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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Sommaire

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1 Pénurie et tickets de rationnements

Billet du 19.08.2017 - « En plus de l'alimentation, il y avait d'autres tickets de rationnement sur beaucoup de produits manufacturés ... Aussi fallait-il faire appel au système D pour survivre à la pénurie ... Dure époque comparée à celle de nos jours ou l'on croule sur le trop plein !  », René Le Reste.

L'article de cette semaine porte tout d'abord sur les annonces relevées en 1943 dans les journaux « La Dépêche de Brest » et « Ouest-Eclair », puis les souvenirs des anciens gabéricois à propos de ces tickets détachables d'approvi-sionnement dans les commerces et enfin les anecdotes locales de débrouillardises face à la pénurie des denrées et biens de consommation.

En effet, l'historien et officier de police Alain Le Grand, lors de la préparation de son livre « Le Finistère dans la guerre 1939-1945 », a recopié deux entrefilets du journal de la Dépêche de Brest du 27 avril 1943 annonçant les distributions de tickets de rationnement, l'une au Huelgoat, et l'autre à Ergué-Gabéric. La note de lecture est conservée aux Archives Départementales du Finistère.

L'annonce pour Ergué-Gabéric donne les jours de convocation des bénéficiaires par groupes alphabétiques de leurs patronymes : « aujourd'hui mardi 27 avril, A à I ; mercredi 28, G à L ; jeudi 29, M et N ; vendredi 30, O à Z ».

Chaque famille reçoit dès 1941 une carte de rationnement nominative pour les produits textiles, le tabac et l'alimentation. Et ensuite mensuellement, ou plus tard trimestriellement, des feuilles de tickets détachables sont distribuées en mairie. Les tickets n'exonérent pas les citoyens de payer les produits aux commerçants. La généralisation du système vise à une répartition équitable des produits entre tous, ce rationnement prenant fin courant 1949.

Les tickets sont distribués chaque mois pour les denrées alimentaires, essentiellement « pain, viande, matières grasses », et suivant les catégories (*) d'âges et de besoins en nourriture. La catégorie J2 par exemple inclut les jeunes des deux sexes âges de 6 a 12 ans révolus, et la catégorie T les travailleurs se livrant a des travaux pénibles nécessitant une grande dépense de force musculaire. Les « J2 » ont droit à 1/2 litre de lait par jour auquel les adultes n'ont pas droit, et en revanche, les adultes peuvent acheter les rations de vin.

Un jour de distribution spéciale est organisé pour les « bénéficiaires de suralimentation et de régimes », c'est-à-dire les personnes déclarés malades ou handicapées qui peuvent bénéficier de rations supplémentaires. Sinon, hormis ces exceptions, les rations journalières individuelles, sont en moyenne de 250 grammes de pain, 25 grammes de viande, 17 grammes de sucre, 8 grammes de matière grasse et 6 grammes de fromage. Avec un tel rationnement, la nourriture d'un homme ne dépasse pas 1200 calories/jour alors qu'il est généralement admis qu'il en faut 2400.

Dans les annonces parues dans le journal Ouest-Eclair et qui annoncent les distributions des tickets de juin, octobre et décembre 1943, un jour spécial est prévu pour les commerçants. En effet ils doivent, chaque mois, faire l’inventaire des tickets reçus de leurs clients pour pouvoir se réapprovisionner auprès de leurs fournisseurs. Et en juin uniquement une distribution est faite aux jeunes adultes d'Ergué-Gabéric : « les jeunes gens nés en 1919 (4e trimestre), 1920, 1921 et 1922 », c'est-à-dire ceux âgés de 21 à 24 ans.

Jean Le Reste, ayant vécu son enfance à Ergué-Gabéric et un mandat de maire entre 1983 et 1989, a aujourd'hui un souvenir précis des tickets de rationnement distribués par la mairie pendant et après la guerre : « Ils étaient attribués en fonction de la composition de la famille et on les utilisait chez les commençants. Ma famille faisait ses courses chez Thomas, au bourg. On allait en famille, le samedi soir. Mon  père  bavardait

 

avec Jean Louis, le menuisier, et ma mère faisait ses provisions, moyennant tickets, avec Catherine qui s'occupait du commerce. Cela se terminait par une boisson chaude ! Lorsque je suis allé au lycée La Tour d'Auvergne, en 1946, les tickets existaient encore. »

Son cousin René Le Reste, né en 1936, se souvient également de cette époque et de son enfance gabéricoise :

« Il me revient cette anecdote, dont j'ai été témoin vers 1944 - 45 chez Quelven à Garsalec que nous appellions "An Ostilidi", bistrot et épicerie, là où ma mère prenait la plupart de son alimentation rationnée avec des tickets J2 J3 (*), une "termajie" (**) de passage qui voulait aussi avoir un pot de confiture pour un de ses enfants : mais Marie Quelven lui répondait inlassablement : "je ne peux pas, je suis rationnée, je n'ai que selon les tickets de mes clients et vous vous n'êtes pas notée ici. Si je vous donne je priverai une de mes clientes". Malgré tout, Marie est restée inflexible malgré la forte insistance de son interlocutrice. »


Image:Right.gif En savoir plus : « 1943-1946 - Pénurie et distribution des feuilles de tickets de rationnement », « THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain - Le Finistère dans la guerre 1939-1945 »


Dans le livre des deux correspondants départementaux du Comité d'Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale, on peut relire également les pages consacrées au célèbre cambriolage du centre S.T.O. de Quimper en janvier 1944, avec la participation du groupe de jeunes résistants d'Ergué-Gabéric autour du boulanger Fanch Balès. Dans le tome 2, il est question d'opération de résistances au Stangala et près de chapelle de St-Guénole, de la bataille de Quimper dans le section du Rouillen, et de la mort de l'otage Jean-Louis Le Meur.


Notes :

  • (*) Les catégories de tickets de rationnement en fonction des types de bénéficiaires : A - Adultes de moins de 70 ans ne se livrant pas à des travaux de force. C - Cultivateurs de 12 ans et sans limite d’âge se livrant personnellement aux travaux agricoles. E - Enfants des deux sexes âges de moins de trois ans. J1 -Jeunes des deux sexes âges de trois a 6 ans révolus. J2 - Jeunes des deux sexes âges de 6 a 12 ans révolus. J3 - Jeunes de 13 a 21 ans, ainsi que les femmes enceintes. V - Vieillards de plus de 70 ans dont les occupations ne peuvent autoriser un classement en catégorie C. T - Travailleurs se livrant a des travaux pénibles nécessitant une grande dépense de force musculaire.


  • (**) Termaji, "An termaji" : signifie en breton, le ménestrel, le batelier, mais aussi le forain car le terme vient d’une modification du terme français « lanterne magique » qui est l’ancêtre du cinéma. En effet, les forains, durant les pardons et les foires bretonnes, projetaient des images grâce à une lanterne magique. Le terme a été banalisé pour désigner les gens du voyage.

2 Guérisseur et très honnête homme

Billet du 12.08.2017 - « À chaque époque, une certaine représentation du monde et des choses, une mentalité collective dominante anime, pénètre, la masse entière de la société ... Elle est le fruit d'héritages lointains, de croyances, de peurs ... », Fernand Braudel, Grammaire des civilisations.

Cet ouvrage d'Annick Le Douget, en librairie depuis quelques jours seulement, est une véritable thèse de sociologie historique, documentée via de très nombreux compte-rendus de procès et d'archives judiciaires, donnant un éclairage inédit sur la façon dont on pratiquait la médecine populaire dans nos campagnes bretonnes au cours des deux siècles précédents.

En partant du constat que le Finistère est un désert médical au 19e siècle (en 1805 on n'y compte 1,33 docteur en médecine pour 10.000 habitants), on comprend mieux le rôle des guérisseurs et des rebouteux. Ce sont eux qui sont consultés pour soigner les maladies, et les procès pour exercice illégal de la médecine, généralement initiés par les médecins en manque de clientèle, ne font que confirmer le rôle globalement positif de la médecine clandestine.

La plupart des guérisseurs et rebouteux du 19e siècle sont inculpés sous le coup de la loi du 19 ventôse an XI (10 mars 1803) qui promeut un monopole des officiers de santé et des docteurs en médecine. Mais deux chapitres de l'étude d'Annick Le Douget abordent aussi les cas particuliers des charlatans de foire, vendeurs de pilules miraculeuses et sorciers des campagnes qui sont jugées pour faits d'escroqueries.

Parmi les nombreux cas de guérisseurs, celui de Pierre Nédélec de Kergoant en Ergué-Gabéric, évoqué en pages 97 à 99. En décembre 2012 Bernez Rouz avait également évoqué cette affaire dans un bulletin de l'association Arkae.

Jean-Marie Déguignet dit de lui en 1868 qu'il est « ancien maire, le plus riche et le plus considéré de la commune » (Intégrale des mémoires, p. 341). Ici en 1877 les appréciations sont les mêmes : « le dit Nédélec passe pour un très honnête homme, il est un des bons propriétaires de la commune », « Je connais le sieur Nédélec, depuis fort longtemps, pour un très honnête homme ».

Néanmoins en 1877 il est « inculpé d'exercice illégal à la médecine » suite à une enquête de gendarmerie après des morsures d'un chien « arragé » constatées dans la commune de Melgven où le guérisseur gabéricois est venu « panser » et soigner les animaux (porcs, poulets, chiens) et humains blessés.

« Depuis 25 ans que je connais le secret de guérir de la rage, ... j'ai toujours réussi à guérir les personnes que j'ai traitées » déclare-t-il aux gendarmes. Louis Pasteur n'ayant pas encore inventé son vaccin, la maladie est mortelle et entraine la folie, dont la phobie de l'eau, l'hydrophobie étant synonyme de rage à l'époque.

L'une des filles de l'honnête homme, Marie Perrine, âgée de 28 ans est également accusée d'avoir prodigué des soins et des médicaments à Rosporden. Son père essaie de la disculper (« elle avait été envoyée par lui pour porter des médicaments »), mais les gendarmes ne peuvent l'interroger car elle est partie pour plusieurs jours au pèlerinage de Rumengol.

Les pratiques de Nédélec pour remédier au mal de la rage était de « panser » les plaies des morsures, peut-être en utilisant un onguent ou cataplasme, et à délivrer un médicament « liquide de sa composition » sous la forme d'une « fiole » qui servait à frictionner le corps des animaux ou personnes, ce pendant les quelques jours qui suivaient « le jour de l'accident ».

 

A priori le docteur en médecine de Quimper connait et ne s'oppose pas au guérisseur d'Ergué-Gabéric : « Mr Chauvel père, médecin à Quimper me connait bien et on peut lui demander des renseignements sur moi ». Mais, du fait qu'il risque la désapprobation de son ordre, le docteur Chauvel se rétracte prudemment devant les gendarmes : « il croit agir avec connaissance de cause, il ne peut que faire arriver des accidents ... et il n'a(urait) jamais dû être autorisé par personne pour soigner cette maladie. »

Pierre Nédélec se fait manifestement payer pour ses traitements et délivrances de médicament, mais devant la justice il présente ces paiements comme des oboles : « Le nommé Lancien m'a également prié avec instance pour recevoir dix francs qu'il m'a mis dans ma poche (et je croyais qu'il n'y en avait que cinq), il a ajouté qu'il voulait payer pour ceux qui n'avaient pas le moyen. »

Le jugement final de l'audience en correctionnel le 14 juin 1877 fait état d'une condamnation symbolique pour exercice illégal de la médecine avec une amende très modique de 5 francs.


Image:Right.gif En savoir plus : « LE DOUGET Annick - Guérisseurs et sorciers bretons, 1800-1950 », « 1877 - Pierre Nédélec, guérisseur de la rage, condamné pour exercice illégal de la médecine »


La première conférence d'Annick Le Douget, ancienne greffière aux tribunaux de Quimper et spécialiste de l'histoire de la justice et de la criminalité en Bretagne, aura lieu dans le cadre du Café littéraire à Pouldreuzic, le mardi 29 août à 18 heures 30, pour présenter son nouveau livre « Guérisseurs et sorciers bretons au banc des accusés, Finistère, 1800-1950 ». Venez nombreux !

3 Geslin de Bourgogne et Pennarun

Billet du 05.08.2017 - Un mystère planait sur la famille Geslin qui a occupé au 17e et 18e siècle le manoir de Pennarun en Ergué-Gabéric : d'où venaient-ils et comment s'étaient-il établis là ? La réponse est dans un document d'archives de 1680, dit "papier terrier".

En 1660 Colbert lance la réformation du domaine royal en Bretagne, c'est-à-dire la vérification des aveux et déclarations de propriété des sujets du roi, depuis le paysan jusqu'aux seigneurs locaux. En Bretagne cela donna lieu au registre papier terrier de la Chambre des Comptes de Nantes.

Les originaux sont conservés aux Archives Départementales de Nantes ou siégeait la cour des comptes. Notre transcription est basée sur la copie complète des Archives Nationales à Paris sous la côte P//1689.

Aux folios 209 à 217 concernant le domaine de Penanrun, on découvre que familles se déclarent co-propriétaires du manoir de Penarun, les « advouants », sont :

Image:Right.gif les Glemarec du manoir de la Forest à Kerfeunteun, en l’occurrence Pierre François Glémarec « sieur de Trevaras, baschelier en théologie de la faculté de Sorbonne », et ses sœurs Marguerite (épouse Geslin) et Louise (épouse Guegan).

Image:Right.gif Jan Hyacinthe Guegan, du manoir de Querulut en Plobanalec.

Image:Right.gif les Geslin du manoir de Bourgogne à Lantic près de Saint-Brieuc, à savoir François Geslin et son fils Jan (alias Jean-Baptiste).

Il s'agit de la succession d'Alain Glémarec, époux de Françoise Rozerc'h qui détenait également le manoir de La Forêt en Kerfeunteurn, et dont l'héritage en provenance de deux écuyers Vincent Rozerc'h est explicité dans document transcrit.

Quant aux Geslin, par alliance aux Glémarec, ils vont prendre la suite des propriétaires de Pennarun, le fils Jean-Baptiste, mineur en 1680, s'y installera. Cela était la coutume pour les grandes familles nobles d'acquérir de nouveaux châteaux et manoirs et d'y expatrier l'un de ses enfants comme châtelain occupant.

Jean-Baptiste Geslin est connu pour avoir avec son demi-frère Christophe pris à partie un dénommé Marolles St-James, et toux deux mis aux écrous. les 3 générations suivantes des Geslin vont occuper le manoir de Pennarun jusqu'à la Révolution et l'insurrection des Chouans (cf arbre ci-contre).

Une des caractéristiques de Pennarun est d'être situé dans le bourg, et de ce fait la formule consacrée est « le manoir de Penanrun duquel despand tout le bourg d"Ergué Gaberic ». On apprend aussi que les Glémarec ont hérité aussi de tenues supplémentaires au bourg par des échanges du messire Guy Autret, seigneur du domaine de Lezergué proche du bourg

En 1680 les prééminences des seigneurs de Pennarun dans l'église paroissiale sont les mêmes que celles transcrites dans les actes de 1731 et 1752 : « deux tombes armoyées des armes de la dite seigneurie de Penanrun, l'une au pied du maistre autel, et l'autre au plus bas bout à bout, avec un escabeau accoudoires sur la dite tombe inférieure ».

 
Croquis de Pennarun en 2002 par Jean Istin et généalogie des Geslin :

L'église, le cimetière, les placitres, et toutes les maisons, terres, courtils, bois de haute futaie du bourg sont rattachés au domaine noble. On notera aussi « la grande rabine conduisant du dit manoir de Penanrun au dit bourg d'Ergué, et à l'occidant en partye sur chemin nommé Caront ar cosquer ». Ce dernier "Cozquer", le vieux village en breton, marque sans doute les restes d'un ancien bourg médiéval.

La propriété noble de Pennarun inclut aussi de très nombreuses « tenues », réparties sur le territoire de la paroisse et données en gérance en « domaine congéable », c'est-à-dire sans cession du foncier et possibilité pour le seigneur propriétaire de congédier les tenanciers au terme du bail annuel.

Les villages gabéricois sont Boden Bridiry, Guilly Bihan, Querhelou, Tréodet, Parc Tudal, Loqueltaz, Parc Quellennec, Lehec, Squividan, Becarmenez, Quermorvan, Parc Bedan, Pennaneach ; et Kerambellec en Ergué-Armel.

Image:Right.gif En savoir plus : « 1680 - Papier terrier et dénombrement du manoir noble de Penanrun », « Le manoir de Pennarun », « Les Geslin, seigneurs de Pennarun aux 17 et 18e siècles »

4 Un jeudi de Pentecôte en 1922

Billet du 29.07.2017 - « Les Bolloré aimaient beaucoup les fêtes. À la fête du centenaire de l'usine, en 1922, tout était pour rien. On pouvait faire du manège tant que l'on voulait. Il y en a qui en ont vraiment profité. », Laurent Huitric de Menez-Groaz

En 1922 il n'y pas la moindre ligne dans les journaux pour relater la fête des 100 ans des papeteries fondées en 1822 par Nicolas Le Marié et dirigées ensuite par 3 générations de Bolloré, et à laquelle plus de 1000 personnes furent invitées. Et pourtant les journaux locaux sont nombreux à cette époque : Le Finistère, le Progrès du Finistère, l'Union Agricole, le Courrier du Finistère, l'Ouest-Eclair, la Dépêche de Brest ...

La raison en est sans doute que l'évènement n'est pas typé à 100% républicain ou conservateur. Les journaux, tous marqués nettement sur l'échiquier politique, ont une tendance à enjoliver des faits-divers qui sont de nature très proche de leur sensibilité ou à critiquer, par opposition, les articles des journaux concurrents. Ici on a certes affaire à un industriel qui est certes conservateur et très catholique, mais l'implication dans la fête de tout le personnel est socialement et politiquement plus républicaine. D'où le silence des journaux de tous bords qui ne savent a priori pas quelle position tenir.

De ce fait la date exacte de la fête de 1922 aurait été oubliée, si ce n'est que le poème de Théodore Botrel commence par ces mots « En ce jeudi de Pentecôte ». Et en guise de confirmation, le document inédit présenté ci-dessous, à savoir l'original du programme de la fête corrigé à la main, précise qu'il s'agit bien du jeudi 8 juin 1922, les usines étant arrêtées pour l'occasion. Les libations se poursuivront le jour suivant, et même tout le week-end.

En 1982 Fanch Mao de Stang-Odet s'en rappelle encore très bien : « Ca a duré huit jours. Ils avaient caché du vin dans la rivière, dans le ruisseau, dans le bois, partout. ». Et Marianne Saliou d'ajouter : « On avait envoyé le Botrel qui avait composé une chanson sur le centenaire ... C'était quelqu'un de Nantes qui organisait la fête. Il y a eu beaucoup de bonshommes saouls. Pendant longtemps après, on a trouvé dans le bois de l'usine des bouteilles vides.  ». Par ailleurs on a conservé également les 55 cartes postales du photographe Villard et les textes des discours du patron René Bolloré et de l'abbé André-Fouêt.

Quant au programme officiel de la journée du jeudi, il est très précis sur les horaires : « 8H30 arrivée du personnel de Cascadec ... 9 Heures MESSE ... 10 Heures Courses ... 11 Heures Remise de décorations ... 11 Heures Déjeuner ... 3 Heures Attractions ... ». Et la soirée du jeudi se terminera par une séance de cinéma, des danses et un feu d'artifice.

La messe en début de journée est dite dans la petite chapelle de l'usine d'Odet, fraichement restaurée et dédiée comme il se doit à saint René. Pour les courses à pied, le programme précise les catégories et les prix octroyés aux gagnants, jeunes gens, hommes mariés, femmes et vétérans. La remise des décorations est faite par le Préfet du Finistère en personne.

 

Pour agrémenter le repas il est indiqué « Chansons par Monsieur Théodore BOTHREL », lequel vient de rentrer d'une tournée outre-Atlantique et composera le poème « Les Cloches du Centenaire ». Les distractions de l'après-midi sont multiples : « Mats de cocagne - Danses aux binious - Chevaux de bois - Balançoires - Lancement de Bombes surprises et de Baudruches - Exhibition de poids et haltères. »

Image:Right.gif En savoir plus : « 1922 - Organisation de la fête du centenaire de la Papeterie de l'Odet »

Les cartes postales du photographe Joseph-Marie Villard diffusées à grande échelle ont joué le même rôle qu'un facebook et un youtube aujourd'hui. On peut y voir les figures réjouies des nombreux participants, les sommités sur leur 31, le personnel décoré, les habits traditionnels ...

L'ensemble de 55 cartes postales numérotées forme un ensemble varié de scènes où se mélangent le personnel, les gymnastes, les danseurs, des personnalités officielles, dont le préfet, des clients étrangers, les familles Bolloré et Thubé de Nantes, ... Pour faciliter la compréhension un diaporama a été constitué en 2007 avec l'aide d'Henri Le Gars et de Jean Guéguen dont les commentaires, principalement d'identification des personnes, ont été inscrits en bas de chaque image de carte. Les 55 cartes ont été réparties sur 6 thèmes principaux.

Image:Right.gif En savoir plus : « Fête du centenaire de la Papeterie Bolloré en 1922, collection Villard »

5 Fin de l'Union sacrée en 1919

Billet du 22.07.2017 - Merci à Jean-François Douguet d'avoir présenté ce magnifique entre-filet républicain dans son livre sur la Grande Guerre et à Pierrick Chuto pour avoir relevé cet épisode local dans le contexte de l'opposition "blancs - rouges" très marquée dans notre région cornouaillaise.

L'article du journal « Le Finistère » daté du 15 septembre 1919 rend compte du conflit entre les républicains voulant célébrer une fête commémorative de la Grande Guerre dans l'esprit de l'Union sacrée et le recteur Louis Pennec qui fait interdire le bal au nom de la morale chrétienne.

L'Union sacrée est le nom donné au mouvement de rapprochement politique qui a soudé les Français de toutes tendances politiques ou religieuses lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, et qui est ici mis à mal par les positions antagoniques des clans laîcs et catholiques.

Cette cérémonie patriotique eut lieu le dimanche 9 novembre 1919 à Ergué-Gabéric : « une fête des Poilus organisés par les démobilisés de la commune. Fête réussie en tous points ... ». Sauf le bal qui était prévu pour combler « leur désir d'être à la joie ce jour-là ».

En fait les organisateurs ont demandé naïvement au recteur de venir procéder à une cérémonie religieuse en l'honneur des disparus. Et sa réponse est cinglante : « Le service religieux ne sera célébré qu'à la condition que le bal n'eût pas lieu »

Le recteur va « jusqu'à juger de façon très inconvenante les paroissiennes qui assisteraient au bal ». La formulation est assez volontairement ambiguë pour que le terme d'inconvenance puisse s'appliquer aussi bien au recteur, aux paroissiennes dévergondés ou au bal lui-même.

Le journal républicain remarque en conclusion que le recteur aurait pu être plus flexible du fait que ses trois vicaires (*) ont été mobilisés, et sous-entend en quelque sorte que son intransigeance est due au fait que lui-même personnellement n'a pas connu le front.

Et la conclusion de l'article est plutôt sibylline : « Singulière façon de perpétuer l'union sacrée cimentée au front ! Insister serait cruel ...  »

Quand le recteur Louis Pennec décède en 1943 il aura droit à une nécrologie dithyrambique : « en 1914, recteur à Ergué-Gabéric, et c'est là, qu'en 1935, à l'occasion de ses noces d'or, Monseigneur l'Evêque voulut récompenser sa prudence, sa charité, sa douceur et son zèle sacerdotal, en lui conférant la mosette de doyen honoraire !  ». De l'art de concilier le zèle et la douceur !

 

Quant à la mosette, il s'agit de cet élégant petit manteau couvrant les épaules que l’ecclésiastique peut porter fièrement à titre honorifique.

Image:Right.gif En savoir plus : « Interdiction du bal des poilus et intransigeance du recteur Pennec, Le Finistère 1919 », « Louis Pennec, recteur (1914-1938) »

(*) : Jean-François Douguet donne page 77 les noms des trois vicaires (Corentin Breton, Théophile Madec, François Le Gall) dans un extrait d'interview dans le journal paroissial : « Les vicaires ne tardèrent pas à être mobilisés et le recteur dût seul assurer le service de la paroisse. Monsieur Breton, mobilisé à Quimper, peut quelquefois rendre service pour le ministère dans la paroisse. Monsieur Le Gall, après avoir été réformé, fut successivement auxiliaire à Fouesnant, à Edern, à Morlaix. Monsieur Madec put rarement aider au service de la paroisse en raison de ses obligations militaires. Le bedeau lui-même fut quelquefois mobilisé. »

6 Un saint, son cantique et sa statue

Billet du 15.07.2017 - Saint patron de la paroisse d'Ergué-Gabéric, il est l'enfant natif du village de Kerrouz, au bord de l'Odet, avant d'être appelé à l'abbaye de Landévennec par saint Guénolé. Il n'est donc pas étonnant que notre Guénhaël trouve sa place au panthéon du monachisme breton.

C'est l'archiviste diocésain et chanoine Jean-Louis Le Floc'h qui communiqua à Fanch Morvannou cette copie manuscrite du cantique de saint Guinal, conservée aujourd'hui sous la cote 8N2-1-017, en lui précisant qu'elle est « transcrite manifestement par un enfant ». Nous en publions aujourd'hui le facsimile.

Il n'y a ni date, ni signature, ni indication du timbre sur lequel le cantique était chanté. Le texte court, un refrain et 5 strophes, est une demande au saint pour être protégé de tout dommage et toute méchanceté, ce pour les malades, les enfants, les jeunes gens, le bétail, et finit par un « Gant e sikour, Satan morse Ne c’hello trec’hiñ tud Erge » (Avec son aide, Satan jamais Ne pourra vaincre les habitants d'Ergué).

Signalons aussi un extrait d'un autre texte d'une comptine ou cantique quimpérois publié dans Feiz ha Breiz en 1926  : « Roomp amzer Da Wennole, Da zont d'ar gêr, Eus an Erge, Da zont d'ar ger eus an Erge, Gant Gwenêl e ziskib neve neve »
  (Donnons du temps à saint Gwenolé, en revenant à la maison, depuis Ergué, en revenant d'Ergué à la maison, avec Gwenael son nouveau disciple).

Saint Gwennaël, nommé aussi Guénaël, Vinel, Guenault et Guinal, alors qu'il vivait son enfance à Ergué-Gabéric, aurait été remarqué à Quimper par saint Guénolé, le fondateur de l'abbaye de Landévennec, et l'aurait désigné comme son disciple et successeur. Outre son rôle de deuxième abbé de Landévennec, la vie du saint ermite a été remplie de nombreux voyages avant de se fixer jusqu'à sa mort dans le dernier ermitage à Locunel en Lanester.



Une grande statue de saint Guinal/Guénaël sera sans doute bientôt dressée à la Vallée des Saint de Carnoêt. Une souscription est en cours et gageons que les donateurs gabéricois du lieu de naissance du saint sauront compléter la mise qu'ont déjà constituée les nombreux généreux souscripteurs de Lanester où le saint est également adoré.

Au 12.07.2017 il ne manque plus que 34% des 15.000 euros nécessaires pour réaliser le projet. Cliquez ci-contre, et vous pourrez, même pour 10 euros, être le compagnon de cette grande aventure populaire.

L'association de la Vallée des Saints étant reconnue d'intérêt général à caractère culturel, tout don est déductible des impôts (articles 200 et 238 bis du CGI, 66% pour un particulier et 60% pour les entreprises).

Image:Right.gif Articles pour en savoir un peu plus : « Cantique de saint Guinal d'Ergué-Gabéric », « Guinal, 115e statue de La Vallée des Saints, Le Télégramme 2017 », « Saint Gwenhaël (6e siècle) », « MORVANNOU Fañch - Saint Guénaël »

Nota : cet été la statue monumentale d'un autre saint bien connu à Ergué-Gabéric va été réalisée à Carnoët : sant Alar. On en reparlera.

7 Mémoires Kannadig en balades

Billet du 08.07.2017 - « La mémoire. Qu'est cette mémoire ? C'est ta richesse, ton avoir. C'est tout ce que tu peux et pourrais imaginer. C'est aussi le rêve. » Philippe Métayer, L'Orpailleur de Blood Alley, Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1974.

Pour nos premières balades historiques en ce second trimestre 2017, nous avons exploré le lieu sauvage et méconnu de la vallée du Stangala. En commençant par une randonnée sur la crête de Griffonez, dans les grottes de Toul-ar-veleien, près du monstre de Beg-a-grip. En poursuivant par un voyage dans le temps au manoir noble voisin du 15e au 17e siècle.

Ensuite on lira avec plaisir le journal du voyageur brestois Jean-François Brousmiche qui a sillonné le Finistère en 1829-31 et qui y décrit le moulin à papier d’Odet et le manoir de Lezergué.

Après, on se baladera du côté des îles avec GwenAël Bolloré producteur d’un film qui a fait date dans l’histoire du cinéma breton. Et on analysera le projet de fabrique de pâte hors sol de son père René en 1923.

Du côté des écoles, on s’intéressera d’une part à la pompe et aux conditions d’hygiène de l’école communale en 1929, et d’autre part aux épidémies de rougeole, dysenterie et teigne dans les écoles du bourg de 1908 à 1921.

Pour ce qui concerne l’inventaire des églises et chapelles lors du Concordat entre 1804 et 1814, les curés desservants de la paroisse doivent répondre aux questionnaires diocésains.

En plein 19e siècle, Déguignet a dévoilé dans ses mémoires la curieuse légende du chat noir ; aujourd’hui un conteur contemporain, Maurice Poulmac’h, la narre joliment en langue bretonne.

La chapelle de Kerdévot sera peut-être aussi pour vous un lieu de promenade estival : on vous propose un jeu d’énigme pour égayer votre visite. Et on en profite pour révéler la localisation d’un exemplaire du vieux cantique de Kerdévot, celui de 1712 : il est conservé à l’abbaye de Landévennec.

Et enfin pour finir notre balade, nous vous révélons ce qu’on considère comme un vrai scoop : la plus vieille mention d’Ergué réputée datée du 12e siècle est sans doute apocryphe.

 

Pour le prouver on est allé à la source photographier les originaux du trésor des chartes à Paris.

Lecture en ligne du bulletin trimestriel, avec fichier pdf pour l'impression en recto-verso : « Kannadig n° 38 Juillet 2017 »

8 Rendez-vous du côté de Kerdévot

Billet du 01.07.2017 - « Eürus bras a cavan, habitantet Ergue, Da veza, dre preferanç dan oll dud ar c'hontre, Enoret demeus un Ilis quer caër ha quer santel, Mammen an oll miraclou ha graçou eternel » (Je vous trouve bien chanceux, habitants d'Ergué, d'être honorés d'une église si belle et si sainte)

Antoine Favé, vicaire d'Ergué-Gabéric, avait révélé en 1891 dans le bulletin annuel de la Société Archéologique du Finistère l'existence de ce cantique spirituel en breton, « Notre cantique se trouve parfaitement daté, et c'est lui-même qui nous dit qu'il fut composé onze ans après l'accident du 2 février 1701 : donc il est clair qu'il est de 1712 ».

Ce qui suit est l'analyse des éditions originales du cantique : on avait déjà communiqué l'existence d'une version incomplète dans les collections numérisées des Archives du Diocèse de Quimper et Léon, et aujourd'hui nous publions la version complète conservée à l'abbaye de Landévenec. Pour l'une et l'autre, il s'agit des feuilles volantes imprimées des 56 strophes du cantique de 1712 et des deux additions dont Antoine Favé avait indiqué l'existence sans en fournir le texte.

Antoine Favé, à la fin de son article sur l'ancien cantique dans le Bulletin annuel de la Société Archéologique du Finistère, écrivait : « Des additions furent faites quelques années plus tard à cet intéressant cantique ... ».

Le document imprimé dont disposait le vicaire est bien celui des feuilles volantes retrouvées, un magnifique tiré à part sans mention d'éditeur et datant du 18e siècle de par ses caractères typographiques. Les deux additions sont bien là en pages 7 et 8, et les 56 strophes à l'orthographe un peu vieillotte sont bien réparties à l'identique sur les 7 premières feuilles.

En fait on dispose bien de deux exemplaires, l'un à l'abbaye de Landévennec sous la cote 010.70 (facsimilé publié sur fv.kan.bzh), l'autre aux archives diocésaines de Quimper. Le premier est complet avec ses 8 feuillets, le deuxième est un peu écorné et ne présente que 4 feuilles (1-2 et 7-8).

Bernez Rouz a relevé l'existence d'une version publiée ultérieurement dans les années 1870 par la maison d'édition Kerangal, avec une orthographe plus moderne et des strophes revues (notamment les strophes 55 et 56). L'originalité de cet exemplaire est la dédicace d'éditeur aux accents royalistes, sous la forme d’un appel à prier pour Henri V, Comte de Chambord.

Par ailleurs, le cantique de Kerdévot est aujourd’hui chanté sur un autre air (« Laudate Mariam », et non le « Santez Mari » du vieux cantique) et avec des paroles complètement différentes. L'auteur de cette version moderne est Jean Salaun qui la composa en 1881. Mais le cantique moderne est court et conventionnel, alors que celui de 1712 est plus authentique et riche d'anecdotes (Duguay-Trouin, retable, peste ...).

 

En savoir plus : « Cantic Spirituel e gloar an Itron Varia Kerdevot ha diou addition »


NOTA-BENE: la chapelle de Kerdévot sera ouverte pendant l’été 2017 ; les dimanches et jours de fêtes, des bénévoles vous y accueilleront pour échanger et agrémenter vos visites.

L’association GrandTerrier y sera présente le vendredi 14 juillet toute la journée et prroposera un jeu d’énigmes sur 7 éléments patrimoniaux notables de la chapelle, ainsi que des exemplaires de ses chroniques trimestrielles, et, si cela vous intéresse, des facsimilés imprimés du cantique de Kerdévot..

Sur le site GrandTerrier on trouvera le questionnaire en ligne et la possibilité de trouver le mot-mystère de 7 lettres, en 2 parties (article + nom), représentant le terme breton de la peste qui fit
des ravages à Elliant et qui fut arrêtée par ND de Kerdévot : « Aet eo - -    - - - - - a Elliant » (la peste est partie d'Elliant), Villemarqué, Barzaz Breiz.

Pour vous aider il y a même un jeu de taquin qui fonctionne sur ordinateur PC, tablette ou smart-phone : un petit clic "sec", et non "glissé", sur une des vignettes près du carré noir pour réussir le casse-tête.

En savoir plus : « Un jeu à base d'énigmes pour une visite guidée de la chapelle de Kerdévot »

9 Voyages à Odet et à Lezergué

Billet du 24.06.2017 - « C’est en flâneur que j’ai couru mon cher pays (...) tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, j’ai porté mes pas au hasard », Jean-François Brousmiche, Avertissement, Voyage dans le Finistère en 1829, 1830 et 1831, Quimper, éd. Morvran, 1977, tome I, page 2.

Percepteur à Lambezellec et secrétaire de l’Intendance sanitaire de Brest, Jean-François Brousmiche a tenu un journal lors de ses pérégrinations dans le finistère. Ses notes ont été recopiées en 1889 par son fils Édouard sous le titre « Voyages dans le finistère en 1839, 1830 et 1831 », puis reproduites par la Société Académique de Brest dans son bulletin de 1890-91 en tant qu’ « Une promenade dans le Finistère, il y a soixante ans ». Enfin elles sont rassemblées par l’éditeur Morvran en deux volumes en 1977 ; le premier titre est repris mais avec le mot « Voyage » au singulier comme celui de Jacques Cambry en 1794.

Jean-François Brousmiche est bien sûr passé par Quimper et ses environs bucoliques. Dans l'édition de 1977, à la page 257 du second tome, on peut lire une belle description du manoir de Lezergué : « Il n'est pas de vallées fraîches, ombreuses où coulent les rivières et les moindres ruisseaux ..., chacun veut orner la solitude qu'il s'est choisie ... Il convient à Ergué-Gabéric de voir la ruine moderne de Lezergué, dont l'escalier à double rampe est digne de remarque ... Le site où elle est placée est admirable, et les arbres que l'on y voit encore sont suffisants pour l'abriter et prêter du charme au séjour que l'on y établierait. »

Page 255, une courte note sur la papeterie Le Marié, qu'il localise par erreur à Kerfeunteun, alors qu'elle se trouve à Odet en Ergué-Gabéric, et qui produit sa pâte grâce à des cylindres, et non des pilons : « Il en est un (moulin à papier) surtout dont les produits sont de qualités supérieures ... Des eaux, d'une étonnante pureté, contribuent aussi à donner plus de blancheur aux divers papiers que confectionne cet établissement, papiers bien supérieurs à ceux des autres fabriques du finistère : ils peuvent même lutter avec les produits des manufactures des autres parties de la france. Cette usine placée sur l'Odet, qu'un médiocre filet d'eau met en mouvement, appartient à monsieur Lemarié de Quimper.  »

 

En 1794-95, dans son Voyage finistérien, Jacques Cambry identifie également un moulin à papier sur la commune de Kerfeunteun en amont du moulin du Duc : « On trouve une papeterie dans Kerfuntun, sur le Steyr ».
Il est probable que Broumiche qui admirait l’esprit « judicieux » et « éclairé » de Cambry s'en soit légèrement inspiré. En tous cas, en 1831, la papeterie créée et fondée en 1822 par Nicolas Le Marié est décrite par Brousmiche comme la plus performante de la région.
Fiches bibliographiques pour en savoir plus : « BROUSMICHE Jean-François - Voyage dans le Finistère en 1829-1831 »,
« CAMBRY Jacques - Voyage dans le Finistère en 1794-95 »

10 Solidarités îliennes et celtitudes

Billet du 17.06.2017 - En 1852, sur une île perdue au large du Finistère, une épidémie abat tout le troupeau de moutons, et les pêcheurs peinent à rapporter de quoi nourrir leurs familles. Moïra, accusée de sorcellerie, s'inspire des idées des îliens en provoquant un naufrage pour piller l'épave ...

Ce livre est un très bel ouvrage composé par deux sœurs passionnées de cinéma, rassemblant une sélection de 102 films tournés en Bretagne et représentatifs des multiples facettes de la région. Parmi ceux-ci, les 4 pages (p. 74-77 du chapitre "Les îles, un monde à part") consacrées au film « Les Naufrageurs » réalisé en 1958 par Charles Brabant et produit par Gwenn-Aël Bolloré : « Lorsque, confrontés à l'imminence d'une famille, les îliens cherchent une solution, c'est tous ensemble qu'ils décident de commettre un crime en provoquant un naufrage ».

Outre sa femme, Renée Casima, dans le rôle de la jeune sorcière Moïra, Charles Vanel figure au casting du film. Aujourd'hui, le film fait partie du catalogue de Tamasa-Distribution qui dispose des droits pour le distribuer dans les salles de cinéma. Mais le film n'a pas encore été édité en vidéo pour une diffusion VOD ou DVD.

Interrogé par André Espern, Gwen-Aël Bolloré présente son film ainsi : « Les Naufrageurs, c'est une île qui s'appelle Blaz-Mor [1] , une île qui ressemble étrangement à Ouessant, à Sein, c'est plus haut que les Glénan, une île. Et comme ils n'ont rien à croûter, ils font les naufrages. »

Un roman, inspiré par le scénario du film, a également été écrit par Gwen-Aël Bolloré et publié aux Editions de la Table Ronde : « Moïra la Naufrageuse ». Mais le sujet du livre est développé de façon très différente du script du film de Charles Brabant. Notamment pour le lieu (village Blaz-mor [*] et non l'île imaginaire), pour les personnages, uniquement 3 dans le livre (Yannick, Louise et Moïra), pour la noirceur de Moïra la sorcière dans le roman, et plus ambigüe dans le film, et enfin pour la morale de solidarité ilienne dans le film alors que le livre est bien plus inspirée de légendes celtiques.

Deux mois avant la sortie officielle du film du 28 janvier 1959, une projection historique fut organisée dans la ville de Quimper, sans doute dans la grande salle de l'Odet-Palace (ou alors au Bretagne qui s'appelait le Gradlon avant 1965), avec un grand vin d'honneur pour 27 personnalités invitées nominativement.

On trouvera dans l'article référencé le facsimile de l'invitation avec l'identification des 27 noms qui sont soit des proches de la

 


famille du producteur Gwenaël Bolloré, soit les personnes impliquées dans la réalisation du film, soit des personnes influentes du monde de la presse (Paris-Match, Journal du dimanche, Bretagne à Paris) et du cinéma.

Le photographe Etienne Le Grand (né en 1911-12 d'un père photographe d'origine gabéricoise) présent pendant le tournage du film à Kerity, et 22 de ses négatifs sont conservés au Musée de Bretagne de Rennes, présentant les acteurs et les prises de vue lors du naufrage du bateau à Kerity-Penmarc'h : Site Internet du Musée de Bretagne.

Les scènes photographiées sont celles prises sur le site de Kerity-Penmarc'h avec les acteurs principaux (Charles Vanel, Renée Cosima ...), et le bâteau qui sera volontairement naufragé sur les rochers. Les deux dernières photos de la collection sont prises à la nuit tombée.

Dans le film-interview d'André Espern, le producteur et scénariste Gwenn-Aël décrit son rôle dans le tournage du naufrage : « Dans le scénario le bateau qui ne voyait plus les feux, devait s'écraser du côté de Penmarc'h. Quand on a été pour tourner, personne ne voulait prendre la barre, parce que le type était seul. Tout le monde s'est tourné vers moi, car c'est moi qui avais écrit le scénario. Je me suis déguisé en marin hollandais, avec des bottes et une casquette, et puis j'ai été droit sur les cailloux, il y avait un peu de mer. C'est très impressionnant, puisqu'avec une barre franche, résister à la tentation de tourner la barre pour éviter les cailloux, c'est dur pour un marin. »

En savoir plus : « BLANCHARD Nolwenn et Maria - La Bretagne au cinéma », « 1958 - Première mondiale du film Les Naufrageurs à Quimpe », « Etienne Le Grand, clichés du tournage du film "Les Naufrageurs" de Gwenn-Aël Bolloré », « ESPERN André - Gwenn-Aël Bolloré, l'homme crabe »


Note : [*] Blaz signifiant à la fois « goût » ou « saveur », mais aussi « odeur » - dans un sens péjoratif (mauvaise odeur), et Mor signifiant « mer », la traduction du nom de l'île peut ainsi être double et présenter la même ambiguïté que ses habitants : « le goût de la mer » où « l'odeur (mauvaise) de la mer ». Cette dualité, voire cette opposition, est très présente dans le film. Source : Wikipedia.

11 Flambées épidémiques scolaires

Billet du 10.06.2017 - Les déclarations de maladies épidémiques en 1908, 1917 et 1921 par un instituteur d'école et un médecin à l'attention du préfet et de l'inspection académique, avec les effets déjà constatés sur place et les différentes recommandations d'éradication.

Les deux premières lettres proviennent de l'instituteur de l'école publique du bourg, M. Tanguy, qui signale à son administration en 1908 des cas de grippes et de rougeole, et en 1917 il confirme l'existence de cas graves de dysenterie. La troisième lettre est une prise de position argumentée et motivée du médecin quimpérois Charles Colin qui dresse un tableau de l'épidémie de teigne en 1921 dans les écoles gabéricoises.

En 1908 la grippe et la rougeole touchent 30 élèves de l'école des garçons du bourg, et certainement aussi de nombreux autres dans les autres écoles du bourg et de Lestonan. La consigne pour la rougeole est de respecter « les prescriptions visant les maladies épidémiques en évinçant les élèves malades ».

En septembre 1917 l'ensemble des habitants de la commune est affecté par une épidémie: « Des cas de dysenterie graves se sont en effet produits à Ergué-Gabéric. La maladie s'est déclarée il y a près d'un mois. Il y a actuellement une cinquantaine de malades dans toute l'étendue de la commune. Sept décès sont déjà survenus dont deux au bourg. »

Cette endémie mortelle est probablement la conséquence de conditions sanitaires insuffisantes, et une contamination de l'eau potable des puits ou des sources. L'école des garçons au bourg ne compte qu'une victime, mais par contre l'école des filles à l'est du bourg, dans un « quartier qui laisse beaucoup à désirer au point de vue de l'hygiène », est bien plus touché et l'institutrice adjointe y est contaminée. Deux médecins militaires venus de Lorient doivent venir sur place, et après diagnostic ils demandent le « licenciement » de l'école des filles, c'est-à-dire sa fermeture provisoire.

En 1921, le docteur Colin rédige un rapport au préfet dans lequel il rend compte de ses constats où il s'est rendu suite à une alerte épidémique de teigne : « À l'école libre des filles du bourg, j'ai trouvé un cas de teigne, chez la jeune SALAÜN Marguerite. À l’École publique des garçons de Lestonan, autre cas chez le jeune MOIGNE (Michel). »

Au-delà des recommandations sanitaires usuelles de propreté corporelle, Charles Colin défend l'idée des « patères numérotées » dans les écoles : « La teigne se propage souvent dans les écoles par le changement de coiffures, soit par jeu, soit parce que les coiffures sont jetées en désordre les unes sur les autres et que dans le brouhaha de la sortie de classe les élèves les interchangent. »

  Cours d'hygiène infantile en Picardie en 1917 :

Il conclut par « J'espère que si ces prescriptions sont bien et intelligemment appliquées, nous ne tarderons pas à voir enrayée l'épidémie menaçante ». Malheureusement cela ne sera pas suffisant, car en 1927, à l'école des filles du bourg, on constatera une réapparition de la teigne.

En savoir plus : « 1908-1921 - Epidémies de grippe, rougeole, dysenterie et teigne dans les écoles »




Addendum au sujet scolaire de la semaine dernière :

Nous avons complété la bio de Judicaël Gloaguen, instituteur de Lestonan de 1926 à 1929, puis au Bourg.

Et notamment sur ses idées anti-militaristes qui donnèrent lieu à son inscription au Carnet B du Ministère de l'Intérieur, car « pouvant troubler l'ordre public en s'opposant à la mobilisation nationale ».

Est-ce sa blessure au combat en septembre 1914 dans la Somme qui en fit un pacifiste ?

En savoir plus : « 1929 - Carnet B et enquête sur un instituteur aux idées anti-militaristes », « Judicaël Gloaguen et épouse, directeur et institutrice de 1926 à 193x »

12 Hygiène et propreté à Lestonan

Billet du 03.06.2017 - « J'ajoute qu'au cours de mon entretien avec M. le Maire j'ai demandé à celui-ci s'il y avait lieu de se plaindre de M. Gloaguen en tant qu'instituteur. Il m'a répondu négativement ... Chaque année il remporte de beaux succès au certificat d'études et aux Bourses. »

Tel qu'on peut le lire dans ce dossier de 1929 conservé aux Archives Départementales (2 O 409), le préfet Charles Vatrin, pour son dernier poste dans le Finistère avant sa retraite, est sollicité pour raisonner les protagonistes d'un conflit autour d'une pompe défaillante et qu'il faudrait réparer :

Image:Right.gif La municipalité et le maire sont agacés contre les requêtes de l'instituteur, « vu les exigences continuelles de M. Gloaguen et les ennuis occasionnés par lui depuis son arrivée dans la commune », lui demandent de « réparer à ses frais les dégâts occasionnés à cette pompe », et suggèrent son transfert dans une autre commune.

Image:Right.gif L'instituteur, « un maître consciencieux, travailleur, qui conduit son école avec allant et qui prend à cœur l'intérêt de ses élèves », voudrait améliorer les conditions d'hygiène de son école.

Image:Right.gif L'inspecteur académique prend fait et cause contre ce qu'il ressent comme une injustice : « cette délibération du Conseil municipal est un acte d'ingratitude qui très sincèrement me fait de la peine ».

Image:Right.gif Le président de l'association mutualiste « Solidarité du Finistère » demande l'annulation de la délibération municipale formulant des « appréciations injustifiées ».

En fait ces échanges sur le conflit autour de la pompe à eau, apporte des informations intéressantes sur les conditions d'hygiène et d'organisation à l'école de Lestonan en cette première moitié de 20e siècle :

Image:Right.gif Le poêle, assurant le chauffage de chaque classe, fonctionne au charbon. En 1928 M. Gloaguen obtient de la mairie un nouveau poêle, mais par contre le 10 février il essuie un refus de réapprovisionnement de charbon, car les conseillers ont estimé que 200 kg par an et par classe étaient suffisants, aussi bien à Lestonan que pour les classes de Mme Borrossi au bourg.

Image:Right.gif La propreté de l'école passe par le renouvellement de peinture et la « désinfection » des classes et du logement de l'instituteur. Le conseil municipal parle de « luxe », lésine sur le nombre de couches de peinture et se plaint des dépenses engagées.

Image:Right.gif Une pompe permet d'amener de l'eau aux robinets affectés à la toilette des enfants : ce n'est pas une simple pompe à main car la dernière panne est due à « à un mauvais état de la soupape du piston ». Elle est sensible au froid car l'instituteur doit faire « un grand feu » pour la dégeler, ce qui fait fondre le « le tuyau de plomb ».

Image:Right.gif Le rapport de l'inspecteur stipule que « l'eau est nécessaire à la toilette des enfants, à Lestonan peut être plus qu'ailleurs car les épidémies y sont fréquentes ». Ce point, souligné au crayon bleu, est sans à imputer à un quartier où la pauvreté est plus marquée que dans le reste de la commune.

  Image:Right.gif La volonté de bien faire son métier d'instituteur sans se mêler « de questions politiques » est notée également par l'Inspecteur qui ajoute qu'il « ignore d'où en est venue l'initiative », ne croyant pas en celle du maire républicain de gauche, Jean-Louis Le Roux, lequel est normalement un défenseur de l'école laïque.

Il faut dire que ces années 1927-29 sont troublées par un autre dossier, celui de la création de l'école confessionnelle de Lestonan par René Bolloré. Les Gloaguen sont bien sûrs opposés à cette nouvelle école, ainsi que Mme Lazou, directrice de l'école des filles de Lestonan.

Au delà de considérations politiques, les critiques à l'égard des Gloaguen sont sans doute issues de simples considérations personnelles, avec peut-être la mésentente avec son instituteur adjoint Jean Lazou.

In fine, M. Gloaguen ne sera pas transféré ailleurs malgré le désir de la municipalité. Le maire républicain Jean-Louis Le Roux ne sera pas réélu, étant battu par des opposants conservateurs. En 1931 les Gloaguen seront nommés à l'école des garçons du Bourg en remplacement des Le Coant et le couple Lazou prendra la direction de l'école communale de Lestonan.

En savoir plus: « 1929 - Conflit entre l'instituteur de Lestonan et la municipalité au sujet d'une pompe »

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