yeux briller la vérité. » (Boileau)

Dans les strophes 18 et suivantes, il se sert de ses « loyaux écrits » qui lui permettent, dit-il, de voyager au temps des premières civilisations anciennes : « Par ces enfants chéris issus de ma mémoire Je parcours le ciel, la terre et l'histoire ». Après l'évocation des dieux mythiques, son voyage se termine par une description du Paradis qui se termine en strophe 41 : « Ce bouge inventé par le bandit Jésus ».

Les strophes suivantes sont une une sorte d’apothéose didactique sur le sens de la vie : « Voilà comment je vis d'une seconde vie Grâce à mes écrits, à ma philosophie.  ». Sa philosophie repose essentiellement sur la critique de la métempsychose de Lucrèce et Pythagore qui affirment que l'âme existe en dehors du corps :

    Dessin de Stéphane Betbeder, BD du paysan bas breton, T1 :

Ceux-là ont confondu l'âme et la matière.
Dans ce petit monde il n'y a que poussière
Toujours se décomposant et se recomposant
Formant de tous les êtres la vie et le mouvement.

Aujourd'hui ce poème a l'honneur d'être inscrite comme œuvre majeure dans une Anthologie de la Poésie française. Son auteur,. Christian Tanguy, né en 1961 dans une ferme finistérienne, a publié en 2013 cette anthologie de référence, « Florilège », où se relaient quelques 700 poèmes de 250 poètes francophones .

Certains de ces poèmes sont connus de tous, comme « L'Invitation au Voyage » de Charles Baudelaire ou « Le Dormeur du val » d'Arthur Rimbaud, mais les autres, ancrés dans la poésie de l'âge baroque ou dans celle des poètes maudits, n'ont été que rarement réimprimés. L'anthologie inclut sept poètes bretons seulement, à savoir Gérard Le Gouic, René-Guy Cadou, Georges Perros, Max Jacob, Paol Keineg, Victor Segalen, Tristan Corbière, et Jean-Marie Déguignet.

Par ailleurs les premières strophes de ce poème plein d'énergie invocatoire est aussi traduit en anglais par Linda Asher et fait la couverture des nouvelles « Memoirs of a Breton Peasant » :

To you, my writings, do I address these words today,
You consolers of my sad old age.
You are my children, luckless children,
Like me in this world, you are ignored.

En savoir plus : « L'art poétique selon Jean-Marie Déguignet dans son panégyrique à ses écrits », « TANGUY Christian - Florilège, anthologie de la Poésie française », « DÉGUIGNET Jean-Marie - Memoirs of a Breton Peasant »

5 Statues de saints en 1942 et 2017

Billet du 20.01.2018 - Lors de la dernière journée du patrimoine, les services municipaux du patrimoine avaient orchestré le retour de statues de la chapelle Saint-André après leur restauration. En 1942, 75 ans plus tôt, c'est le recteur Gustave Guéguen qui procédait à une opération similaire.

En cette rentrée 2017, il s'agissait de quatre très vieilles statues en bois polychrome du 17e siècle, à savoir les trois évangélistes saints Marc, Mathieu et Luc, et la martyre sainte Barbe. L'état de ces statues était très préoccupant : bois rongé par endroit, des bouts de membres (pouce ou main) manquants, et des marques de vrillettes ou de moisissures apparentes.
Entre décembre 2016 et octobre 2017, ces 4 statues ont fait l'objet d'une très belle restauration par les professionnels experts de l'Atelier Régional de Restauration de Kerguehennec / Bignan (56). Le jeudi 14 septembre les œuvres d'art datées du 17e siècle sont revenues à la chapelle juste avant des journées du patrimoine.
Gilles Mantoux et Hélène Champagnac de l'atelier régional ont témoigné : « Les quatre statues sont taillées dans du châtaignier, lequel par son tanin, crée un répulsif pour les insectes xylophages. Cela a permis aux statues de saint Mathieu, saint Marc, saint Luc, et sainte Barbe d'être moins sensibles à la détérioration », nous confie Gilles Mantoux. « Nous n'avons pas remplacé les mains coupées de sainte Barbe car aucun document ne nous permet de connaître leur position, leur forme ni ce qu'elles tenaient. Ce sont des œuvres originales sculptées dans une bille de bois par un artiste. Ce ne sont pas des séries comme on en trouve au XIXe siècle. »

Les quatre statues ont été remises en place et fixées sur leur piédestal, en position haute, et les saints, comme ils le faisaient jadis, accueillent les visiteurs qui entrent dans la nef de part et d'autre de la porte sud de la chapelle. Sainte Barbe à gauche, saint Marc à droite, et en face sur le mur nord saint Luc côté occidental et saint Mathieu côté autel.

Article 1 : « Les retables lavallois et les statues anciennes de la chapelle St-André »

  À Ergué-Gabéric, dans les années 1930-50, tout le monde connaissait Laouic Saliou, originaire du quartier de Keranna,
qui était un sculpteur et ébéniste de talent et qui a réalisé de nombreuses statues visibles dans les chapelles gabéricoises. Parmi celles-ci il y le saint Jacques qu'on honore à la chapelle de Saint-André, car la fontaine proche lui est consacré.

Dans cet entrefilet du journal « Le Progrès du Finistère » daté du 1er août 1942, on apprend les conditions dans lesquelles la statue fut bénie sur place lors du pardon de la chapelle. La chapelle en question est dite de sainte Anne, car, certes plus connue sous le nom de chapelle Saint-André, elle bénéficie d'une double invocation. Et le pardon principal avec procession avait lieu le jour de la sainte Anne, en l’occurrence le 26 juillet.

En 1942 il s'agit de bénir « une nouvelle statue de S. Jacques destinée à la fontaine nouvellement restaurée », en remplacement d'une statue de pierre qui ornait la niche de la fontaine de saint-Jacques, halte des pèlerins du Tro-Breizh ou vers St-Jacques de Compostelle. La statue de Laouic sera ensuite mise à l'abri des convoitise sur l'autel de la chapelle.

Le cérémonie se passe ainsi : « Après les vêpres, la statue fut bénite et portée en procession jusqu'à la fontaine où M. Duvail, fabricien, la déposa dans sa niche. Là, quelques prières furent récitées par l'officiant, M. l'abbé Aulnette, du diocèse de Nantes. »

Le recteur qui officie est Gustave Guéguen, que tout le monde appelait familièrement « Gustav  », et on l'imagine très fier et très inspiré lors de cette cérémonie, alors qu'il n'est nommé à Ergué-Gabéric que depuis quelques mois.

Article 2 : « Bénédiction de la statue St-Jacques à St-André, Progrès du Finistère 1942 »

6 Armes et lettres patentes royales

Billet du 13.01.2018 - Cette semaine, la transcription complète de trois documents d'archives : un acte prônal de 1634, des lettres patentes authentiques du roi Louis XIII en 1638 et le registre du Parlement de Bretagne en 1639, le tout pour les droits de prééminences du sieur Guy Autret à Ergué-Gabéric.

Le premier document, daté du 5 mars 1634 et qualifié d'acte prônal car lu pendant les annonces qui suivent l'homélie du prêtre, authentifie sous le seing de deux notaires royaux le consentement des prérogatives du seigneur local Guy Autret par une assemblée de paroissiens. Il s'agit de l'original en papier parcheminé à l'encre pâlie et difficile à déchiffrer. L'acte est lu lors du prône de la grande messe dans l'église paroissiale pour accorder au seigneur de Lezergué « le droict d'avoir ses armes en la victre de la chapelle de saint Guehnollé, et costé de l'évangile en la dicte esglise paroissiale d'Ergué Gabellic ».

À « la dicte grande messe célébrée par messire Allain Le Balch curé de la dicte parroisse assistoit grand nombre des habitants » et pas moins de 45 paroissiens mettent leur noms pour autoriser les armoiries locales à la chapelle de St-Guénolé et « remettre les armes et bancq de la seigneurie de Lesergué au lien ou ils estoient auparavant » dans l'église paroissiale.

Les deuxième et troisième documents sont constitués des lettres patentes royales reçues en août 1638 et de leur mise en exécution par le Parlement de Bretagne le 12 janvier 1639. La lisibilité est facilitée car ce ne sont pas des originaux, mais des copies ultérieures du 18e ou 19e siècle et conservées aux Archives Départementales du Finistère.

Dans ses lettres patentes commençant par un tonitruant « Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à tous présents et à venir salut.», le roi Louis XIII formule lui-même ses intentions : « voulant favorablement traiter notre cher et bien aimé Guy Autret sieur de Missirien et de Lezergué, chevalier de notre ordre de St Michel », « suffisamment informé que la terre seigneurie qu'il possède par succession immémoriale de ses prédécesseurs, est belle et bien bâtie, noble et des plus anciennes de l'Evesché de Cornouaille en notre province de Bretagne », « ornée de tous droits de haute moyenne et basse justice, colombier, garennes, moulins, domaines, ... intersignes de noblesse. Voulant encore en faveur dudit sieur de Missirien augmenter les honneurs et dignités de la terre ».

La décision royale est très généreuse : « donnons octroyons et accordons de par ces présentes signées de notre main tous et tels droits honorifiques et prérogatives et prééminences qui nous appartiennent en l'église paroissiale d'Ergué Gabellie, et en la chapelle de St Guénolé situé en la même paroisse hors l'église paroissiale, avec tout pouvoir de faire mettre ses armoiries, blasons et enseignes de noblesse au dedans et au dehors des dites église et chapelle au lieu plus éminent, tant en vitres, lisières qu'en bosse, en tous endroits que bon lui semblera ».

La formule finale consacrée « Car tel est notre plaisir » conclut la lettre royale, suivi de la mention « Par le roy » et du nom et signature du surintendant des finances, à savoir Claude Bouthillier.

Toute lettre patente, préparée par le Conseil du roi et contresignée par un secrétaire d'état, doit être scellée de cire verte du grand sceau royal et faire ensuite l'objet d'un décret d'exécution. Dans l'extrait de registre d'exécution par le Parlement de Rennes en janvier 1639, on note bien la description précise du sceau apposé sur les lettre d'août 1638 : « un grand sceau de cire verde à laqs de soye rouge et verde ». Les « laqs » sont les lacets colorés qui attachent le sceau au bas du parchemin.
 

Tous les blasons des Autret (10 bandes d'argent et azur) et de leurs prédécesseurs de Lezergué (croix potencée) et Coatanezre (trois épées), ont bien été mis dans le tympan de la maitresse-vitre de l'église paroissiale, entourés du collier jaune de l'ordre de Saint-Michel dont Guy Autret était chevalier. Sur le tout dernier blason Coatanezre qui est resté dans son état d'origine, on distingue même nettement la coquille dite de Saint-Jacques sur le collier.

La décision royale d'octroyer à Guy Autret les prérogatives appartenant à la couronne est conditionnée par le fait « que les armes du Roy seront mises au plus hault lieu de la principalle vitre de la dite église étant au grand authel aux frais du dit demandeur ».

Nous aurions donc du y trouver le motif armorial des trois fleurs de lys surmontées d'une couronne royale, faite également de fleurs de lys. Or le timbre supérieur de la couronne n'est pas très net et le blason est écartelé en 4 parties, en 1 et 4 des fleurs de lys (remplacés par 3 morceaux noircis de vitrail), et en 2 et 3 par des hermines : ces armes sont celles de Claude de France (1499-1524), reine et épouse de François 1er. Par ailleurs le blason est bien entouré du collier de l'ordre royal de chevalerie de Saint-Michel.

Par contre, au 2e rang on voit à gauche deux blasons surmontés de vraies couronnes ducales au motif feuillu, sans collier de Saint-Michel. À gauche les armes, en mi-parti des fleurs de lys et des hermines, sont celles de la duchesse Anne de Bretagne, mère de Claude de France, et à droite il s'agit du blason historique « D'hermine plain » du duché.

Lorsque le Parlement de Bretagne examine début 1639 la validité des lettres royales, il reprend les autres pièces d'archives, à savoir l'acte des « 28e mars et 17e avril 1499 touchant la haulte justice du manoir de Lezergué », un don de tabernacle du 25 février 1635 par Guy Autret et sa femme Blanche de Lohéac, un autre prônal de novembre 1638 confirmant le consentement des paroissiens, et deux actes prônaux datés L'arrêt reprend aussi la contestation locale d'Yves de La Marche du manoir voisin de Kerfors et de Jan de La Lande établi à Kergonan en Ergué-Gabéric également.

La conclusion du Parlement de Bretagne est sans appel : « La cour a ordonné et ordonne que les dictes lettres seront enregistrées au greffe de la cour pour en jouir l'impétrant d'icelles bien et duement suivant la volonté du Roy »

En savoir plus : « 1634-1639 - Acte prônal, lettres patentes du Roi, registres du Parlement et prééminences »

7 Édifiante soulographie électorale

Billet du 06.01.2018 - Merci à Pierrick Chuto de nous avoir communiqué ce rapport circonstancié décrivant avec un brin d'ironie les excès de consomma-tion d'alcool lors d'une réunion électorale tenue au bourg d'Ergué-Gabéric et sponsorisée par le candidat conservateur et les curés de la paroisse.

Cela se passe en plein climat d'interdiction des congrégations religieuses, juste avant la loi de séparation des églises et de l'état, une époque où, en Bretagne, les catholiques conservateurs et les républicains laïcs se disputent quotidiennement et de façon encore plus exacerbée lors des campagnes électorales.
En 1901 déjà, aux élections au conseil général, se présente le conservateur Henri de Beauchef de Servigny, « jeune avocat dynamique, ambitieux et riche » (cf le livre "IIIe République et Talennoù" de Pierrick Chuto) dans le canton de Quimper : à Ergué-Gabéric on vote massivement pour lui et, à la surprise générale, il gagne contre son opposant républicain Jules Soudry, proche d’Hémon.

En 1902 il se représente aux élections législatives contre Louis Hémon (lequel sera élu dès le premier tour avec 7519 voix contre 6959) dans la 1ère circonscription de Quimper. Le 11 avril 1902 le candidat Servigny est en visite au bourg d'Ergué-Gabéric pour une réunion électorale publique pendant laquelle sont distribués alcools et cigares.

Le compte-rendu, conservé dans le fonds Soudry des Archives Départementales, est dressé par « un passant attardé au bourg d'Ergué-Gabéric », un sympathisant républicain dénommé Nouille qui raconte à son conseiller général le « scandale de hier », à savoir comment la libation de la réunion publique s'est poursuivie dans tous les débits de boisson entourant l'église paroissiale.

La consommation de boissons est impressionnante : « Le vin rouge, le vin blanc, l'eau de vie coulèrent en abondance » ; « Les rafraichissements circulèrent de nouveau avec des paquets de cigarettes et de cigares » ; « Maintenant on dédaignait le vin et le cidre, c'était le cognac qui avait la   préfé-

 
rence » ; « quelques gosses de 15 à 16 ans qui, peu accoutumés à de pareilles ingurgitations de liqueurs rouler sur la route » ; « Le malheureux vint s'affaler sur une pierre du cimetière pour cuver son vin » ; « un mendiant qui avait fraternisé trop souvent avec la divine bouteille protestait de son dévouement à l'honorable candidat en criant d'une voix avinée : " Vive M. Servigny !! " ».

Et cela est bien dans la logique politique du candidat : « Pour atteindre son but M. de Servigny trouva que le plus sûr moyen était de s'adresser au ventre de ses invités : "Hémon, dit-il, a voté pour l'augmentation du prix des boissons, moi je suis absolument contre et je demanderai la suppression de cette loi". »

Les responsables gabéricois sont désignés par le dénommé Nouille : « ces messieurs, les curés », c'est-à-dire le recteur et le vicaire de la paroisse. Ce dernier est même désigné par un début de phrase rayé, l'auteur préférant finalement le pluriel. Le recteur est Jean Hascoet celui qui s'était opposé à la fermeture de l'école des sœurs, et le vicaire François Nicolas sera en 1904 accusé de prononcer en chaire des sermons bien marqués politiquement. En 1902 le témoin républicain dénonce « comment l'argent des curés s'évanouit en fumée et en boissons pour la cause sacrée ».

En conclusion, le rapporteur ironise encore une fois : « Ca a été une bonne soirée en l'honneur de Bachus  ».

En savoir plus : « 1902 - Le scandale arrosé de la réunion publique du candidat conservateur Henri de Servigny »

8 Les chroniques de début d'année

Billet du 01.01.2018 - « Annum novum faustum & felicem », « Bloavezh mad, laouen hag eurus », Une joyeuse et heureuse nouvelle année !

La formule consacrée est en latin cette année. Et ça tombe bien car le premier article du bulletin trimestriel porte sur un cartulaire rédigé en latin nous éclairant sur les fondateurs d’Ergué-Gabéric, alias Gabellic.

Ensuite, si nous remontons aux premiers siècles de notre ère, nous avons la fameuse voie romaine de Carhaix fréquentée par des attelages gallo-romains qui faisaient une pause à l’une des quatre pierres milliaires gabéricoises.

Toujours en latin cette notice qui authentifie un don de cire pour Kerdévot en 1439. Par contre à partir de 1448 les actes de Kerfors sont en français mais n’en restent pas moins difficiles à déchiffrer.

Les articles suivants évoquent des traces et reflets d’or au Stangala dès 1506, des terres confisquées aux hérétiques en 1592, un testament généreux pour une domestique en 1845, une escroquerie franc-maçonne au 18e siècle.

Et pour continuer ce sommaire à la Prévert, on signalera la très belle statue de granite de Sant Alar inaugurée début octobre, le livre des aventures d’Auguste Chuto qui se bat contre les Diables Rouges de la République, et aussi les cartes communales de 1860, 1920 et 1950. Et enfin, véritables cerises sur le gâteau, les bulles de cette bande dessinée mettant en scène l’enfance du paysan bas-breton Jean-Marie Déguignet.

Et les annales promises pour 2018, me direz-vous ? Pas de panique, elles arrivent ! Leur contenu est arrêté, la rédaction des articles est bien avancée, et on a trouvé l’œuvre d’art de la page de couverture dans la hôte du père Noël. On va bientôt lancer les revues croisées et contacter un éditeur.

Et pour finir, encore une formule magique : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », un slogan de municipalité qu’on prendrait bien à notre compte. TOUS ENSEMBLE donc derrière le GrandTerrier !

 
Lecture en ligne du bulletin trimestriel, avec fichier pdf pour l'impression en recto-verso : « Kannadig n° 40 Janvier 2018 »

9 Une affaire maçonnique en 1776

Billet du 23.12.2017 - Une affaire qui fit beaucoup de bruit : une escroquerie commise par un franc-maçon, un évêque de Cornouaille qui dénonce une association tendant « au déisme et au libertinage », deux loges se battant pour obtenir la protection du Grand Orient et le roi Louis XVI qui s'en mêle.

La collecte des documents des Archives Nationales et de la Bibliothèque Nationales de France est l'occasion de comprendre un peu mieux les rôles respectifs des acteurs francs-maçons impliqués de la famille Bréhier, dont François-Salomon qui fut maire de la commune d'Ergué-Gabéric de 1808 à 1812.

Aux archives départementales d'Ile-et-Vilaine et du Finistère, les compte-rendus du Présidial de Quimper et du Parlement de Bretagne mentionnent bien qu'un frère Bréhier de la loge « L'heureuse maçonne » de Quimper est accusé d'escroquerie liée à son activité de franc-maçon, mais ne précisent ni son prénom, ni son état-civil. Il en est de même pour les documents conservés aux Archives Nationales et au département des Manuscrits à la BnF, mais en y regardant de plus près on croit pouvoir identifier qui a fait quoi.

C'est bien de la loge « L'heureuse maçonne » de Quimper que le scandale a éclaté : « un membre de cette même loge vient d'abuser de la maçonnerie pour faire de fausses lettres de change qu'il tiroit sur le Grand Orient au profit de paysans grossiers et crédules qui lui donnoient une somme modique pour en obtenir une plus considérable dans un tems limité »

Cette affaire n'échappe pas à l'évêque Toussaint Conen de Saint-Luc qui, lors de deux missions ou prédications, l'une en langue bretonne, l'autre en française, organisées le 6 juin 1776 dans la cathédrale de Quimper, dénonce les déviances d'une « certaine association qui contre l'intention, sans doute, de ceux qui s'y sont enrôlés, ne tend à rien moins qu'à conduire au déisme et au libertinage ».

Et il précise les agissements d'un « particulier franc maçon qui a effectivement surpris la douce foi des hommes simples en leur faisant payer des sommes considérables pour les aggréger à la franc maçonnerie, quoique nous ne l'ayons désigné en aucune manière, ne le connaissant pas même de nom et quoique le procureur du Roy eut pleine connoissance des manœuvres de ce jeune homme, qu'il eut vu les billets qu'il avoit donné et qu'il eut cherché à le faire évader. »

Il n'y qu'un seul Bréhier identifié à la loge de l'Heureuse Maçonne : en 1774 Jean-Corentin, maitre en chirurgie, apparaît dans les tableaux des membres avec la fonction de « thuileur », et le titre de « souverain prince de rose croix », né à Quimper le 20 juillet 1747. C'est bien un « jeune homme » comme précise l'évêque, à savoir 29 ans à l'époque, qui a utilisé son rang de garant du secret de la loge pour soutirer de l'argent à des tiers crédules.

Le procureur du Roi et le tribunal présidial de Quimper vont demander qu'une procédure criminelle soit ouverte, mais cela sous forme d'un procès à charge contre l'évêque accusé d'avoir profité d'un fait divers pour lancer publiquement une violente opprobre morale contre l'intégralité des francs-maçons de la ville. Il faut dire que « plusieurs (d'entre eux) sont les principaux membres du présidial ».

 
Le magnifique sceau de la Loge « L'heureuse maçonne à l'orient de Quimper »



En fait, depuis 1774 et même avant, Quimper connait une lutte implacable entre deux loges concurrentes : L'Heureuse Maçonne et la Parfaite Union. Avant l'affaire Bréhier, d'autres malversations sont constatées au sein de l'Heureuse Ma-çonne : « dernièrement un de leurs membres venoit de commettre un vol avec effraction, on instruit actuellement sa procédure en crime, heureusement il a pris la fuite ». Mais l'affaire Bréhier va accélérer les choses, et fin 1776 la loge de L'heureuse maçonne est interdite par les instances du Grand-Orient qui par contre officialisent la constitution de la Parfaite Union.

L'évèque est dans un premier temps muté à l'évêché de Saint Flour. Puis, après moultes réclamations, la procédure contre lui est arrêtée et il est rétabli et confirmé comme évêque de Quimper où il décédera en 1790. Mais en 1776 il a droit de la part du secrétaire de la Maison du Roi à une remontrance royale : « Sa Majesté a également jugé qu'en usant d'un peu plus de ménagement, votre zèle n'en eût peut-être que mieux atteint le but que vous vous proposiez sans sous exposer aux suittes désagréables que vous venez d'éprouver. »

A partir de 1773 on trouve des Bréhier dans les tableaux des membres de la loge « La Parfaite Union », mais ceux-ci ne peuvent pas avoir des liens avec celui qui, depuis la loge concurrente, a entaché la réputation maçonne. Cela exclut donc Jean-Corentin, son père Gilles et ses autres frères. En effet la haine est telle que le correspondant de la Parfaite Union parle de « fripon » et de « membres perdus, banqueroutiers et autre qui se trouve aujourd'huy sous le coup de la procédure criminelle et qui ne sauroit éviter une peine effective et diffamante ».

En fait le premier Bréhier qui apparaît dans la Parfaite Union est Claude, frère cadet de Gilles et également négociant. Il est qualifié de « jeune », tient d'abord la fonction de « terrible » (officier "expert"), et dès 1779 est « revêtu de tous les grades ». En 1780 il est dénommé « Bréhier père » car ses trois fils deviennent membres de la loge, jusqu'au second cadet qui n'est autre que Salomon François, maire d'Ergué-Gabéric entre 1808 et 1812.

 BRÉHIER Jean (~1694-1749) x  PICHON Magdelaine
 └> BRÉHIER Gilles (1716-1795) 
      x VINCENT Jeanne (~1723-1785)
      ├>  BRÉHIER Jean Corentin (1747-?), médecin, *LHM
 └> BRÉHIER Claude (1729-1785), négociant, *LPU
      x VINCENT Julienne (1729-1800)
      ├>  BRÉHIER Jean Élie (1756-?), négociant, *LPU
      ├>  BRÉHIER Jean Julien Marie (1757-?), négoc., *LPU
      └>  BRÉHIER François Salomon (1760-1845), avoué, *LPU
Légende :
*LPE : loge L'Heureuse Maçon, *LPU : loge La Parfaite Union
En savoir plus : « 1776 - Escroquerie du franc-maçon Jean-Corentin Bréhier, une affaire sous Louis XVI »

10 Des paillettes d'or au Stangala

Billet du 16.12.2017 - Nouveautés en Biblio - VILLIERS DU TERRAGE (Edouard / de), « Les recherches de l'or dans le Finistère », dans BSAF 1903, Société Archéologique du Finistère - BIET & INISAN (Marie-Christine & Hervé), « Quimper & l'Odet Belles de Cornouaille », Géorama, Porspoder, 2017

La première référence a été écrite en 1903 par le vicomte Edouard de Villiers du Terrage pour la Société Archéologique du Finistère et apporte de précieuses informations sur la présence historique d'or et d'argent en Bretagne, et en particulier en région quimpéroise.

Le premier document d'archive, daté de 1506, mentionne la présence d"une mine d"or « ès parties de Kemper Corentin », ce qui fait réagir le poète Frédéric Le Guyader dans la présentation de l'article en évoquant « une tradition populaire à Quimper d'après laquelle les eaux de l'Odet rouleraient, particulièrement au Stang-Ala, quelques paillettes d'or ».

À titre d'illustration ci-contre, une magnifique photo du site "doré" du Stangala par l’aquarelliste et photographe Hervé Inisan, qui est le co-auteur de Marie-Christine Biet pour ce tout récent livre « Quimper et l'Odet Belles de Cornouaille ».

Un deuxième document de 1509, également conservé aux Archives Départementales de Loire-Atlantique, mentionne ces « mines qui ont esté trouvées ès parties du dit Kemper Corentin ». Ensuite, un siècle plus tard, le baron et la baronne de Beausoleil sont mandatés en 1625 par le surintendant royal des Mines pour inventorier et développer l'activité minière de toutes les provinces françaises.

Dans leur inventaire des mines bretonnes, publié en 1779 par le minéralogiste Nicolas Gobet, on ne trouve pas explicitement la mine d'or « ès parties » de Quimper-Corentin. On découvre par contre une mine d'argent « proche Le Cluyon  », à savoir le Cleuyou en Ergué-Gabéric : a priori elle était située au sud de la route d'Elliant, en pleine vallée du Jet. Tout près de là, vers le chemin de Coray, au lieu appelé « Terres Noires » ou « Rouillen », l'ingénieur Christophe Mathieu de Noyant creusera en 1752 un puits d'extraction de charbon.

Pour ce qui concerne la localisation de la mine d'or de 1506-09, Villiers du Terrage émet l'hypothèse qu'elle pourrait   être   celle

 

© Cliché d'Hervé Inisan. Cliquez sur l'image pour admirer de plus près les reflets dorés du Stangala !

que les Beausoleil et Gobet ont inventorié « au Ry proche Douarnemez ». Dans sa thèse « La monnaie des ducs de Bretagne de l'an mil à 1499 » publiée en 2016 aux Presses Universitaires de Rennes, Yves Coativy préfère l'hypothèse d'une assimilation à la mine d'or du Nivet près de Locronan.

Du fait de l'éloignement respectif de Douarnenez ou Nivet/Locronan par rapport à Quimper, on peut néanmoins se demander s'il n'y a pas eu une autre mine d'or qui soit vraiment « ès parties de Kemper Corentin » et donc un peu plus près des « Belles de Cornouaille »  ?

Et pour ces dernières, ne manquez pas dans le livre sus-mentionné la double page sur Ergué-Gabéric, le panoramique impressionnant de l'éperon de Griffonnez, et d'autres belles photos du cours d'eau où l’œil du photographe a su capturer la luminosité du lieu avec des reflets magiques sur l'eau caressant les rochers.

En savoir plus : « VILLIERS DU TERRAGE, Edouard (de) - Les recherches de l'or dans le Finistère » et « BIET Marie-Christine & INISAN Hervé - Quimper & l'Odet Belles de Cornouaille » (cadeau idéal pour les fêtes de fin d'année)

11 Voie romaine et pierres milliaires

Billet du 09.12.2017 - « Située au centre du territoire dans la partie ouest de la péninsule armoricaine, Vorgium / Carhaix apparaît comme une plaque tournante à partir de laquelle il était possible de gagner la destination voulue en une journée ou deux », J.-Y. Éveillard

Jean-Yves Éveillard, maître de conférences à l'Université de Bretagne Occidentale de Brest, est un grand spécialiste de la période gallo-romaine en Bretagne. Dans son album « Les voies romaines en Bretagne » publié en 2016 aux éditions Skol-Vreizh, il nous explique, avec de magnifiques photogra-phies, le tracé des voies romaines maillant tout le territoire breton, notamment autour des deux noeuds routiers très important qu'étaient Carhaix (Vorgium) et Rennes (Candate).

Il fait également la synthèse des dernières découvertes archéologiques et l'importance des pierres milliaires : « Elles étaient érigées le long des routes les plus importantes, tous les milles (mille pas = 1478,50 m) dans les deux premiers siècles de notre ère, et toutes les lieues de 2220 m (une lieue = un mille et demi) à partir du règne de Caracalla (211-218) ».

Les évocations du territoire gabéricois sont notamment relatives aux fouilles archéologiques de la voie romaine à Ty-Névez et ses similitudes avec les matériaux et couches successives observés à Ty-Lipig en Pluguffan, pour conclure qu'elles sont toutes deux sur la même voie romaine reliant Tronoen à Carhaix.

Image:Square.gif « L'interprétation les fouilles de Ty-Nevez en Ergué-Gabéric est la suivante : le niveau dallé entre les pierres latérales posées sur chant constitue le premier état de circulation. Lui succéda un second état, avec un nouvel empierrement, moins soigné mais d'une plus grande plasticité. Puis la voie fut abandonnée. »

Image:Square.gif « Le rapprochement de cette chaussée de Ty-Lipig en Kerfeunteun avec celle d'Ergué-Gabéric nous a paru d'autant plus digne d'intérêt que, sur une carte, les deux voies Carhaix-Quimper et Quimper-Tronoen sont dans l'exact prolongement l'une de l'autre. »

Image:Right.gif En savoir plus : « ÉVEILLARD Jean-Yves - Les voies romaines en Bretagne »

 
Dans les bulletins de la Société Archéologique du Finistère, le docteur Charles-Armand Picquenard (1872 - 1940) a développé à plusieurs reprises la période gallo-romaine en Cornouaille. Dans un article de 1923, il résume l'ensemble de ses sujets de prédilection, et s'attarde notamment sur la partie orientale de la ville de Quimper, à savoir le début à Ergué-Gabéric de la voie romaine qui mène à Carhaix.

(La croix antique de Kerampensal, croquis de Louis Le Guennec)

Il note particulièrement la présence de trois lieux susceptibles d'abriter une borne milliaire : Kerampensal, Croix-Rouge et Croix-Saint-André, en précisant qu'entre les deux derniers sont distants de deux lieues. Pour la quatrième située entre Croix-Rouge et Croix-Saint-André, il évoque Quillihuec, mais sans doute ne savait-il pas qu'à proximité il y a Kroaz-Spern, lieu candidat également pour une pierre milliaire.

Image:Square.gif « Entre le camp de Park-ar-Groaz, point le plus important, centre militaire de Civitas Aquilonia, et la croix antique de Keranpensal, en Ergué-Gabéric, il y a une lieue gauloise. Plus loin, au bord de la voie, on trouve les lieux-dits Kroas-ru (la Croix-Rouge) et la Croix-Saint-André ; en ces deux points il n'y a pas (acutuellement) de croix de pierre ; au premier point on a constaté des vestiges gallo-romains et j'ai trouvé, de plus, qu'il était exactement à une lieue gauloise de la croix de Keranpensal ; quant au second point, la Croix-Saint-André, il se trouve exactement à deux lieues gauloises de la Croix-Rouge. ».

Pour compléter le travail du docteur Picquenard, nous proposons ci-dessous une carte avec les 5 premières positions de bornes milliaires de la voie romaine de Quimper à Carhaix, toutes les lieues "gallo-romaines" espacées de 2220 mètres exactement. La carte utilisée est celle de Google Maos, sur laquelle nous avons appliqué la réglette de 2,2 km pour chacune des 4 étapes.

Image:Right.gif En savoir plus : « PICQUENARD Charles-Armand - L'expansion romaine dans le Sud-Ouest de l'Armorique »

12 Yvo bone vite, Yves de bonne vie

Billet du 02.12.2017 - Un évêque de Cornouaille et un patronyme qui aurait donné par déformation la deuxième partie du nom de la paroisse Ergué-Gabéric. On ne sait pas vraiment si son surnom indique sa "bonté", ou qu'il prenait "la vie du bon côté", ou était "de bonne famille".

Yves Cabellic fut évêque de Quimper entre 1267 et 1279. On ne connait pas ses parents, mais seulement une sœur Blanche qui, en se mariant, aura deux fils au patronyme de Conq, l'un Olivier archidiacre du Poher, l'autre Yves chanoine. Les Cabellic avait pour blason « de gueules à la croix potencée d'argent, cantonnée de quatre croisettes de même », tout comme la famille noble Lezergué, du manoir éponyme en Ergué-Gabéric.

Il est fort probable que les Cabellic et les Lezergué soit une même famille d'une part, et qu'ils aient donné d'autre part leur patronyme Cabellic pour désigner à partir du 14e siècle la partie démembrée au nord-est de la grande paroisse d'Ergué, à savoir Ergué-Gabér(l)ic par opposition à Ergué-Armel au sud-ouest.

Au 13e siècle, on note, en plus d'Yves Cabellic, un Raoul de Lezergué, chevalier, qui cède une partie de ses terres à l'évêque successeur d'Yves Cabellic, et dont les terres sont taxées dans un acte des comptes du duché en 1267. Et plus tard, en 1312 et 1334, un Guillaume de Lezergué ou d'Ergué est mentionné pour des terres à Beuzec Cap Sizun et à Quimperlé.

Par ailleurs on évoque l'existence d'un croisé Gossuin, déclaré avant 1309 dans les registres de l'Ordre du Saint Sépulcre, dont le patronyme Cabiliau serait proche de Cabellic. Ce qui pourrait expliquer l'adoption de la croix potencée comme blason. Car il est indéniable que les armes des Cabellic de Lezergué font référence directe à la royauté latine de Jérusalem ainsi qu’à l’Ordre du Saint Sépulcre.

Au total on distingue trois générations de Cabellic/Lézergué, sans pour autant connaître les relations généalogiques et familiales entre les différents branches.

 1e génération : 
 x ?
 ├> Yves Cabellic, "Yvo bono vite", év. Quimper 1267-1279
 ├> Blanche Cabellic x ? de Conq
      ├> Olivier de Conq, archidiacre du Poher (+1323)
      └> Yves de Conq, chanoine.
 x ?
 └> Le chevalier Raoul de Lezergué/Lusulguen (1267, 1283)
 
 2e génération : 
 - Le croisé  Gossuin Cabiliau, avant 1309 
 
 3e génération : 
 - Guillaume d'Ergué ou de Lezergué (1312, 1334)

La vie d'Yves Cabellic est connue grâce au travail de transcription des 3 cartulaires de l'église de Quimper par deux passionnés : le chanoine Peyron et l'archiviste Le Men, publiés respectivement dans les bulletins   1901-1909   de   la   Commission   Diocésaine

  d'Architecture et d'Archéologie, et une monographie de la cathédrale de Quimper éditée en 1877 par les librairie Jacob et Lemercier.

La notice n° 2 ou folio 59 du cartulaire n° 56 de Quimper établit la liste des évêques jusqu'aux années 1416 : Yves Cabellic y figure en 25e position et est qualifié de « Yvo bone vite » (Yves de bonne vie).

La notice n° 114 donne l'inventaire du trésor de la cathédrale en 1274. Il contient de nombreuses reliques de saints, des pièces d'orfèvrerie religieuses, des bibles et des ornements vestimentaires. Parmi ces derniers on trouve des chasubles [1] dont la troisième est détenue personnellement par lui-même dans l'exercice de sa fonction.

La notice n° 103 datée de 1267 est le premier des 26 actes de son épiscopat, où, en tant qu'évêque récemment élu (« electus confirmatus ecclesie Corisopitensis, »), il confirme les dons de ses prédécesseurs évêques au chapitre de Cornouaille.

La notice n° 116 datée de 1275 est un « obit », à savoir des dons et fondations reçues au décès d'un chanoine. Yves Cabellic est présenté par cette formule : « Yvo miseracione divina Corisopiten(sis) epis(copus) "par la grâce divine d'Yves évêque de Cornouaille" (cf. en vert ci-dessous)


Image:Square.gif En savoir plus : « Yves Cabellic, évêque de Quimper (1267-1279) », « 1267-1279 - Actes du cartulaire de l'église de Quimper relatifs à l'évêque Yvo Cabellic »

13 Des actes ardus à déchiffrer

Billet du 25.11.2017 - « Paléographie, s.f. : science qui traite des écritures anciennes, de leurs origines et de leurs modifications au cours des temps et plus particulièrement de leur déchiffrement. », Dictionnaire Trésor de la Langue Française

Cette semaine les transcriptions de onze actes du 15e siècle portés essentiellement par Canévet et Charles de Kerfors sur des terres détenues, héritées ou échangées à Ergué-Gabéric et paroisses voisines.

Les onze documents d'archives ci-dessous sont en parchemin rigide et très difficiles à déchiffrer. Le regretté Norbert Bernard, avec ses compétences de paléographe, s'était attelé à la tâche dans les années 2000 et ceux qui ont déjà tenté de transcrire des documents du haut moyen-âge savent la difficulté.

Le document de 1482 a même conservé son sceau bien net malgré sa dimension réduite de moins d'un centimètre. Sous forme d'écu armorié il est de couleur noire, présente dix mouchetures d'hermines ducales posées 4 3 2 1 et est surmonté d'un ornement extérieur érodé et difficile à reconstituer.

Quant au texte d'introduction, neuf documents sur onze commencent par cette formule incantatoire « Sachents touz que ... » avec des calligraphies différentes : cf. l'image ci-dessus. Les reproductions de ces parchemins conservés dans le fonds de La Marche des Archives Départementales du Finistère sont publiées in-extenso dans l'article.

Les personnes citées dans les documents sont essentiellement les Kerfors : Caznevet décédé en 1496, sa mère Katerine, son fils Charles, et sans doute ses deux autres enfants Thebaud et Katherine si l'on en croit le document d'échanges à parts égales en mai 1496.

Les Kerfors possédaient le manoir du même nom, au nord-est du bourg d'Ergué-Gabéric, et portaient un cor de chasse comme blason : « d'argent au greslier d'azur, enguiché et lié de même ». À la montre militaire de Cornouaille en 1481, on remarque un Casnevet de Kerfors « en brigandine », c'est-à-dire en cuirasse légère d'archer. Il prend pour épouse Ysabelle de Lesmaes, et décède en 1496. Il ne succède à sa mère Katerine comme seigneur de Kerfors qu'en 1488,   mais   il
  apparaît déjà en 1460, 1471 et 1479 dans des donations ou échanges de terres. En 1543, leur fils Charles de Kerfors rend un aveu pour le manoir de Kerfors et est cité à la Réformation de 1536 ; il décède vers 1537.

Thebaud Kerfors habite Quimper en 1479 : « en la maeson de Thebaud Kerfors en la ville close de Kaempoercorentin ». Et en 1481, comme Canezet, il serait présent à la montre de Cornouaille si l'on en croit la transcription d'Hervé Torchet : « Thibaud Kerfors en brigandine et voulge  ».

 
 ? de Kerfors 
 x Katerine Kerfors (1448, 1460)
 ├
 └> Canevet de Kerfors (1460, montre 1481)
      x Ysabelle de Lesmaes (1479)
      ├
      ├> Charles de Kerfors (1496, 1536)
      ├   ├
      ├   └> Pierre de Kerfors (ADLA B 2012/4, 1539)
      ├        ├
      ├        └> Jean de Kerfors (1580)
      ├> Thebaud Kerfors (montre 1481, 1496)
      ├   x Marie Le Gluidic
      └> Katherine Kerfors (1496)
           x Allain Rolland

Dans les documents d'échanges des différentes tenues entre 1448 et 1496, les familles en transaction avec les Kerfors sont mentionnées : les Lisiart de Briec (Guillaume, sieur de Trohanet), Yvon de Kersulgar d'Ergué-Gabéric (seigneur de Mezanlez), les Le Bouder, les Ansquer-Coetanezre de Quimper, Droniou de Kerfeunteun (Stang-Bihan).

Les villages concernés sont situés à Briec, St-Evarzec, et principalement sur Ergué-Gabéric : Kervreyen, Kerdudal (« Kerdozhal »), Munuguic (« Le Meuneuguic »), Bohars (« Menez-Botgarz ») ...

Au 17e siècle les Kerfors transmettront leur héritage et propriétés gabéricoises aux seigneurs de La Marche, lesquels préfèreront s'établir au manoir voisin de Lezergué qu'ils reconstruiront au 18e avec les pierres de celui de Kerfors.


Image:Square.gif Article complet : « 1448-1496 - Actes du fonds de La Marche pour les seigneurs de Kerfors »


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