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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Un état civil tenu par un prêtre

Billet du 16.02.2019 - Dans leurs versions numérisées par les Archives départementales du finistère, les 34 folios recto-verso du tout premier registre d'état civil des naissances de la commune d'Ergué-Gabéric couvrant l'an 2 de la nouvelle république française une et indivisible, à partir de janvier 1793.

En janvier 2019, les Archives départementales du Finistère ont mis à disposition une grande partie des registres paroissiaux et d’état civil de la commune d'Ergué-Gabéric conformément au tableau ci-dessus.

En fait, à ce jour, seuls les registres paroissiaux d'avant 1793, les fameux BMS (Baptêmes, Mariages et Sépultures), restent sous support de micro-films, les autres ayant été numérisés à partir de leur support papier d'origine avec une qualité obtenue bien supérieure aux micro-films.

Les registres numérisés des naissance (N) sont disponibles sur Internet pour la période 1793-1915 et en salle pour les années 1616-1936 ; les registres de mariages (M) et de décès (D) sont visibles sur Internet pour la période complète 1794-1936.

Le décret de l'Assemblée Législative du 20 septembre 1792, veille de sa dissolution, définit un nouveau mode de « constater l'état civil des citoyens », en remplacement des registres paroissiaux et désormais à la charge de la nouvelle administration communale. Le décret s'applique à Ergué-Gabéric 3 mois seulement après cette date, le nouveau registre étant adopté en janvier 1793.

Ce premier registre historique d'état civil de la commune contient 145 articles ou actes pour la période de début 1793 à septembre 1794, ce en 3 parties :

Image:Right.gifImage:Space.jpgfolios 1 à 22 en recto-verso : articles 11 à 120 du 9 février 1793 à 29 floréal (18 mai 1794). A noter d'une part que les 10 premiers articles (2 folios de janvier) sont manquants et que le dernier folio a été numéroté n° 2 par erreur sur le site des Archives départementales.

Image:Right.gifImage:Space.jpgfolios 23 à 28 en recto-verso : articles 1 à 25 supplémentaires à partir du 30 floréal (19 mai) jusqu'au 5e jour des « sanculotides » (21 septembre 1794)

Image:Right.gifImage:Space.jpgfin de folio 28 à folio 34 : tables des naissances, avec pour chaque nom-prénom de nouveaux-nés, et le « rôlle » de son enregistrement (c'est-à-dire le folio + 2, car la table référence les deux premiers rôles manquant) et le n° d'article de l'acte.

C'est seulement le 24 novembre 1793, c'est-à-dire le 4 frimaire de l'an 2, que le nouveau calendrier révolutionnaire devient obligatoire dans tous usages civils. Dans le registre d'Ergué-Gabéric, ce changement d'écriture des dates de naissance a lieu 19 jours après le décret, à savoir le 23 frimaire, ce à l'article 80 du folio n° 16.

Quant aux officiers publics en charge de l'écriture des actes, il faut noter pour Ergué-Gabéric une particularité : autant pour les premiers actes l'officier Jean Le Jour est bien laïc, autant pour les 25 derniers et pour les actes du registre suivant,  derrière l'officier

 

public Rolland Coatmen, se cache le recteur assermenté de la paroisse. Rolland Coatmen a pris la succession du recteur réfractaire Alain Dumoulin qui s'est exilé à Prague.

Rolland Coatmen remplira sa mission d'officier public en rédigeant les actes d'état civil jusqu'au 17 messidor de l'an 3 (05.07.1795). En 1798 alors qu'il est recteur de Quéméneven, il sollicitera un certificat au maire d'Ergué-Gabéric qui le rédige ainsi : « Nous signant officiers municipaux de la commune d'Ergué-Gabéric canton rural de Quimper département de finistère certifions que le citoyen Rolland Coatmen pensionnaire ecclésiastique a résidé dans notre commune depuis l'an 1792 jusqu'à l'an 3 de la République, qu'il a donné pendant la résidence toutes les preuves possibles de civisme »

En savoir plus : « 1793-1794 - Le premier registre d'état civil des naissances de la commune »

2 Gwerzhañ al laez ha charreat teil gwechall

Billet du 09.02.2019 - « René Danion, deus an Erge-Vraz, a gont deomp penaos 'oa ar vuhez ba' feurm e zud en amzer e vugaleaj », René Danion d’Ergué-Gabéric, nous raconte comment était la vie à la ferme familiale du temps de son enfance, interview de Lors Jouin en 2017 pour BeCeDia Sevenadurioù.

René Danion, né en 1932, est un agriculteur, installé à 18 ans à Kerhamus en Ergué-Gabéric après son école d'agriculture au Nivot en 1950, à la suite de ses grands-parents et parents, « faisant du lait » comme eux et livrant directement lui-même ses clients quimpérois.

Il a été interviewé récemment, pour parler des livraisons de lait et de l'entraide pour le fumier (cf transcription et traduction complètes de l'interview en fin de l'article qui lui est consacré), a été publiée sur le site bcd.bzh/becedia, sur la chaine video « Komzoù brezhoneg » de Lors Jouin qui a pour vocation de recueillir auprès de bretonnants natifs les parlers et les accents qui font la diversité de la langue bretonne.

Faire du lait, et non du beurre, telle était la vocation des trois générations de Danion à Kerhamus. La ferme étant située en bordure ouest de la commune, à proximité de la ville de Quimper, René Danion évoque les livraisons de son lait aux clients de Quimper (pâtissiers, restaurants, épiceries ...), non pas par camion citerne, mais dans des pots en alumimium de 20 à 30 litres qu'il fallait porter : « podoù ugent litrad ... lod a oa pounneroc'h ivez ...bez e oa unan hag a oa tregont litrad e-barzh ».

Il compare la qualité appréciée de son lait, par rapport à celui collecté et vendu par la coopérative : « Ne oa ket "pareil" nann ... n'eo ket memes blaz ken  ». Le mot « blaz » (et non du nez, bien que le terme veut aussi dire odeur !) évoque « son goût qui n'était pas pareil ». La raison de la différence était en partie due à la quantité de crème (« an dienn » en breton) conservée dans le lait de Kerhamus.

On notera aussi l'expression bretonne « an hanter keroc'h » qui souvent est dite en français « à moitié plus cher » par les bretonnants, alors qu'en fait il s'agit du double, la moitié étant appliquée en breton au prix total, et non au prix de départ.

 

Lors des livraisons quotidiennes à Quimper, il est aussi question des commandes de légumes (sacs de pommes de terre, choux pommés ...), de balles d'avoine qu servaient de matelas aux bébés, de bois de chauffage et de barriques de cidre.

La deuxième partie de l'interview porte sur l'importance autrefois du charroi et épandage du fumier. René Danion a écrit de belles pages sur ce sujet dans le premier chapitre de son livre « L'entraide agricole à Ergué-Gabéric de 1930 à 1960 ».

L'intérêt est ici d'entendre le descriptif de cette activité en langue bretonne : « neuze en em sikouriñ evid ar ...evid charreat teil da gomañs », où « charreat teil » (charroi de fumier) est le transport de tout le fumier des crèche dans les champs, une grosse journée de travail en fin d'année avant que les domestiques s'absentent 10 jours pour négocier leurs gages.

Quatre à cinq personnes par charroi étaient nécessaires. Et parmi eux, celui qui était surnommé « an tenner a-dreñv » (le tireur arrière), chargé avec son croc (« kreier don ») de faire tomber au sol le fumier de la charrette.

En savoir plus : « Rene Danion deus an Erge-Vras, Komzoù brezhoneg gant Lors Jouin », « René Danion, agriculteur-éleveur à Kerhamus »

3 Une gabéricoise féministe en résistance

Billet du 02.02.2019 - « Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes - Ni l’orgue ni la prière aux agonisants - ... Vous vous étiez servi simplement de vos armes - La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans », Louis Aragon, Strophes pour se souvenir, cérémonie d'inauguration de la rue du Groupe-Manouchian.

On connaît aujourd'hui l'arrestation en 1943 du groupe Manouchian par la Brigade spéciale no 2 des Renseignements généraux de la police française. Ces jeunes francs-tireurs et partisans communistes ont fait partie de la branche MOI (Main-d'Ouvre Immigrée) de l'organisation FTP (Francs-tireurs et Partisans) et fusillés au Mont-Valérien. L’affiche rouge ci-contre de propagande allemande a été placardée massivement en France sous l'Occupation pour dénigrer ces résistants communistes.

Jeanne Le Pape est arrêtée en 1944 par la même Brigade Spéciale. Elle est née le 5 septembre 1895 à Pennanec'h de parents journaliers agricoles. Elle se marie en 1919 avec Alain Le Corré né en 1890 dans le village voisin de Quélennec.

À la lecture du compte-rendu de son interrogatoire par les Renseignements Généraux on apprend que :

Image:Right.gifImage:Space.jpgElle est domiciliée en 1937 à Saint-Denis en région parisienne « dans un logement au loyer annuel de 1.000 francs »

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn 1941 son mari décède, et son fils né en 1920 « est en Allemagne » (sans doute dans un camp de prisonniers ou de STO).

Image:Right.gifImage:Space.jpgAvant guerre, journalière de profession, elle travaille à la mégisserie Floquet, spécialisée dans le tannage de cuirs à St-Denis, et est embauchée ensuite par les établissements Cams en août 1943.

Image:Right.gifImage:Space.jpgAvant 1939 elle milite au sein de « l'Union des Jeunes Femmes de France », affiliée au Parti Communiste, pour défendre l'égalité des droits avec les hommes, aussi bien dans le domaine politique qu'économique.

Elle est arrêtée le 5 mai à l'occasion d'une rafle parmi les relations de Lucien Briffaut et Germaine Debail, deux membres actifs des FTP qui préparent une action contre un officier de police : « Le 4 courant, un homme et une femme qui semblaient surveiller, rue de Nanterre à La Garenne, un immeuble habité par un inspecteur du Commissariat de Colombes, ont été appréhendés. »

Au total 34 personnes sont arrêtées et chez certains de la documentation et une machine à écrire, ainsi que des armes, sont trouvées : «  3 pistolets, 3 grenades, 50 déto ..., 3 mitraillettes, 6 chargeurs ». Jeanne, appréhendée alors qu'elle rend visite à Germaine Debail apparaît dans la liste des « hébergeurs, agents de liaison et autres complices ». Elle se désolidarise de son amie qu'elle a connue chez Floquet avant guerre en invoquant une affaire de location de logement vacant : « Lorsque je voyais Debail, elle ne me parlait pas de son activité politique ; d'ailleurs je la voyais très rarement. »

Les brigades spéciales (BS) de la préfecture de police de Paris spécialisées dans la traque aux « ennemis intérieurs », principalement communistes, prisonniers évadés ou réfractaires au STO, sont très organisées et très liées aux polices allemandes. Pour la rafle « Briffaut et autres » de mai 1944, la BS n° 2 a rédigé de nombreuses fiches et rapports d'opérations et d'interrogatoires

 

dans lesquels transparaît l'éthique nazie. Notamment ce qualificatif de « race aryenne » indiqué systématiquement pour identifier les interpellés, y compris bien sûr Jeanne Le Pape.

La courageuse féministe sortira de prison et connaîtra la Libération de Paris en août 1944. Elle décède à l'age de 79 ans le 6 mai 1975 à Argenteuil, près de Saint-Denis.

* * *

Grâce au dossier d'interpellation de mai 1944, Jeanne Le Pape a désormais sa notice en tant que native d'Ergué-Gabéric dans « Le Maitron », le dictionnaire biographique des mouvements ouvriers et sociaux :

« LE CORRÉ Jeanne, Marie, née LE PAPE. Née le 25.09.1895 à Ergué-Gabéric (Finistère), fille de journaliers, mariée dans sa commune natale le 29 juin 1919 avec Alain, Joseph Le Corré, mère d’un enfant, journalière à Saint-Denis (Seine), Jeanne Le Corré était l’une des animatrices de l’Union des comités de Femmes de l’Ile de France en 1939 ... ».

En savoir plus : « MAITRON Jean - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social », « 1944 - Arrestation de la féministe Jeanne Le Pape, communiste et sympathisante FTP », « Jeanne Le Pape, journalière féministe et militante communiste »

4 Spectacle et pièce de théâtre en 3 actes

Billet du 26.01.2019 - « Et dans les théâtres, nous avions une faveur spéciale et précieuse : pendant que les civils étaient obligés de faire queue et de rester grelotter l'hiver des heures entières pour avoir une place, nous autres, il nous suffisait d'arriver dix minutes avant l'ouverture des portes pour y entrer librement, en passant entre deux haies de civils qui enviaient notre bonheur. » (Intégrale des Mémoires d'un paysan bas-breton, cahier n° 7, p. 34)

Jean-Marie Déguignet, s'il vivait aujourd'hui, serait surpris de savoir qu'au moins deux pièces et représentations contemporaines sont consacrées à ses réflexions autobiographiques et philosophiques, l'une composée par un professionnel médico-social et passionné de linguistique, et l'autre jouée par un comédien français reconnu.
La première est un drame historique en 3 actes écrit par Benoit Corriol : 1. L'empire, 2. La guerre, 3. La paix. La référence au libre-penseur Jean-Marie Déguignet n'est pas explicite, mais on peut naturellement y reconnaître une libre interprétation de ses « Mémoires d'un paysan bas-breton ».

Le personnage principal lui-même est prénommé François Marie, fils de Jean Marie, comme s'il y avait eu un dédoublement de personnalités entre le « père prévoyant et prométhéen » et le fils « plutôt fragile et malingre » et « solide et résistant durant sa carrière militaire ». Parmi les autres personnages, on notera entre autres l'apparition intéressante d'un Le Bras en « ami fidèle d'enfance ».

La force et valeur de cette pièce de théâtre sont intrinsèquement dans les déclamations incantatoires d'un véritable « conquérant du XIXe siècle »  :

Image:Right.gifImage:Space.jpgLa 4e de couverture est tout simplement un poème d'inspiration Homérique : « - Heureux qui comme lui a fait un long voyage - Et comme celui là qui conquit sa liberté - Dans la folle mer, au prix de sa sérénité - Le feu, le sang ; le chemin devint sauvage ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpgLa croyance de François Marie en les bienfaits de la science est très ancrée : « La science, elle est en toute chose, bien plus sûrement que Dieu ... Peut-être qu'en comprenant les mouvements des abeilles, nous comprendrons la marche du monde. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgSes colères contre le religieux sont réécrites avec force : « Les écrits fripons de vos cardinaux soupèsent la doctrine de la foi au regard des pièces d'or. La sainteté vendue comme les indulgences. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgNéanmoins une espérance positive transparaît au moment du testament réadapté au public de la pièce : « Je vois les lumières de l'électricité et de la lune se refléter dans les flaques de cette place goudronnée. Moins de pavé pour défendre la république. Le peuple saura bien faire vivre la démocratie comme nous l'avons fait, les générations avant eux ... »

La seconde représentation est un spectacle conçu en 2008, s'inspirant directement des « Mémoires d'un paysan bas-breton » :

  fils de mendiant, il s’engage dans l’armée de Napoléon III et s’intéresse aux religions qui n’ont jamais cessé de s’affronter ; de retour au pays, il se marie et exerce le métier potier et essaie de trouver le sens du monde et de sa vie.

Quant au titre, on ne peut pas s'empêcher de penser aux « Rêveries du promeneur solitaire », ouvrage inachevé de Jean-Jacques Rousseau rédigé entre 1776 et 1778, où l'auteur délivre des réflexions autobiographiques et philosophiques.

Le potier parle, de ses voyages et des religions, tout en activant son tour de potier et montrant ses poteries d'argile :

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Quel Jésus ? Il a vécu là autrefois à Jérusalem. Il parait qu'autrefois cet homme-là il disait qu'il était le Fils de Dieu ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« À peu près dans la même région, quelques siècles plus tard, voilà qu'un arabe, un certain Mohammed, se met à faire à peu près les mêmes discours à propos de Dieu ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Alors c'est la guerre, tout simplement la guerre. Les religions pour qu'elle se fassent reconnaître et se faire respecter, ça a toujours été par la violence ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Heureusement il n'y a pas que de la colère, il y a aussi de la beauté. C'est vrai, la religion catholique, elle est ce qu'elle est, mais quelle beauté artistique elle a engendrée ... »

En savoir plus : « CORRIOL Benoit - François Marie », « Rêveries d'un potier solitaire par Loïc Pichon »

5 Breton dans l'armée fédérée en 1871

Billet du 19.01.2019 - Les malheurs d'un fils de journalier d'Ergué-Gabéric pendant la guerre de 1870 et la Commune de Paris au travers de ses condamnations militaires, son rejet de demande de grâce et sa notice dans le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social.

D'aucuns affirment que, pendant la Commune de Paris, les bretons se sont illustrés uniquement dans les rangs des Versaillais, avec Thiers, pour mater les insurgés de Paris. Le document ci-dessous prouve qu'il existe des exceptions, que certains finistériens ont été du côté des communards et ont subi ensuite la répression militaire des vainqueurs.

Notre natif d'Ergué-Gabéric s'appelle Yvon Queinnec, Yves-Marie sur son acte de naissance en 1845, et son père journalier agricole loue cette année-là un penn-ty dans le village de Quélennec. Sans doute les Queinnec connaissent-ils Jean-Marie Déguignet, enfant de Quélennec entre 1838 et 1848, qui deviendra aussi militaire et écrira ses « mémoires de paysan bas-breton ».

Yvon Queinnec monte d'abord sur Paris pour y exercer le métier de « valet de chambre ». En pleine guerre contre la Prusse il est engagé volontaire dans le 4e régiment de zouaves. Et en janvier 1871 il participe à la prise de la redoute de Montretout en St-Cloud, au-dessus de Garches, occupée par l'armée prussienne. Dans le rapport d'enquête de 1872 Queinnec dit y avoir été blessé, mais le rapporteur ajoute « dit-il », comme s'il ne le croyait pas du tout.

Ensuite Queinnec change de camp, et il va se battre dans les rangs de l'armée fédérée : « Sous la commune il a appartenu à la 2e batterie d'artillerie de la 5e légion ». Au mois de mai il est de service pendant 3 jours sur les barricades fortifiées de la porte Maillot, juste avant le 21 mai qui est le début de la semaine sanglante.

Quand il sera jugé, il essaie de se justifier comme il peut devant les enquêteurs et les militaires en charge de la répression : « Son système de défense consiste à alléguer qu'il a été contraint de servir, et qu'il s'est borné à faire la cuisine, excuse trop souvent invoquée pour qu'elle puisse être admise. »

Le 21 mai, l'armée versaillaise étant entrée dans Paris, il se replie derrière les barricades du Panthéon. Il rentre se reposer chez lui rue d'Ulm, près du Panthéon, et le 23 mai il est fait prisonnier.

Son histoire, relatée dans le document d'archives ci-dessous, ne s'arrête pas là : comme 20.000 communards arrêtés à Paris, afin d'alléger les prisons versaillaises surchargées, il est mis dans un train et transféré sur un « ponton » dans un port comme Brest où ils sont les plus nombreux à y être emprisonnés. Les pontons sont de vieux vaisseaux désaffectés, sur lesquels on entasse les prisonniers. Chaque ponton abrite de 700 à 900 hommes enfermés dans les batteries (emplacement des canons, sur les anciens vaisseaux de guerre), dans une quasi-obscurité.

 
[Barricade à la porte Maillot, mai 1871]

Et là, Queinnec se fait remarquer par un acte d'insubordination, il est condamné en février 1872 par le 1er conseil de guerre maritime à 6 mois d'emprisonnement « pour rébellion sur les pontons, envers un agent de la force armée. »

La condamnation finale pour sa participation à la Commune de Paris sera prononcée le 8 mai 1872 par le 13e conseil de guerre : « condamnation à un an d'emprisonnement et à cinq ans de surveillance de la haute police, pour participation à l'insurrection de Paris. »

Un recours en grâce est formulé par des « personnes se disant parents ou amis du condamné », et parmi ceux-ci sans doute son jeune frère François-Alain qui est caporal d'armes. La demande est refusée et il est « transporté à la maison de correction de Vitré » ; on ne sait pas ce qu'il deviendra par la suite.

* * *

Sur la base de ces informations, essentiellement celles du dossier de recours en grâce, Yvon Queinnec a désormais sa notice en tant que natif d'Ergué-Gabéric dans « Le Maitron », le dictionnaire biographique des mouvements ouvriers et sociaux :

« QUEINNEC Yves, Marie. Né le 1er novembre 1845 à Ergué-Gabéric, arr. de Quimper (Finistère) ; célibataire ; valet de chambre. Il était engagé volontaire au 4e régiment de zouaves pour la durée de la guerre et avait été blessé, dit-il, à Montretout. Sous la Commune, il fit partie de la 2e batterie d’artillerie de la Ve légion ... ».

Six autres personnalités nées ou ayant séjourné à Ergué-Gabéric ont, comme Yvon Queinnec, leur fiche dans Le Maitron et on vous les présentera très prochainement.

En savoir plus : « MAITRON Jean - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social », « 1872 - Condamnation d'Yvon Queinnec pour insurrection par le 13e conseil de guerre », « Yvon Queinnec, engagé volontaire et communard condamné pour insurrection »

6 La Fée Electricité à Ergué-Gabéric

Billet du 12.01.2019 - Coupures de presse de 1932-33, comptes-rendus de conseils municipaux de 1937-38 pour autoriser des emprunts pour l'extension du programme d'électrification de la commune, son financement, des photos commémoratives et des témoignages sur ce « bienfait de nos campagnes. ».

Les documents de 1937-38 concernent l'extension du l'acheminement de l'électricité sur la commune, notamment pour desservir 3 fermes isolées (Kervern, Penvern et Kerlavian) à l'est de la commune, et détaillent le coût des opérations pour la commune et de son financement par une hausse d'impôt.

Le projet de réseau électrique rural du département du finistère est lancé dans les années 1930 avec création d'entreprises et syndicats d'électrification. Dans la région quimpéroise, jusqu'aux nationalisations d'après-guerre, deux compagnies se partagent les installations : la société Lebon et Cie, une entreprise de Dieppe spécialisée initialement dans l'éclairage au gaz et reconvertie dans le conrant alternatif, et Sud-Finistère électrique, entreprise créée en 1919 pour distribuer le courant continu. Pour la pose des poteaux en ciment ajouré c'est la société Cabagno qui est sollicitée.

En février 1932 le député Maurice Bouilloux-Lafont, élu de la 1ère circonscription Quimper, annonce l'accord de financement : « Subvention principale et complémentaire payable dans la limite des disponibilités budgétaires s'élevant à 42% des dépenses qui seront réellement faites »

Le premier chantier amène l'électricité et l'éclairage au bourg et à Lestonan dès 1933, et dessert la majorité des fermes et villages en 1934-37. Si l'on prend comme référence les subventions accordées aux trois communes de Pluguffan, Plomelin et Ergué-Gabéric, on peut calculer que pour cette dernière le coût de l'électrification est de l'ordre de 185 000 francs (233 940 / 3 / 0,42).

En 1938 un surcoût de 43 260 francs pour l'extension du réseau sur la partie est de la commune est autorisé par le conseil municipal et par le préfet.

Cette dépense est financée à hauteur de 42% par le ministère de l'agriculture, et le reliquat par un emprunt de 20 ans à la Caisses des Dépôts et Consignation qui entraîne d'un impôt exceptionnel de 7 centimes : en fait il faut comprendre 7 centimes pour un euro de contribution, soit une hausse de 7% sur les trois impôts collectés au niveau communal (foncier, habitation et patente).

Comme le coût du premier chantier s'élève à 4 fois le montant du projet d'extension, on peut estimer que l'électrification rural d'avant guerre de la commune aura généré une hausse de 35% de contribution fiscale de la part des habitants de la commune.

[Détail de la grande fresque "La fée électricité" de Raoul Dufy, Expo Inter. 1937]

Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1937-38 Extension du réseau électrique communal »

 
[Arrivée de l'électricité et éclairage public au Bourg en 1933]

La photo ci-dessus a été prise au bourg lors d'une fête de commémoration organisée vraisemblablement par le syndicat intercommunal d'électrification de la région de Quimper. À droite on peut voir un poteau électrique en béton ajouré mis en place par l'entreprise Cabagno.

Après guerre, dans les années 1950, l'électrification s'est poursuivie pour atteindre les hameaux les plus éloignés et des postes transformateurs supplémentaires de quartier ont été installées. Ces extensions de réseau amenaient l'électricité dans des maisons qui n'avaient pas eu la possibilité d'être branchées et, à chaque fois, les habitants fêtaient l’événement comme il se doit.

Ainsi par exemple en 1953, on organise à Garsalec une inauguration officielle du transfo de Guilly-Vraz, un vin d'honneur (cf. la photo dans l'article) et une soirée dansante au café-épicerie Quelven : « Un vin d'honneur était organisé au bistrot Quelven l'inauguration du poste transfo de Guilly-Vraz qui eut lieu en fin de matinée au cours de laquelle est restée en mémoire locale la phrase biblique prononcée m'a-t-on dit par Jean-Marie Quéau de Parc Land, adjoint au maire : "Que la lumière soit et la lumière fut". Après le vin d'honneur, un bal fut organisé le soir dans la même salle par des musiciens amateurs secondés par un électrophone et un micro. » (René Le Reste).

Le progrès est indéniable : « Par la suite la fée lumière équipa progressivement les maisons du quartier ... On mit au rébus la lampe pigeon, et on découvre l'ampoule électrique, une 25 watt, super pour les devoirs des écoliers. » (René Le Reste)

En novembre 1955 on pose un transformateur à Kerroué pour desservir enfin tous les villages de l'est de la commune le long de la route d'Elliant, de Keristin et Kerdilès au moulin du Jet : « Avec la mise sous-tension du poste de Kerroué, Ergué-Gabéric termine pour ainsi dire son plan d'équipement électrique. Il reste cependant le poste de Méouet en construction et quelques branchements isolés qui, nous le pensons, seront bientôt réalisés. » (Le Télégramme). Même le recteur Gustave se déplace pour la cérémonie d'inauguration et bénit le poste transformateur.. Et tout le monde est invité au vin d'honneur « pour arroser comme il se doit cette étape dans le modernisme qui ne doit pas s'arrêter en si bon chemin pour le bienfait de nos campagnes. ».


Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Souvenirs d'électrification rurale dans les années 1932-1955 »

7 Les chroniques de la bonne année

Billet du 05.01.2019 - « En verre et contre tous … au 1er mai 1934 » : ouverture et 4e de couverture du Kannadig, et très bonne année 2019.

Tout d’abord un article sur les admirables vitraux contemporains et controversés de la chapelle de Kerdévot posés en 1994-97.

Puis les guerres de Napoléon via ses voltigeurs et fusiliers gabéricois et une mise à jour sur la dernière patrouille du 10 novembre 1918.

Déguignet est abordé au travers de ses cahiers qui viennent d’être numérisés et mis en consultation sur Internet, et aussi vu par un autre écrivain, Hervé Jaouen.

Côté Bolloré, c’est la procession de la Fête-Dieu en 1918, une double généalogie familiale, des arbres qui seront bientôt les plus hauts de France, et le cri de la S.F.I.O. et du comité de défense laïque en 1927.

Deux documents inédits sur la famille noble Rozerc’h du manoir de Pennarun, respectivement en 1594 et 1617.

Et pour finir ce bulletin, une histoire de gilet jaune le 1er mai 1934 à Paris, non pas sur les Champs-Elysées, mais rue Nationale, aux abords de la cité Jeanne-d’Arc.

Par ailleurs les annales 2018 sont toujours disponibles au prix de 17 euros. Et on a déjà démarré la préparation des annales de 2019 qui seront normalement prêtes plus tôt dans le courant de l’année.

Que 2019 soit une année belle et innovante !


Bloavezh mat d’an holl !


Feu !! A-raok !!

Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 44 Janvier 2019 »

 

8 Jean Espern "gilet jaune" de Quélennec

Billet du 29.12.2018 - « Oh ! ne quittez jamais, c'est moi qui vous le dis, Le devant de la porte où l'on jouait jadis ... », Auguste Brizeux, recueil "Marie", cité dans le journal "L'union Agricole du Finistère" du 11 mai 1934 à propos de l'arrestation des manifestants bretons à Paris.

Jean Espern est un manifestant natif de Quélennec en Ergué-Gabéric, arrêté le 2 mai 1934 par la police suite aux violences dans la cité Jeanne-d'Arc dans le 13e arrondissement de Paris, conformément aux faits relatés dans les journaux locaux, notamment l'Ouest-Eclair, et dans le quotidien communiste L'Humanité.

Les émeutes de la cité Jeanne d'Arc le 1er mai 1934 à Paris ont été mentionnées très brièvement dans les journaux locaux « Le Finistère » et le « Courrier du Finistère ». Par contre dans « L'Ouest-Eclair » les faits sont développés par un reportage sur place les jours suivants, et « L'Union Agricole » reprend cette information en donnant également les noms des personnes interpellées d'origine bretonne : « Le lendemain matin, plusieurs arrestations étaient opérées, dont celles de trois Bretons : Jean-Marie Sinquin, François Péret, de Rosporden, et Jean Espern, d'Ergué-Gabéric. ».

Ces deux journaux font même la morale : « Ces trois petits Bretons auraient sans doute pu vivre chez eux, sinon dans l'opulence, du moins dans la paix et l'honnêteté, tandis que là-bas ... Puisse du moins leur exemple servir de leçon à d'autres qui pourraient se laisser tenter par le même rêve. »

Dans le journal communiste « L'Humanité », le déroulement de cette journée du 1er mai est détaillé, avec tout d'abord des échauffourées pendant la manifestation à Alfortville, puis des barricades et des tirs devant la cité Jeanne-D'arc du 13e arrondissement en fin d'après-midi et pendant la nuit. Le journaliste Paul Vaillant-Couturier y écrit : « À peine la bataille d'Alfortville se terminait qu'une nouvelle provocation policière qui établit sans contestation possible la préméditation du gouvernement pour faire du Premier Mai une journée sanglante, éclatait. Cette fois c'était dans le treizième, où les ouvriers et les étudiants manifestaient pour exiger la libération de leur élu arrêté le matin, Monjauvis »

Il ne s'agit pas de simples débordements, mais d'une rébellion plus profonde qui d'ailleurs peut expliquer l'arrivée du Front Populaire en 1936. L'un des combattants bretons donne son interprétation : « La misère ! Nous avons trop de misère. Montez donc chez moi, et vous verrez si on peut redouter la mort pour sortir d'où nous sommes ».

Le journaliste obéit à l'injonction : « Je suis monté au "domicile"

 
La rue Nationale dépavée après les troubles à la cité Jeanne-d'Arc.

de Sinquin, sis au troisième étage de la trop fameuse cité, et je dois avouer que le Scaërois n'avait pas exagéré : je n'ai jamais rien vu de plus sordide, de plus sale, de plus triste que ce pauvre taudis. » La cité Jeanne-d'Arc sera entièrement rasée en 1939.

En mai 1934, une vingtaine d'ouvriers, la plupart âgés d'environ 25 ans, sont arrêtés pendant les émeutes, et surtout le lendemain matin de très bonne heure : « Vers 5 heures, des flics en bourgeois entrent dans la cité, où jusque-là personne ne s'est risqué. Sans mandat, ils arrêtent. Une femme, dans un escalier, simplement, parce qu'elle n'est pas couchée. »

Parmi les ouvriers arrêtés, on compte Jean Espern né le 22 février 1906 à Quélennec, ses parents Mathias Espern et Marie Anne Le Meur y étant agriculteurs. Sans doute est-il venu en région parisienne après la vague d'émigration de gabéricois aux carrières de Saint-Chéron dans les années 1890-1910, car on trouve des Espern et des Le Meur de Quélennec dans la liste des émigrants carriers et terrassiers.

A priori, Jean Espern ne restera pas longtemps en prison après les événements de mai 1934 et quittera la cité Jeanne-d'Arc pour revenir au pays. En 1949, il se mariera avec Marie Catherine Daoudal à Ergué-Armel où il décèdera en 1953.


En savoir plus : « Jean Espern sur les barricades du 1er mai à Paris, journaux locaux, L'Humanité 1934 »

9 Les Rozerc'h et la Ligue en 1594

Billet du 22.12.2018 - On l'appelait le Commandant ou le Major Faty, et il fut très actif en tant que retraité érudit quimpérois. Il a publié notamment cet article de 83 pages dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1885 où il présente son analyse des comptes de miseurs de Quimper.

Un miseur, dans les grandes villes bretonnes du 15e au 18e siècle comme Nantes, Lamballe, Vitré, Quimper, Vannes et Rennes, est un comptable chargé des comptes municipaux, des recettes et des autorisations de dépenses. Pour Quimper on dispose de ces comptes de miseurs pour les années 1478 à 1785.

En 1594-97 on est encore en pleine période de guerre de la Ligue en Bretagne, à savoir la révolte nobiliaire et urbaine autour du duc de Mercoeur et de la Sainte Ligue catholique contre les protestants et les rois Henri III et Henri IV. Mais des brigands tels que Guy-Eder de La Fontenelle, installé à Douarnenez, ou Anne de Sanzay de la Magnanne, retranché près du bourg de Quimerc'h, vont profiter des troubles pour ravager le pays cornouaillais, et les habitants vont devoir se défendre contre leurs exactions.

Dans l'étude du commandant Faty, on trouve les passages des comptes de miseurs de Quimper en 1594 qui attestent des « paiements d'anciens biens/gens de guerre », et les différents remboursements de frais de voyages et de messagerie engagés par les députés de la ville auprès du duc de Merceur : « le conseil advisa et délibéra de faire entendre par remontrance à Monsieur le duc de Mercoeur, gouverneur de ce pays, les oppressions et ravaiges faicts en l'esvèché de Cornouaille par plusieurs troupes y estant sous son autorité. », en l’occurrence les troupes du comte Anne de Sanzay de la Magnane.

Les Rozerc'h de Penanrun font partie de ces députés envoyés auprès du duc de Mercoeur. Il en parle page 137 : « Dans ce but, il lui députa Jean Roserc'h, sieur de Pénanrun, conseiller au présidial de Quimper, lequel, pour ses frais de voyage, reçut la somme de cinquante écus. »

Et page 152 il est question d'un parent ou frère de Jan Rozerc'h, à savoir Vincent Rozerc'h : « Le 3 juillet, les habitants de Quimper tentèrent un nouvel effort, et pour le rendre plus efficace, ils résolurent d'envoyer une ambassade importante, tant par le nombre que par la qualité des personnes qui en faisaient partie. Elle se composait de neuf députés : les sieurs Vincent Rozerec'h, Pierre Jaureguy ... ».

Nous avons rassemblé les fac-similés de toutes pages des comptes des miseurs, conservés aux Archives municipales de Quimper, qui relatent ces faits, afin d'en faire une transcription littérale et analyser plus précisément la généalogie des Rozerc'h.

Les registres des comptes de miseurs sont au nombre de 25 et couvrent les années 1478 à 1785, avec une interruption entre 1603 et 1668. Le registre principal de l'année 1594 coté CC64 (ancienne cote des Archives Départementales du Finistère : 2E1514) contient 102 folios recto-verso (soit 205 pages avec le velin de recouvrement), et est complété pour la fin de l"année par le document d'apurement CC65 (8 folios recto-verso, ancienne cote ADF 2E1514), et le registre complémentaire CC61 de fin d'année 1594.

Entre les pages 106 et 170 ce sont les dépenses engagées auprès de députés en charge de représenter la ville : « Frais pour affaires et escriptures, voyages et missaigeryes ». Et les Rozerc'h y apparaissent 6 fois, sous les prénoms Jean et Vincent. On retrouve également Jean Rozerc'h et le co-député seigneur de Kerguidu dans le folio 7 du registre d'apurement.

 
Philippe-Emmanuel de Lorraine (1558-1602), duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, est le dernier ligueur rallié à Henri IV. Lorsque Henri IV devint roi de France, il se met à la tête de la ligue bretonne, songeant même à rétablir la souveraineté de cet ancien duché du chef de sa femme Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, et se proclame « Protecteur de l’Église catholique et romaine » dans cette province.


Aux pages 107 et 130 il est question de « Jan Rozerch seigneur de Penanrun Conseiller présidial audit Quimpercorentin » pour au moins une dépense de 240 livres (plus d'autres frais apurés plus tard, dans le registre cc65, pour la conduite de chevaux). Il s'agit de la délégation de fin avril composée de Jan Rozerch et de Hervé de La Raye, sieur de Kerguidu, qui sont nommés pour aller « aux estats » à Dinan convoqués par le duc de Mercoeur.

À la page 145 du registre CC64, on peut lire la dépense engagée pour la délégation importante du 2 juillet de 9 députés, menée par Vincent Rozerc'h, qui se rend cette fois le 2 juillet à Dinan et à Ploërmel où d'autres représentants de Quimper sont retenus prisonniers. Le but est toujours d'y régler le conflit et les exactions des troupes du comte de la Magnanne.

Bruno Faty indique qu'il s'agit de l'écuyer Vincent Rozerc'h et que le précédent Jean est son frère ou parent. Mais en fait il existe trois Vincent Rozer'ch, le père, le fils et le petit-neveu, les deux derniers bénéficiant du titre d'écuyer. Le fils, décédé vers 1629, pourrait être ce député de 1594, car à la page 170 nous lisons qu'il est « héritier » de Jan Rozerc'h, lequel pourrait être son oncle (cf arbre publié dans le billet de la semaine dernière).


En savoir plus : « FATY Bruno - Comptes de miseurs de Quimper à l'époque de la Ligue en Bretagne », « 1594 - Les Rozerc'h de Penanrun dans les comptes de miseurs de Quimper »

10 Les Rozerc'h de Pennarun en 1617

Billet du 15.12.2018 - « Minu et déclaration des terres, rentes et chefrentes et droits héritaliers que tient à foy, hommages et droits de rachats quand le cas advient de souz le Roy nostre sire, damoiselle Marie Coznoual dame douairière de la Forest et de Penanrun tant en son nom que négociant pour nobles gens Vincent, Augustin, et Caterine Rozerch  », Archives départementales du Finistère, cote A142.

(manoir de Pennarun, Jean Istin, 2002)

Ce document est un rapport préparatoire à la réformation du domaine royal en 1680. Il se base sur un aveu original daté de 1617 concernant le domaine de Pennarun dont l'original est aux archives de Nantes (cote B2013). On trouve également un résumé de l'acte dans le registre de l'inventaire ADF-A85 des archives finistériennes.

Du fait que la déclarante Marie Coznoual détient également le manoir de la Forest, il existe un document similaire daté de 1604 signalé par Jakez Cornou dans son historique du manoir de Kerfeunteun : « Aveu de damoiselle Marie Coznoual dame douairière de la Forêt Penanrun femme tutrice des enfants aux dits mineurs de la succession de feu noble homme Vincent Rozerc'h leur père ».

Le domaine de Pennarun en 1617 est constitué du manoir, « avec toutes ses issues, largesses et apartenances », colombier et moulins, et des tenues ou terres affermées au bourg d'Ergué-Gabéric et dans les villages de Kerellou, Boden, Quilly-bihan, Pennanec'h, Quélennec, Mélennec, Bosuzic, Loqueltas, Le Lec.

Les informations les plus intéressantes de ce document sont généalogiques, car elle permettent de dresser sur plusieurs générations les membres de la famille noble des Rozer'ch. La déclarante est dite « dame douairière de la Forest et de Penanrun » du fait qu'elle est héritière et gestionnaire des biens de

  son mari défunt Vincent Rozerc'h, au nom de leurs trois enfants Vincent, Augustin et Catherine.

Grâce à un autre document daté de 1680 qui détaille la succession de Penanrun par Françoise, la dernière descendante des Rozerc'h, on peut compléter l'arbre des 3 générations gabéricoises comme suit :

  Bertrand Rozerc'h (1539)
  x Marguerite Marion
  └> Vincent Rozerc'h, sieur de la Forest et de Penanrun
  ├    x Marie Coznoual, douairière de Penanrun en 1617
  ├    ├> Vincent Rozerc'h, escuyer, le vieil (+~1629) 
  ├    ├   └> Françoise Rozerc'h (+ 1658)
  ├    ├          x Alain Glemarec, sieur de Trevaras
  ├    ├> Augustin Rozerc'h, seigneur de Penanrun (1618-1620)
  ├    ├   └> Vincent Rozerc'h, escuyer, s.p.
  ├    └> Caterine Rozerc'h (1617)
  ├          x Pierre du Cleuziou
  └> ? Jean Rozerc'h, sieur de Penanrun (1594)

On apprend que la succession du mari défunt était « eschu à cause de la succession de feue damoiselle Marion sa mère ». Et effectivement en 1539, le rôle de la Reformation de Quimper mentionne « Bertrand Rozerch et Marguerite Marion, sa femme ».

L'aveu de Marie Coznoual en 1617 précise également une « fondation faite par nobles gens Hervé de Coatanezre et Marguerite Marion sa femme vivant sieur et dame du dit lieu », ce qui semble indiquer que Marguerite Marion s'est remarié avec un Hervé de Coatanezre, de la même famille qui détenait aussi Lezergué avant les Autret. Sans doute est-ce la raison pour laquelle les détenteurs de Pennarun déclareront plus tard leurs prééminences nobles via les armoiries des Coatanezre.

En savoir plus : « 1617 - Minu et déclarations des terres de Pennarun par Marie Coznoual veuve Rozerc'h », « CORNOU Jakez - Manoir de la Forêt »

* * *

La semaine prochaine, grâce aux comptes des miseurs de la ville de Quimper, nous détaillerons comment deux représentants des Rozerc'h de Pennarun se sont illustrés en 1594 dans la lutte contre le bandit cruel et redouté Anne de Sanzay de la Magnane pendant les guerres de la Ligue.

11 Le Cri du Peuple contre le Seigneur Bolloré

Billet du 08.12.2018 - « Quand on a ouvert l'école privée en 1927-28, il y a des gens, qui travaillaient encore à l'usine, qui avaient leurs gosses à l'école publique, et qui ne voulaient pas les mettre à l'école privée. », Henriette Briand-Francès, entretiens en 2015.

Au sommaire de cette semaine, trois entrefilets dans la presse finistérienne du courant socialiste S.F.I.O. en 1927-29 et deux billets dans le bulletin du Comité de Défense Laïque du Finistère, le tout pour dénoncer des actions de l'entrepreneur René Bolloré qui réussit à faire annuler l'agrandissement de l'école laïque des filles et qui voudrait faire fermer l'école des garçons au hameau de Lestonan, à proximité des papeteries d'Odet.

Le premier article du journal « Le Cri du Peuple », l'organe du parti socialiste ou S.F.I.O. (Section française de l'Internationale Ouvrière) du Finistère, mentionne tout d'abord une lettre du ministre de l'Instruction publique Edouard Herriot à Maurice Bouilloux-Lafont, député finistérien de la Gauche Radicale. Dans cette lettre, publiée in-extenso dans la Dépêche de Brest, le futur président du Conseil l'informe des accords de subventions des travaux dans 11 écoles du département, dont le projet d'agrandissement de l'école des filles du hameau de Lestonan.

Mais, en ce mois de novembre 1927, le journal socialiste finistérien ne croit guère à cette bonne nouvelle, car jusqu'à présent, dans le Finisère, seulement quatre projets annuels de constructions ou d'extensions d'écoles sont honorés. Le journal donne aussi les montants associés et l'ordre de priorité des 11 projets, celui d'Ergué-Gabéric étant classé 8e sur 11 : « ERGUÉ-GABERIC. - Agrandissement du groupe scolaire de Lestonan : 245.000 fr. ».

Le journal a raison d'être pessimiste car le projet d'agrandissement ne se fera pas. La raison est essentiellement locale : les effectifs de l'école laïque chutent dès la rentrée de 1927, car le papetier René Bolloré ouvre une garderie d'une part, et fait conduire par car les enfants de Lestonan jusqu'à l'école privée du Bourg d'autre part, et en 1928 la situation ne s'améliore pas car il ouvre une école privée de filles dans le même hameau.

 

En novembre 1928, après l'inauguration de cette école Sainte-Marie, le Comité de Défense laïque du finistère, en charge depuis 1922 de promouvoir l'école publique dans tout le département, ne peut que constater la désertion dans son bulletin trimestriel : « La pression fut telle qu'à la rentrée d'octobre, les 4/5 des élèves désertèrent l'école laïque pour l'école chrétienne. »

À la fin de l'année scolaire, en juin 1929, le journal « Le Cri du Peuple » donne la parole par deux fois au Comité de Défense laïque dans ses colonnes pour une nouvelle inquiétude, à savoir la suppression de l'école des garçons du hameau : « L'école de garçons de Lestonan sera transformée en asile pour les vieillards ... M. Bolloré construira, à ses frais, une école neuve à plus de 3 km de Lestonan ! »

Le ton du billet est un tant soit peu agressif et vindicatif : « Lestonan, où sévit le multimillionnaire Bolloré, seigneur des Papeteries de l'Odet, et de leurs ouvriers et ouvrières, et, au surplus, clérical de première cuvée ... Le seigneur Bolloré, multi-millionnaire par la grâce de Dieu et de ses ouvriers, veut débarrasser Lestonan de la "pourriture laïque" ... L'école laïque de Lestonan restera debout, malgré ses ennemis, malgré les traîtres, malgré les invertébrés qui devraient la défendre. ».

Le comité et le journal socialiste font allusion à des traîtres dans les rangs des républicains qui auraient du défendre les écoles laïques. Il s'agit en fait principalement du tout nouveau préfet préfet Charles Vatrin (1873-1938) qui est venu se faire une idée sur place : « La Préfecture a déjà enquêté, mais ces messieurs étaient pilotés par un chauffeur de M. Bolloré ! Serait-ce la bonne Union nationale de ceux qui ne veulent pas d'histoires ? »

En savoir plus : « Invectives du comité de Défense Laïque contre René Bolloré, Le Cri du Peuple 1927-1929 »

12 Séquoias d'Amérique et pierres à laver

Billet du 01.12.2018 - On avait déjà signalé ces géants d'Amérique dans la rubrique « La beauté et majesté de certains arbres plantés à Ergué-Gabéric », mais voici que le livre « Arbres remarquables du Finistère » leur consacre une belle page et rappelle qu'ils seront bientôt les plus hauts arbres de France .

Le Finistère ne disposait encore d'aucune publication sur ce sujet. Or son patrimoine arboricole est pourtant l'un des plus riches et originaux de France. On découvre dans ce livre des arbres insolites, exotiques ou sacrés, répartis en quatre "pays" : Brest, Cornouaille, Morlaix, Centre-Finistère.

En pays de Cornouaille, on notera la page 50 consacrée aux séquoias géants d'Amérique qui ont été plantés dans les années 1910 à Ergué-Gabéric, et la photo publiée en 3e de couverture.

On dénombre en effet dix-huit séquoias géants près du musée et du manoir d'Odet et trois au bout du chemin non loin des bâtisses de Stang-Odet. Ces arbres originaires de Californie ont déjà, en 2018, une hauteur respectable de 58 m et un diamètre de 6 m.

C'est l'industriel René Bolloré qui les fit venir par bateau des Etats-Unis pour les planter sur ses terres dans les années 1910. Les liens étroits entre le jeune industriel et ses clients cigarettiers (Walter Reynolds, John Williams ...) ont sans doute permis la réalisation de cette plantation.

  Outre qu'il est connu sous les appellations de Séquoias toujours verts ("sempervirens") et de Séquoias rouges de Californie, cet immense arbre est également surnommé Hypérion, un des Titans, assimilé au Soleil dans la mythologie grecque, et a la réputation d'être le plus haut arbre du monde.

L'auteur rappelle aussi qu'actuellement la taille de 58 m des séquoias d'Odet, qui n'ont qu'une centaine d'années, les met déjà au top-5 des plus hauts arbres de France, juste derrière le pin Douglas de Renaison (Loire), culminant à 66 mètres.

Mais ce record sera bientôt dépassé à Odet : « Ces « jeunes adolescents » dont l'espérance de vie peut dépasser les 2000 ans présentent un intérêt scientifique évident. Pour la première fois le vieillissement de cette essence rapportée de Californie vers la fin du XIXe siècle va pouvoir être observé sur notre continent et sous notre climat breton. Il est à parier qu'au regard de leur situation abritée dans un ses méandres de l'Odet et de la fertilité du sol sur lequel ils sont plantés, ces arbres n'ont pas fini de nous faire tourner la tête. »

En savoir plus : « Les séquoias géants d'Amérique au bord du chemin de Stang-Odet », « JEZEGOU Mickaël - Arbres remarquables du Finistère »


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Dans la poursuite de la mise en valeur du patrimoine de la commune, qu'il soit naturel ou utilitaire, nous avons cet été complété l'inventaire des fameuses pierres de granite qui servaient à laver le linge autrefois.

Les dernières trouvailles sont localisées dans les villages de Kergoant et de Kerdilès, le premier à l'état brut et un peu ébréché, le second installé comme support paysager d'un petit plan d'eau.


En savoir plus : « Pierres de granit pour les bailles à laver le linge dans nos campagnes »

13 Procession de la Fête-Dieu et généalogies

Billet du 24.11.2018 - Début juin 1918, René Bolloré (1885-1935) organisa à son manoir une procession religieuse de la Fête-Dieu à laquelle participèrent une partie du personnel de son usine, et à cette occasion le photographe quimpérois Joseph-Marie Villard publia une série de plus de 10 cartes postales.

La Fête-Dieu, autrement appelée Fête du Saint Sacrement, était une manifestation catholique importante, un jeudi de mai ou juin, soixante jours après Pâques, quelques jours après la Saintre-Trinité. Elle commémorait la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, et donnait lieu à une procession de bannières, le parcours étant décoré de guirlandes et le prêtre portant l’Eucharistie dans un ostensoir.

En 1918 la Fête-Dieu tombe le jeudi 30 mai, et une première procession est organisée à Quimper le dimanche qui suit, le 2 juin. Cette année-là, c'est la perspective de la fin de la Grande Guerre qui est dans toutes les têtes. Le Saint-Sacrement reste exposé pendant plus d'une semaine, jusqu'au dimanche suivant, deuxième dimanche de Saint-Sacrement et également fête du Sacré-Coeur.

Pour le dimanche 9 juin 1918, les cardinaux et évêques de France demandent d'organiser dans les églises paroissiales et les chapelles, « le matin, une messe de communion ... le soir, une cérémonie avec allocution, procession ..., en union de prières et d'intention avec la Belgique et avec les autres nations alliées ».

On peut donc supposer que la procession de la Fête-Dieu d'Odet a été organisée ce deuxième dimanche 9 juin dans l'après-midi.

Le départ de la procession se fait depuis l'allée devant le manoir situé dans l'enceinte de la papeterie. Sur 3 cartes postales on y voit se préparer des enfants, garçons en marins ou en habits bretons et filles en toilettes blanches, accompagnés de leurs mères portant coiffe et tenue traditionnelle.

 

En tête de la procession deux hommes, relativement âgés, dont l'un porte un grand crucifix. Il s'agit de François Guéguen, cocher de l'usine à papier d'Odet. Puis suivent les bannières de procession religieuse portées par des adultes et des oriflammes dressées par les enfants.

Au milieu du cortège un dais tenu par quatre hommes, sous lequel un prêtre tient l’ostensoir ; il s'agit sans doute du recteur de la paroisse Louis Pennec, ou d'un religieux ami de la famille Bolloré. Devant, semblant organiser la procession, s'active un vicaire de petite taille, sans doute le dynamique Louis Le Gall.

Avant de revenir, le cortège de la procession fait une sortie hors de l'enceinte de l'usine, avec toujours à leur tête la grande croix et ses deux porteurs, en costume « glazik ».

De retour dans le parc, les processionnaires se recueillent devant un immense reposoir décoré de banderoles. Au sommet des escaliers devant un autel dressé, un prêtre et des enfants de cœur animent les litanies et cantiques chantés.

Article : « 1918 - Procession de la Fête-Dieu au manoir d'Odet »


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À l'heure où les médias relèvent la nomination de Thierry Bolloré comme directeur exécutif de l'entreprise Renault, en le qualifiant de cousin éloigné de Vincent Bolloré, il est intéressant de préciser qu'il faut remonter 6 à 7 générations d'ascendants directs pour identifier un aîeul commun, un négociant syndic des marins. Ce dernier a fondé deux branches distinctes :

Image:Square.gifImage:Space.jpgcelle de Thierry Bolloré : un chapelier, un faïencier et des négociants.

Image:Square.gifImage:Space.jpgcelle de Vincent : marins et 4 générations de papetiers, héritiers de Nicolas Le Marié

 René Bolloré (1760-1826), syndic des marins
  x 1780 Elisabeth Corentine Denic (1752-1793)
 ├> Jean-Guillaume Bolloré (1788-1873), chapelier
 ├   x 1819 Marie-Perrine Le Marié (°1790), sœur du papetier
 ├   ├> Marie Perrine Elisabeth Bolloré (cf ci-dessous)  -------->
 ├   └> Jean Guillaume François Bolloré (1820-1899)              
 ├        x 1847 Alexandrine Marie Capel (1830-1882)               
 ├        └> Louis Pierre Marie Bolloré (1859-1922), négociant   
 ├             x 1894 Joséphine Delmon (1866-1952)
 ├             └> Louis Henri Bolloré (1896-1940), faïencier
 ├                  x 1923 Gabrielle Faure (1902-1986)
 ├                  └> Yves Henri Bolloré (°1927)
 ├                       x 1960 Jacqueline Martin (°1928)
 ├                       └> Thierry Bolloré (°1963), industriel
 └> René-Corentin Bolloré (1793-1838), capitaine pêcheur
  x 1817 Marie Nicolase Belbeoc'h (1795-1818)
 └> Jean-René Bolloré (1818-1881), chirurgien de marine, papetier
      x 1846 Marie Perrine Elisabeth Bolloré (1824-1904) <-------
      └> René-Guillaume Bolloré (1847-1904), papetier
           x 1876 Leonie Marie Blanche Surrault (1847-1948)
           └> René-Joseph Bolloré (1885-1935), papetier
                x 1911 Marie Amélie Thubé (1889-1977)
                └> Michel Bolloré (1922-1997), papetier
                     x 1943 Monique Follot (°1923)
                     └> Vincent Bolloré (°1952), industriel

Bio : « Jean-Guillaume Bolloré (1788-1873), fabricant chapelier »

14 Numérisation des cahiers retrouvés

Billet du 17.11.2018 - Les manuscrits originaux de la 2e série des cahiers de Jean-Marie Déguignet ont fait l'objet d'un don à la médiathèque de Quimper, qui, dans le cadre du plan de numérisation des documents patrimoniaux, a procédé à leur numérisation et les met à disposition sur son site Internet :

En 1897 Jean-Marie Déguignet confie à Anatole Le Braz une première série de cahiers de ses mémoires, avec promesse de publication. Mais pendant des années rien ne se passe, et le paysan bas-breton, un tant soit peu énervé, démarre la réécriture d'une seconde série de 26 cahiers qu'il achève juste avant sa mort, et quelques mois seulement avant de voir quelques extraits de sa première livraison édités dans la Revue de Paris. Que ce soit la première ou la seconde série, les cahiers originaux ont très vite disparu des radars médiatiques.

Avant que la petite fille de Jean-Marie Déguignet ne les montre en 1962 au mémorialiste Louis Ogès, qu'en 1984
le journaliste gabéricois Laurent Quevilly lance un appel vibrant « Sos Manuscrits ! » dans les colonnes d'Ouest-France et qu'il reçoive chez lui à Garsalec un coup de fil de la génération suivante des descendants : « J'ai lu votre article. Je suis l'arrière-petit-fils de Déguignet. J'ai tous les manuscrits »

Laurent Quevilly s'en souvient : « J'avoue que ce coup de fil reste à mes oreilles mon meilleur souvenir professionnel. Deux jours plus tard, dans une HLM de Kermoysan, nous découvrions, avec l'émotion que l'on devine, les cahiers étalés sur la toile cirée. L'arrière petit-fils de Déguignet nous avoua avoir souvent failli les jeter ... »

La collection retrouvée de la seconde série était composée de 26 cahiers d'écolier, d'une centaine de pages chacun, mais le 1er et le 21e n'ont pas retrouvés dans les papiers transmis au fil des générations Déguignet. Les 24 cahiers forment 2584 pages qu'il a fallu transcrire et l'éditeur An Here en fit en mai 1998 une extraction intitulée « Mémoires d'un paysan bas-breton ».

À la sortie du livre des mémoires 150 000 exemplaires sont vendus en deux mois. Puis en 2001 l'Intégrale « Histoire de ma vie » est publiée chez "An Here", ces livres étant réédités ensuite par l'association Arkae.

 

C'est avec l'émotion des découvreurs de 1962 et de 1984, Louis Ogès et Laurent Quevilly, que l'on peut aujourd'hui visionner les pages numérisées par les soins de la Médiathèque de Quimper. On trouvera également ici le sommaire détaillé de l'Intégrale permettant un accès direct aux pages manuscrites.

En savoir plus : « Les 24 cahiers manuscrits de la seconde série des mémoires de Jean-Marie Déguignet »

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C'est l'occasion aussi de se souvenir de la manière avec laquelle un écrivain gabéricois a accueilli la publication des mémoires de Jean-Marie Déguignet. Tous les lundis matin, de mai 1999 à juillet 2003, Hervé Jaouen a publié en dernière page du Télégramme son croquis du lundi dans lequel il retranscrivait ses sentiments et évocations d'écrivain prolixe et "doué de diversité". Le lundi 27 mars 2000 il écrivait : « Oui, Deguignet tend enfin à la Bretagne ce miroir dans lequel elle n'osait pas se regarder.  ».

En savoir plus : « Les croquis du lundi d'Hervé Jaouen, Le Télégramme 1999-2003 »


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