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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Sommaire

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1 Voyages à Odet et à Lezergué

Billet du 24.06.2017 - « " Les grandes phrases, les phrases ambitieuses m'épouvantent " écrit Brousmiche, qui préfère le rythme binaire et le caractère heurté de l'asyndète », L’héritage de Cambry dans les monographies du Finistère au XIXe siècle, Joëlle Edon Le Goff, Oct 2007, Quimperlé, France.

Percepteur à Lambezellec et secrétaire de l’Intendance sanitaire de Brest, Jean-François Brousmiche a tenu un journal lors de ses pérégrinations dans le finistère. Ses notes ont été recopiées en 1889 par son fils Édouard sous le titre « Voyages dans le finistère en 1839, 1830 et 1831 », puis reproduites par la Société Académique de Brest dans son bulletin de 1890-91 en tant qu’ « Une promenade dans le Finistère, il y a soixante ans ». Enfin elles sont rassemblées par l’éditeur Morvran en deux volumes en 1977 ; le premier titre est repris mais avec le mot « Voyage » au singulier comme celui de Jacques Cambry en 1794.

Jean-François Brousmiche est bien sûr passé par Quimper et ses environs bucoliques. Dans l'édition de 1977, à la page 257 du second tome, on peut lire une belle description du manoir de Lezergué : « Il n'est pas de vallées fraîches, ombreuses où coulent les rivières et les moindres ruisseaux ..., chacun veut orner la solitude qu'il s'est choisie ... Il convient à Ergué-Gabéric de voir la ruine moderne de Lezergué, dont l'escalier à double rampe est digne de remarque ... Le site où elle est placée est admirable, et les arbres que l'on y voit encore sont suffisants pour l'abriter et prêter du charme au séjour que l'on y établierait. »

Page 255, une courte note sur la papeterie Le Marié, qu'il localise par erreur à Kerfeunteun, alors qu'elle se trouve à Odet en Ergué-Gabéric, et qui produit sa pâte grâce à des cylindres, et non des pilons : « Il en est un (moulin à papier) surtout dont les produits sont de qualités supérieures ... Des eaux, d'une étonnante pureté, contribuent aussi à donner plus de blancheur aux divers papiers que confectionne cet établissement, papiers bien supérieurs à ceux des autres fabriques du finistère : ils peuvent même lutter avec les produits des manufactures des autres parties de la france. Cette usine placée sur l'Odet, qu'un médiocre filet d'eau met en mouvement, appartient à monsieur Lemarié de Quimper.  »

 

En 1794-95, dans son Voyage finistérien, Jacques Cambry identifie également un moulin à papier sur la commune de Kerfeunteun en amont du moulin du Duc : « On trouve une papeterie dans Kerfuntun, sur le Steyr ».
Il est probable que Broumiche qui admirait l’esprit « judicieux » et « éclairé » de Cambry s'en soit légèrement inspiré. En tous cas, en 1831, la papeterie créée et fondée en 1822 par Nicolas Le Marié est décrite par Brousmiche comme la plus performante de la région.
Fiches bibliographiques pour en savoir plus : « BROUSMICHE Jean-François - Voyage dans le Finistère en 1829-1831 »,
« CAMBRY Jacques - Voyage dans le Finistère en 1794-95 »

2 Solidarités îliennes et celtitudes

Billet du 17.06.2017 - En 1852, sur une île perdue au large du Finistère, une épidémie abat tout le troupeau de moutons, et les pêcheurs peinent à rapporter de quoi nourrir leurs familles. Moïra, accusée de sorcellerie, s'inspire des idées des îliens en provoquant un naufrage pour piller l'épave ...

Ce livre est un très bel ouvrage composé par deux sœurs passionnées de cinéma, rassemblant une sélection de 102 films tournés en Bretagne et représentatifs des multiples facettes de la région. Parmi ceux-ci, les 4 pages (p. 74-77 du chapitre "Les îles, un monde à part") consacrées au film « Les Naufrageurs » réalisé en 1958 par Charles Brabant et produit par Gwenn-Aël Bolloré : « Lorsque, confrontés à l'imminence d'une famille, les îliens cherchent une solution, c'est tous ensemble qu'ils décident de commettre un crime en provoquant un naufrage ».

Outre sa femme, Renée Casima, dans le rôle de la jeune sorcière Moïra, Charles Vanel figure au casting du film. Aujourd'hui, le film fait partie du catalogue de Tamasa-Distribution qui dispose des droits pour le distribuer dans les salles de cinéma. Mais le film n'a pas encore été édité en vidéo pour une diffusion VOD ou DVD.

Interrogé par André Espern, Gwen-Aël Bolloré présente son film ainsi : « Les Naufrageurs, c'est une île qui s'appelle Blaz-Mor [1] , une île qui ressemble étrangement à Ouessant, à Sein, c'est plus haut que les Glénan, une île. Et comme ils n'ont rien à croûter, ils font les naufrages. »

Un roman, inspiré par le scénario du film, a également été écrit par Gwen-Aël Bolloré et publié aux Editions de la Table Ronde : « Moïra la Naufrageuse ». Mais le sujet du livre est développé de façon très différente du script du film de Charles Brabant. Notamment pour le lieu (village Blaz-mor [*] et non l'île imaginaire), pour les personnages, uniquement 3 dans le livre (Yannick, Louise et Moïra), pour la noirceur de Moïra la sorcière dans le roman, et plus ambigüe dans le film, et enfin pour la morale de solidarité ilienne dans le film alors que le livre est bien plus inspirée de légendes celtiques.

Deux mois avant la sortie officielle du film du 28 janvier 1959, une projection historique fut organisée dans la ville de Quimper, sans doute dans la grande salle de l'Odet-Palace (ou alors au Bretagne qui s'appelait le Gradlon avant 1965), avec un grand vin d'honneur pour 27 personnalités invitées nominativement.

On trouvera dans l'article référencé le facsimile de l'invitation avec l'identification des 27 noms qui sont soit des proches de la

 


famille du producteur Gwenaël Bolloré, soit les personnes impliquées dans la réalisation du film, soit des personnes influentes du monde de la presse (Paris-Match, Journal du dimanche, Bretagne à Paris) et du cinéma.

Le photographe Etienne Le Grand (né à Ergué-Gabéric en ) est présent pendant le tournage du film à Kerity, et 22 de ses négatifs sont conservés au Musée de Bretagne de Rennes, présentant les acteurs et les prises de vue lors du naufrage du bateau à Kerity-Penmarc'h : Site Internet du Musée de Bretagne.

Les scènes photographiées sont celles prises sur le site de Kerity-Penmarc'h avec les acteurs principaux (Charles Vanel, Renée Cosima ...), et le bâteau qui sera volontairement naufragé sur les rochers. Les deux dernières photos de la collection sont prises à la nuit tombée.

Dans le film-interview d'André Espern, le producteur et scénariste Gwenn-Aël décrit son rôle dans le tournage du naufrage : « Dans le scénario le bateau qui ne voyait plus les feux, devait s'écraser du côté de Penmarc'h. Quand on a été pour tourner, personne ne voulait prendre la barre, parce que le type était seul. Tout le monde s'est tourné vers moi, car c'est moi qui avait écrit le scénario. Je me suis déguisé en marin hollandais, avec des bottes et une casquette, et puis j'ai été droit sur les cailloux, il y avait un peu de mer. C'est très impressionnant, puisqu'avec une barre franche, résister à la tentation de tourner la barre pour éviter les cailloux, c'est dur pour un marin. »

En savoir plus : « BLANCHARD Nolwenn et Maria - La Bretagne au cinéma », « 1958 - Première mondiale du film Les Naufrageurs à Quimpe », « Etienne Le Grand, clichés du tournage du film "Les Naufrageurs" de Gwenn-Aël Bolloré », « ESPERN André - Gwenn-Aël Bolloré, l'homme crabe »


Note : [*] Blaz signifiant à la fois « goût » ou « saveur », mais aussi « odeur » - dans un sens péjoratif (mauvaise odeur), et Mor signifiant « mer », la traduction du nom de l'île peut ainsi être double et présenter la même ambiguïté que ses habitants : « le goût de la mer » où « l'odeur (mauvaise) de la mer ». Cette dualité, voire cette opposition, est très présente dans le film. Source : Wikipedia.

3 Flambées épidémiques scolaires

Billet du 10.06.2017 - Les déclarations de maladies épidémiques en 1908, 1917 et 1921 par un instituteur d'école et un médecin à l'attention du préfet et de l'inspection académique, avec les effets déjà constatés sur place et les différentes recommandations d'éradication.

Les deux premières lettres proviennent de l'instituteur de l'école publique du bourg, M. Tanguy, qui signale à son administration en 1908 des cas de grippes et de rougeole, et en 1917 il confirme l'existence de cas graves de dysenterie. La troisième lettre est une prise de position argumentée et motivée du médecin quimpérois Charles Colin qui dresse un tableau de l'épidémie de teigne en 1921 dans les écoles gabéricoises.

En 1908 la grippe et la rougeole touchent 30 élèves de l'école des garçons du bourg, et certainement aussi de nombreux autres dans les autres écoles du bourg et de Lestonan. La consigne pour la rougeole est de respecter « les prescriptions visant les maladies épidémiques en évinçant les élèves malades ».

En septembre 1917 l'ensemble des habitants de la commune est affecté par une épidémie: « Des cas de dysenterie graves se sont en effet produits à Ergué-Gabéric. La maladie s'est déclarée il y a près d'un mois. Il y a actuellement une cinquantaine de malades dans toute l'étendue de la commune. Sept décès sont déjà survenus dont deux au bourg. »

Cette endémie mortelle est probablement la conséquence de conditions sanitaires insuffisantes, et une contamination de l'eau potable des puits ou des sources. L'école des garçons au bourg ne compte qu'une victime, mais par contre l'école des filles à l'est du bourg, dans un « quartier qui laisse beaucoup à désirer au point de vue de l'hygiène », est bien plus touché et l'institutrice adjointe y est contaminée. Deux médecins militaires venus de Lorient doivent venir sur place, et après diagnostic ils demandent le « licenciement » de l'école des filles, c'est-à-dire sa fermeture provisoire.

En 1921, le docteur Colin rédige un rapport au préfet dans lequel il rend compte de ses constats où il s'est rendu suite à une alerte épidémique de teigne : « À l'école libre des filles du bourg, j'ai trouvé un cas de teigne, chez la jeune SALAÜN Marguerite. À l’École publique des garçons de Lestonan, autre cas chez le jeune MOIGNE (Michel). »

Au-delà des recommandations sanitaires usuelles de propreté corporelle, Charles Colin défend l'idée des « patères numérotées » dans les écoles : « La teigne se propage souvent dans les écoles par le changement de coiffures, soit par jeu, soit parce que les coiffures sont jetées en désordre les unes sur les autres et que dans le brouhaha de la sortie de classe les élèves les interchangent. »

  Cours d'hygiène infantile en Picardie en 1917 :

Il conclut par « J'espère que si ces prescriptions sont bien et intelligemment appliquées, nous ne tarderons pas à voir enrayée l'épidémie menaçante ». Malheureusement cela ne sera pas suffisant, car en 1927, à l'école des filles du bourg, on constatera une réapparition de la teigne.

En savoir plus : « 1908-1921 - Epidémies de grippe, rougeole, dysenterie et teigne dans les écoles »




Addendum au sujet scolaire de la semaine dernière :

Nous avons complété la bio de Judicaël Gloaguen, instituteur de Lestonan de 1926 à 1929, puis au Bourg.

Et notamment sur ses idées anti-militaristes qui donnèrent lieu à son inscription au Carnet B du Ministère de l'Intérieur, car « pouvant troubler l'ordre public en s'opposant à la mobilisation nationale ».

Est-ce sa blessure au combat en septembre 1914 dans la Somme qui en fit un pacifiste ?

En savoir plus : « 1929 - Carnet B et enquête sur un instituteur aux idées anti-militaristes », « Judicaël Gloaguen et épouse, directeur et institutrice de 1926 à 193x »

4 Hygiène et propreté à Lestonan

Billet du 03.06.2017 - « J'ajoute qu'au cours de mon entretien avec M. le Maire j'ai demandé à celui-ci s'il y avait lieu de se plaindre de M. Gloaguen en tant qu'instituteur. Il m'a répondu négativement ... Chaque année il remporte de beaux succès au certificat d'études et aux Bourses. »

Tel qu'on peut le lire dans ce dossier de 1929 conservé aux Archives Départementales (2 O 409), le préfet Charles Vatrin, pour son dernier poste dans le Finistère avant sa retraite, est sollicité pour raisonner les protagonistes d'un conflit autour d'une pompe défaillante et qu'il faudrait réparer :

Image:Right.gif La municipalité et le maire sont agacés contre les requêtes de l'instituteur, « vu les exigences continuelles de M. Gloaguen et les ennuis occasionnés par lui depuis son arrivée dans la commune », lui demandent de « réparer à ses frais les dégâts occasionnés à cette pompe », et suggèrent son transfert dans une autre commune.

Image:Right.gif L'instituteur, « un maître consciencieux, travailleur, qui conduit son école avec allant et qui prend à cœur l'intérêt de ses élèves », voudrait améliorer les conditions d'hygiène de son école.

Image:Right.gif L'inspecteur académique prend fait et cause contre ce qu'il ressent comme une injustice : « cette délibération du Conseil municipal est un acte d'ingratitude qui très sincèrement me fait de la peine ».

Image:Right.gif Le président de l'association mutualiste « Solidarité du Finistère » demande l'annulation de la délibération municipale formulant des « appréciations injustifiées ».

En fait ces échanges sur le conflit autour de la pompe à eau, apporte des informations intéressantes sur les conditions d'hygiène et d'organisation à l'école de Lestonan en cette première moitié de 20e siècle :

Image:Right.gif Le poêle, assurant le chauffage de chaque classe, fonctionne au charbon. En 1928 M. Gloaguen obtient de la mairie un nouveau poêle, mais par contre le 10 février il essuie un refus de réapprovisionnement de charbon, car les conseillers ont estimé que 200 kg par an et par classe étaient suffisants, aussi bien à Lestonan que pour les classes de Mme Borrossi au bourg.

Image:Right.gif La propreté de l'école passe par le renouvellement de peinture et la « désinfection » des classes et du logement de l'instituteur. Le conseil municipal parle de « luxe », lésine sur le nombre de couches de peinture et se plaint des dépenses engagées.

Image:Right.gif Une pompe permet d'amener de l'eau aux robinets affectés à la toilette des enfants : ce n'est pas une simple pompe à main car la dernière panne est due à « à un mauvais état de la soupape du piston ». Elle est sensible au froid car l'instituteur doit faire « un grand feu » pour la dégeler, ce qui fait fondre le « le tuyau de plomb ».

Image:Right.gif Le rapport de l'inspecteur stipule que « l'eau est nécessaire à la toilette des enfants, à Lestonan peut être plus qu'ailleurs car les épidémies y sont fréquentes ». Ce point, souligné au crayon bleu, est sans à imputer à un quartier où la pauvreté est plus marquée que dans le reste de la commune.

  Image:Right.gif La volonté de bien faire son métier d'instituteur sans se mêler « de questions politiques » est notée également par l'Inspecteur qui ajoute qu'il « ignore d'où en est venue l'initiative », ne croyant pas en celle du maire républicain de gauche, Jean-Louis Le Roux, lequel est normalement un défenseur de l'école laïque.

Il faut dire que ces années 1927-29 sont troublées par un autre dossier, celui de la création de l'école confessionnelle de Lestonan par René Bolloré. Les Gloaguen sont bien sûrs opposés à cette nouvelle école, ainsi que Mme Lazou, directrice de l'école des filles de Lestonan.

Au delà de considérations politiques, les critiques à l'égard des Gloaguen sont sans doute issues de simples considérations personnelles, avec peut-être la mésentente avec son instituteur adjoint Jean Lazou.

In fine, M. Gloaguen ne sera pas transféré ailleurs malgré le désir de la municipalité. Le maire républicain Jean-Louis Le Roux ne sera pas réélu, étant battu par des opposants conservateurs. En 1931 les Gloaguen seront nommés à l'école des garçons du Bourg en remplacement des Le Coant et le couple Lazou prendra la direction de l'école communale de Lestonan.

En savoir plus: « 1929 - Conflit entre l'instituteur de Lestonan et la municipalité au sujet d'une pompe »

5 Caverne d'Ali-Baba à Beg-a-grip

Billet du 26.05.2017 - Les chemins balisés du Stangala ignorent complètement cet endroit bucolique que seuls quelques anciens se remémorent avec beaucoup d'émotion, tellement ils y ont crapahuté quand ils étaient enfants ; le lieu est pourtant accessible et vaut le détour.

La grotte des curés, couramment appelée « Toul ar veleien » depuis le 19e siècle de Jean-Marie Déguignet, servait d'abri pour les curés réfractaires de la Révolution et le « Grip » est l'évocation de l'animal fabuleux du lieu éponyme de Griffonès. Nous vous proposons d'y aller avec le concours des explications et d'un reportage photos inédit.

Le point de départ est le bout du chemin balisé de Griffonez depuis le parking d'Ergué-Gabéric. Ce chemin aboutit à un double promontoire dominant la vallée de l'Odet qui coule en contrebas vers la ville de Quimper. Le premier point de vue était autrefois le début d'un chemin qui descendait de façon abrupte en direction de l'Odet et du moulin de Meil-Poul. Le deuxième plateau est plus large et le point de vue vaut une visite, mais il cache un site encore plus impressionnant.

À vous de le découvrir maintenant ; il faut continuer sans l'aide d'un chemin tracé au cordeau, en restant sur la crête, direction nord-ouest. Au début, le côté praticable est plutôt coté Briec, jusqu'à un endroit où la crête rocheuse est coupée par un grand passage (cf photos de l'étape 1). On se croirait au col de Roncevaux, mais sans le risque d'être attaqué.

Pour continuer la balade, longez toujours la crête, cette fois côté Quimper-Kerfeunteun et vous pourrez admirer les parois rocheuses, les cavités et la grotte dite « Toul ar velien », le trou où les curés anti-constitutionnels se réfugiaient à la Révolution. L'endroit est vraiment enchanteresse (photos étape 2). L'une des cavités est assez profonde pour qu'on s'y glisse.

Jean-Marie Déguignet, dans ses mémoires datées de la deuxième moitié du 19e siècle, a évoqué ce lieu : « Dans cette grotte qu'on appelle toujours Toul ar Veleien (le Trou des Prêtres), on peut se loger facilement et largement et on y serait à  l'abri  des  visites

  importunes car il faut avoir de la hardiesse, de l'adresse et de l'agilité pour arriver jusque-là. Il faut même connaître le secret d'Ali Baba. »

Mais la balade n'est pas terminée, il faut toujours progresser vers le bout de la crête, et vous arrivez bientôt sur un petit promontoire. Contrairement aux premiers plateaux entourés d'arbres, celui-ci permet de voir très loin à 360 degrés, à gauche les versants opposés de Kerfeunteun et à droite sur les prairies de Briec et le pylône de Tréouzon (étape n° 3).

Et enfin les derniers mètres, tout au bout de la crête, une surprise vous attend, un beau rocher qu'on croirait qu'il a été sculpté pour représenter un animal légendaire : cf photos de l'étape n° 4. Certes le rocher ressemble plus à un gros chien qu'à un griffon, mais le toponyme évoque bien la légende du griffon :

Image:Right.gif « beg » : "pointe ou embouchure", issu du moyen breton bec est comme son homologue français bec, mais au sens plus restreint, un emprunt au gaulois becos (Source Deshayes).

Image:Right.gif « grip » : ancien français grip, du latin gryphum emprunté au grec, évoquant le griffon, animal fabuleux mi-aigle, mi-lion (Jean Tosti). Grippy, griffon animal fabuleux, génie soit mauvais, soit bon (dictionnaire celtique de Jean-Baptiste Bullet).

Selon la légende, l'animal logeait dans une grotte près de Griffonès (celle des curés réfractaires ?) et terrorisait le voisinage. Chaque mois on devait lui apporter une jeune fille pour sa nourriture. Le griffon fut finalement tué par un seigneur voisin qui ne supportait pas de voir sa promise livrée à l'affreuse créature.

En savoir plus: « Découverte de la grotte des curés dite "Toul ar veleien" à la pointe de Beg-a-grip »

6 Des enquêtes concordataires

Billet du 20.05.2017 - “Enquêtes de 1804 à 1814 sur l'état de la paroisse, du personnel ecclésiastique, de l'église et des chapelles”, Collections numérisées. Documents conservés aux Archives Diocésaines de Quimper et Léon, mis en ligne sur le site Internet diocese-quimper.fr

Il s'agit de cinq enquêtes émises par les services diocésains auxquels doivent répondre les curés desservants d'Ergué-Gabéric, sur les revenus et les charges de leurs églises et chapelles.

Les deux curés sont respectivement François Pennec jusqu'en 1809 et au-delà son remplaçant Jean-Guillaume Le Bescou. Le premier est directeur du petit séminaire de Plouguernevel au moment de la Révolution et s'oppose à la Constitution civile du clergé. Il doit émigrer en pays espagnol et à son retour, en raison de « ses talents et sa moralité », est nommé recteur d'Ergué-Gabéric en 1802.

Les positions réfractaires aux autorités révolutionnaires exprimées par Le Bescou lui génèrent plus de soucis. Il est arrêté et détenu plusieurs fois au château de Brest. En 1797, alors qu'il est en transit à la maison d'arrêt de Quimper avant d'être déporté à Rochefort et Madagascar, il s'échappe en pleine nuit avec 5 autres prêtres. Il est réintégré après le Concordat, en 1804, comme desservant de St-Evarzec, puis Ergué-Gabéric en 1810.

La taille de la paroisse, « environ 2000 âmes, environ 1500 communiants », est un peu surévaluée car les recensements donnent plutôt 1800 habitants. On peut aussi s'interroger sur la différence de 500 entre le nombre d'âmes et de croyants : sans doute l'addition des jeunes enfants pas encore en âge de communier et les non-catholiques minoritaires.

D'après Le Bescou, la situation financière de la paroisse n'est pas florissante : « Les chapelles de St-Guénolé et St-André sont onéreuses à la fabrique », « Le produit des offrandes est insuffisant pour remplir les charges ».

Le cas particulier du presbytère est intéressant : « Ici il y a un presbitère, il n'appartient pas à la commune, il y a cependant un acte d'obligation de vendre et d'acheter signé de part et d'autre ». En fait le presbytère avait été vendu en 1796, comme biens nationaux à l'instar des chapelles et propriétés nobles, et en 1804 le propriétaire Salomon Bréhier confirme qu'il continue à affermer cette bâtisse à la commune, et qu'il s'engage prochainement à la revendre.

Au début du 19e siècle, le statut sur l'église et les 6 chapelles de la paroisse est le suivant :

Image:Right.gif L'église paroissiale, dédiée à St-Guinal, « pour ainsi dire à une extrémité de la commune » nécessite quelques réparations en 1814.

Image:Right.gif Dès 1804 trois chapelles) sont en ruine : St-Gildas (ou Loqueltas), St-Joachim (à côté de Lezergué) et Ste-Apolline (à côté de Kerdudal-Sulvintin). Les deux  dernières  ont  été  ven-

  dues à la Révolution à des propriétaires privés, et pour ce qui concerne St-Gildas le curé-desservant a un doute.

Image:Right.gif Trois chapelles sont opérationnelles : St-André, St-Guénolé et Kerdévot. Les deux premières sont réputées avoir été vendues à la commune : « Les 3 autres, m'a-t-on dit, avoient été vendues. La commune elle-même avoit acheté deux,  » (en fait sur les actes de vente aux enchères de St-André et St-Guénolé figurent deux gabéricois qui sont sans doute des prête-noms en délégation de la collectivité).

Image:Right.gif La chapelle de Kerdévot est aussi achetée, mais un doute est entretenu sur la nature du mode d'acquisition  : « la 3e avoit été achetée par un particulier pour la commune, de ses propres deniers, ou comme disent plusieurs, des deniers de la commune. ».

François Le Pennec demande en 1804 dans sa réponse aux services épiscopaux d'organiser la restitution à la communauté : « Il y a dans la commune une chapelle pour l'ouverture de laquelle soupire toute la commune et même tout le canton, et celui qui l'acheta est content de la rendre gratis ».

Cette restitution de Kerdévot sera effective en 1807 par « acte déposé au secrétariat de l'évêché ». Et en 1809, dans un document authentifié, le maire rétablira la vérité sur l'origine des fonds qui ont servi à l'achat de 1794 : tous les paroissiens ont versé leur dons lors d'une quête communale et paroissiale pour garder leur lieu de culte.

En savoir plus: « 1804-1814 - Enquêtes diocésaines sur l'état de la paroisse d'Ergué-Gabéric »

7 Une fabrique de pâte hors sol

Billet du 13.05.2017 - Un échange de lettres à entête entre le papetier d'Odet René Bolloré et le préfet du Finistère pour une demande d'ouverture d'une fabrique de pâte à papier à proximité de la ville de Quimper. Dossier conservé aux Archives Départementales du Finistère.

Dans l'objectif d'étendre les activités des papeteries d'Odet et de Cascadec, l'entrepreneur René Bolloré a le projet en 1923 de créer une fabrique de pâte à papier en aval de l'usine d'Ergué-Gabéric, le long de la rivière de l'Odet, à l'entrée de la ville de Quimper. Il en fait la demande à J. Deismars, préfet du Finistère de 1921 à 1925. Cette initiative, qui ne sera pas concrétisée à notre connaissance, lève un certain nombre de remarques et de questionnements :

Image:Right.gif Le lieu tout d'abord est « "La Forêt" sur la rive droite de la rivière l'Odet à proximité de la ville de Quimper » : il s'agit donc de la rive de l'Odet, aujourd'hui dans le quartier dit de l’hippodrome, et jusqu'au début du 20e siècle en bordure sud du domaine du très beau manoir en ruines de la Forêt. Le plan joint indique les parcelles concernées, avec une localisation probable de l'usine projetée sur les bâtiments de la parcelle 851. René Bolloré en était-il devenu propriétaire, ou allait-il les louer ?

Image:Right.gif Le mode de fabrication de la pâte reste très traditionnel, « au moyen de matières usagées (drilles, vieux chiffons, etc ...) par lessivage alcalin », c'est-à-dire par le malaxage de ballots de chiffons, et non de bois, de paille ou de vieux papier. Le lessivage alcalin indique un traitement à base de soude.

Image:Right.gif Les réserves administratives du préfet et de l'inspection du travail ne sont pas excessives : le classement en catégorie 3 en terme de risques d'insalubrité d'une part, et d'autre part les recommandations particulières en termes de « cabinets d'aisances », de fourniture d'eau et de vestiaires au personnel.

Image:Right.gif En demandant l'avis des autorités locales, le préfet ne s'adresse qu'au maire d'Ergué-Gabéric, où est le siège et l'usine principale de fabrication du papier, et non à celui de Kerfeunteun où est projetée la production de la pâte. Par  ailleurs  l'inspecteur

 
[ "Croquis du manoir de La Forêt en 1843 ; longtemps en ruines, complètement détruit vers 1942, domaine s'étendant jusqu'aux rives de l'Odet ]

du travail et des établissements classés, basé à Lorient, donne également un avis favorable. Il est étrange que l'enquête n'ait pas inclus des considérations de risques de pollution de la rivière en amont de la préfecture, alors que quatre ans plus tôt les esprits s'étaient un peu échauffés sur l'efficacité des déversoirs d'Odet.

Nous ne savons pas les raisons exactes de l'abandon du projet de cette fabrique de pâte à papier à Kerfeunteun. Une des raisons est sans doute le maintien des chiffonneries d'Odet et de Cascadec, avec ses cylindres lessiveurs et raffineurs, à proximité des machines à papiers. Peut-être il y eut également d'autres complications administratives de nature à empêcher sa mise en œuvre.

Toujours est-il que les chiffons continuèrent à arriver à Odet jusqu'au années 1950 et le bâtiment de la chiffonnerie de préparation de la pâte fut un lieu emblématique aussi important que les cylindres et des machines à papier.

Marianne Saliou se rappelle : « Du temps de ma mère, les femmes amenaient leurs enfants travailler à l'usine. A la chiffonnerie, ils pouvaient ramasser les chiffons. On gagnait plus ainsi, parce qu'on était payé à la tâche. C'était dur de ce temps là. A la chiffonnerie, les femmes coupaient la corde avec des hachettes. ».

Et Marjan Mao, à la chiffonnerie d'Odet pendant 41 ans, complète : « Quand les lessiveuses étaient bien remplies, on avait du mal à les remuer avec le bâton. Elles étaient très grandes, ce n’était pas facile de remuer les chiffons. On allait dedans, les pieds, les mains, on se mettait à genoux. ».

En savoir plus: « 1923 - Projet d'une fabrique de pâte à papier Bolloré à La Forêt en Kerfeunteun »

8 Lieu noble, sauvage et féminin

Billet du 10.05.2017 - Une enquête documentaire sur un lieu noble très isolé, dominant la vallée du Stangala, sur une terre de légendes avec au départ une « griffonne », puis une mystérieuse « Alix de Griffonez », et enfin les avouantes Françoise de Kergadalen et Françoise de Grassy.

Le griffon, cet animal fabuleux au corps de lion et aux ailes d'aigle, donne son nom au lieu-dit « Griffonez ». La terminaison /ez/ pourrait être en breton une marque de féminin et désignerait donc une « griffonne ». Celle-ci logeait dans une grotte et terrorisait le voisinage. Chaque mois on devait lui apporter une jeune fille pour sa nourriture. La griffonne fut finalement tuée par un seigneur voisin qui ne supportait pas de voir sa promise livrée à l'affreuse créature.

En 1426, lors de la Réformation des fouages, c'est-à-dire de la validation des exemptions fiscales des métayers détenteur d'un domaine noble, le Manoir de Griffonez est détenu par la dame Alix de Griffonez et exploité par « Hervé Le Livec, métayer à Alix de Griffonez, noble, exempt ».

En 1451, 1626 et 1636, dans les aveux cotés ADF-A85, le manoir et le domaine incluant un moulin et plusieurs villages voisins sont respectivement présentés noblement par Riou de Lesmais, Charles du Parc , et enfin « Charles de Grassy et Françoise Kergadallen sa compagne », lesquels sont les parents de Françoise de Grassy, l'héritière de 1680.

Dans le papier terrier de 1680 l'ensemble est présenté et signé par Françoise Degrassy, « damoiselle, dame de Launez », et donne des informations sur un domaine tenu « prochement et noblement du Roy » :

Image:Right.gif Le manoir de Griffonez, terre légendaire du(de la) griffon(ne), est situé sur le promontoire de la vallée du Stangala « soubz terre froide  » au milieu de « soixante dix huict journaux remplis de rochers et vagues  ».

Image:Right.gif Le manoir tenu en domaine congéable, est habité et exploité par François de Chalony lequel paie une rente annuelle à sa propriétaire noble.

Image:Right.gif Le moulin de Griffonès connu aussi sous le nom de « Meil Poul » est exploité par Allain Le Bronnec.

 
"Moulin à eau du dit Griffonnes sur la rivière d'Odet" en 1902


Image:Right.gif Les villages proches déclarés également en domaine congéable dans le domaine Degrassy sont Kernoaz ou « Querernoaz » et Kerberon, orthographié ici « Quiverberen ».

Image:Right.gif Le village de Quélennec bihan est détenu par le meunier Allain Le Bronnec pour ce qui concerne la maisons et les terres agricoles en fief royal de Françoise Degrassy, et pour ses terres froides par l'abbé de Landévennec, ce dernier ayant les terres de Quélennec bras et la chapelle de St-Guénolé voisine.

Image:Right.gif L'héritage de Françoise de Grassy, dont la famille est connue comme détentrice au 17e et 18e siècle du chateau de Keranmoal en Landrévarzec, est déclaré par «  la succession de deffunte dame Françoise de Quergadalen, vivante dame de La Motte sa mère décédée en l'an mil six cents soixante quatre ».

Image:Right.gif Il existe deux Françoise de Grassy, la première née avant 1643, l'autre née en 1663 et filleule de la première. Cette dernière ayant seulement 17 ans en 1680, il est plus plausible que la demoiselle « advouante » soit son aînée car son frère Charles est sieur de La Motte.

En savoir plus: « 1426 - Exemptions gabéricoises à la Réformation des fouages », « 1475-1636 - Adveux de Griffones extraicts de l'inventaire de Kempercorentin », « 1680 - Papier terrier du lieu et manoir noble de Griffonez »

9 Chat noir de la foire du diable

Billet du 29.04.2017 - Jean-Marie Déguignet dans ses mémoires et ensuite Maurice Poulmac'h ont raconté à leur façon les légendes ancrées du pays bas-breton, et notamment « ar c'hazh du », le chat noir mis en vente à la foire de Gourin pour apporter des pièces d'or à son acquéreur.

Il s'agit au départ des pages 282-298 du cahier n° 2 de souvenirs rédigés dans les années 1900  ; puis le premier des « Contes et Légendes populaires de la Cornouaille bretonne recueillis par F.-M. Déguignet » publiés par Louis Ogès dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1963 ; réédité par la Commission Extra-municipale de recherches historiques d'Ergué-Gabéric en 1984 ; inclus en 1998 dans le chapitre "Enfance" des « Mémoires d'un paysan bas-breton » aux éditions an Here (Arkae) et dans un livre de contes illustrés par Laurent Quevilly.

Déguignet en parle ainsi : « une des plus curieuses légendes de Basse-Bretagne, quoique je ne l'ai vue rapportée nulle part par les chercheurs de légendes bretonnes ».

Ensuite le paysan bas-breton remet la légende dans le contexte des années 1840-45 lorsqu'une crise de mildiou frappa l'agriculture locale de la pomme de terre, et qu'on attribua naturellement une cause diabolique à cette catastrophe.

Le déroulé de l'histoire est le suivant :

Image:Right.gif Il y avait autrefois une foire dite du diable qui se déroulait tous les ans à Gourin, vers la Noël, et on y trouvait des chats noirs que les acquéreurs se faisaient payer par les précédents propriétaires qui voulaient s'en débarrasser.

Image:Right.gif Ce jour-là, les consignes étaient transmises, à savoir l'obligation de nourrir l'animal de bouillie de froment et de lait de nourrice, et l'obligation de rendre l'animal au diable à une date précise en échange de l'âme du propriétaire, ou alors de le vendre à la prochaine foire.

Image:Right.gif La contrepartie du pacte avec le diable était bien sûr l'assurance d'une grande richesse, car le chat noir ramenait chaque soir des tas de pièces d'or et d'argent de tous pays.

Image:Right.gif Et voilà qu'un couple de Leuhan qui s'était enrichi de cette façon, voyant arriver l'échéance fatale en juillet, soit bien avant la foire de Gourin, dut demander à leur recteur de bien vouloir combattre le diable contre quelques pièces d"or.

Image:Right.gif Le recteur, accompagné de ses collègues prêtres avec qui il avait copieusement dîné, tous intéressés par l'appât du gain, s'en allèrent un soir à la ferme du chat noir, et dans la nuit firent leur conjuration.

Image:Right.gif Au matin on entendit un grand bruit, et les prêtres sortirent de la maison, leurs surplis blancs devenus noirs cramoisis, le chat noir qui avait lâché un effroyable pet s'étant enfin enfui.

 

Image:Right.gif Les jours suivants, le diable, pour se venger, provoqua l'apparition du mildiou sur les feuilles des pommes de terre de la région.


Maurice Poulmac'h, grand conteur du Huelgoat et animateur de Radio-Kerne, commence cette histoire par ces mots : « Bez e oa c'hoaz mad bremañ zo kant ha hanter-kant bloaz-so e voa eur foar e C'hourin, foar ar c'hizier du ... » (Autrefois il y a bien déjà maintenant 150 ans avait lieu une foire à Gourin, la foire des chats noirs ...).

Écoute en ligne sur Youtube, video [7j7T4L_PFWg] , sur la chaine TAB.TV "Chadenn ar Vrezhonegien".

En savoir plus: « La légende du chat noir, "foar ar c'hizier du" gant Deguignet ha Poulmac'h »

10 Aumônerie d'Ergué en 1312-1451

Billet du 22.04.2017 - Une charte en latin rédigée par le duc de Bretagne Conan IV (1135-1171) au profit de l'Ordre des Hospitaliers, et citant en particulier l'aumônerie de « Arke/Erke », dans des documents sans doute apocryphes, voire falsifiés.

Dom Morice dans ses « Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne » cite cette charte qu'il certifie de 1160 et lui donne ce titre « Charte du Duc Conan IV pour les Templiers ». L'authenticité supposée de ces informations et l'existence de l'établissement d'Ergué ont conduit les mémorialistes locaux à considérer cette année 1160 comme étant la première marque écrite de la paroisse primitive d'Ergué-Gabéric et d'Ergué-Armel.

Mais la transcription de Dom Morice contient au moins deux erreurs : d'une part la transcription en « Elré » pour Ergué au lieu de « (A ou E) rke » (cf facsimilés de 1312 et 1451 ci-après), et d'autre part les bénéficiaires des dons de Conan IV ne sont pas les Templiers, mais l'ordre des Hospitaliers.

Il existe bien une autre charte présumée de 1182 qui est relative aux biens bretons des Templiers cédés par Conan IV, mais celle de 1160 est explicitement pour la « domui Ierolosomitane Hospitalis » (maison de l’Hôpital de Jérusalem) dont les établissements bretons sont dirigés par « fratris Eguen » (frère Even). Et dans la charte les établissements des hospitaliers sont désignés par les termes de « elemosine » (lieux d’aumône ou aumôneries, à Ergué par exemple), ou de « hospitalis » (hôpitaux dans les plus grandes villes).

Quant aux dates de 1160 et 1182, elles sont aussi sujets de discussions, aucun exemplaire original des deux chartes n'ayant été retrouvé, surtout après l'étude d'Anatole de Bartélémy qui les considère comme apocryphes [1]. En effet certaines bizarreries ont été repérées dans les textes reproduits : en 1182 le duc Conan IV était décédé, en 1160 des témoins signataires n'étaient pas encore en fonction (évêque de Quimper, abbé de Quimperlé) et certaines terres sont en dehors du domaine ducal de Conan IV.

François Colin, dans sa publication « Quand l’historien doit faire confiance à des faux : les chartes confirmatives de Conan IV, duc de Bretagne, aux Templiers et aux Hospitaliers » (ABPO, 2008), a étudié les deux copies de 1312 et de 1451. La première est présentée par le commandeur hospitalier de Quessoy et le notaire Geoffroy Pélion au procureur du roi pour la défense les biens des Hospitaliers en Bretagne et inclut in extenso le texte de la charte de Conan IV. La deuxième copie est une charte de confirmation accordée aux Hospitaliers le 1er novembre 1451 par le duc Pierre II qui reprend également le texte de 1312.

On voit donc que les Hospitaliers de 1312 et 1451 avaient un intérêt politique à faire croire que la propriété de leurs biens datait des siècles précédents.

C'est avec une certaine curiosité que nous avons voulu voir de visu le « Trésor des chartes » des Archives Nationales et des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France où sont conservées respectivement la copie de 1312 et celle de 1451.
 
Carte de François Colin - Possessions des Hospitaliers en Bretagne :
Le premier document est consultable aux Archives Nationales (site Caran de Paris) sous la forme du microfilm MIC-J//241/Dossier 26 qui inclut 22 pièces, la plupart ornées du symbole de la croix de Malte. Grâce à la transcription complète du texte latin dans l'étude d'Elisabeth Lalou et Xavier Hélary, on peut repérer la charte de Conan IV au milieu de la 21e pièce avec cette introduction « annotatas in hec verba : Conanus, dux Britannie et comes Richemondie ... et l'aumônerie d'Ergué y est visiblement orthographiée « Arke ».

La copie de 1451 est un manuscrit de la BnF-Richelieu, dont l'original à la belle calligraphie gothique est consultable dans un registre protecteur. Le même texte attribué à Conan IV y est également, avec pour Ergué une écriture légèrement différente : « Erke ».

En savoir plus: « 1312, 1451 - Premières copies de la charte apocryphe du duc Conan IV pour les Hospitaliers »

11 Bulletin printanier et primesautier

Billet du 15.04.2017 - Le dernier Kannadig rassemblant les articles et billets du trimestre passé, enrichis des échanges privilégiés organisés entre nous après les publications hebdomadaires, dans la bonne humeur naturellement. Les exemplaires papiers et attestations fiscales 2016 ont été postés illico.

Nous ne vous referons quand même pas le coup du poisson d’avril 2017, la « découverte par un jeune pêcheur de saumons argentés suivant l’article du Télégramme de ce jour signé Yannick Peskebrel ».

Vous avez été quelques-uns, paraît-il, à vous rendre sur le site de Pont-Mein sur le Jet pour y chercher la fameuse croix gravée, mais elle était en réalité à Longjumeau sous le Pont des Templiers, le plus vieux pont conservé en son état de la région parisienne.

Mais ceci dit, c’était l’occasion de faire sérieusement le point sur la croix potencée des Cabellic, seigneurs de Lezergué, objet du premier article du bulletin.

Sinon, les autres articles et billets hebdos du trimestre touchent des sujets d’histoire, de mémoires et de patrimoine qui sont toujours aussi éclectiques :

Image:Right.gif La guerre d’Algérie par le témoignage de Josig Huitric à propos d’une opération militaire historique.

Image:Right.gif La création d’une foire à bestiaux sur le site de la chapelle de Kerdévot.

Image:Right.gif La « grève du feu » à la mine de Kerdévot en décembre 1913 et une photo extra.

Image:Right.gif Des registres de documents anciens, à savoir les 237 folios du papier terrier de 1680, et la liste des mouvances suivies par le Présidial de Quimper.

Image:Right.gif Les cartes locales façonnées par un géographe du 18e siècle et la création de la carte des 5 départements bretons en 1790.

Image:Right.gif Et enfin, quatre articles centrés sur les fondateurs de la papeterie d’Odet, en commençant par René Bolloré (et ses descendants) engagé dans la défense du patrimoine naturel de l’île d’Houat.

Image:Right.gif Le billet suivant est politique : la campagne électorale conservatrice de Jean-René Bolloré en 1877. Le troisième est familial et industriel : une papeterie et une fabrique de chapeaux tenues par Le Marié et son beau-frère Jean-Guillaume Bolloré.

 

Image:Right.gif Et le dernier article concerne les papiers à cigarettes OCB, avec un facsimile de la publicité « Si vous les aimez bien roulées » publiée dans les pages du Bottin de 1945.

Le bulletin en ligne : « Kannadig n° 37 Avril 2017 »

12 Engagement pour l'île d'Houat

Billet du 08.04.2017 - Des îles Bolloré, on connaît celle du Loch dans l'archipel des Glénan, acquise en 1920 avec son lac aux canards et ses 54 hectares. René Bolloré était un amoureux de la mer, et il accostait aux Glénans avec son yacht de 32 m « Le Dahu II », mais également à Houat dès l'été 1926.

L'article de 43 pages paru dans le numéro 14 de la belle revue Melvan est une enquête documentaire menée par Alain Vielvoye sur les quatre époques ayant marqué le plan d'occupation des sols de l'île d'Houat et impliqué plusieurs générations de Bolloré.

A. L'option d'achat de 1927

L'arrivée de René Bolloré (1885-1935) accostant à Houat sur son bateau baptisé « Dahu II » est illustrée par un extrait du feuilleton romancé « L'Île » de Roger Le Grand : « Un matin, lorsque le recteur ouvrit les volets de sa chambre, il aperçut par dessus les toits du village, sous les dunes de Trach-er-Gouret, la silhouette élégante d'un yacht à vapeur, blanche sur les eaux vertes et calmes de la baie. "- Tiens, dit-il à haute voix, voilà Réthoré ! », Réthoré étant l'alias de fiction de Bolloré.

Témoignage du recteur Le Bec en 1929 : « Je dois rendre hommage reconnaissant à quelqu'un qui s'est montré d'une générosité magnifique pour sauvegarder les intérêts religieux de Houat et en même temps défendre ce pays contre l'invasion étrangère : Monsieur René Bolloré, riche industriel à Odet près de Quimper ».

En mai 1927, ayant constaté le risque de voir les terres de l'île vendues à des acquéreurs extérieurs, René Bolloré signe une promesse d'achat (qui ne peut être effectif que 20 ans plus tard, ou anticipé uniquement par la municipalité) à 2000 francs l'hectare de 55 hectares (partie ouest de l'ile, dunes de Treac'h-er-Gouret, pointes d'En Tal et de Toul-er-Brer), contre la contrepartie d'amener de l'eau potable au bourg et de moderniser le vieux port et son quai.

B. L'acte d'échange en 1932

L'adduction d'eau, c'est-à-dire le bâti du château d'eau, l'éolienne pour l'énergie requise pour l'amenée d'eau au bourg, le puisage de l'eau à 25 mètres de profondeur, sont bien réalisés aux frais de Bolloré, mais l'eau puisée est saumâtre.

Quant aux travaux au port ils seront financés par les 106.862 francs apportés par l'entrepreneur dans le contrat d'échange de 1932 avec la commune.

Dans cet acte, Bolloré prend possession des 55 hectares, contre les parcelles acquises entre-temps et les travaux d’eau engagés : « Les échangistes prendront les immeubles dans l’état où ils se trouvent sans pouvoir réclamer aucune indemnité pour qui que ce soit ».

 
René Bolloré en 1922
René Bolloré en 1922

C. Le projet immobilier de 1971

En 1971, le rapport de conseil municipal précise que « Le quai Cappio a bien été réalisé grâce au produit de la vente. Les terres Bolloré sont restées sans construction depuis 40 ans ».

En juillet 1971 Michel Bolloré, fils de René, et l’architecte Le Maresquier proposent au maire d'Houat un projet de construction de 44 petites maisons près du vieux port de Toul-er-Brer. Mais ce projet est critiqué, sur la base notamment des engagements de Bolloré père, décédé en 1935, à « préserver Houat de l'invasion étrangère ».

Le projet inclut une proposition de céder gratuitement à la commune deux hectares des dunes pour y faire un camping municipal. Mais, in fine, ces terres sont « situées dans des sites dignes d’être protégés en priorité » et le projet jugé « préjudiciable à la protection de la flore ».

Après certaines polémiques (cf article du Nouvel Obs) et une étude locale du projet, le conseil municipal demande un certain nombre d’amendements, et finalement l'idée sera abandonnée.

(Le Dahu II, yacht blanc de 32 m de René Bolloré, dans les années 1920)

D. Le conservatoire du littoral en 1981-1995

Au décès de Marie-Amélie Thubé, veuve de René Bolloré, en 1977, la succession de la propriété des terres de la pointe du Goret aux quatre enfants va permettre la cession progressive de 40 hectares au conservatoire du littoral.

En savoir plus : « VIELVOYE Alain - L'engagement de la dynastie Bolloré à Houat »

13 Croix potencée du Saint-Sépulcre

Billet du 01.04.2017 - En ce début de printemps, une découverte par un jeune pêcheur de saumons argentés - cf article du Télégramme de ce jour signé Yannick Peskebrel - a fait sensation dans les milieux archéologiques finistériens et les associations historiques saint-sépulcriennes (*) :

Suite à un léger déport du Jet au niveau de Pont-Mein, une pierre encore verte de l'arche nord a révélé une croix potencée similaire au blason des fondateurs d'Ergué-Gabéric, évoquant une origine de chevalerie et de croisade. Et plus bas sous l'eau, on y distingue aussi une inscription supplémentaire en lettres latino-gothiques : « HODIE I.IV », à la signification mystérieuse, mais marquant sans doute la présence localement d'Ordres de chevalerie et de nature cabalistique.

Ce charmant petit pont, appelé "pont romain" par certains et plus connu sous le nom de « Pont Mein » (pont en pierres), situé au bout d'un chemin à la hauteur du village de Mélennec, avait pour vocation d'assurer un passage à pied ou en charrette sur le Jet entre les communes d'Ergué-Gabéric et Ergué-Armel en amont de l'Eau-Blanche. A-t-il été le lieu de passage de troupes de croisés comme sur cette photo de la reconstitution organisée sur le dit pont par la Ligue des Templiers Anonymes du Saint-Sépulcre ? (*)

Image:Right.gif On en profite donc pour dénouer les arcanes des anciennes chartes du duc de Bretagne Conan IV et des symboles des ordres de chevalerie créés après les croisades, et pour élaborer quelques explications inédites sur l'origine du blason des Cabellic et seigneurs de Lezergué.

Dans la charte apocryphe de 1160, copiée au 14e siècle et énumérant les biens bretons des Hospitaliers, successeurs des Templiers, il est question de l'aumônerie d'Arke qui pourrait être la  petite  paroisse  d' Ergué-Armel, la  chapelle  Sainte-Anne-du -

  Guélen étant souvent associée aux Templiers. Mais il pourrait s'agir de la grande paroisse mère d'Ergué, avant le découpage en deux territoires et en incluant donc Ergué-Gabéric, car il n'est pas certain que la chapelle du Guélen était un établissement templier (ou hospitalier, car ces 2 ordres étaient souvent confondus), les templiers étant installés peut-être en un autre lieu.

Toujours est-il que la croix blasonnée de la famille Cabellic qui a donné son nom à la paroisse d'Ergué-Cabellic (puis Gabéric), pose question, car sa symbolique ramène en ces temps troublés de la fin des croisades en terre sainte de Jérusalem. Ce n'est ni la croix pattée rouge des templiers, ni la croix blanche sur fond rouge des hospitaliers (ni de Malte).

Les croisettes et la croix potencée des Cabellic sont bien le symbole par excellence de Jérusalem et évoque le troisième ordre religieux et de chevalerie, après les Templiers et les Hospitaliers, à savoir l'Ordre du Saint-Sépulcre fondé par le croisé Godefroy de Bouillon et dont on trouvera le contexte historique en fin d'article (+ iconographie détaillée).

Mais le choix des couleurs du blason des Cabellic le démarque ; il n'est pas à enquerre car il associe un métal argenté et un émail rouge, et inverse l'ordre des chevaliers du Saint-Sépulcre : la croix est blanche d'argent sur un fond "de gueule" (rouge vif).

On ne sait pas précisément pourquoi les Cabellic avaient ces armes bien typées, mais il est sûr qu'au 13e siècle ces nobles bas-bretons vivaient avec le référentiel
religieux des croisades, ne serait-ce que parce que l'un d'entre eux était évêque de Quimper de 1267 à 1279 et qu'ils avaient de par leur manoir de Lezergué des prééminences dans l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric avec exposition de leurs armoiries au-dessus de la maitresse-vitre.

Image:Right.gif Et si aujourd'hui on collait sur nos plaques d'immatriculation cet autocollant commémoratif ?

En savoir plus : « Ordres de chevalerie et croix potencée d'Ergué-Cabellic », « 1980 - Choix d'un blason communal »

(*) : Le texte ci-dessus en italique, ainsi que le photo-montage, est un poisson d'avril. À noter quand même que la pierre à la croix potencée existe bien, pas à Ergué-Gabéric, mais sous le pont des Templiers de Balizy en région parisienne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commanderie_de_Balizy. La suite du billet forme par contre une enquête très sérieuse, qui sera prochainement complétée des facsimilés de la charte de Conan IV (billet du 22.04.2017).

 

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