Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier - GrandTerrier

Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

Un article de GrandTerrier.

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Les finances de l'an II

Billet du 27.11.2021 - Dans le cadre d'un décret de 1793 portant sur la refonte des finances publiques, un avoué quimpérois est mandaté un an plus tard pour produire l'état de l'actif et passif de la nouvelle municipalité d'Ergué-Gabéric : document 28 L 82 des Archives Départementales du Finistère.

Charles Le Blond est un commissaire et avoué de Quimper, qui a participé avec son collège Salomon Bréhier à un certain nombre d'expertises et évaluations de biens gabéricois confisqués à la noblesse et au clergé local dans les années 1790-95.

Ici, le 8 thermidor ou 26 juillet 1794, il est chargé par le District, dans le cadre du décret du 24 août 1793 de l'an II de la République, d'établir l'état de l'actif et passif de la municipalité d'Ergué-Gabéric, cette dernière étant représentée par le maire François Laurans de Squividan et l'officier municipal Jean Le Jour de Boden.

Comme le décret de 1793 exige l'établissement d'un livre de compte dans chaque commune, l'expert Le Blond est dépêché auprès de toutes « les municipalités en retard » autour de Quimper dans la période d'un mois après la commission du 24 messidor.

Le rapport d'Ergué-Gabéric détaille tout d'abord l'actif immobilier constitué des rentes et fondations annuelles qui jusqu'à présents étaient versées aux conseils de fabrique, à savoir les corps politiques affectés à l'église paroissiale et dans chacune des chapelles de Kerdévot, St-Guénolé et St-André. L'actif dit mobilier est « le produit des comptes qu'ont deub rendre les différentes fabriques successivement » restitué en début d'année 1793 et non relatif au culte, pour une somme trouvée dans la caisse de 245 livres.

Le montant total de l'actif immobilier est de 576 livres et 5 sols, mais ces rentes et dons payées annuellement par une quarantaine de propriétaires fonciers ou domaniers sont loin d'être acquises car « les articles de rentes sont la plupart arriérés depuis la Révolution malgrez avertissements fréquents donnés de venir paier ».

Par contre les biens confisqués aux noble et clergé sont exclus du total car relevant désormais des domaines nationaux. Sont cités par exemple pour mémoire « la fondation du Cleuyou supprimée par confusion dans la propriété devenue nationale », « une rente de 48e paiable sur le clergé propriété nationale ».

 

Le premier objectif du décret du 24 août 1793 est d'ordonner « la formation d'un grand Livre pour inscrire et consolider la Dette publique non viagère ».

Mais ici en Basse-Bretagne, les assignats ou autre créance sur les fonds publics ne sont pas d'actualité, et pour Ergué-Gabéric il n'y en a rigoureusement aucune selon l'expert : « déclare aussy n'avoir aucun passif ».

Mais les objectifs secondaires sont bien « la remise et annulations des anciens titres de créances, l’accélération de la liquidation, la suppression des rentes dues aux Fabriques », et le rapport gabércicois en est l'exécution conforme.

* * *

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1794 - Etat de l'actif et passif de la commune et suppression des fabriques »

2 La municipalité de l'an III

Billet du 20.11.2021 - Une affichette publique, en date du 26 pluviôse de l'an 3 du calendrier révolutionnaire, pour officialiser l'installation de la municipalité d'Ergué-Gabéric après la période troublée de la Terreur : document 10 L 58 des Archives Départementales du Finistère.

Ce document pré-imprimé est émis et signé par les représentants du peuple établis à Brest, et libellé « près les ports et côtes de Brest et de L'orient ». Cette mention des cités portuaires de Brest et de Lorient est un allusion à l'organisation militaire révolu-tionnaire, à savoir notamment à l'« Armée des côtes de Brest » de Lazare Hoche, en charge de la lutte contre les Chouans et de protéger les côtes bretonnes contre un éventuel débarquement anglais.

Les représentants du peuple et du gouvernement, envoyés en mission de réorganisation à Brest en août 1794, sont Bernard Thomas Tréhouart de Beaulieu et Gilbert-Amable Faure-Conac, tous deux députés de la Convention et organisateurs du Tribunal Révolutionnaire de Brest qui, en février 1794, fait exécuter 175 personnes et condamner 66 accusés à la guillotine pour crimes contre l'intérêt général.

Le 14 février 1795 ou 26 pluviôse de l'an 3, date d'émission du document, les représentants brestois représentent encore l'autorité révolutionnaire car la fixation du chef-lieu du département dans la ville de Quimper n'a été rétabli officiellement que le 5 novembre 1794, après contestations et transfert provisoire à Landerneau.

L'annotation manuscrite en bas de document indique que « la municipalité d'Ergué-Gabéric a été installée par le soussigné Commissaire du Dictrict le 20 ventôse du 3e de la République », soit un mois plus tard le 10 mars, et que donc le représentant du district et imprimeur Jean Louis Derrien a obtempéré à la décision préalable prise à Brest.

L'installation de la municipalité gabéricoise passe par la nomination du citoyen Jean Riou, agriculteur à Creac'h-Ergué, comme maire de la commune (après Jérome Kergoulay et François Laurans). Jean Riou n'exercera son rôle que deux mois, car le 17 avril 1795 est créé le canton d'Ergué-Armel et la municipalité d'Ergué-Gabéric y étant rattachée perd son statut réel de commune jusqu'en 1800, seuls seront maintenus un agent municipal et un adjoint.

Les autres conseillers nommés dans le placard du 14 février sont répartis en quatre catégories :

 


Image:right.gifImage:Space.jpgles officiers municipaux (conseillers adjoints actuels) : « René Le Guenno de Sulvintin, Jean Gouzien de Niverrot, René Gouezou du Lec, Jean Jaouen, Allain Rannou de Kerourvois Kerdévot », le nom de Jean Le Jour de Boden, futur maire en 1800, étant rayé et remplacé pour une raison inconnue par Jean Jaouen de Poulduic.
Image:right.gifImage:Space.jpgun agent national : « Jean Crédou de Creachergué », sans doute le frère cadet de Jérôme Crédou (futur maire en 1812). Ce poste très important lors de la Terreur assure la mission de procureur, il doit représenter le gouvernement, veiller à l'ordre public et contrôler les conspirations contre l’égalité et la liberté.
Image:right.gifImage:Space.jpgles notables (simples conseillers): « Jean Le Signour, Denis Huitric, Joseph Le Roux, Pierre Lozach, Louis Le Naour, Louis Mauguen, Guénolé Laurent, René le Maguer, Jean Kernévez, Louis Michelet de Kernoguen ».
Image:right.gifImage:Space.jpgun secrétaire greffier : « Yves Kergourlai », sans doute le frère de Jerome Kergourlay (premier maire de la commune en 1790).

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1795 - Placard brestois d'installation de la municipalité de l'an III »

3 Remonter le temps en B-17

Billet du 14.11.2021 - À partir de 1946, l'IGN (Institut Géographique National) a fait voler ses gros avions photographes, notamment les célèbres Boeing B-17, sur le territoire français et d'outre-mer afin de prendre des clichés des villes, et ... de la campagne gabéricoise.

Les cartes de randonnées IGN de la seconde moitié du XXe siècle doivent leurs précisions aux missions de photographies aériennes menées sur le territoire français avec les équipements embarqués sur des avions militaires reconfigurés à l'issue de la seconde guerre mondiale. Des milliers de clichés argentiques N&B ou couleur ont été produits et exploités.

Il y a quelques années nous avions déjà publié sur le GrandTerrier les deux premières vues aériennes de 1948 concernant le territoire de la commune d'Ergué-Gabéric. Le nouvel espace Internet de l'IGN ayant été ouvert assez récemment avec ce nom très évocateur (« Remonter le temps ») et mettant à disposition l'intégralité des photos numériques, il était temps pour nous de compléter cette collection par les éléments dématérialisés suivants :

  • les clichés supplémentaires de 1948 couvrant les villages manquants sur les deux premiers.
  • les vues aériennes des années suivantes, toujours en noir-et-blanc : 1952, 1961, 1968, 1978.
  • les photos couleurs réalisées en 1993.
Au total 31 vues aériennes ont été ajoutées. Chaque photo aérienne est positionnée sur une carte actuelle de la commune, soit par exemple le cliché 47 du 24 mai 1952 (partie sud-ouest du Stangala à Lezergué) :
  Les photos numériques de l'IGN se présentant au départ sous forme de fichiers de haute résolution (fichier jp2 de 10000 pixels), nous les avons convertis au format du logiciel Zoomify pour permettre une navigation plus aisée à l'écran.

Pour chaque fenêtre Zoomify les villages ou lieux-dits sont repérés par un symbole "hotspot", à l'instar du bourg sur la vue aérienne couleur du 20 août 1993 :

Si l'on analyse la situation topographique de 1948-1993, on notera de nombreuses différences par rapport à aujourd'hui : des quartiers en construction (au Rouillen notamment), des routes aux tracés différents, des zones naturelles sans habitations et sans industries, des superficies de champs nettement plus petites. L'évolution du paysage est celle d'un territoire qui urbanise : la population constante de 2600 habitants de 1900 à 1948 s'accroit rapidement à partir de 1970 pour atteindre 6600 en 1993.

La liste alphabétique détaillée des hameaux et lieux dits est également annexée après les vues aériennes, avec un lien sur l'article toponymique et cartographie. La cartographie comparée de chaque village sera progressivement enrichie par le zoom sur les clichés de 1952 à 1993, comme cela avait été fait pour les vues aériennes de 1948.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Espace des missions aériennes de l'IGN entre 1948 et 1993 »

4 Retables flamands de la Vierge

Billet du 06.11.2021 - Analyse de l’ordonnancement des deux retables de la Vierge de Kerdévot et de Ternant (Nièvre), de leurs datations respectives et ateliers d'origine, des études et plaquettes consacrées à Ternant, et enfin un reportage photo GT dans le village sud-nivernais en fin d'été 2021.

Dans l'église Saint-Roch de Ternant, deux magnifiques retables portant l'un sur la Mort de la Vierge, et l'autre sur la Passion du Christ, ont été commandés par la famille de Ternant au XVe siècle. Le retable de la Vierge, issu d'un atelier flamand, se présente comme un triptyque dont les volets peints pouvaient se rabattre sur les panneaux sculptés centraux, les panneaux sculptés formant un T renversé.

À Kerdévot les panneaux initiaux du retable de la Vierge se présentent aussi comme un T renversé, les deux scènes latérales supérieures ayant été ajoutées plus tard. Et la présentation est très voisine de celle de Ternant : registre inférieur avec ses 3 scènes centrées sur la dormition, scène supérieure avec le couronnement.

Plus précisément, si l'on compare les éléments de Kerdévot (avant le vol de 1973) et de Ternant, les 4 scènes se présentent ainsi :

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 1 : l'Adoration des bergers à Kerdévot, la Visite des apôtres à Ternant. Dans les deux cas les visiteurs expriment leur déférence à la Vierge.

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 2 : la Dormition sur les deux retables. Les deux scènes sont presque identiques : la Vierge est de profil sur son lit mortuaire, les apôtres l'entourent, saint Jean imberbe tout près, des lecteurs qui prient au premier rang ...

la Dormition de Ternant
la Dormition de Ternant

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 3 : les Funérailles sur les deux retables. Le convoi funèbre et son brancard porté par saint Paul, saint Jean en tête, les juifs au sol avec les mains coupées (deux à Ternant, quatre à Kerdévot où elles restent collées au brancard).

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 4 : le Couronnement à Kerdévot, et à Ternant l'Asomption complétée du Couronnement sur 2 volets peints. La trinité y est présente : Dieu le Père couronné à gauche, le Christ à droite, la colombe du Saint-Esprit au centre (plus en hauteur à Kerdévot), les anges (musiciens à Kerdévot).

Le retable de Ternant est daté de vers 1440, via une donation de Philippe de Ternant (1400-1456), membre du Conseil du duc de Bourgogne et chevalier de la Toison d'Or. Il est représenté, ainsi que son épouse Isabeau de Roy, sur les deux volets peints extrêmes du retable.

Depuis les études récentes, notamment celle de Serge Bernard et de Fabrice Cario en 2003, on attribue les deux retables de Ternant à un atelier de Bruxelles, qualifié de brabançon ou de flamand car le duché de Brabant englobait les Pays-bas actuels et une partie de la Belgique. Ceci bien qu'aucune marque de guilde ne soit visible sur les statues, prédelle et balustrades.

 


La plaquette de présentation, visible sur place dans l'église de Ternant, confirme l'hypothèse flamande : « L'étude du style des sculptures de la période 1430/40-1460 (drapé assez lourd, proportions assez trapues et attitudes statiques) permet de proposer l'hypothèse d'un atelier bruxellois », et avance l'âge du chêne qui constitue la structure de l’œuvre, les statues étant sculptées dans des blocs de noyer : « L'arbre de 350 ans a été abattu entre 1425 et 1450 maximum. »

Le livre savant de René Journet conclue à l'unicité de l’œuvre : « Ce retable de Ternant est le seul connu illustrant le cycle de la Dormition et de la Glorification de la Vierge. »

Mais il existe bien à Kerdévot - pour lequel on ne connaissait pas d'équivalent non plus -, un retable très similaire à celui de Ternant, se partageant une même scénographie avec des personnages d'environ 30 cm, sculptés et dorés. Le triptyque de la Vierge de Ternant est peut-être un peu plus simple pour ce qui concerne sa partie sculptée, les statuettes de chaque scène sont amalgamées dans des blocs de noyer, alors qu'à Kerdévot elles sont finement ciselées et indépendantes.

Du plus, pour Kerdévot, on a bien les marques de fabrique des ateliers flamands d'Anvers et de Malines, et la proposition d'une datation à 1480, soit quarante ans après celui de la Vierge de Ternant dont le style semble effectivement plus ancien.


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Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les deux retables de la Vierge d'origine flamande et du 15e siècle à Ternant et Kerdévot », « JOURNET René - Deux retables du XVe siècle à Ternant », « BERNARD Serge & CARIO Fabrice - Les retables de Ternant »

5 Les aventuriers de l'arche perdue

Billet du 30.10.2021 - Dans la vallée de l'Odet entre Kermadoret et Creac'h-Ergué, le vieux pont médiéval de sant Alar que l'on croyait disparu : redécouverte du lieu en octobre 2021, galerie de croquis et de photos, géolocalisation et carte IGN, souvenirs des anciens.

Par un bel automne ensoleillé, quatre aventuriers - Mann Kerouredan, Jean-Noël Le Du, Jean-Pierre Le Grall et votre serviteur - sommes partis à la recherche de ce pont mystérieux sur l'Odet. Et le résultat est là : le magnifique pont de saint Eloi est toujours là, joignant les rives d'Ergué-Gabéric et de Landudal, et il mérite qu'on s'y intéresse.

Depuis la rive gauche gabéricoise, le pont est difficilement accessible et dans les bois, à la limite ouest du bief du moulin de Kergonal et près de la maison ruinée de Pont-Saint-Eloi, précisément au point géolocalisé en 48.038054 x - 3.996067 sur la carte IGN :


Mais c'est de la rive de Landudal qu'on peut mieux appréhender la dimension et la beauté de l'ouvrage : il suffit de d'emprunter le chemin agricole qui descend du village de Kermadoret et de longer un champ cultivé - en maïs en 2021 - sur sa partie orientale.

  Le pont est formé de 3 ilots de rochers consolidés en pierres de tailles, le premier du côté gabéricois étant la berge du bief de Kergonan. Une épaisse dalle de pierre de 4 mètres environ de long est toujours posée en équilibre sur les deux ilots centraux. On dirait un pont médiéval, et sa structure est bien conservée encore, malgré les crues et intempéries qui ont emporté deux dalles dans leur flot.

Pourquoi avoir dédié ce lieu à sant Alar ? Tout simplement parce que ce personnage de légende aux noms multiples (Alar, Eloi, Alour, Alanus) , ermite et évêque de Quimper, saint protecteur des orfèvres, forgerons et des chevaux, est très vénéré localement. Sur le coteau de Creac'h-Ergué Il avait sa fontaine (aujourd'hui démantelée) et ses champs ("parc sant Alour") ; sa statue est exposée à la chapelle de Kerdévot, le site et les légendes de Stangala, plus proche de Quimper, lui sont dédiés, et la vallée entre Kermadoret et Creach-Ergué était appelée aussi autrefois Stang-Sant-Alar.

Le pont, aujourd'hui en-dehors des circuits de promenade, les pêcheurs étant de moins en moins nombreux à fréquenter la nature qui devient de plus en plus envahissante, avait autrefois une utilité : il servait de passage pour les pèlerins de Compostelle qui avaient fait leur dévotions à la fontaine saint Jacques voisine (près de la chapelle de St-André) et surtout les meuniers gabéricois des deux moulins voisins de Kergonan et de Coat-Piriou.

Ces derniers livraient par là leurs sacs de farine sur les rives droites de Briec et de Landudal, après avoir doté le pont d'une structure de bois : « De chaque côté de la rive ils lancèrent une passerelle de fortune faite d'un ou plusieurs troncs, fixèrent deux pieux de bois de 1m de haut à chaque extrémité des troncs et relièrent ces deux pieux par une branche pour former une rambarde précaire.  » (Jean Guéguen, Bull. Comm. 1982).

Aujourd'hui le pont n'a plus d'utilité de circulation et de communication, mais, pour honorer la mémoire de nos prédécesseurs, ne devrait-on pas consolider l'ouvrage et aménager un circuit de randonnée, voire étendre le GR n° 38 qui passe sur les deux rives non loin de là ?

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'arche perdue du vieux pont de sant Alar »

6 Baptêmes, Mariages et Sépultures

Billet du 23.10.2021 - Cette semaine, une mise à disposition d'une collection de 450 images des derniers actes paroissiaux dits BMS, et le point sur le travail de numérisation « Etat civil + BMS » par les Archives Départementales du Finistère pour la paroisse et la commune d'Ergué-Gabéric.

Depuis janvier 2019, les Archives départementales du Finistère ont entrepris la numérisation des registres paroissiaux et d’état civil de la commune d'Ergué-Gabéric avec une qualité obtenue bien supérieure aux micro-films d'antan.

À titre d'illustration d'acte numérisé, on notera cet exemple inédit d'un baptême en 1707 d'une « enfant exposée » (abandonnée) trouvée par le sonneur de cloches de l'église paroissiale et baptisée par le recteur Jan Baudour :

« Le cinq mars 1707 environ cinq heures et demy du matin lorsque Claude Le Poupon sonneur des cloches de l'église parrochialle d'Ergué-gaberic alast ouvrir la porte de la dite église pour lever les poids de l'horloge et à l'instant trouva un enfent exposé malitieusement par quelque malveillant, dans le moment apella 3 ou 4 personnes du bourg pour lever cet enfent exposé après quoy le Recteur fust apellé pour baptiser l'enfant qui a esté nommée Jacquette par madame de Penanreun Gélin, et son jardinier. »

Tous les actes paroissiaux, les fameux BMS (Baptêmes, Mariages et Sépultures), et d'état civil (Naissances, Mariages, Décès) de 1702 à 1936 ont été numérisés à partir des registres initiaux détenus par les Archives départementales. L'accès est public depuis Internet, à l’exception des actes de naissance entre 1921 et 1936 pour lesquelles il faut se rendre en salle d'archives pour consultation.

La période couverte par les BMS numérisés s'étend de 1702 à 1793 est précisément « 1702-1707, 1709-1716, 1718-1721, 1723, 1726-1727, 1730-6 janvier 1746, 1747-6 janvier 1752. 6 janvier 1752-27 décembre 1776. 27 décembre 1776-1792. ». Il manque donc les années 1708, 1717, 1722, 1724-1725, 1728 et 1747 et la période de 1629-1701.

Ces années lacunaires sont par contre incluses dans les registres secondaires déposés par la commune (ADF 1049 E DEPOT 1-4). Les registres civils numérisés de 1792 à 1936 sont plus complets que les BMS, à l'exception de deux périodes blanches : années républicains VI à VIII (fin 1797-mi 1800) et X à XII (fin 1801 à mi 1804). Espérons que des travaux de numérisation seront menés par les archives départementales pour constituer un fonds numérique exhaustif.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Répertoire numérique des actes paroissiaux et civils d'Ergué-Gabéric »

  La collection numérisée des derniers actes paroissiaux (381 images de Baptêmes-Mariages-Fiançailles et 169 Sépultures), remplacés par l'état civil le 9 février 1793, commence par un acte de fiançailles du 27 décembre 1776 et une inhumation du 22 janvier 1776, et se termine par un baptême du 27 décembre 1792 et un décès le 25 décembre 1792.

Les prêtres qui chronologiquement signent les actes sur cette période sont respectivement :
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Clet de Lécluze de 1776 à 1781 ou le curé Pierre Le Kernévez de 1776 à 1783.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Joseph-Emmanuel Galloy de 1781 à 1782.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Jean Le Gall en 1783 ; le curé R. Rochedreux en 1784 ; le prêtre Pierre Diquelou de 1784 à 1785 .
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Pierre-Alain Denis de 1784 à 1787, ou le curé René Lanmeur en 1784 à 1788, .
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur réfractaire Alain Dumoulin de 1787 à 1791, ou le curé Vallet de 1785 à 1790, et le curé Jean-Baptiste Tanguy en 1790.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur assermenté Daniel Corentin Yven en 1791-1792, le vicaire Michel Huitric en 1791, le vicaire Mathieu Le Gall en 1792.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur assermenté Rolland Coatmen à partir du 1er juillet 1792.

Avec les actes de 1792, on commence à voir les changements administratifs induits par la Révolution de 1789. Tout d'abord le registre est créé avec une introduction contresignée par le « juge au district de Quimper » et non plus le « lieutenant du présidial  ».

Au 2e semestre, avec l'arrivée du recteur Rolland Coatmen, on perçoit d'autres petites évolutions comme la transformation du « Monseigneur Evêque » en « Citoyen Evêque ». De même les dates, même si elles sont toujours rédigées selon l'ancien style (le calendrier républicain va apparaître en 1793), l'an 1792 est complété de trois mentions successives : « quatrième de la Liberté » dès le 26 août, « premier de l'égalité » en septembre, « premier de la République » à partir d'octobre.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1776-1792 - Les derniers registres BMS paroissiaux »

7 Bulletin n° 55 de Kerdévot à Lezergué

Billet du 16.10.2021 - Le bulletin du troisième trimestre 2021 (24 pages ou 6 feuillets A4 recto verso pliés en A5) pour un envoi postal dans la foulée.

Ce bulletin démarre par une création ludique qui n'a pas fait l’objet d’un billet pendant la trêve de juillet-août, mais qui a été utilisée pendant l'ouverture au public de la chapelle de Kerdévot :
  • Ce jeu est double, l'un porte sur les origines de la chapelle, l'autre sur les traditions populaires, et chaque jeu compte 7 étapes.
  • Chaque étape inclut un mot mystère qu’il faut deviner et reporter sur le texte à trous (ou via « LE JEU EN LIGNE »).

Les deux trouvailles suivantes, centrées aussi sur Kerdévot, ont été rédigées début octobre :

  • La statue du saint Alain/Eloi/Alar très populaire, de nouveau exposée près du retable.
  • Les photos d’un pardon ensoleillé des années 1925 par un photographe philanthrope (Jacques de Thézac).

Ensuite, une nouvelle interprétation du répertoire de la chanteuse gabéricoise Marjan Mao évoquée dans un article du 9 septembre :

  • L’interview en breton du chanteur Jean Billon sur Radio-Kerne, et ses enregistrements de « Al lez-vamm » et de « Marivonig » avec textes et traductions.

Et enfin, publiées également en septembre, deux études héraldiques sur deux domaines nobles très proches :

  • Le « greslier » azur des seigneurs de Kerfors à la lumière de la chanson de Rolland à Roncevaux.
  • Les deux blasons de Lezergué, toujours visibles, des deux familles propriétaires du château de Lezergué juste avant la Révolution : le sanglier en furie des Tréouret et le chef d’argent des de La Marche.

Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « KANNADIG n° 55 OCT. 2021 »
 

Sinon, la crise sanitaire s’éloignant - croisons les doigts ! -, on se dit qu’il ne faudrait pas attendre la saint Glinglin pour trinquer. Et pourquoi ne pas le faire avec un bon cidre Château-Lezergué, rosé ou non ? Surtout que les frères Jan ont ouvert une boutique sur place et lancé un nouveau site Internet où l’histoire locale lui donne un bouquet supplémentaire : https://www.chateau-lezergue.com

8 Kerdévot le 15 août 1925 ?

Billet du 09.10.2021 - Cette semaine, 23 plaques de verre immortalisant une fête religieuse à la chapelle de Kerdévot dans les années 1920.
** DERNIERE MINUTE : LE BULLETIN TRIMESTRIEL KANNADIG EST (PRESQUE) PRÊT, IL SERA PUBLIÉ ET EXPÉDIÉ LE WEEK-END PROCHAIN **

Jacques de Thézac (1862-1936), d'origine charentaise, épouse en 1888 une bretonne, Anne de Lonlay de Lanriec, et s'installe à Sainte-Marine où il se consacre aux reportages photographiques et activités philan-thropiques.

En 1908, il fonde l'Œuvre des Abris du Marin afin d'apporter instruction et divertissements aux marins. Refusant le pittoresque facile et ethnographe d’instinct, il photogra-phie les marins de tous âges dans les abris, mais aussi les enfants jouant sur les quais, les fêtes religieuses et profanes.

En 1988, la Société des Abris du Marin, remet au Département du Finistère, pour les collections du Musée départemental breton, 4159 clichés sur plaques de verre de Jacques de Thézac, ceci afin d'assurer la conservation de ce fragile héritage.

Parmi ces plaques de 85 mm x 120 mm en gélatino-bromure, vingt trois - cf. copies numériques dans l'article détaillé - sont consacrées à un pardon (messe et procession en extérieur dans un lieu sacré) à la chapelle de Kerdévot où l'on voit les pèlerins s'assembler pour les messes et les processions avec bannières par une journée bien ensoleillée.

Ce rassemblement populaire est plutôt la fête religieuse de l'Assomption, et non le grand pardon de septembre : d'une part les pèlerins s'abritent sous leurs parapluies contre une possible insolation de soleil aoûtien, et d'autre part il n'y a pas de fête profane et stands forains sur le parvis arboré. Plutôt qu'un « Kerfricot », la ferveur religieuse est de mise : des hommes assistent à la messe, debout ou agenouillés près de la porte sud-est proche de la sacristie.

Les archivistes départementaux n'ont pas précisé l'année exacte, mais un « ca 1920 » (circa=environ) évasif. À noter que d'autres clichés de pardons photographiés par Jacques de Thézac, comme celui de Combrit, sont réputés dater de l'année 1925. D'où cet appel à identifier les participants à Kerdévot : reconnaissez-vous vos ancêtres ? Avec l'estimation de leur âge, on arrivera peut-être à déterminer le millésime.


Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Jacques de Thézac, photographe et ethnographe au pardon de Kerdévot, v. 1920 »

 

Ainsi ce cliché référencé « 1988.105.635 » où l'on voit défiler la clique des gymnastes du patronage des « Paotred Dispount » (les sans peur) reconnaissables à leurs hermines noires brodées sur leurs tenues blanches. Placés derrière leurs aînés, les jeunes sont regroupés et certains sont peut-être reconnaissables aujourd'hui par leurs enfants ou petits-enfants.

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Pour se mettre dans l'ambiance du lieu sacré de Kerdévot, rien ne vaut une vidéo de drone au-dessus de la chapelle, mettant en valeur la flèche élancée du clocher et la campagne avoisinante :

[ pour voir cette vidéo filmée en 2013, cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus, ou alors la visionner sur Youtube ]

9 Statue d'évêque à l'enclume

Billet du 02.10.2021 - Un mystérieux évêque "Alain/Alanus" amalgamant les cultes des saints Eloi, Alain, Alar, et Alor, vénéré à la chapelle de Kerdévot et dans d'autres lieux gabéricois Ergué-Gabéric : Stangala, Saint-Guénolé, Creac'h Ergué et Pont-Sant-Alar.

La seule mention de la statue apparaît dans la notice paroissiale d'Ergué-Gabéric rédigée en 1909 par les chanoines Peyron et Abgrall de manière elliptique : « Les vieilles statues vénérées de la chapelle de Kerdévot sont : 3) Saint Alain, évêque de Quimper ».

Manifestement elle a été reléguée pendant de longues années, ce qui explique que tous les autres ouvrages en font abstraction. Mais elle est ressortie assez récemment de l'oubli en occupant dorénavant une place de choix, en surplomb sur une console du mur intérieur sud du chevet de Kerdévot, entre le retable flamand et l'autel de la Piéta.

De bois polychrome et 90 cm de hauteur environ, l'évêque à la barbe blanche fournie fait le geste symbolique de bénédiction de sa main droite, retient un livre sacré et sa crosse épiscopale de l'autre main. Sa mitre est rouge avec des bandes dorées et sa chasuble est rouge également avec une étole dorée ornée de croix pattée brunes. La dalmatique portée sous la chasuble est de couleur gris-violet.

À ses pieds est posée une petite enclume de forgeron, cet attribut donnant une symbolique complé-mentaire. En effet on retrouve là le culte d'un saint populaire dans le diocèse de Quimper, formant une figure composite des saints Eloi, Alar, Alor, Alour et Allan, tous patrons protecteurs des orfèvres, des maréchaux-ferrants, des vétérinaires et de la race chevaline.

Saint Alar, connu aussi pour être un ermite et patron des des alevineurs (éleveurs de jeune poissons), a donné deux sites légendaires à Ergué-Gabéric : Stangala (vallée d'Alar) et Pont-Sant-Alar. La vallée éponyme doit son nom au saut de l'ermite pourchassé par un terrible griffon. À proximité, à la chapelle St-Guénolé, une statue le représente avec un étrange chapeau.

Le pont sur l'Odet dénommé Pont-Sant-Alar devait être situé près du moulin de Kergonan, en contrebas des terres de Creac'h-Ergué et du lieu-dit au même nom (appelé aussi Pont-Saint-Eloi) : une fontaine miraculeuse y est attribuée au saint et sur le cadatre de 1834 trois parcelles cadastrales portent le nom évocateur de « Sant-Alour ».

Tout comme les légendes de l'ermite, l'existence de l'évêque Alain de Quimper n'est nullement attestée historiquement, même s'il est considéré comme le 4e évêque de Cornouaille après Corentin, Menulphe et Guenoc. Mais il n'est cité ni dans le cartulaire de Quimper qui date du XIVe siècle ni dans celui de Quimperlé qui donnent la liste des premiers évêques de Quimper.

 

C'est l'historien Dom Lobineau qui l'a intronisé dans son livre « Vies des saints de Bretagne », sans doute sur une lecture erronée du cartulaire de Saint Melaine et avec une adaptation des vies de saint Alain de Lanvaur et de saint Amand.

Néanmoins, qu'il ait ou non réellement vécu, saint "Alanus" est vénéré en Bretagne sous la forme d'un mixte de plusieurs autres saints légendaires Alar, Alor (fontaine consacrée à Ergué-Armel) et Eloi. Sa statue à Kerdévot avec ses attributs d'évêque et de forgeron en atteste, ainsi que le pardon des chevaux qui y était organisé :

« C'était à la fin juin, le dimanche qui suivait le jour de la Saint-Jean, qu'avait lieu de pardon des chevaux de Kerdévot. De grand matin, arrivaient de toute la région des centaines de chevaux, juments et poulains. Et le carousel des chevaux commençait, dessinant autour de la chapelle une parade de toute beauté. » (Jean Guéguen, 1980)

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « La petite statue de l'évêque Alain, alias sant Alar, à Kerdévot »

10 Les deux blasons de Lezergué

Billet du 25.09.2021 - Après celui de Kerfors évoqué la semaine dernière, voici deux écussons toujours visibles sur le lieu historique de Lezergué.

Ces deux blasons correspondent à des familles nobles locales des XVIIe et XVIIIe siècles. Par contre les occupants nobles précédents, à savoir les Cabellic (la croix potencée) et les Coatanezre (les trois épées), n'ont pas laissé à Lezergué de traces héraldiques sculptées (on trouve par contre leurs blasons respectifs sur les vitraux de la chapelle de Kerdévot et de l'église St-Guinal).

Seuls les Autret de la fin du XVIe auraient gravé un écu écartelé à base de « quatre fasces ondées d'azur » sur une pierre qui aurait disparu au cours du XXe siècle, si l'on en croit le mémorialiste Louis Le Guennec : « Un écusson, encastré dans un talus, est aux armes de Guy Autret de Missirien et de sa première femme, Blanche de Lohéac ».

Dans le même article Louis Le Guennec décrit l'autre blason, bien conservé celui-là (cf. photo), se trouvant au-dessus de la porte de la maison d'habitation construite en 1930 par le métayer Jean Nédélec (alias "Jean Lezergué"). Cette pierre a sans doute été récupérée sur les ruines du château.

Il s'agit des armoiries des Tréouret : « D’argent au sanglier de sable en furie, ayant la lumière et les défenses d’argent. ». Le sanglier est l'emblème héraldique du courage et de l'intrépidité, parce qu'au lieu de s'enfuir comme le cerf, le daim et autres animaux sauvages, il se présente devant les chasseurs pour se défendre.

Le sanglier des Tréouret est de couleur noire (de sable) et ses yeux (la lumière) et ses défenses sont blanches (d'argent). L'écusson est encadré de deux palmes et surmonté des neuf perles d'une magnifique couronne comtale, les Tréouret ayant dénombré plusieurs comtes parmi leurs aïeux.

Louis Le Guennec affirme « C'est par une alliance avec les Tréouret que les La Marche ont eu Lezergué », en héritage des Autret, mais ceci est inexact. On sait aujourd'hui que l'héritier de Guy Autret est son petit cousin Guy de Charmoy, qu'une succession familiale fait passer Lezergué à Jacques du Bot de Talhouet, et ce dernier vend en 1736 Lezergué et ses dépendances au père du constructeur du nouveau manoir, prénommé François-Louis (1691-1738) également.

Par contre, les Tréouret représentent une branche maternelle de Françoise de La Marche, son grand père Louis-René ayant épousé Marie-Rose de Tréouret en 1686.

Sur le haut fronton cintré oriental du manoir « Louis XV », un double blason est resté en place. Il est surmonté d'une couronne, orné d'éléments de heaume ou de cimier, et d'une coquille en dessous.

Le blason de gauche, reconnaissable grâce à sa forme en œuf « recapité », est celui des La Marche : « de gueules au chef d'argent », la partie inférieure étant de couleur rouge (de gueules), le tiers supérieur (le chef) étant blanc (d'argent).

 

Le blason de droite est difficilement identifiable, les motifs étant érodé, mais peut-être le constructeur du château y a exposé le sanglier des Tréouret pour représenter ses quartiers grands-maternels.

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Pour agrémenter la visite historique, voici une belle vidéo de drone, tournée en 2015 par temps lumineux et dégagé au-dessus de ces ruines du château de Lezergué.

La façade toujours debout est majestueuse, et on peut admirer les blasons du fronton oriental, les hautes cheminées intérieures, les restes des murs de l'arrière-cuisine, les portes et fenêtres béantes, le tout sur une musique très relaxante.  :

(cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus pour visualiser la vidéo)
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les armoiries sculptées des seigneurs de La Marche et de Tréouret à Lezergué » et « Vidéo de drone au-dessus des ruines de Lezergué, Zrv 2015 »

11 Un blason azuré de chevalier

Billet du 18.09.2021 - Histoire du blason au greslier d'azur des seigneurs de Kerfors au regard de l'olifant du preux chevalier Roland à Roncevaux.

Pendant longtemps, les Kerfors ont été assimilés à des chasseurs émérites parce que le motif sur leur blason est un cor de chasse. En fait il s'agit d'un « greslier », terme héraldique désignant l'olifant, l'attribut noble porté par les chevaliers lors de leurs déplace-ments par temps de guerre, une trompe au son grêle servant à annoncer leur passage ou à appeler à la rescousse en cas de danger.

Le blason qu'on trouve sur deux vitraux de la chapelle de Kerdévot et aussi sur deux écussons écartelés sculptées sur l'enfeu familial de l'église St-Guinal : « d'argent au greslier d'azur, enguiché et lié de même ».
Image:right.gifImage:Space.jpgENGUICHÉImage:Space.jpg:Image:Space.jpgDésigne l'émail de l'embouchure. Ici d'azur, c'est-à-dire de couleur bleue, comme le reste
Image:right.gifImage:Space.jpgLIÉImage:Space.jpg:Image:Space.jpgCordelettes attachées pour permettre au chevalier de le porter en conservant une liberté de mouvement, ici de couleur azurée.
Image:right.gifImage:Space.jpgORIENTATIONImage:Space.jpg:Image:Space.jpgL'embouchure à senestre (gauche) et le pavillon à dextre (droite), et non l'inverse (cf. les armes des Rolland de la Villebasse, et la transcription erronée inversée dans le livre d'Hervé Torchet sur les Arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568).

Le manoir de Kerfors, situé au centre de la paroisse d'Ergué-Gabéric, non loin de Lezergué et Kernaou, forme un domaine noble détenu par les seigneurs dudit lieu. Aujourd'hui il ne reste plus rien de l'ancien manoir, si ce n'est un étang vivier et les restes du mur du verger.

On ne compte pas de chevaliers en titre parmi les membres connus de la famille Kerfors d'Ergué-Gabéric aux XVe-XVIe siècles, mais peut-être que d'autres branches collatérales ou plus anciennes ont inclus le droit de porter un greslier  :

 
 ? de Kerfors 
 x Katherine Kerfors (1448-60, +1488)
 ├
 └> Caznevet de Kerfors (1460-88, +1493)
      x Ysabelle de Lesmaes (1479)
      ├
      ├> Charles de Kerfors (1493-96, 1536)
      ├   ├
      ├   └> Pierre de Kerfors (1539)
      ├        ├
      ├        └> Jean de Kerfors (1580)
      ├> Thebaud Kerfors (montre 1481, 1496)
      ├   x Marie Le Gluidic
      └> Katherine Kerfors (1496)
           x Allain Rolland
  À la montre militaire de Carhaix de 1481, on remarque un Caznevet de Kerfors « en brigandine ». Il prend pour épouse Ysabelle de Kermaes, et décède en 1493 (« la levée, l'an dudit déceix »). Il ne succède à sa mère Katerine comme seigneur de Kerfors qu'en 1488, mais il apparaît déjà en 1460, 1471 et 1479 dans des donations ou échanges de terres.

En 1543, Charles de Kerfors rend un aveu ou déclaration de propriété pour son manoir gabéricois et est cité à la réformation des comptes du domaine royal de 1536. Charles décède vers 1537 et son fils Pierre de Kerfors fournit un aveu de succession le 23 mars 1539.

En 1562, Louis de Kerfors, présent à la montre de Cornouaille, dit qu'il fait pique-sèche, c'est-à-dire homme de pied sans cuirasse.

La « Chanson de Roland » est un poème épique de 4000 vers écrit au XIe siècle qui raconte les exploits d'un preux chevalier, Roland, guerrier franc et préfet de la Marche de Bretagne.

Et notamment l'épisode de l'attaque des Sarrasins dans le défilé de Roncevaux. Placé en arrière-garde, Roland refuse de souffler dans son greslier ou olifant pour avertir Charlemagne, préférant mourir en guerrier plutôt que de se déshonorer en appelant à l'aide.

Lorsqu'il ne reste plus que 60 combattants francs en armes, Roland fait sonner son olifant tellement fort qu'il « explose » littéralement (ses veines éclatent) :

Rollant ad mis l'olifant à sa buche,
Empeint le ben, par grant vertut le sunet,
Halt sunt li pui et la voiz est mult lunge,
Granz .XXX. liwes l'oïrent il respundre.

(Roland a mis l'olifant à ses lèvres. Il l'embouche bien, sonne à pleine force, Hauts sont les monts, et longue la voix du cor ; à trente lieues on l'entend qui se prolonge)


Pour illustrer cet épisode légendaire, voici une chanson humoristique pas piquée des hannetons : « La rançon de Roland » par le groupe vocal « Les Quatre Barbus » :

(cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus pour passer en mode écoute)
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le blason au greslier d'azur des chevaliers de Kerfors et la Chanson de Roland »

12 Ur c'haner deus ar vro

Billet du 11.09.2021 - "Un chanteur du pays", ainsi s'intitule l'émission de Radio Kerne du 19 avril dernier dans laquelle Jean Billon nous interprète deux chansons du répertoire de Marjan Mao. Un bon sujet pour reprendre bon pied bon œil les chroniques hebdos du GrandTerrier après la trêve estivale.

Interrogé en breton par Benjamin Bouard, il nous explique son initiation dans les années 1980 au « kan-ha-diskan » et à la « gwerz » grâce à Loeiz Ropars, son apprentissage de la langue bretonne par correspondance, ses souvenirs de fest-noz avec ses compères Christophe Kergourlay et Guy Pensec, et sa passion pour le répertoire de Marjan Mao qu'il a appris sur un CD gravé en boucle sur le lecteur de sa voiture.

Le répertoire de chants traditionnels de Marjan Mao (1902-1979) a fait l'objet en 1979 d'un collectage et enregistrement par le groupe « Daspugnerien Bro C’hlazig » (Les collecteurs du Pays Glazig) constitué de Gaël Péron et Malik ar Rouz (et non Bernez comme dit dans l'interview).

Dans l'émission de Radio Kerne, Jean Billon se prête aussi au jeu de l'enregistrement avec deux chansons de Marjan : « Al Lez-Vamm » (la marâtre) et « Marivonig », morceaux également titrés « Ar breur Mager » (le frère de lait) et « Ar gemenerez hag ar baron » (la couturière et le baron) : cf. la section "enregistrements" (fichiers mp3) dans l'article.

Les deux propositions de titres « Al lez-vamm » ou « Ar breur mager » pour le premier extrait ne sont pas forcément adaptées, car elles ne reflètent pas tout-à-fait le cœur du chant, à savoir les fiançailles d'une jeune fille amoureuse d'un jeune chevalier.

La marâtre est évoquée dans la première strophe : « ul lez-vamm ar gwashañ zo bet ganet » (la pire des marâtres qui soit). Elle l'envoie, telle la Cosette des Misérables, chercher de l'eau à la fontaine avant le lever du jour.

Le chant est connu sous le titre « Al lez-vamm » dans une version du mémorialiste François-Marie Luzel. Interprété par les sœurs Goadec il s'agit d'une toute autre histoire, celle des aventures d'Yves Le Linguer, exécuté sur l'échafaud sur dénonciation de sa méchante belle-mère.

Le sujet du chant « Breur mager » du Barzaz Breiz, collecté dans le pays de Tréguier par Hersart de La Villemarqué est bien plus proche. Cela démarre aussi par une jeune fille allant puiser de l'eau à la fontaine qui se trouble à l'arrivée d'un chevalier venant de Nantes. Les termes qui décrivent cette scène sont très semblables  : « eur c’hoz-podik toull hag eur zeillik dizeonet », « Ann noz a oa tenval », « eur marc’heg o tistrei deuz a Naoned ».

Par contre la version de Marjan est plus courte et sans considérations moralisantes. Il n'est pas question de frère de lait, seule la figure du jeune et chevalier est suffisante et le détail d'une mort au combat n'est pas utile pour expliquer les désillusions de la jeune fille.

Pour le deuxième extrait, dans les archives sonores de Dastum on trouve une douzaine de collectages similaires sous les titres « Ar gemerenez hag ar baron » ou « Ar gemeneres yaouank »,

 

collectées dans le Finistère, en pays pagan, à Lannion et à Rennes. À noter que si les premiers complets sont rigoureusement identiques, les fins et conclusions sont différentes.

La version de Marjan, reprise par Jean Billon, est originale à plus d'un titre :
Image:right.gifImage:Space.jpgsur le vocabulaire : dans toutes les versions on trouve quelques mots un peu « vieux français », comme palefrin, lakez, pavez … ce qui semble attester au texte une certaine ancienneté.
Image:right.gifImage:Space.jpgsur le style et les formes verbales, la version de Marjan est plus riche, utilisant successivement l’impératif, le présent, le prétérite, des extraits de dialogues, et même le futur.
Image:right.gifImage:Space.jpget enfin sur la morale : le texte est clair, enjoué, voire provocateur ; par rapport au style allusif et sérieux des autres versions, la morale de la chanson de Marjan est plus compatible avec l’esprit glazik. Au moins on comprend que la couturière aimait les plaisirs.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus, notamment pour l'audio, les paroles en breton et leur traduction : « Jean Billon ur c'haner deus ar vro, Radio Kerne 2021 » et « Les chants de Marjan Mao, collectage des Daspugnerien Bro C’hlazig en 1979 »

13 Bulletin n° 54 des terres de Saint Guénolé aux noces d’Odet

Billet du 03.07.2021 - Tous les articles publiés du deuxième trimestre 2021 (28 pages A4 ou 7 feuillets A5 recto verso), envoi postal dans les chaumières avant la fin de la pluie. Et annonce d'une petite trêve estivale, rendez-vous à Kerdévot le 15 août, et ensuite sur les ondes à la rentrée de septembre.

Ce bulletin des articles GrandTerrier publiés au cours du deuxième trimestre 2021 démarre par une enquête à quatre volets sur les origines consacrées des villages de Quélennec et de Saint-Guénolé :
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes parchemins de l’abbaye de Landévennec de 1447-1516.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes sceaux de cire du XVIIe siècle des seigneurs-abbés.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLe vitrail supposé dater de 1554.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes prééminences des seigneurs de Kerfors et Lezergué.

Les deux articles suivants sont également datés des XVIe et XVIIe siècles, l’un sur les arrière-bans du roi de France, l’autre sur un recteur-chanoine digne et discret.

Deux articles pour le XIXe siècle : le premier sur les conditions de ralliement municipal au roi Louis-Philippe.

Le second article rassemble les souvenirs d’enfance du mémorialiste Jean-Marie Déguignet au château de Lezergué, un mélange d’histoire et de légendes.

Ensuite, au début du XXe siècle, trois ans après la loi de la Séparation des Églises et de l’État, l’accueil en fanfare d’un nouveau recteur, suivi du rejet des paroissiens.

Et enfin pour conclure, un double sujet mêlant industrialisation et chroniques familiales :

Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgL’installation en 1837 d’une chaudière à vapeur par le papetier Nicolas Le Marié, et sa production croissante.

Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLe retour de noces à Odet de René Bolloré photographié en février 1911 par le photographe quimpérois Joseph-Marie Villard.


Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 54 Juillet 2021 »
 
Pendant les mois de juillet et août, le GrandTerrier se met au vert, à savoir qu’il n’y aura pas de billets hebdomadaires, lesquels reprendront à la rentrée de septembre. Néanmoins on ne change pas le rythme des bulletins trimestriels, celui d’octobre intégrera, à la place des 8 billets manquants, une grande enquête estivale surprise.

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