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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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1 La bataille de Tircine en Algérie

Billet du 25.03.2017 - Belkacem Ould Mohktar HADJAIL, « Un symbole de la lutte contre le colonialisme français : Le Chahid Mekkioui Mamoune », Ibn Nadim, Beyrouth, 2016, I.S.B.N. 978-9931-599-15-9, préface de Si Dahou OULD KABLIA et citations du sergent Josig HUITRIC.

Ce livre retrace l'histoire dramatique de Mamoune Mekkioui, un « Chahid », c'est-à-dire un combattant mort pour l'indépendance de l'Algérie, tué le 26 janvier 1958 à Tircine près de Saïda. Il s'agit d'une biographie rédigée par Belkacem Hadjail, retraité de l’Éducation Nationale Algérienne et passionné par l'histoire de l'Algérie, donnant ici la vision des anti-colonialistes sur cette époque troublée.

Mamoune Mekkioui, né en 1919 dans la région de Mascara, était un professeur engagé dans la lutte armée du FLN-ALN. En 1958 il est lieutenant, chef de la zone 6, wilaya 5 au poste de commandement de Tircine. Sa position est dénoncée aux forces françaises voisines de Saïda par un traitre prénommé Youssef. L'opération militaire qui s'en suit se solde, au bout de 3 jours, par 20 morts, dont le lieutenant Mekkioui, et 5 à 8 prisonniers.

Dans la biographie du « Chahid », le témoignage de l'appelé gabéricois Josig Huitric sur la bataille de Tircine commence par cette lettre écrite à sa mère le 29.1.1958 et publiée sur Grandterrier : « Dimanche j'ai été en opération, enfin je suis parti à cause que les autres gradés étaient à l’hôpital, tous les deux ont les oreillons, et cette opération a aussi payé, une vingtaine de rebelles de tués, cinq prisonniers dont une infirmière ; plus tard je t'emmènerai la photo, cent mines de récupérées, deux mitrailleuses et plusieurs fusils de récupérés. »

Le livre de Belkacem inclut d'autres citations de Josig, témoin d'un fait d'histoire bien malgré lui, notamment sur cette photo d'une jeune infirmière prénommée Malika. Et hors livre, on pourra lire cette belle anecdote sur le raisin de Mascara.

La photo de l'infirmière Malika

Il déclare qu’il n’a pas pu la retrouver : « La photo c'est moi qui l'ai prise avec mon appareil. Je crois que je l'ai perdue lorsqu'on a fait une exposition de la FNACA à Kroas-Spern. J'avais plein de photos, dont celle-là où on voit l'infirmière, et depuis je ne la retrouve plus. »

Il en fournit, toutefois, certains détails : « Pour les prisonniers je t'ai dit que c'était une 4x4. Mais c'était une jeep d'un chef quelconque je pense. Et l'infirmière était seule à l'arrière de la jeep, avec des hommes en armes de chaque côté, et devant : le chauffeur et à côté de lui un haut-placé. Je n'ai pas vu les autres prisonniers, j'étais concentré sur l'infirmière. »

   

Le raisin de Mascara

Josig Huitric : « Une fois j'avais deux prisonniers et un m'a demandé du raisin. Je suis parti aller chercher du raisin, du mascara. Ils allaient partir en corvée de bois, et il savait que son heure était arrivée. »

Réponse de Belkacem Hadjail par mail : « Il faut lui dire, de ma part, que j’ai été très sensible à son geste, à l’égard du prisonnier, auquel il s’est donné la peine de répondre à son dernier désir  »

En savoir plus : « HADJAIL Belkacem - Le Chahid Mekkioui Mamoune », « 1957-1959 - Lettres de Josig Huitric, sergent à Saïda en Algérie »

2 Une foire à bestiaux à Kerdévot

Billet du 18.03.2017 - « Le Conseil, après en avoir délibéré, partageant l'avis de son président, émet le vœu qu'il soit créé une foire annuelle au lieu de Kerdévot, en cette commune, et que cette foire se tienne le lundi après le deuxième dimanche de Septembre. », délibération du 28 février 1881

En 1881 une demande de création d'une foire annuelle de vente de bestiaux sur le placître de la chapelle de Kerdévot est orchestrée par le maire Jean Mahé, agriculteur sur le même lieu-dit. La délibération du conseil municipal énumère les nombreux avantages liés au choix du lieu : « la chapelle de Kerdévot est distante de dix à quinze kilomètres de tous les grands centres où se tiennent des foires, qu'elle est située en pleine région d'élevage, qu'elle est contiguë à un placître d'une contenance cadastrale de un hectare soixante-dix ares, suffisamment ample pour contenir, outre une grande quantité de bestiaux de toutes sortes, un grand nombre d'étalages, de débits, etc. ».

Le choix de la date, à savoir le lundi qui suit le deuxième dimanche de septembre, n'est pas choisi au hasard non plus : c'est le lendemain du grand pardon, et les stands et échoppes des commerçants pourront rester sur place un jour de plus. Les bénéfices attendus sont d'une part fiscaux pour la commune, et d'autre part la foire apportera « des facilités qu'elle procurerait aux habitants de la commune pour la vente de leurs bestiaux ».

Devant cette initiative, le préfet de Quimper, le comte Léon-Paul Lagrange de Langre, doit rappeller les règles administratives, à savoir la nécessité de passer par une enquête auprès des municipalités voisines « dans un rayon de deux myriamètres (c'est-à-dire 10 km ou trois lieues) environ du lieu d'où vient la demande ». Vingt communes sont consultées, 11 sont favorables à la création de la foire, 2 sont opposées, 3 répondent qu'elles n'ont pas d'avis sur la question, et 4 ne répondent pas.

Les municipalités opposées à la foire sont Quimper et Ergué-Armel, cette dernière défendant l'idée que « les habitants d'Ergué-Gabéric, ainsi que ceux des communes voisines ont toutes les facilités pour vendre leurs bestiaux aux grandes foires de Quimper ». Les communes indifférentes, sans avis, sont Kerfeunteun, Penhars et Plomelin.

Les onze communes qui majoritairement manifestent leur support à la foire de Kerdévot sont en majorité rurales et leurs arguments sont :

   
(Jean Caveng (1905-1993) « La foire aux bestiaux, Bretagne »)

Image:Square.gif « les transactions sur le bétail sont très actives au mois de septembre, ... et sur un emplacement commode et spacieux, ne peut manquer d'attirer de nombreux marchands » (Briec).
Image:Square.gif « une foire à Kerdévot peut faciliter les transactions dans la région » (Elliant)
Image:Square.gif « l'époque choisie est favorable pour réaliser par la vente des bestiaux les fonds nécessaires au payement des loyers » (St-Evarzec), la plupart des baux de fermage se terminant à la St-Michel, c'est-à-dire le 29 septembre.

En août le préfet publie un arrêté d'exécution : « Article 1er. En exécution de la délibération sus-visée, est autorisée la création, dans la commune d'Ergué-Gabéric, d'une foire annuelle qui se tiendra à Kerdévot le lundi après le deuxième dimanche de Septembre ». Il autorise également les 3 foires voisines demandées au bourg de Langolen, dont la 3e au 30 septembre (le lendemain de la St-Michel).

Le lundi 12 septembre 1881, Jean Mahé, maire d'Ergué-Gabéric, put donc parader à la toute première foire de Kerdévot. À noter qu'un accident mortel de jeune cheval « ombrageux », en route vers la foire, endeuilla une famille elliantaise : « Le malheureux Cotten qui avait une jambe prise dans les rênes, ne put se dégager et reçut à la tête et à la poitrine de terribles blessures à la suite desquelles il a succombé lundi dernier ».

En savoir plus : « 1881 - Création d'une foire annuelle aux bestiaux sur le lieu de Kerdévot »

3 Beau-frère chapelier à Quimper

Billet du 11.03.2017 - « Avant le 18e et l'usage du poil fin de castor ou du feutre, les chapeaux étaient si grossiers, que les gens les faisaient couvrir de velours, de taffetas, ou d'étoffe de soie ; on ne les portait nus que par économie, ou pour aller à la pluie », Augris Chrystel (Histoire de la chapellerie)

Deux documents d'archives pour évoquer les activités industrielles d'un fabricant de chapeaux « fins » à Quimper. Le premier est un rapport de 1811 rédigé par le préfet de police à la demande du maire de Quimper pour valider la moralité d'un négociant quimpérois ayant élu domicile à Paris, sans doute dans le but de préparer son projet de création d'une fabrique de chapeaux à Quimper qu'il concrétisera l'année suivante.

Dans ce document qui fait office d'enquête de moralité, il est rappelé qu'il « s'est toujours très bien comporté. Il est doux, honnête et soumis aux lois et aux autorités. » et la famille Bolloré est considérée comme « une famille honnête de cette ville ».

Le deuxième document est constitué de sept courriers datés de 1825 entre César Elzéar de Castellane, préfet du Finistère, et Athanase de Larchantel, maire de Quimper, qui ont précisément pour but de valider la demande de Jean-Guillaume Bolloré de transférer sa fabrique sur un nouveau terrain acquis entre la rue des Réguaires et les quais de l'Odet.

Le chapelier Bolloré précise tout d'abord l'historique de son affaire : « Depuis 1812 j'ai établi à Quimper une fabrique de chapeaux. Cette fabrique était d'abord placée dans la rue du Chapeau Rouge, ensuite dans la rue Obscure et elle se trouve actuellement dans la rue du Frout. »

La signature sur sa requête est « Bolloré fils ainé », car en effet il est l'ainé survivant (trois frère et sœurs décédés très jeunes en 1784-86) d'une famille nombreuse de 13 enfants. Son père René, syndic des marins et négociant-propriétaire à Quimper-Locmaria, décède en 1826. Par la suite Jean-Guillaume gardera l'habitude de signer « Bolloré ainé », lorsqu'il paraphe en 1838 le document de succession de son frère René-Corentin et cosigne en 1859 un document officiel avec son beau-frère papetier d'Odet.

Le maire a des arguments pour défendre le projet de 1825 : « Cet établissement mérite, on peut le dire, de fixer la sollicitude de l'autorité, il a pris depuis quelques années un certain accroissement, les chapeaux fins qu'on y fabrique sont estimés et ils peuvent recevoir, chaque jour, un nouveau degré de perfection, on y occuppe un grand nombre d'ouvriers. » On y compte 25 ouvriers pour fabriquer des chapeaux de poils fins et de feutre.

Après avis de l'expert, à savoir l'Ingénieur en chef du département, chargé de la surveillance des rivières et cours d'eau, le préfet publie l'arrêté d'exécution : « Art 1er. Le sieur Bolloré, fabricant de chapeaux à Quimper, est autorisé à établir sa fabrique dans sa propriété de la rue des Réguaires. »

   
(film de Chaude Chabrol, tourné à Concarneau et à Quimper en 1982)

Le siècle suivant, dans une publication intitulée « Papeteries d'Odet, discours des Fêtes du Centenaire (1822-1922) », une note au-dessous du facsimilé de la plaque commémorant la création de l'usine d'Odet par son beau-frère Nicolas Le Marié précise que « François Le Marié père et Guillaume Bolloré ont aussi contribué, par leurs conseils, à la création de cet établissement ». Il est question de conseil et non de co-participation de Guillaume Bolloré, car on voit bien qu'en 1825 il était encore très impliqué dans l'extension de sa fabrique de chapeaux.

On est loin du détournement documentaire de 1930 dans le « Livre d'or des papeteries » de René Bolloré qui introduit volontairement un pluriel « ont posé » (au lieu de "a posé") dans la première phrase de la plaque commémorative : « Nicolas Le Marié et R.-G. Bolloré, de Quimper ont posé la première pierre de cet établissement ».

Jean-Guillaume Bolloré n'a pas posé de première pierre à Odet (ni son hologramme « R.-G. » aux initiales inventées), mais il a prodigué des conseils à son beau-frère gabéricois et favorisera le transfert en 1861 de l'usine à papier à son neveu, tutoré et gendre Jean-René Bolloré lorsque Nicolas Le Marié sera en incapacité suite à un accident.

En savoir plus : « 1811 - Autorisation de résidence parisienne pour Jean-Guillaume Bolloré », « 1825 - Transfert de la fabrique de chapeaux de Jean-Guillaume Bolloré », « Jean-Guillaume Bolloré (1788-1873), fabricant chapelier »

4 Ordre, Paix et Religion en 1877

Billet du 05.03.2017 - Les idées politiques du premier des Bolloré, héritier en 1861 du moulin à papier de Nicolas Le Marié à Odet en Ergué-Gabéric.

Cette évocation commence par la lecture de l'ouvrage de l'historien Maurice Lucas qui décrit les transformations d'un Finistère-Sud conservateur en un « espace politique ouvert », qui se reconnaît dès juillet 1871 dans la République modérée, « sensible aux courants du radicalisme et du socialisme ». On est loin du cliché d'une Basse-Bretagne attardée et réactionnaire.

L'étude, assise sur de nombreux documents d'archives, porte essentiellement sur le territoire de la Basse-Cornouaille qu'on peut appeler également Cornouaille maritime, bordée par la presqu'île de Crozon, Cap Sizun, Cap Caval, et les larges baies de Douarnenez, Audierne et Concarneau.

Des années 1870 à 1914, les républicains vont y gagner une crédibilité politique, donnant raison au sociologue précurseur André Siegfried : « Lorsqu'il échappe à l'influence politique du prêtre et à la pression immédiate du noble, c'est-à-dire lorsqu'il est abandonné à lui-même, le peuple breton est naturellement égalitaire, républicain et démocrate ».

Page 122, Maurice Lucas fait l'analyse d'une contre-attaque en 1877 du clan conservateur via la candidature de Jean-René Bolloré, papetier gabéricois et originaire de Douarnenez : « Aux références traditionnelles à l'ordre, à la tradition et à la religion s'ajoute celle, plus nouvelle, de la compétence économique garante de prospérité et de paix. La candidature du papetier d'Ergué-Gabéric répond sans doute à la volonté de renouveler une représentation et une thématique susceptibles de démarquer la posture conservatrice d'une image passéiste, sinon réactionnaire ». Et de citer le texte de son tract pour les élections législatives d'octobre 1877.

Cette affichette au format 20x30cm, conservée aux Archives Départementales du Finistère (cote 3 M 278, élections législatives d'octobre 1877), se décompose en une première partie argumentaire sur les qualités du candidat, et une seconde listant les noms des membres notables de son comité de soutien.

 

Le premier argument est relatif à la morale : « Monsieur Bolloré a d'ailleurs vos croyances et vos sentiments. Il aime ce que vous aimez : l'Ordre, la Paix, la Religion. Il redoute ce que vous redoutez : les conflits entre les pouvoirs publics, les théories subversives et la Révolution. » Le second met en avant ses compétences : « Tour-à-tour, chirurgien de la marine, docteur-médecin, exerçant son art dans notre arrondissement, grand industriel ... Sa situation de directeur d'une grande usine ...  »

Les 32 noms de son comité de soutien sont majoritairement des propriétaires et maires des communes voisines de Quimper, un banquier, un notaire, un entrepreneur, un ébéniste ... La présidence est assurée par De Chamaillard père, c'est-à-dire Henri Pierre Charles Ponthier de Chamaillard, député royaliste du Finistère à l'Assemblée nationale de 1871 à 1876.

Le procès-verbal des résultats de la 1ère circonscription de Quimper, conservé également en 3M278, donne une majorité au candidat républicain Louis Hémon. Le détail des votes par commune permet de noter une préférence républicaine dans les grandes villes (Quimper, Rosporden) et le littoral (Concarneau, Fouesnant).

Par contre les communes rurales donnent leurs voix au candidat conservateur : Langolen, St-Evarzec, Ergué-Gabéric, Plomelin, Pluguffan, Elliant, St-Yvi, Tourc'h. Certes sur Ergué-Gabéric où il réside, le papetier Bolloré est en tête (239), mais il devance de très peu Louis Hémon (220), la commune devenant progressivement « sensible aux courants du radicalisme et du socialisme » (cf. Livre de Maurice Lucas).

En savoir plus : « LUCAS Maurice - La Cornouaille politique 1870-1914 », « 1877 - Affiche de JR Bolloré et résultats des législatives »

Nota : la semaine prochaine nous évoquerons la fabrique de chapeaux de Jean-Guillaume Bolloré, oncle, tuteur et beau-père de Jean-René, et son transfert rue des Réguaires autorisé en mai 1825.

5 Grève pour 25 centimes et du feu

Billet du 25.02.2017 - Où il est question d'une grève ouvrière d'une journée, de l'intervention de la gendarmerie sur place, de l'obtention d'une petite augmentation de salaire, d'organisation de feux pour réchauffer et sécher les mineurs, et du licenciement des deux meneurs quimpérois.

L'on savait qu'une mine d'extraction d'un minerai proche de l'arsenic, le célèbre antimoine, avait été exploitée sur notre territoire entre 1913 et 1928, et qu'une petite coupure de journal indiquait un conflit social dès les premiers mois. Mais rien ne vaut une liasse inédite conservée aux archives départementales contenant les échanges entre commissaire, préfet, brigadier de gendarmerie, pour en apprendre un peu peu plus sur les conditions de travail dans la mine de Kerdévot.

En décembre 1913 Joseph Chaleil, le préfet du Finistère est immédiatement saisi par courrier par la direction de la société minière de la Lucette lorsque démarre la grève des 42 ouvriers de la mine d'antimoine : « Nous avons l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance, d'envoyer à notre exploitation de Kerdévot quelques gendarmes pour mettre l'ordre ».

La réquisition de 4 gendarmes et leur brigadier est organisée pour le lendemain matin, l'intervention ayant pour but de « prêter le secours de quatre gendarmes et brigadier à Kerdévot commune d'Ergué-Gabéric à partir du 12 décembre à l'occasion d'un mouvement gréviste ».

Le rapport d'un « commissaire spécial » nous permet de comprendre les motivations de ceux qui ont débrayé toute la journée et la nuit du 11 décembre :
Image:Right.gif La première revendication est le niveau de salaire journalier : « une augmentation de 0.25 centimes par jour a été accordée, qui a paru donner satisfaction, momentanément tout au moins », la nouvelle grille passant de « 3 f 25 ... 4.25 » à « 3 f 50 ... 4.50 ».
Image:Right.gif Ensuite ils réclament des feux pour se sécher : « qu'il leur soit fait du feu, aux heures des repas, et la nuit ... ils ont continuellement les pieds dans l'eau, et que celle-ci tombant de partout, leurs vêtements même sont vite mouillés ».
Image:Right.gif Enfin un peu de considération : « ainsi ils auraient besoin de soins ou d'attention qu'ils n'ont pas eus jusque-là ».

 
(croquis de Laurent Quevilly, 1987, Ouest-France)

La première revendication satisfaite immédiatement, le besoin de feu le sera aussi : « sur lequel je le répète, ils peuvent compter dans un avenir très prochain, et dont ils auraient déjà joui ou bénéficié si les fournisseurs, tant d'anthracite que de bois, y avaient mis un peu plus de hâte ».

La contrepartie de ce règlement est la non reprise du travail par les deux meneurs quimpérois principaux, à savoir Villerm et Jean Riou, tous deux domiciliés à l'Eau Blanche. Quatre autres meneurs sont licenciés et « réglés » le 12 au matin, mais ils sont réintégrés le lendemain avec leur 36 autres collègues qui avaient déjà repris le travail.

Il faut dire que la présence des 5 gendarmes avaient été maintenue sur place à Kerdévot jusqu'au lundi 15 décembre, et qu'une tournée militaire est programmée pour le 24, jour de la paie (tous les 10 jours), pour éviter d'autres velléités de grève.

En savoir plus : « 1913 - Grève des ouvriers employés aux mines d'antimoine de Kerdévot », « Antimoine à Kerdévot/Niverrot en Ergué- Gabéric », « Revendication des ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot », « Antimoine à Kerdévot, OF-LQ 1987 »

(2 employées et 30 ouvriers à la mine Kerdévot en 1915 en sabots et portant pioches et lampes de mineurs, photo communiquée par Jos Nédélec de St-Joachim)

6 Papier terrier et timbré de 1680

Billet du 20.02.2017 - « Papier terrier : registre tenu par les chambres de comptes régionales dans le cadre d'une Réformation du domaine du roi.
Papier timbré : papier tamponné d'un sceau soumis à paiement utilisé pour enregistrer des actes authentiques.
 »

En 1660 Colbert lance la réformation du domaine royal en Bretagne, c'est-à-dire la vérification des aveux et déclarations de propriété des sujets du roi, depuis le paysan jusqu'aux seigneurs locaux.

Les 43 sentences concernant Ergué-Gabéric, constituées de 237 folios recto-verso (soit près de 500 clichés), faisant suite au « conseil d'estat du troisiesme aoust mil six sent quatre vingt pour la confection du papier terrier et réformation du domaine de Quimper, Chateaulin, Carhaix, Chasteauneuf du faou, du Huelgoat et Landeleau, Concq Fouesnant et Rosporden » ont été concoctées par les commissaires de la cour des comptes.

Les originaux sont conservés aux Archives Départementales de Nantes ou siégeait la cour des comptes chargée de vérifier les déclarations et une copie complète est consultable aux Archives Nationales à Paris sous la côte P//1689 : « quatrième volume du papier terrier de Quimpercorantin ». Ce registre, consacré principalement à la paroisse d'Ergué-Gabéric (folios 171 à 407), et accessoirement Esquibien, Ergué-Armel et Guengat, inclut la liste des documents avec le nom des lieux nobles ou non, ainsi que le nom des propriétaires fonciers.

Les documents établis dans le cadre de la réformation du domaine royal, avec leur sceau de papier timbré libellé « Bretagne EXTRARETERRIER, un sol », sont intéressants à plus d'un titre :

Image:Right.gif ils constituent le papier-terrier ou cadastre de la paroisse avec les possessions réputées dépendre du domaine du roi.
Image:Right.gif lorsque les biens n'ont pas été achetés du vivant du propriétaire mais hérités, les ascendants de celui ci sont souvent fournis, parfois jusqu'à 3 générations, ceci étant très utile pour consolider un état civil très lacunaire pour cette période.
Image:Right.gif l'inventaire effectué permet de tracer précisément le contour des juridictions seigneuriales et des liens de subordination entre seigneurs locaux ou plus distants.

 


Image:Right.gif pour chaque tenue agricole sont généralement fournis les montants des rentes, la surface cultivée et la qualité des terrains (terre froide, chaude, pré, étang, bois, ...).

Outre les domaines nobles connus comme Kerfors, Lezergué, Keranmilin (Kerveil), Penanrun ... on peut citer, aux folios 399-400, le cas particulier du presbytère ou « maison presbituale située au bourg paroissial d'Ergué gaberic » qui fait bien partie du domaine du roi, avec y compris une tenue au village distant de Tréodet.

Certaines sentences de 1680 seront mises à jour en 1682 : c'est le cas, en folio 294, de deux encarts successifs pour le domaine de Lezergué. Le premier de mars dit que l'aveu détaillé doit être complété aux dires de son propriétaire Guy de Charmoy, seigneur de Keraret et héritier de Guy Autret, de ses droits « de haulte basse et moyenne justice et patibulaires eschues dans une montagne dependante de son lieu de Lestonan ». Par le second addendum de septembre on apprend qu'il « a esté débouté du droit de hautes moiennes et basses justices et de celuy de coustumes ».

Les 237 doubles pages du papier terrier de 1680 d'Ergué-Gabéric sont un trésor documentaire qu'il s'agira d'analyser au fur et à mesure de leurs transcriptions.

Image:Square.gif En savoir plus : « 1680 - Papier terrier et réformation du domaine royal à la chambre des comptes de Nantes »

7 Cartes et itinéraire de Bretagne

Billet du 11.02.2017 - « Atlas itinéraire de Bretagne contenant les cartes particulières de tous les grands chemins de cette province avec tous les objets remarquables qui se rencontrent. Dédié à nosseigneurs les Etats de Bretagne. Par leur très humble et très obéissant serviteur Ogée »

On connaît le géographe Jean-Baptiste Ogée (1728-1789) pour son dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, édité en 1780 et décrivant ses découvertes de voyage sur les chemins et les villages bretons. Sans oublier la paroisse d'Ergué-Gabéric dont les infos se trouvent en page 268 avec le texte original de l'auteur et ses notes de rééditions.

Les deux premiers paragraphes d'Ogée précisent la localisation : « à 1 lieue 1/5 à l'E. de Quimper et à 37 lieues de Rennes », le nombre d'habitants : « 1800 communiants », l'activité essentiellement rurale : « Son territoire est fertile en grains, et plein de vallons où sont de très belles prairies ». La cure est dite « à l'alternative » ce qui, contrairement à Ergué-Armel, indique une double dépendance de bénéfices vis-à-vis de l'évêque les mois pairs et du pape les mois impairs. Plus globalement, en terme de droit féodal, toute la paroisse relève du roi, « à l'exception des trois villages qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper ».

Quant aux notes additionnelles il y a une erreur sur la localisation de Ste-Anne-du-Guélen qui est en réalité sur Ergué-Armel. Dans la première note de 1843 il est question d'« un moulin à papier et une tuilerie » que l'on peut positionner respectivement au lieu-dit d'Odet (la papeterie de Nicolas Le Marié fondée en 1822, et transférée plus tard aux Bolloré) et à Penn-Carn-Lestonan.

À l'occasion de l'édition de son dictionnaire géographique il a aussi publié ses itinéraires précis de voyage et deux cartes « géométriques » dont l'une servira de base de travail pour définir les 5 départements de la région Bretagne.

L'atlas itinéraire de Bretagne, constitué des « Cartes particulières de tous les grands Chemins de cette Province avec tous les Objets remarquables qui se rencontrent à une Demie Lieur Adroite et Agauche » est publié en 1769. Le tronçon Rosporden-Quimper est le trajet emprunté par le voyageur passant notamment à la chapelle de Ste-Anne-du-Guélen en Ergué-Armel, sur une route très proche d'Ergué-Gabéric.

La carte préparée par le cartographe Dezauche en 1771 pour Ogée, « dédiée et présentée à nosseigneurs les Etats », est plus précise, et on y voit bien le nom de la paroisse Ergué « Gaberie » avec un e final à la place du c, la voie principale de communications en pontillé, les tracés des deux cours d'eau "frontières" (Odet et Jet) et affluents, la localisation  du  chef  -

  lieu paroissial et de St-André, et par deux fois le lieu « Kerdevet » correspondant sans doute aux deux chapelles de St-Joachim (près de Lezergué) et de Kerdévot.

Sur la carte dédiée au duc de Duras par Jean-Baptiste Ogée en la même année, les détails gabéricois sont à peu près les mêmes. Par contre cette carte est célèbre pour sa reprise en 1788-89 par les députés bretons comme support du découpage de la Bretagne en départements : Finistère, Côtes-du-Nord, Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure. Les révolutionnaires ont proposé un coloriage des 5 départements et des 45 districts qui seront mis en place le 26 février 1790.

Deux articles pour en savoir plus : « Itinéraire et cartes de Bretagne de Jean-Baptiste Ogée, 1769-1771 », « OGÉE Jean-Baptiste - Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne »

8 Les 110 mouvances du Présidial

Billet du 04.02.2017 - « Toute la paroisse relève du roi, à l'exception des trois villages de Kermorvan, de Kernechiron et Kerougan, qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper. » (Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, 1780)

Nous exhumons cette semaine 4 pages d'un registre des Archives Départementales, site de Brest, incluant la liste des manoirs et villages gabéricois régis par le siège présidial de Quimper et constituant les mouvances du domaine du Roi.

Cet inventaire des manoirs, moulins et villages, non daté précisément si ce n'est du 18e siècle, constitue la dernière photographie de l'ancien régime avant la Révolution de 1789. Le premier registre (cote ADF B502) est probablement daté du début du siècle, et le second (cote ADF B503) est un complément mis à jour après 1730, par la référence à un aveu adressé au Roy. Les deux documents constituent une préfiguration du grand recensement de la population gabéricoise qui sera organisé plus tard en 1790.

Ce registre est produit par le présidial de Quimper, une juridiction royale composée de juges, procureur, sénéchal, avocats et conseillers, tous en charge de délivrer la justice criminelle et civile, en particulier les arbitrages sur les successions et droits seigneuriaux. Attachés au domaine royal, le présidial et la sénéchaussée ne devaient pas traiter pas des affaires civiles et ecclésiastiques relevant des Régaires, l'autre juridiction quimpéroise responsable du domaine temporel du seigneur Évêque de Quimper.

Pour ce qui concerne les villages du fief de l'Evêque cités par Jean-Baptiste Ogée il faut lire Kermorvan, Coat-Piriou et Keranquéo, auxquels il faut ajouter d'autres villages gabéricois formant aussi propriété épiscopale, à savoir Quillyhouarn, Creac'h-Ergué, Kerho et Cutuillic / Saint-André. Sans oublier toute la partie sud-ouest de la commune actuelle, autour du Cleuyou, Kerampensal, La Salle-verte, Kerelan qui étaient rattachés à Lanniron ou Ergué-Armel pendant l'ancien régime.

Certains des villages sous juridiction des Regaires sont également listés comme mouvances du Présidial, notamment Coat-Piriou, Creac'h-Ergué, Kerho, Cutuillic. Ceci peut s'expliquer de différentes manières : soit la totalité des propriétés du village n'était pas détenue par l'Evêque, soit le propriétaire foncier a changé en provoquant un passage dans le domaine royal.

Les manoirs identifiés au 18e siècle par le Présidial, c'est-à-dire les propriétés les plus importantes détenues avec allégeance d'un noble au roi, sont respectivement dans l'ordre d'inscription au registre : (voir la liste dans l'article, ainsi que les moulins associés). Il manque le manoir et moulin de Pennarun, mais sans doute sont-ils compris dans « le bourg en entier ».

Quant aux autres déclarations qui ne sont ni des moulins, ni des manoirs, ce sont les villages repérés par la lettre v, généralement simples mouvances dépendant d'un lieu noble principal. On décompte 105 lieux au total sur le premier document, la 2e page constituant une réécriture de la 1ere page, et le deuxième document en ajoutant seulement cinq. Cette liste de 110 lieux nobles et villages avec leurs orthographes bretonnes anciennes apporte des variantes supplémentaires toponymiques. On notera au passage le bien-nommé « Keranroué », un "hameau du roi".

 

L'autre intérêt du deuxième document est de donner les regroupements des villages par domaine et de préciser leurs derniers propriétaires nobles avant l'hécatombe révolutionnaire. Le plus grand domaine avec ses 22 villages autour du manoir de Kerfors est celui de la famille de La Marche. Le second avec 10 mouvances est celui de Guy-Marie de Lopriac (le blason des Lopriac est présent sur la chapelle voisine de Kerdévot), comte de Donges, qui avait hérité de la seigneurie de Botbodern en Elliant.

Quant à la « maison presbitalle » ou « presbitaire » avec comme avouant «  le Général », elle est pour nous un mystère. En effet on peut se demander pourquoi la cure serait incluse dans le domaine du Roi géré par le Présidial, et non sous la juridiction des Régaires. Certes ce presbytère est encore aujourd'hui la plus authentique bâtisse manoriale du bourg et sera l'objet de convoitises après la révolution, mais le fait qu'elle soit blasonnée du blason d'un recteur chanoine sur sa porte sud nous induit à penser qu'elle était hors de contrôle du présidial royal.

En savoir plus : « 1700-1780 - Les mouvances du présidial de Quimper dans la paroisse d'Ergué-Gabéric »

9 Publicité sexiste d'après-guerre

Billet du 28.01.2017 - « Si vous les aimez bien roulées, papier cigarette OCB ! ». Le slogan était célèbre à la fin de la dernière guerre ... les premiers "bikinis" dévoilaient audacieusement les corps des naïades. Alors, forcément, on les préférait « bien roulées » (Jean Failler, Gens et choses de Bretagne)

Ce slogan publicitaire OCB bien connu, créé par le publicitaire Tony Burnand en pleine guerre 1939-45, a connu un grand succès dans les années d'après-guerre. On le voyait et entendait partout sous la forme d'affiche, de pub radiophonique, et sur les voitures de la caravane du Tour de France.
Un bel homme viril, deux doigts prélevant du tabac, une feuille OCB collée à la lèvre, le clin d’œil pour l'allusion grivoise, voilà les ingrédients visuels de la publicité d'origine. Ensuite, sur les agendas à feuilles détachables et édités par la société Publicis, le slogan était illustré par une pin-up souriante presque dénudée, en maillot de bain et talon haut. Plus tard, la tête du fumeur est devenue un croquis stylisé avec un chapeau rigolo et quatre doigts pour rouler sa feuille gommée.

La femme déshabillée comme illustration sur les paquets à cigarette était d'usage courant jusqu'au milieu du 20e siècle. Les images du fabriquant algérois « Abdelkader ben Turqui et Cie » qui s'approvisionnait en papiers Bolloré, étaient bien connues et "appréciées" des fumeurs.

Le slogan publicitaire « Si vous les aimez bien roulées ... » avait comme support des affichettes ou annonces dans les revues, mais aussi sur les buvards fabrication maison. De dimension 13,5 cm x 21 cm, ils servaient à effacer l'encre dans les foyers et les écoles, et bien sûr à porter le message de la marque. Il existe même un cendrier OCB avec le texte publicitaire sexiste dans une collection de la faïencerie H.B. de Quimper.

Mais en fait après 1952, pendant dix ans, les papeteries Bolloré n'utilisèrent plus cette publicité en leur nom, car ils n'en avaient plus le droit d'usage à cause d'un différent avec le publicitaire créateur Tony Burnand, propriétaires des droits. Ce dernier l'avait ensuite cédé à un représentant des cahiers de papier à cigarette, Jo Le Gentil.

J. Le Gentil, utilisait la pub en question dans l'annuaire Didot-Bottin du commerce de Paris pour faire sa propre promotion : « J. Le Gentil & Cie représentants généraux des papiers à cigarettes en cahiers O.C.B », et celle de son fournisseur : « Papier à cigarette O.C.B Papeteries René Bolloré Société à Responsabilité limitée au capital de 23.400.00 francs ».

On dispose ci-contre de la page originale du Bottin de 1945 où apparait cette pub au format vertical allongé, avec au verso les petits encarts des professionnels du secteur. Le représentant OCB était domicilié au 5 rue de Téhéran, ayant sans doute les locaux commerciaux de l'arrière-cour.

 
Annuaire Didot-Bottin du commerce de Paris de 1945

En 1962, lors de la remise de la légion d'honneur à Michel Bolloré, Tony Burnand écrit une lettre dans laquelle il lui rappelle son rôle comme créateur du slogan publicitaire, sa cession des droits à Jo Le Gentil et il menace de dire la vérité à la presse nationale.

En 1983, lors de la fermeture définitive de la papeterie d'Odet, les articles dans Ouest-France de Laurent Quevilly (alias « Laorz ») titraient « Si vous les aimiez bien roulées ... » ou « On les aimait bien roulées ». On y voit ce célèbre croquis du fumeur OCB qui ne sourit plus et qui a une larme à l’œil.
En savoir plus : « 1945-1983 - Les supports de publicité "Si vous les aimez bien roulées ... OCB" », « 1962 - Défense de paternité du slogan "Si vous les aimez bien roulées ... OCB" »

10 Bulletin des 10 années à venir

Billet du 21.01.2017 - Bulletin, s.m. : publication périodique de dimension plus réduite et de contenu moins développé qu'une revue et rendant compte des activités d'une société (Trésor de la Langue Française Informatisé, TLFi-CNRTL).

Le bulletin de début d'année est l'occasion de vous renouveler nos bons vœux : « Peoc'h ha yec'hed ».

Outre le premier sujet sur la numérisation de l’état des sections et de la matrice cadastrale de 1835, le bulletin contient tous les articles et billets publiés pendant le trimestre, des cartes postales, photos et coupures de presse du côté d’Odet, d’innombrables lettres de Guy Autret (et cette question : « à quand une avenue à son nom ? »), de la musique d’orgue, de la vente des ruines de Lezergué, des terres de la Marquise de Sévigné, jusqu’à la nuit de l’aurore du « Pellgent ».

C'est aussi l'heure de faire cette annonce : en cours d’année 2017 on fêtera l’anniversaire des 10 ans d’existence du site GrandTerrier, et d'ores et déjà nous réfléchissons à une publication supplémentaire, ceci sous la forme de rendez-vous annuels avec un support original, réplicable et multiformes :

Image:Right.gif Une monographie d’histoire et mémoire de la commune et de ses villages, de tous les temps et toutes les époques.

Image:Right.gif Des articles de fond présentés comme dans les « mélanges universitaires », ce en l’honneur des anciens érudits autodidactes du pays comme Déguignet ou Guy Autret.

Image:Right.gif Un suivi des actions de l’année, les grandes découvertes et les enrichissements du fonds documentaire, et la vie de l’association 1901.

Image:Right.gif Un espace ludique, des cartes et photos en grand format, une reliure de 100-200 pages, un tirage professionnel à la demande, une diffusion par correspondance et dans les commerces locaux.

Et bien sûr, dès que la maquette sera prête en fin d’été, on vous en dira plus.

Le bulletin en ligne : « Kannadig n° 36 Janvier 2017 »

 

11 Kerveil domaine des Sévigné

Billet du 15.01.2017 - « les plus belles dames de la province & particulierement pour madame de Sevigné, aveq les reponces de la mesme dame & plus de 300 vers de sa façon & de son esprit, qui themoignent qu'elle a bon esprit et qu'elle est de tres belle humeur », Guy Autret (1644-45).

On imaginait bien que des terres gabéricoises fussent un temps possédées par la marquise de Sévigné (1626-1696), née Rabutin-Chantal. Mais une confusion entre le manoir de Lanroz en Ergué-Armel et les terres de Penanros en Ergué-Gabéric avait généré une désillusion, car seul le premier avait été acquis par la marquise après le décès de son époux Henri de Sévigné (1623-1651). De plus, pour compliquer un peu les choses, dans un document de 1633 (cote ADF A85) un certain village de Keranmilin est possédé par Charles de Sévigné (1598-1635) qui n'est autre que le futur beau-père de la marquise.

Mais en réalité le document publié in-extenso ci-dessous, daté du 6 août 1683, conservé aux archives nationales et découvert récemment totalement par hasard (cote MC/ET/LI/612), donne le détail des propriétés cornouaillaises, avec en annexe le rentier précis des revenus attendus pour chaque domaine et village concernés. Le « manoir » de Kerveil, orthographié « Keranmilin », en Ergué-Gabéric et ses mouvances de Kerjan, Niverrot et Kerveady y sont bien mentionnés comme intégrés au domaine de la marquise, ce au même titre que la seigneurie de Lanros et d'autres terres à Plomelin, Plonéour ... Tous ces biens sont acquis par la veuve Sévigné et ses deux enfants : Françoise épouse Grignan (1646-1705) et Charles (1648-1713).

Nous ne savons pas comment la famille d'Acigné de la Roche-Jagu et de Grand-Bois en Landebaëron est devenue propriétaire des manoirs de Lanros et de Keranmilin/Kerveil. Le domaine de Kerveil était auparavant, aux 15e et 16e siècles, une extension des biens nobles des Tréanna installés à Botbodern en Elliant. Ces derniers ont transmis ces biens à d'autres, peut-être directement à la branche des Grand-Bois qui possédaient déjà d'autres biens gabéricois en 1441.

La configuration du domaine de Kerveil est décrite dans la liasse dite A85 des extraits d'aveux du 16e siècle, avec les quatre ou cinq mouvances de villages payant des rentes et droits de succession au seigneur de Kerveil [1].

Dans cette même liasse A85, on découvre aussi qu'en 1633 le domaine est en possession de Charles de Sévigné, le beau-père de la marquise qui décèdera en 1635 avant le mariage de son fils Henri. Nous ne savons pas quand et comment la propriété est passée ou repassée aux d'Acigné, héritiers de Grand-Bois. Par contre c'est bien en 1683 que Kerveil redevient propriété foncière des Sévigné.

Les terres du domaine et du manoir de Keranmilin/Kerveil sont listées dans le rentier de 1683, à savoir les villages de Kerjan (aujourd'hui Keryann), Niverot, Kervernich (Kervernic) et Kerveady. Les revenus annuels et en part de récoltes sont détaillés. Le manoir de Kerveil générant 30 livres par an représente environ 15% du revenu du château plus important de Lanroz. Le village du Niverrot paie aussi une rente en argent,

 


Les quatre villages doivent annuellement quelques boisseaux « combles » de froment (« scandihl » pour le Niverrot, c'est à dire "barbu") , de seigle et d'avoine, sans oublier un autre impôt proportionnel sur les récoltes (« champart ») et les inévitables corvées. L'ensemble du domaine de Kerveil est déclaré « fief du Roy soubs Quimper » contrairement à Lanroz « fief des regaires » qui est sous l'égide du Seigneur Evêque.

Marie Raputin-Chantal et vraisemblablement son beau-père ne sont jamais venus sur leurs terres cornouaillaises qui n'étaient qu'objets de spéculations financières. Certes ils faisaient des séjours dans leurs autres résidences luxueuses de Bretagne, notamment dans le château des Rochers-Sévigné, mais on peut douter que la précieuse épistolière ait compris le quotidien de ces tenanciers et paysans, à la lecture de l'une de ses lettres : « Vous savez qu'on fait les foins. Savez-vous ce que c'est que faner ? Il faut que je vous l'explique : faner est la plus jolie chose au monde, c'est retourner le foin en batifolant dans une prairie ; dès qu'on en sait tant on sait faner ».

En savoir plus : « 1683 - Vente à la marquise de Sévigné de quelques terres gabéricoises et cornouaillaises », « 1510-1633 - Adveus de Keranmelin extraicts de l'inventaire de Kempercorantin »

12 Ruines de Lezergué à vendre

Billet du 07.01.2017 - Elginisme, s.m. : forme de vandalisme consistant à extraire des œuvres d'art de leur contexte ou région d'origine pour les exposer ailleurs. Cette pratique tire son nom du titre de lord Elgin qui fut responsable du transfert à Londres des marbres du Parthénon (Wikipedia).

C'est sous ce thème qu'en 1929 le Journal des Débats évoque au niveau national le scandale de Lezergué : « Le fermier-propriétaire, qui jusqu'ici campait dans l'unique coin habitable de cette immense ruine, s'est décidé à la démolir et à construire une autre maison avec les matériaux. Mais il a épargné la façade, et espère, parait-il, qu'un Américain milliardaire viendra bientôt lui en proposer beaucoup de dollars. Lezergué revivra peut-être un jour sur les rives du Potomac ou de l'Ohio. ».

Le premier article sur le sujet date de 1924 et est signé des initiales L.G. de Louis Le Guennec : « Le possesseur de ce vieux manoir serait disposé à le vendre ; mais, inspiré par un sentiment respectable, quoiqu'un peu exclusif, et surtout fâcheux par les conséquences qui fatalement en découleront, il ne veut aliéner que les pierres, laissant à l'acquéreur, s'il lui plaît, la faculté de les rassembler ailleurs. »

En 1924-1930 le propriétaire-fermier est Jean-Marie Nédélec, marié à Marie-Renée Laurent, représentant la 3e et avant-dernière génération des propriétaires-fermiers de Lezergué, son grand père ayant acquis le manoir dans les années 1855-60.

L'état de ruine du manoir, rebâti au 18e siècle, est bien avancé dès 1924 : « Intérieurement, Lezergué est dans un triste état, bien qu'on y admire toujours le grand escalier d'honneur et sa voûte plate d'une surprenante hardiesse. Les salles basses, aux cheminées et aux lambris élégamment moulurés, sont seules habitées par le fermier-propriétaire ; tout le reste du château n'offre qu'abandon et ruine. »

D'où le projet de démolition : « Le possesseur de ce vieux manoir serait disposé à le vendre ; mais, inspiré par un sentiment respectable, quoiqu'un peu exclusif, et surtout fâcheux par les conséquences qui fatalement en découleront, il ne veut aliéner que les pierres, laissant à l'acquéreur, s'il lui plaît, la faculté de les rassembler ailleurs ».

À la fin août 1929 de petites annonces laconiques soient publiées dans les journaux locaux quimpérois :

  Signées L. par le mémorialiste Louis Le Guennec et incluant son très beau croquis de la façade en question, les chroniques locales de l'Ouest-Eclair vont alors tenter de réveiller les consciences collectives et faire en sorte que Lezergué soit inscrit comme Monument Historique : « Tout porte à espérer que ces démarches aboutiront et que ce monument, d'un style assez rare dans le Finistère, ne quittera pas de sitôt la Cornouaille pour les bords du Potomac ou de la Rivière-Rouge  ».

L'inscription aux monuments historiques sera effective le 9 décembre 1929. Depuis cette date, la façade du château n'a pas été transplantée, mais on peut regretter que les pierres intérieures ont continué à tomber, notamment l'escalier central monumental.

Aujourd'hui le domaine de Lezergué a connu une belle reconversion par l'installation et le développement d'une cidrerie réputée. Gageons que la marque du cidre de Lezergué est une assurance contre toute tentative d'elginisme, et, espérons-le, une garantie que l'état de la façade ne sera pas plus dégradé dans un futur trop proche.


En savoir plus : « Vente de façade de vieux château, Ouest-Eclair et autres journaux 1924-1930 »

13 Pace è salute, Paix et santé

Billet du 31.12.2016 - Nos vœux corses et bretons : « Bon annu, Bon capu d’annu, Bonu quist’annu, Megliu un altr’annu », « Bloavezh mat, fin ar bloaz mat, gwall vad a oa e 2016, gwelloc'h a vo e 2017 » (Bonne année, bonne fin d’année, cette année a été bonne, celle qui vient sera meilleure)

Pourquoi en corse ? Parce que Napoléon-Bonaparte était corse, et que l'année 2016 grandterrienne se termine sur une note napoléonienne : suite aux travaux d'Henri Chauveur et à la numérisation récente de la matrice cadastrale de 1835-1914, nous avons aussi publié l'état complet des sections en 1835.

Certes en 1835 l'empereur Napoléon n'était plus de ce monde. Mais la loi de finances du 15 septembre 1807 est à l'origine du cadastre parcellaire français, appelé Cadastre Napoléonien ou encore Ancien Cadastre. On rapporte aussi ces propos de l'Empereur : « Ce qui caractérise le mieux le droit de propriété, c'est la possession paisible et avouée. Il faut que le cadastre se borne à constater cette possession ». Les travaux de confection du Cadastre Napoléonien, commencés en 1808, s'étalèrent pendant plus de quarante années sur le territoire français.

L'état des sections d'Ergué-Gabéric donne des informations pour visionner les plans cadastraux (publiés aussi sur GT), ces derniers formant 20 feuilles grand format pour 7 sections : Squividan, Sulvintin, Saint-André, Niverrot, Loqueltaz, Bourg, Lezergué. Le relevé fournit, sous forme de 7 listes de section, le nom exact de chaque parcelle numérotée, sa description, le nom du propriétaire, le lieu-dit, la superficie et le revenu foncier.

Le relevé de l'état des sections est également complémentaire aux tableaux et folios de la matrice cadastrale : autant les seconds ont été modifiés à chaque changement de propriétaires ou de découpages des parcelles, autant l'état des sections constitue la première photo historique intégrale de 1835 détaillant les propriétés bâties et non bâties.

Le relevé est daté précisément du 20 juin 1835 et reprend la liste ordonnée des parcelles du plan cadastral napoléonien. Il est réparti sur 235 feuilles de 28 lignes, ce qui représente au total 6479 parcelles identifiées dans chacune des 7 sections territoriales. Les images ont été scannées à partir du document des Archives communales d'Ergué-Gabéric, le 2e exemplaire étant conservé aux Archives départementales (3 P 54 / 2).

La transcription des lignes de l'état de sections a démarrée et est faite directement dans une table spécifique d'une base de données MySql. Dans l'article on peut voir la progression des enregistrements effectués par rapport au total de 6479 lignes.

 

Lorsqu'on aura transcrit les 2000 premiers enregistrements, on proposera un formulaire de recherches multi-critères : numéro, propriétaire, lieu-dit ... Ce formulaire sera également couplé avec les tableaux et les folios de la matrice cadastrale. Et on envisage même de lire la base de données cadastrale dynamiquement lorsqu'on naviguera sur le plan lui-même, ce qui permettra en regard de chaque numéro de parcelle de connaitre son nom exact et son propriétaire.

En savoir plus : « 1835 - Etat détaillé des sections du plan cadastral napoléonien »

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