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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 La première école des filles

Billet du 08.12.2019 - Document 2 O 788, ex 2 O 410, Archives dép. du Finistère : échanges en 1886 entre la Préfecture, l'Académie et le maire d'Ergué-Gabéric à propos des travaux de transformation de l'ancienne maison d'école en école publique des filles, suite à l'ouverture de l'école neuve des garçons.

La première maison d'école ouverte à Ergué-Gabéric en 1855-56 est une « école spéciale aux garçons », et jusqu'en 1886 les jeunes filles sont exclues de scolarisation. Le 21 juillet 1867 une demande préfectorale d'étude d'une solution d'école mixte essuie un refus du conseil municipal : « Considérant qu'il n'y a pas de local pour recevoir les filles, et qu'en supposant un emplacement convenable trouvé, la commune, vu l'état de ses fonds ajourne pour le moment la création d'une école de filles ».

En 1882 une solution alternative est actée : « La commune d'Ergué-Gabéric, dite le Grand Ergué, n'a qu'une école de garçons. Après de longues et vives instances, elle s'est décidée à créer une école de filles, ou plutôt à bâtir une maison d'école qui sera destinée aux garçons, et à conserver, après quelques appropriations, et modifications, le local actuel à une école publique de filles. ».

La nouvelle école est située à l'ouest du bourg chef-lieu, et l'ancienne dorénavant réservée aux filles à l'est. Trente ans après l'accueil des garçons, les filles ont donc accès à l'école communale dans cette petite école à classe unique et nécessitant travaux de réparation, et la désignation d'une institutrice.

La dépense nécessaire à la nouvelle école des garçons s'élève à 27.500 francs, alors que l'estimation initiale des réparations nécessaires à « l'appropriation » de l'ancienne classe par les filles est de 902 francs. Mais le maire « est d'avis qu'on ne fasse pour cette année que les dépenses strictement nécessaires »,  et  réduit

 
(L'école publique des filles au bourg en 1935)

les frais à 350 francs. Les travaux, réalisés de gré à gré, sont exécutés juste avant la rentrée de 1886 par des « ouvriers menuisiers et couvreurs ».

Et de ces travaux de rentrée, la fourniture des cabinets a été exclue, car, fin mai 1887, le maire écrit à l'architecte départemental Joseph Bigot : « les lieux d'aisance de la maison d'école des filles d'Ergué-Gabéric sont à peu près terminées ». Pour les garçons, sur le devis initial de 1854, le confort avait été moindre, n'ayant prévu que des « fosses des latrines » et des « planchers châtaignier pour latrines avec sièges ».

En savoir plus : « 1886 - Ouverture de l'école communale des filles dans la maison d'école du Bourg »

2 Levées de dîmes médiévales

Billet du 01.12.2019 - Etude des comptes du temporel et de la dîme ecclésiastique levée dans les paroisses directement dépendantes du Seigneur évêque de Cornouaille, registres conservés aux Archives Départementales du Finistère (1 G 372 et 1 G 373).

Dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1973, André Lévy a produit une étude pour les 9 paroisses citées dans les quelques 100 folios des deux registres du temporel de l'évêché : Plogonnec, Cuzon, Ergué-Gabéric, Plomodiern, Kerfeunteun (Lautudy), Landudec, Coray, Gourin et Pleyben. Ces documents d'archives sont notamment intéressants pour ses rapports de levées de dîmes.

En 1682, un document décrivant les dépendances gabéricoises dépendant du seigneur évêque de Quimper précise encore : « Luy est aussi deu sur toutes les terres ensemencées en ladite paroisse la dixme à la dixiesme gerbe ». En 1464 c'est déjà le cas, l'évêque est le grand décimateur qui collecte cet impôt à la place du curé desservant, car il est le propriétaire noble de nombreuses terres et fermes pour lesquelles il touche des rentes et droits seigneuriaux.

Les comptes du temporel de 1464 et 1466-71 (l'année 1465 est manquante) sont difficiles déchiffrables du fait de leur calligraphie médiévale et des abréviations comptables. Nous les avons reproduits in-extenso dans l'article, car il est très probable qu'ils contiennent des informations inédites non encore transcrites et analysées.

Nous avons isolé et transcrit les passages sur les levées de la dîme gabéricoise, dont le texte est presque identique d'année en année : « La dixme de Ergué caber fermé à Jehan Pappe : 5 setiers » (1469).

La dîme est un impôt en nature versé aux autorités ecclésiastiques locales sur toutes les récoltes roturières. Elle est normalement perçue annuellement par le curé de la paroisse pour ses dépenses, sauf exception comme à Ergué-Gabéric où elle est collectée par l'évêque (lequel est sensé lui rétrocéder une « portion congrue »).

Pour organiser la perception, l'évêque délègue ses pouvoirs à un fermier qui se rémunère sur les levées. Ces dernières se font directement dans les champs juste avant la récolte, le fermier venant sur place faire les prélèvements, normalement à raison d'1/10 de la récolte, qu'ils revend ensuite avant de reverser le montant net au décimateur.

Pour Ergué-Gabéric, le fermier se nomme Jehan Pappe, en charge pour 5 années entières, et Guillaume Bronnec pour l'année 1468. Les chiffres annuels sont en croissance, de trois sétiers la première année à 6 la dernière, et décomposent pour moitiés en blé de froment et en seigle. Pour l'année 1466 le décompte précis gabéricois est de cinq (v) sétiers et trois (iii) renées.

 
(graphique extrait de l'étude d'André Levy)

Les unités de mesure des céréales collectés en 1464-1471 sont donc doubles : « Deux unités sont utilisées dans les actes : une unité écrite en abrégé R, sans doute la renée : une autre, l'estier, peut-être le setier » (André Lévy).

Notre interprétation est que les collectes de dîmes les plus importantes, pour Plogonnec, Cuzon et Ergué-Gabéric, sont mesurées en setier, de l'ordre de 200 litres (soit un tonneau), alors que la renée est une mesure environ 20 fois plus petite (un 24e de tonneau).

Dans les registres des comptes du temporel, sur les lignes suivant les levées de dîme on note aussi une spécificité : la taille paroissiale qui mériterait également une étude spéciale. Il ne s'agit pas de l'impôt direct classique de l'Ancien Régime, car la Bretagne est exemptée de taille et de gabelle, mais d'un autre impôt collectif collecté par l'évêque grand décimateur.

En savoir plus : « 1464-1471 - Dixmes et comptes du temporel de l’évêché de Cornouaille », « LÉVY André - Les dîmes d'après le temporel de Quimper »

3 Photo-souvenirs de la classe 1958

Billet du 23.11.2019 - Trente-un gars et filles né(e)s en 1938 formant la classe 1958 d'Ergué-Gabéric, photographié(e)s l'année de leur 20 ans.

Au début et au 2e tiers du siècle dernier, une classe était une sorte de coterie ou de clan pouvant regrouper quelques dizaines de jeunes gens d'une même commune, et nommée par l'année de leur 20 ans, l'année où ils étaient généralement appelés au service militaire.

Et leur premier rassemblement cette année-là était festif et donnait lieu à une photo souvenir. La classe 1958 photographiée ci-contre est formée des jeunes gens, mais aussi pour la première fois des jeunes filles, nouveauté qui leur vaut le qualificatif « d'avant-garde ».

Merci à Pierrot Riou pour nous avoir communiqué la photo, ainsi qu'à René Le Reste de la classe 1956 et à Raymond Feunteun de la classe 1957 pour avoir identifié des têtes.

Néanmoins, comme la photo est un peu floue, l'attribution des noms n'est pas certaine, et certaines erreurs peuvent s'y glisser. Appel aux bonnes volontés supplémentaires pour continuer le travail, et éventuellement aux participants pour les anecdotes relatives à la fête de classe, aux chapeaux et aux écharpes de miss.

  • 1. Anne-Marie Le Moigne, ép. Y. Bréus
  • 2. Clothilde Rivoal
  • 3. Pierrot Riou
  • 4. Germaine Guéguen
  • 5. Guy Saliou
  • 6. René Donnard
  • 7. René Laurent
  • 8. Edith Rannou, ép. A. Le Bihan
  • 11. Mlle Letty ? de Kerdévot.
  • 12. Paul Le Roux, Kernévez
 
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  • 13. Emile Beulz
  • 14. Eugène Poupon
  • 15. Jeanine Mévellec, ép. R. Le Berre
  • 17. Annick Thomas
  • 21. Denise Laurent, ép. J. Istin
  • 23. Jean-Claude Chatalic ?
  • 24. Jean-Louis Feunteun
  • 25. Mllle Pennec
  • 27. Anne-Marie Stervinou, ép. Quéau
  • 28. Yves Le Berre
  • 31. François Nédélec, commerçant au bourg
En savoir plus : « 1958 - Les gars et filles de la classe nés en 1938 »

4 Wohltätigskeitafest zu Gunsten der Kriegegefangenen

Billet du 17.11.2019 - En juillet 1941 le maire de la commune d'Ergué-Gabéric demande au préfet et à la Feldkommandantur 752 de Quimper l'autorisation d'organiser une fête au profit des prisonniers de guerre : correspondance conservée aux Archives départementales du Finistère.

(Arrivée des troupes allemandes à Quimper en 1940. Pierre Cavellat, ADF)

La numérisation de la correspondance entre la Préfecture du Finistère et la Feldkommandantur par les services des Archives départementales se poursuit en cette année 2019, avec la mise à disposition des documents de la période allant du 26 juin au 26 novembre 1941.

Ces archives constituent un témoignage direct des conditions de vie sous l’occupation allemande, et incluent entre autres notamment les initiatives des gabéricois pour aider leurs prisonniers de guerre.

Sous la cote 200 W 4 2804, on trouve en effet cette double lettre de début juillet 1941, rédigée en français et en allemand par la préfecture de Quimper, à l'attention de la Feldkommandantur (structure départementale de commandement de l’armée allemande en zone française occupée). On y apprend que le maire d'Ergué-Gabéric a formulé une demande pour organiser une fête dont les bénéfices seront destinés aux prisonniers de guerre français.

Le préfet, Alexandre Maurice George, donne son autorisation pour la fête du 13, veille de fête nationale, mais est tenu depuis la fin juin d'en informer la Feldkommandantur. Et il précise dans son courrier que le comité local va organiser « ein Wohltätigskeitafest zu Gunsten der Kriegegefangenen der Gemeinde abzuhalten. Dieses Fest soll in der Halle Balès von ERGUE-GABERIC stattfinden. » (une séance récréative au profit des prisonniers de guerre de la commune. Cette séance aura lieu Salle Balès au bourg d'Ergué-Gabéric.)

 

Cette « Halle Balès » est une salle de spectacle et de bal située au bourg derrière la boulangerie détenue par la famille Balès. Cette boulangerie sera plus tard, en 1944, le lieu d'un événement notable de résistance : c'est dans le four, tout à côté de la salle de fête, que François Balès et ses amis sont brûlé les papiers du STO après leur cambriolage.

La solidarité vis-à-vis des prisonniers de guerre est bien ancrée à Ergué-Gabéric en juillet 1941, car on peut lire dans les entre-filets des journaux d'époque des quêtes organisées à leur profit. Ainsi dans la Dépêche de Brest du 5 juillet, cette collecte organisée lors d'un mariage qui rapporte 95 francs.

Quant aux salle et commerce Balès, repris par la suite par les Nédélec, tout a été complètement démoli lors de l'été 2019, dans le cadre de la rénovation du centre-bourg :

En savoir plus : « 1941 - Une fête au profit des prisonniers de guerre sous le contrôle de la Feldkommandantur »

5 Le son des cloches de Kerdévot

Billet du 09.11.2019 - Enquête sur les caractéristiques et les origines des cloches historiques de Kerdévot : un grand merci à Jean-Yves Cordier pour ses connaissances sur les fondeurs finistériens et à Vincent Gaudemard de l'association des fabriciens et amis de Kerdévot pour ses clichés de la cloche Le Moine.

Kerdévot a la chance d'avoir toujours ses deux cloches anciennes opérationnelles, l'une fondue en 1704 par François Le Moine, et l'autre coulée en 1803 à Nantes par un fondeur dénommé Lambert. Le son des deux cloches lors du dernier pardon le 8 septembre 2019 dernier :

La plus grande des cloches, suspendue du côté sud du clocher, fait 93 cm de diamètre et est ornée d'un médaillon de l'Immaculée-Conception. « On voit très bien aussi les emblèmes servant de séparation entre les mots, la croix pattée, la fleur-de-lys, et l'hermine » complète Jean-Yves Cordier, auteur d'une étude documentée sur les fondeurs de cloches de l'ancien-régime en Finistère sur son site www.lavieb-aile.com.

Les inscriptions gravées sur la première cloche de Kerdévot sont en deux parties (cf photos dans l'article) :

Partie haute : "Me IAN BAUDOUR recteur d'Ergué Gabel"

Parte basse : "François LE MOINE m'a faite en l'année 1704"

Jean Baudour, originaire de Lannilis, est prêtre et recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric pendant 38 ans, de 1678 à 1716. Il a consigné de nombreuses observations dans ses registres paroissiaux, lesquelles ont été transcrites et analysées par le mémorialiste Antoine Favé.

Le fondeur de Kerdévot en 1704, François Le Moine ou Lemoyne, est réputé être « fondeur du Roy à Brest », ce qui veut dire que, vraisemblablement, la cloche de Kerdévot a été fondue dans une des fonderies brestoises.

D'autres fondeurs Lemoine, sans doute apparentés, sont originaires des fonderies très célèbres de Villedieu-les Poêles en Basse-Normandie : Pierre Antoine Le Moyne aurait réalisé la cloche de l'hôtel de ville de Paris détruite en 1871.

La vie familiale et civile du très discret finistérien François Lemoine est absente des registres BMS (Baptêmes, Mariages, Sépultures), seules ses œuvres de « maître saintier » (synonyme de fondeur) sont connues. Il exerce principalement en région quimpéroise, car en 1702 il livre une cloche pour Briec ; en 1706, une cloche pour Plogonnec ; en 1708, la cloche « Le Sébastien » de Saint-Mathieu de Quimper. Et avec son collègue Thomas Le Soueff, François Le Moyne livre en 1701 la cloche nommée « Corentin » de la cathédrale de Quimper.

Il réalise également une cloche pour Plogonnec en 1733 avec Etienne Lemoine (1705-1771) de Quimper, lequel n'est pas son fils, mais peut-être son neveu : le père d'Etienne, Julien, était-il un

 

frère de François ? Peut-être seraient-ils venus tous deux de Normandie ce qui explique leurs absences respectives dans les registres BMS finistériens.

La deuxième cloche de Kerdévot, fondue en 1803, soit 99 ans après après celle de François Le Moine, est suspendue du côté nord du clocher, et fait 76 cm de diamètre, avec cette double inscription gravée :

"Dédiée à Saint Jean l'Evangeliste, Mr A.L. DUMOULIN, Recteur d'Ergué-Gabéric. GEROME CREDOU, fabrique de Kerdévot"

"LAMBERT m'a faite à Nantes l'an 1803"

La cloche a été livrée après la période troublée de la Révolution, sous les hospices du recteur Alain Dumoulin de retour de son exil en Bohème, et du fabricien Jérôme Crédou. L’événement, à savoir par exemple le remplacement d'une cloche fêlée ou défectueuse, ayant provoqué la commande de 1803 n'est pas connu. Et le fondeur Lambert n'est pas précisément identifié pour l'instant, ni la fonderie nantaise qui a produit la cloche.

En savoir plus : « Les deux cloches multiséculaires de la chapelle de Kerdévot »

6 Paléographie médiévale à Kerfors

Billet du 02.11.2019 - Transcriptions complètes et intégrales de la déclaration en 1488 de Caznevet de Kerfors suite au décès de sa mère Katherine, et cinq années plus tard de sa propre succession au profit de son fils aîné Charles (Archives Départementales de Nantes, B2012/4).

 
 ? de Kerfors 
 x Katherine Kerfors (1448-60, +1488)
 ├
 └> Caznevet de Kerfors (1460-88, +1493)
      x Ysabelle de Lesmaes (1479)
      ├
      ├> Charles de Kerfors (1493-96, 1536)
      ├   ├
      ├   └> Pierre de Kerfors (1539)
      ├        ├
      ├        └> Jean de Kerfors (1580)
      ├> Thebaud Kerfors (montre 1481, 1496)
      ├   x Marie Le Gluidic
      └> Katherine Kerfors (1496)
           x Allain Rolland

Les seigneurs de Kerfors ont détenu leur manoir éponyme en Ergué-Gabéric pendant quatre générations, la première détentrice identifiée étant une dame Katherine décédée en 1488.

Le 12 décembre 1488, Caznevet de Kerfors, fils aîné de Katherine, fait une déclaration de succession de ses terres dépendant du domaine de Kerfors en y portant la marque de sa signature. Contrairement à la note crayonnée de 1498, il est bien daté de 1488, et si la défunte est qualifiée de « naguères décédée », la précision « la levée l'an dudit décès » semble attester de sa mort récente.

L'original de ce document est une pièce unique conservée aux archives départementales de Nantes, sur un papier légèrement parcheminé de 25 cm environ, et a été transcrit par Nathalie Calvez dans le cadre de ses études d'histoire médiévale.

Le domaine de Kerfors est composé de son manoir, de son moulin et des « villaiges » dépendants : Kervihan (ou Kerbihan), Keranverien (aujourd'hui Kervreyen), Parcanlan (un manoir y est mentionné), Keranechcrasec, et Kerdrein en Briec, auxquels s'ajoutent en 1488 des terres héritées d'autres nobles locaux comme François Liziart à Kerdudoel (Kerdudal) et Jehan de Coatnanezre à Quilihuezec (Quillihuec). Sans oublier, près de Parcanlan, une mine de terre à poterie, une « migne de terre de lacquelle on faict des pots située « près le grant chemin qui mesne de la ville de Kempercorentin au bourg de Coray » et exploitée par trois potiers.

  Pour chaque village et chaque tenancier, les rentes payées au seigneur de Kerfors sont mentionnées. Hormis un chapon dû par le fermier de Kerdudal, et des rentes numéraires payées notamment par les potiers, tous les autres paient annuellement un, deux ou trois mesures de froment, seigle et orge. L'unité de mesure céréalière est la « res » (du mot "rase"), c'est-à-dire le contenu d'un récipient normalement rempli à ras-bord.

La nature rase vaut pour le froment et le seigle, mais pour l'avoine la « res » est qualifiée de « comble », c'est-à-dire que la hauteur en son milieu dépasse le bord du baquet, en conformité avec « la mesure de Kempercorentin».

( Archives le Loire-Atlantique, Série B, Cote B 2012, Kerfors, année 1488 )

Le 20 septembre 1493, le document de 1488 est reproduit presque à l'identique pour authentifier le décès de Caznevet de Kerfors et la nomination de son fils aîné Charles comme héritier, « pour en faire la levée l'an dudit déceix par cause du debvoir de rachat ». L'ensemble des biens, hormis les héritages Liziart et Coatanezre, sont repris avec des droits de rente en diminution. Ainsi les potiers ne doivent plus annuellement que quarante sous, à savoir deux livres, alors qu'ils payaient dix livres en 1488.

En savoir plus : « 1488-1493 - Aveux de successions de Katherine de Kerfors et de son fils Caznevet »

7 Première mixité scolaire à Lestonan

Billet du 27.10.2019 - Demande de gémination des écoles communales des filles et des garçons de Lestonan. Documents conservés aux Archives Départementales du Finistère : lettre de demande rédigée et signée Jean Lazou, lettre d'appui de l'Académie, et position favorable du Conseil Municipal.

La gémination d'école primaire consiste à proposer des classes uniques de niveaux de garçons et de filles, afin d'optimiser le nombre d'instituteurs et d'institutrices. La loi Brenier du 12 février 1933 décide de la gémination de toutes les écoles spéciales à une ou deux classes. Le ministre qui va s’employer à la faire appliquer est Anatole de Monzie, moyennant l'accord obligatoire des municipalités.

En septembre 1933, l'instituteur Jean Lazou dirigeant L'école publique des garçons de Lestonan et son épouse Francine celle des filles vont être précurseurs dans cette évolution vers la mixité, ce notamment parce que l'effectif de trois instituteurs n'est pas suffisant pour accueillir le nombre prévisionnel d'élèves de la nouvelle rentrée scolaire, et surtout le « nombre de divisions » ou niveaux d'âges très étalés.

Jean et Francine Lazou, tous deux militants communistes, sont très sensibles à l'égalité des chances scolaires des filles par rapport aux garçons. C'est donc avec sincérité que l'instituteur défend son projet et rédige une demande manuscrite au maire de la commune : « les garçons et les filles de même âge et de même force seraient répartis entre les 3 maîtres de Lestonan, ce qui ferait : a) Une classe enfantine. b) Une classe comprenant le cours préparatoire et le cours élémentaire. c) Une classe comprenant le cours moyen et le cours supérieur. ».

L'inspecteur primaire d'Académie émit un « avis très favorable » qu'il transmet également au maire en lui demandant « de bien vouloir amener votre Conseil municipal à donner un avis favorable afin que la nouvelle organisation des classes puisse être réalisée ».

 
( L'école de Lestonan en 1885, ADF 2 O 788 )

La délibération du conseil municipal a lieu le 1er octobre 1933, et a priori le débat a dû être vif, car la mixité des garçons et filles à l'école est loin de faire l'unamité. Ainsi, à Lestonan, cinq ans auparavant, deux écoles privées distinctes ont été ouvertes avec l'appui de l'entrepreneur catholique René Bolloré, et il n'est pas question d'y réunir les filles et les garçons dans les mêmes classes et cours de récréation.

Pour l'école publique, le conseil émet un avis favorable, en émettant toutefois trois réserves : 1/ Les cours de récréation doivent rester séparées (la demande des Lazou avait déjà acté cette séparation), 2/ « Les sexes séparés en classe et dans les cours. » (cela signifie que, comme à l'église, les pupitres des filles sont d'un côté de la classe, et les garçons de l'autre), et enfin 3/ La mesure est provisoire et ne vaut que tant que Mr Lazou en assure l'exécution.

Ce n’est qu’en 1965, avec la circulaire du 15 juin, que la mixité deviendra le « régime normal de l’enseignement primaire », avec des cours uniques par tranche d'âges et des classes de niveau.

En savoir plus : « 1933 - Mixité et gémination des écoles publiques des filles et des garçons de Lestonan »

8 Les biens nationaux à Kernaou

Billet du 19.10.2019 - Archives privées et documents conservés aux Archives Départementales du Finistère : le document d'estimation de 1794 par deux experts habilités, le sommier des comptes l'émigré noble François Louis de La Marche, et la vente par adjudication en 1795 à l'avoué Jean-Marie Le Roux.

La métairie de Kernaou, exploitée par René Le Maguer, est une propriété foncière de François-Louis (orthographié "Jean Louis" dans le document d'estimation) de La Marche, seigneur de Lezergué, réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe. En 1803 ils sont tous les deux amnistiés avec une main-levée de séquestre. Mais les biens déjà vendus en bien nationaux, à l'instar de Kernaou, ne seront pas restitués aux héritiers nobles.

L'estimation des biens des 21-25 brumaire de l'an 3 (11.11.1794) se fait sur 5 jours en présence des experts Salomon Bréhier et Jean-Marie Le Roux, de l'officier municipal Jean Le Jour, et du domanier René Le Maguer.

La maison principale (MM sur le plan ci-contre) est en « grosse taille couverte d'ardoise et manquant de grosse réparation » et qualifiée de « maison manalle » (à l'allure d'un manoir). Elle est dotée de « deux grandes fenêtres à son rez-de-chaussée, une grande cuisine et large vestibule » et « un grenier en toute course de la maison » de 45 pieds de long, soit 14,50 mètres. La belle porte ouvragée n'est pas mentionnée, ce qui semble indiquer un ajout plus tardif, les pierres maçonnées tranchant sur les pierres de "grosse taille" (cette porte arrondie à pinacles ayant pu être transférée d'une maison manalle voisine comme Kervreyen, après la Révolution).
La suite des bâtiments, « vis-à-vis la dite maison à son bout du levant », est le Pavillon (lettre P sur le plan), « en moëlon couvert d'ardoises », lequel était, encore au 20e siècle dernier, désigné sous le nom de « Maner kozh » (vieux manoir). En 1794 il est composé à son rez-de-chaussée d'un « appartement sans feu et servant de crèche » et au-dessus d'une « chambre à feu pratiquée par un perron en dehors en pierre ».

La maison principale était occupée par les tenanciers, l'appartement et la chambre étaient vraisemblablement réservé aux propriétaires fonciers, nobles avant la Révolution, lorsqu'ils venait se mettre au vert ou chasser. Cette pratique s'est maintenue au 19e siècle comme en atteste un bail daté de 1824 : « Les propriétaires se réservent la maison dite "Le Pavillon" qu'ils pourront fréquenter quand et par où bon leur semblera. »

La suite de la description des lieux mentionne deux crèches (cr1 et cr2 sur le plan) à l'ouest du pavillon, « en moëlon et couvert de gleds » (chaume). On notera la présence de « fendasses » (ouverture en "fente") et d'un mur intérieur de soutien dit « arras ».

Une grange (gr sur le plan) est signalée au nord de la maison principale, séparée de cette dernière par l'aire à battre (ab sur le plan). Au sud de la maison manalle, dans la cour ou placitre intérieur, on trouve le puits et le « pors à frambois » (code pf sur le plan), c'est-à-dire l'endroit où était entassé le fumier des bêtes.

 

L'estimation porte sur l'ensemble des terres dépendant du manoir de Kernaou, en excluant la deuxième division constituée de la petite ferme Ty-Plouz au nord et aujourd'hui disparue. La surface totale de la première division est de 34,5 journaux, c'est-à-dire 17 hectares.

Le montant estimé pour une mise en vente du lot tient compte des réparations à effectuer sur la maison principale et se monte à 4100 livres. Lors de la vente aux enchères du 19 floréal de l'an 3 (08.05.1795) la mise à prix démarre à 10.000 livres. Il s'en suit quelques propositions de surenchères, dont celle de Kernafflen, le vice-président du directoire du district de Quimper. In fine le citoyen Jean Marie Le Roux fait son unique offre à 38000 livres et emporte la mise.

Jean-Marie Le Roux, est avoué à Quimper, beau-frère de Salomon Bréhier, et tous deux éteient cosignataires du rapport d'expertise de Kernaou. En devenant adjudicataire, il pourrait être soupçonné de conflit d’intérêts, mais ce genre de situation est très fréquente à l'époque.

Jusqu'aujourd’hui Kernaou est resté la propriété des descendants des Le Roux, ce par le biais des femmes. En commençant par Julie Le Roux, fille de Jean Marie, et qui se marie à un Jean Le Bastard dont hériteront les Lunven, les Kerselec, et enfin la famille de Kerlivio. Pour preuve l'arbre familial établi en 1983 par Jean de Kerlivio :

En savoir plus : « 1794-1795 - Estimation et adjudication du manoir de Kernaou »

9 Bulletin Kannadig d'octobre

Billet du 12.10.2019 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises de l'été 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, treize articles sur 32 pages au format papier A5, le tout agrafé et envoyé par la poste dans les chaumières, penntys et manoirs sympathisants.

Pour commencer, un article sur la couleur bleue/glaz via une exposition de photos et une collection de peintures à l’huile.

Ensuite deux évocations sur les suites de chutes de clocher, l’un sur la flèche sculptée de Kerdévot, l’autre sur les démarches de restauration à Saint-Guinal.

Les quatre sujets suivants sont aussi sur des thèmes religieux : des prés sous l’invocation d’un saint mystérieux, l’analyse de trois cantiques, l’application de la loi Goblet dans les écoles privées du Bourg et de Lestonan.

Trois documents d’archives du 15e au 17e siècle sont étudiés : la sentence royale en 1682 pour la tenue de Croas-ar-Gac, un mémoire sur la noblesse gabéricoise du 15e et 16e, et enfin le rentier de Botbodern pour la mouvance de Kerdilès.

La période révolutionnaire n’est pas oubliée : le sommier des comptes des émigrés et la vente de Kervreyen en bien national. Et enfin, on termine par la fontaine du Roi Soleil et son platane tutélaire.

Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 47 Octobre 2019 »


Par ailleurs, quid des annales ?

Nous avons décidé cet été de les publier uniquement en années paires, ce qui permettra de sortir courant 2020 le n° 2 en incluant deux nouveaux dossiers complets inédits : la Révolution et les Écoles. Le n° 1 des annales de 2018 est aussi en cours de réimpression, avec quelques petits compléments et retouches.

En savoir plus : « Annales du GrandTerrier »


Que la fin d’année 2019 nous incite tous à être encore plus inventifs et curieux !

 

10 Archives privées du 16e siècle

Billet du 05.10.2019 - Rentier des rentes payées au seigneur de Botbodern d'Elliant par les détenteurs des mouvances proches en Elliant et de Kerdilès en Ergué-Gabéric : grand merci à Loïc Le Roy de Kerderrien de nous avoir communiqué ce document issu du fonds d'archives privées de Louise De Guengat.

Le document est très bien conservé et l'écriture est élégante, mais néanmoins, du fait de son ancienneté, il n'est pas facile à décrypter, ce qui peut expliquer certaines transcriptions lacunaires pour l'instant. C'est l'occasion de pratiquer un peu de paléographie, notamment le déchiffrage des chiffres romains minuscules tels qu'ils étaient calligraphiés au 16e siècle.

La mouvance de Kerdilès, dont l'origine toponymique serait le « lieu des tilleuls », est située en bordure est de la commune d'Ergué-Gabéric et à proximité immédiate du manoir du Botbodern en Elliant.

Au 16e siècle les propriétaires nobles du domaine de Botbodern sont les Tromelin (héritiers des Rosmadec), dont la dernière du nom est Marie de Tromelin, veuve d'Alain de Guengat (mort en 1531) qui décède en 1547. En 1536 il est question de «  sieur et dame de Guengat Sr de Botbodern, Kerongar et Kerlenic », laquelle dame est Marie de Tromelin, et le sieur le fils (Jacques) ou le petit-fils (René) d'Alain.

En 1550-51 la dame de Botbodern étant décédée à son tour, les rentes des mouvances sont vraisemblablement dues au petit-fils René de Guengat, décédé en 1563.

Norbert Bernard, dans son étude « Chemins du Ve au XVIIe siècle à Ergué-Gabéric », précise les six mouvances dépendant de la seigneurie de Botbodern : Méout vian, Méout vras, Keryan, Kerveil, Kerveguen, Kerdilès. La dernière est qualifiée de mouvance majuscule (lettre B) alors que les 5 autres sont dites minuscules (b).

 

Le rentier de Botbodern de 1550-51 ne comprend que les paiements des mouvances majuscules, à savoir 7 villages elliantais (Kerancorre, Mesfal, Kerdanyc, Keradenen, Kerlenyc, Kerongar, Kerlangnez), et « Kerdyllès » en Ergué-Gabéric. Le titre de 1551 est « ce quy a esté percu davecques les homes de Botbadern l'an mil cynq cent cinquante ung », et celui de 1552 « ce que les homes de Botbadarn ont payé à la seynct Mychel lan myl cinq cent cynquante et deulx ».

Tous les paiements annuels sont en nature, soit en animaux (1 ou 2 chapons, à savoir des jeunes coqs châtrés, ou un mouton), soit en céréales (froment, orthographié « fourmant », avoine, seigle et mil). Cette dernière céréale, appelé aussi millet en Afrique, aux grains ronds et jaunâtres, est cultivée localement et apprécié en laitage.

Au village de Kerdilès, les fermiers débiteurs de Botbodern sont au nombre de 8, dont le principal est Allayn Connan. En 1551 il doit « 4 renées fourmant - 8 renées seglle - 2 renées myl pour deux ans - 6 renées avoyne - 2 chapons » (cf. fac-similé ci-dessus).

L'unité de mesure des céréales au 16e siècle est la « renée », qui peut-être soit comble (par défaut, avec dépassement du rebord en son milieu), soit rase. Cette mesure est réputée généralement représenter un 1/24 de tonneau, ce qui doit être assez voisin d'un boisseau de 13 litres.

En savoir plus : « 1551-1552 - Kerdilès dans le rentier de la seigneurie de Botbodern »


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La réédition enrichie et augmentée du livre publié en 2013 « Les exposés de Creac'h-Euzen » sort en librairie le 15 octobre 2019. Elle inclut des précisions et nouvelles découvertes inédites sur les enfants trouvés du 19e siècle en région quimpéroise, notamment ceux nés ou accueillis sur le territoire gabéricois. Son auteur, Pierrick Chuto, vous propose une souscription pour un prix de 19 euros au lieu de 25. Attention au délai court, l'offre n'est valable que jusqu'au 14 octobre. Plus d'infos sur http://www.chuto.fr/

11 Les biens nationaux de Kervreyen

Billet du 28.09.2019 - La description de la métairie de Krevreyen confisquée à l'émigré noble François-Louis de La Marche père et son acquisition aux enchères par le citoyen Vincent Simon Mermet de Quimper, au travers du document d'estimation de 1794, et l'adjudication aux enchères en 1795.

La ferme de Kervreyen, exploité par René Lozac'h, est une propriété foncière de François-Louis de La Marche, seigneur de Lezergué qui s'est réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe. En 1803 ils sont tous les deux amnistiés avec une main-levée de séquestre.

Mais les biens vendus en biens nationaux, comme la « ferme manalle » de Kervreyen, ne seront pas restitués aux héritiers nobles. Telle qu'elle est décrite dans le document d'estimation des 1er, 2, 3, 4, 5 et 6 messidor de l'an 2 (09.06.1794) par les experts Le Blond et Bréhier, c'est « une ferme considérable dans son étendüe », tellement étendue que les administrateurs du Directoire profitent de cette expertise pour réintégrer certaines terres dans le lot d'adjudication voisin, à savoir « la petite ferme ditte ruine de Kerfort  ».

La description de Kervreyen commence par la « maison manalle maçonné en brossage et couvert de gleds ». L'adjectif « manal » indique bien que cette grande bâtisse de 58 pieds (18 m 58), avec étage et grand grenier couvert de « gleds » (chaume) et de pierres taillées en joints brossés, avait l'allure d'un imposant manoir. Le premier étage constituait les « appartements » avec ses deux portes ouvertes au nord accessibles par un escalier de pierres.

Placée sur le plan cadastral établi en 1834, la maison manalle (cf code MM sur le plan ci-contre) est orientée ouest-est au milieu de corps de ferme. La configuration actuelle, aujourd'hui dégagée, atteste de sa démolition probable au 19e siècle et de la reconstruction d'autres bâtiments orientés nord-sud de part et d'autre.

Dans l'ordre du document d'estimation les deux bâtiments attenant à la maison manalle sont des crèches (cf code cr1 et cr2) et au milieu, de part et d'autre est le « pors à frambois » (cf code pf), c'est-à-dire l'endroit où était mis le fumier des bêtes.

La crèche au nord (cf code cr3) fait la limite de l'aire à battre et d'un deuxième « pors à frambois ». Du côté du levant on a un puits (la margelle a été déplacée récemment) et un four à pain (un beau four est visible aujourd'hui plus au sud à l'entrée du corps de ferme.

Cette crèche aujourd'hui constitue une belle maison, mais ne dispose pas des mêmes surface et hauteur que la « maison manalle » avant la révolution. À l'ouest de cette crèche, présence d'une grange aux dimensions inférieures à celle qu'elle a aujourd'hui, ayant été vraisemblablement rebâtie au 19e siècle.

On note ensuite dans le document, une maison et ses deux crèches « au couchant », à l'ouest sur le chemin de Kerfors, lesquelles ont disparu sur le plan cadastral de 1834.

Par contre le cadastre fait apparaît deux bâtisses non signalées en 1794, à l'est des maisons principales de Kervreyen. L'une est une petite maison carrée, appelée communément « Pavillon », l'autre un bâtiment sans doute agricole. Le pavillon était vraisemblablement une maison de villégiature construite par le nouvel acquéreur, Vincent Simon Mermet qui habitait la ville de Quimper et qui venait ici au vert, probablement pour l'exercice de la chasse.

 


Les terres cultivables de Kervreyen sont nombreuses, et au plus près des bâtiments il y a de nombreux « courtils » (jardins), dont la plupart sont déclarés plantés d'arbres fruitiers. Même si la ferme de Kerfort est désormais allotie avec des terres proches qui étaient intégrées auparavant à Kervreyen, certaines grandes parcelles au nord et sud de Kerfort sont maintenues dans Kervreyen avec une clause spéciale : « il sera deub passage pour fréquenter les terres disjointes de Kervreien ».

Le nouveau domaine de Kervreyen alloti et mis en vente par adjudication compte au total 76 journaux et 9 cordes, ce qui fait un peu plus de 37 hectares. Le prix estimatif de l'ensemble, c'est-à-dire des bâtiments, terres labourables, prés, bois, fruitiers, est de 8135 livres.

L'adjudication a lieu le 19 floréal an 3 (08.05.1795), et la première enchère est offerte pour 12.000 livres par le citoyen Mermet. Le citoyen Le Blond, coauteur de l'estimation faite un an auparavant, démultiplie l'offre à 40.000 à la 2e enchère. Et ensuite c'est une escalade entre Mermet et le citoyen Calloc'h, pour finir à 100.400 livres octroyées par Mermet le Jeune.

Vincent Simon Mermet, dit le Jeune par opposition à son demi-frère Pierre Marie de 3 ans son aîné, est un négociant de Quimper d'une famille ayant fait fortune dans le commerce de draps et de vin. La famille Mermet de Quimper compte des membres des loges locales de francs-maçonnerie, notamment le demi frère de Vincent Simon et son neveu.

Il faut noter aussi le fait exceptionnel que Kervreyen est resté la propriété jusqu'aujourd’hui des descendants des Mermet, ce par le biais des femmes. En commençant par Céline Mermet, fille de Vincent Simon, et qui se marie à Guillaume Le Guay du manoir gabéricois du Cleuyou. Pour preuve l'arbre familial établi en 1983 par Jean de Kerlivio (cf lien dans l'article).

En savoir plus : « 1794-1795 - Estimation et adjudication de la métairie de Kervreyen »

12 Kantikoù Brezhoneg e Breizh-Izel

Billet du 21.09.2019 - Les cantiques bretons sont des chants sacrés populaires chantés à l’occasion des messes et pardons en Basse-Bretagne.
Vision de Jean-Marie Déguignet : « Dans les derniers couplets de toutes ces complaintes, il est toujours fait appel à la bourse des ouailles pour dire des messes pour la conversion des impies et des hérétiques et pour la délivrance des âmes du purgatoire, surtout pour les âmes abandonnées  ».

Dans ses « Mémoires d'un paysan bas-breton », publiées en 2001 en version intégrale, Jean-Marie Déguignet (1834-1905) présente trois de ces cantiques, très connus encore aujourd'hui, en citant un ou plusieurs couplets et en donnant sa vision critique, tout en soulignant leur beauté et l'importance qu'ils avaient pour ses concitoyens :

Image:Right.gifImage:Space.jpgA. « M'hoc'h ador, ma Doue ma c'hrouer », "Je vous adore, Dieu mon Créateur", en page 141.

Image:Right.gifImage:Space.jpgB. « Guerz ar garnel », "la ballade du charnier ou de l'ossuaire", en page 462.

Image:Right.gifImage:Space.jpgC. « Kantik ar baradoz », "le cantique du paradis", en pages 464 et 474.

Le premier cantique a les faveurs de Déguignet pour sa mélodie reconnaissable entre toutes (cf. enregistrement de Yann-Fanch Quemener ci-dessus) : « il se chante sur le plus bel air que je connaisse en breton ».

Le couplet cité par le paysan bas-breton est la prière à l'ange gardien, invoqué par lui, enfant, pour le préserver de l'esprit du mal : « Va mirit ouz an drouc-speret ». Mais ayant quand même des mauvaises pensées, malgré sa prière, Déguignet pose ce trait d'humour : « C'était à lui de répondre de moi, et non à moi de répondre de lui ».

 

Le second cantique dit du charnier a été écrit en 1750 par Fiacre Cochart, prêtre de Ploudaniel. On chantait jadis cette « Guerz ar garnel » le jour des morts dans nos cimetières bretons, au moment où la procession funèbre arrivait devant l'ossuaire.

Cette procession a d'ailleurs été fort bien décrite par Anatole Le Braz : « La foule s'avance, clergé en tête, en un long serpentement noir, dans le gris ouaté du crépuscule ; le vent gonfle les surplis des prêtres, les mantes des femmes, hérisse les chevelures floconneuses des vieillards, attise les cires ardentes aux mains des enfants de chœur. Devant l'ossuaire on s'agenouille, et l'assistance entonne une sorte d'incantation pleine à la fois d'angoisse et de fougue, et qui secoue les chanteurs eux-mêmes d'un inénarrable frisson ... ».

Dans la « Guerz ar garnel », ce sont les ossements qui s'adressent aux vivants : « Ni zo bet war ann douar o rén kerkoulz ha c'houi, O tiviz, hag o vale , oc'h eva , o tibri » (Nous avons vécu sur terre, tout comme vous, Nous avons devisé, marché, bu, mangé). Déguignet s'en sert pour dénoncer la tristesse voulue par les clercs tonsurés qui ont composés les cantiques « pour effrayer leurs troupeaux », alors que les bretons étaient « gais et riants, en vrais enfants de Bacchus », même devant la mort.

Le troisième est le célèbre cantique du paradis. Il a été collecté par Hersart de La Villemarqué dans son anthologie du « Barzaz Breizh » de 1841. On l'attribue généralement à Michel Le Nobletz (1577-1652), mais la tradition populaire voudrait qu'il fût composé par saint Hervé en personne.

Déguignet le qualifie de « joli cantique breton » et défend l'idée que son contenu a pour but de tromper les ouailles, de « détacher complètement leur cœur des biens de ce misérable monde, de ne jamais songer qu'aux biens précieux et éternels de l'autre monde ».

Il compose même, pour se moquer, des variantes des paroles du cantique : « Jesus peguen bras ve - Plujadur an dudze - Mar c'helfen kaouet tout - Ar c'hreyen ac ar yout » (Jésus, combien grand serait - Le plaisir de ces gens - S'ils pouvaient avoir tout - La chèvre et le chou).

En savoir plus : « L'évocation des cantiques bretons par Jean-Marie Déguignet »

13 Interventions pour restaurer un clocher

Billet du 14.09.2019 - En janvier 1837, le conseil de fabrique demande en langue vernaculaire une aide financière au roi Louis-Philippe pour couvrir les dépenses de reconstruction du clocher de l'église paroissiale St-Guinal terrassé par la foudre, ultime étape d'une campagne de lobbyisme politique.

Cette lettre en breton présente ainsi le contexte afin d'obtenir les subsides nécessaires à la restauration : « "Aotrou Roue, Ar bloavez 1836 a zo bet, e gwirionez, leun a drubuillou evidom. Gwall glaharet om bet o klevout oh bet-c'hwi teir gwech war-bouez beza drouglazet hag an avel e-neus diskaret tour iliz ar barrez d'an eil e viz c'hlouevrer ... » (Sire le Roi. L'année 1836 a été, en vérité, pleine de soucis pour nous. Avec une grande douleur, nous avons appris que vous avez été trois fois sur le point d'être assassiné et le vent a abattu la tour de notre église paroissiale le second jour de février).

Constatant l'habileté de la lettre, dans sa version traduite en français, la générosité royale abonde une somme de 300 francs à verser au curé d'Ergué-Gabéric. Mais en parallèle des actions en lobbyisme politique ont été menées par les gabéricois auprès du conseil général, de la préfecture, de l'évêché, des ministres, pour pouvoir mettre en exécution la reconstruction du clocher de l'architecte Bigot et de l'entrepreneur L'Haridon.

Grâce au dossier préfectoral conservé en série V « Cultes 1800 - 1907 » aux Archives Départementales du Finistère (cf les documents originaux et les transcriptions en fin d'article), on en sait un peu plus sur ces démarches et sur les circonstances qui ont décimé le clocher en plein bourg le 2 février 1836, « par l'effet d'une tempête d'autant plus redoutable que le fluide électrique y présidait ».

On apprend notamment que la chute des pierres du clocher n'a fait aucune victime : « Ce sinistre aurait sans doute occasionné des malheurs incalculables, si la providence n'avait veillé sur nous. C'était l'heure de la grande messe de la fête, qui, fort heureusement, se célébrait ce jour-là, à la chapelle de Kerdevot, située à une distance d'environ une lieue du bourg. »

Les dégâts matériaux sont considérables : « Ce clocher de forme pyramidale a été renversé et sapé jusqu'à sa base ». La tornade n'a laissé aucune chance de survie, non plus, aux deux cloches : « L'une des cloches a été brisée en plusieurs morceaux, la seconde est fendue de manière à ne rendre aucun son ».

 
Les travaux de restauration incluent leur remise en service : « Les deux cloches brisées seront refondues, chacune d'elles pèse 260 kilogrammes à 1fr 90c le kilo, prix moyen, eu égard au déchet de la veille matière »

On dispose du devis détaillé de l'entrepreneur L'Haridon, maître-maçon à Pleyben, sur les plans de l'architecte départemental et diocésain Joseph Bigot. Certes on peut regretter « une élévation moindre que l'ancien clocher », mais la nouvelle tour est solide, et les nouvelles pierres taillées sont extraites de la carrière locale de Crec'h-Ergué, car « les pierres en provenance et notamment celles avec moulures, ont été généralement brisées ».

Quant aux aides publiques pour financer les travaux, ce n'est pas la lettre en breton au roi Louis-Philippe début 1837 qui a permis de récolte, mais une lettre pétition du 3 avril 1836 au ministre de la Justice et des Cultes signée des membres du conseil municipal : « Ce désastre a plongé les habitants dans la consternation, en songeant à l'impossibilité où ils se trouvent de porter d'eux-mêmes, un remède à un si grand malheur ... Notre seul espoir, en coopérant autant que nos moyens nous le permettent, est en vous, Monsieur le Ministre, et dans le conseil général du département. »

Le ministre garde des sceaux, Paul-Jean-Pierre Sauzet, répond personnellement en demandant au préfet d'instruire le dossier. Son successeur à la justice, Jean-Charles Persil, accordera 500 francs sur les fonds de l'Etat et la même somme sera votée par le conseil général, via le député Jean-François Le Gogal de Toulgoët. Mais localement les habitants feront mieux en donnant au total 1100 francs.

En savoir plus : « 1836-1837 - Lettres et archives relatives à la chute du clocher St-Guinal et sa restauration »

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