Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier - GrandTerrier

Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Version du 11 janvier ~ genver 2020 à 09:29

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Bulletin Kannadig de janvier

Billet du 11.01.2020 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises du dernier trimestre 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, 12 articles illustrés sur 32 pages au format papier A5, le tout agrafé et envoyé par la poste dans les penntys et manoirs sympathisants.

Une nouvelle année s’annonce, et la publication trimestrielle du bulletin avec les derniers articles publiés se poursuit avec celui-ci sur le thème Histoire, Généalogie, Mémoires et Patrimoine.

Pour commencer, un premier article qui concilie Histoire, Généalogie et Bretagne au travers de l’édition d’un « dessein et project » gabéricois du 17e siècle.

Ensuite deux évocations de la période médiévale via la dîme épiscopale et les aveux de succession à Kerfors, la 4e chronique portant sur la vente de Kernaou en bien national à la Révolution.

Les deux sujets suivants sont datés du XIXe siècle, plus exactement de l’année 1867, l’un adressé à Napoléon III suite à un attentat raté, l’autre pour la création de la 1ère école des filles.

Ensuite le XXe siècle avec deux histoires de classes : les premières classes mixtes de niveaux à l’école publique de Lestonan en 1933 et la photo de classe d’âge de l’année 1958 de celles et ceux nés en 1958.

Pour cette photo un appel à la Mémoire des anciens est lancé : qui se souvient de cette rencontre festive où chacun portait un joli chapeau et certaines une écharpe de miss ?

Et pour finir le Patrimoine est à l’honneur dans ce bulletin : les cloches historiques de Kerdévot qui sonnent encore aujourd’hui les jours de pardon, et les vitraux du XVIe siècle dans l’église paroissiale Saint-Guinal.


Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 48 Janvier 2020 »


ET, BIEN SUR, NOS MEILLEURS VOEUX QUI SOIENT POUR L’ANNEE 2020 : « Succensa Sacris Crepitet Bene Laurea Flammis, Omine Quo Felix Et Sacer Annus Erit !» (cf. source et traduction en 1ère de couverture)).

 

2 Des vœux élégiaques pour 2020

Billet du 04.01.2020 - « Succensa sacris crepitet bene laurea flammis, omine quo felix et sacer annus erit ! », traduction française : "Que le pétillement favorable du laurier dans la flamme sacrée nous annonce une année heureuse et protégée des dieux !", extrait de l'Élégie II, V de Tibulle.

Ces vœux en latin car l'actualité de cette semaine porte sur un historien breton qui était aussi un grand latiniste capable de composer l'éloge de Julien Furic qu'il signe « Nobilis Guido Autret, eques torquatus, dominus de Missirien, et de Lesergue ».
Ces derniers jours, l'historien et paléographe Hervé Torchet a publié un ouvrage majeur de 481 pages, projet initié il y a presque 400 ans par Guy Autret : « Histoire Généa-logique de Bretagne - Guy Autret de Missirien (1599-1660) » aux éditions de La Pérenne.

Dès 1640 il avait publié un petit fascicule intitulé « Dessein et projet de l'histoire généalogique de Bretagne », décrivant sa méthode et annonçant son intention de produire un futur ouvrage imprimé très ambitieux dont il présente le sommaire détaillé. Pour alimenter cet ouvrage il avait la matière avec de nombreuses notes éparses et des échanges épistolaires sur les généalogie des grandes familles nobles bretonnes, mais il mourut brutalement en 1660 avant de pouvoir finaliser son projet.

Hervé Torchet a, en quelque sorte, pris la relève de ce projet, en retrouvant et transcrivant tous les manuscrits et notes anciennes et en reconstituant le contenu du sommaire annoncé.

Dans son introduction Hervé Torchet présente son "mentor" historien comme suit : « Guy Autret de Missirien est l'homme-clef de l'historiographie de l'Ancien Régime. Non pas seulement celui de la Bretagne, mais son influence s'est étendue sur toute la méthode historique du dernier siècle de la monarchie française. Sa marque s'est imprimée dans toute la production d'Histoire de cette période ultime. »

Fin 1641, Guy Autret écrit à son correspondant Pierre d'Hozier : « Ce jour de Nouel. Ayant fait reimprimer mes petis projets d'histoere, pour les distribuer à nos amys, jé voulu vous en envoier un couple ». Il s'agit là de l'édition de 15 pages datée de 1642, laquelle est conservée à la Bibliothèque Nationale de France, les premiers fascicules de 1640 ayant disparu.

L'édition suivante conservée également à la BnF, datée de 1655, est plus complète avec 22 pages et les éléments comparatifs suivants :
Image:Right.gif Les deux éditions ont le même format in-4 et sont imprimées à Rennes par Julien Herbert.
Image:Right.gif La couverture de 1655 inclut le blason de l'ordre de chevalerie de l'Hermine fondé en 1381 par le duc de Bretagne Jean IV.
Image:Right.gif Les deux fascicules sont découpés en 26 (en 1642) ou 24 Livres (1655), les Livres I à 10 étant consacrés aux généalogies des rois, comtes, ducs, princes et gouverneurs de Bretagne.

 

Image:Right.gif Dans l'édition de 1642 les Livres 11 à 26 sont catégorisés par origines géographiques et rangs de noblesse. En 1655 le Livre 11 est réservé à la noblesse Ecclésiastique et les suivants sont alphabétiques.
Image:Right.gif Dans l'avertissement de l'édition de 1655, Guy Autret explique qu'il a changé d'avis : « Par mes premiers projects imprimez l'an 1640, j'avois proposé d'escrire les Généalogies des plus grandes et principales maisons, selon l'ancien ordre des Barons et Banerets ; mais sçachant qu'ils ne conviennent pas encore de leurs rangs après tant de siècles, j'ay pris résolution de suivre l'ordre de l'alphabet pour éviter tout blame et jalousie. »

Hervé Torchet a repris ce dernier plan de Guy Autret dans la nouvelle « Histoire Généalogique de Bretagne », en rassemblant tous les manuscrits et travaux du 17e siècle, et en les illustrant des armoiries de toutes les familles nobles recensées, les blasons colorés étant conçus par Béatrice Chauvel.


En savoir plus : « TORCHET Hervé - Histoire Généalogique de Bretagne de Guy Autret », « AUTRET Guy - Dessein et project de l'histoire généalogique de Bretagne »


Image:Square.gif Nota : Hervé Torchet donnera une conférence sur son ouvrage le 8 février 2020, 16 h, à la salle Ti-Kreis de l'Athéna à Ergué-Gabéric.

3 Une lettre remerciant la providence

Billet du 28.12.2019 - Folio 111 du registre des délibérations de 1851 à 1879 conservé aux Archives Municipales d'Ergué-Gabéric : délibération du conseil du 23.06.1867 incluant la lettre envoyée à Napoléon III (cf fac-similé ci-dessous) suite à la tentative d'attentat à son encontre et celle du tsar Alexandre II.

L'attentat eut lieu au bois de Boulogne, un coup de feu contre le landau découvert impérial ayant été tiré par un dénommé Antoni Berezowski, fils de nobles polonais. Un placard est publié par la préfecture de police : « Personne n'a été atteint. L'assassin a été arrêté immédiatement ». Comme il est coutumier à cette époque, une lettre de soutien politique et citoyenne est rédigée en mairie d'Ergué-Gabéric et transmise à l'Empereur.

L'importance politique du soutien du conseil municipal à l'Empereur est telle que la lettre est publiée dans le registre de ses délibérations. Cette adresse collective s'adresse personnellement à Napoléon III qui est 3 fois apostrophé par le titre de « Sire ! », et par ailleurs par les termes « l'élu de la nation française » et « l'Empereur des Français ».

Le texte démarre pompeusement par cette phrase : « La divine providence qui veille sur tout a encore voulu dans ces derniers jours montrer sa puissance en Vous sauvant si miraculeusement ». Cette providence, une fois de plus, « a prouvé au monde entier que l'élu de la nation française est bien celui qu'elle a choisi et entre les mains duquel elle désirait mettre les destinées de la france ».

La salutation finale de la lettre est : « Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Prince Impérial ». Le souverain russe, qui est la vraie cible du terroriste patriote polonais, est désigné par les mentions de « votre souverain hôte » et « vos augustes personnes » au premier paragraphe.

Alexandre II est en visite en France, car cette année-là la France accueille une section russe pour la première fois dans une Exposition universelle parisienne. Le Tsar est invité par Napoléon III à visiter l’Exposition universelle de Paris, avec également l'objectif de renouer une alliance entre les deux États. Mais l'attentat au bois de Boulogne va faire capoter les discussions de rapprochements.

 

Ceci malgré le fait que l'assassin ne fut pas chanceux avec son pistolet à deux coups. C'est le cheval qui reçoit la première balle. Le second canon de l’arme lui éclate dans la main, et il est sérieusement blessé à la main droite, il veut crier « vive la Pologne » mais un agent le réduit au silence ; on évacue alors le blessé qui échappe de peu à un lynchage par la foule.

Dans leur lettre, les gabéricois l'accusent en ces termes : « ces hommes méchants qui n'aspirent qu'au mal, qui veulent tout détruire et qui ne désirent que la guerre civile ».

Cette allusion à la guerre civile est sans doute une interprétation des conditions de l’insurrection en Pologne, alors dans l’empire de Russie, qu'Alexandre II a réussi à mater, et que le patriote polonais a voulu venger.

Berezowski échappe à la peine de mort, mais est seulement condamné à un emprisonnement au bagne de Nouvelle-Calédonie, ceci grâce à une brillante plaidoirie de son avocat Emmanuel Arago. Cette clémence entraîne une aggravation des tensions entre la France et la Russie.

Berezowski fait l'objet d'une demande d'amnistie en 1906, mais son état d'aliénation ne permet pas sa libération, et il meurt en 1916 à l’hôpital du Marais de l’île Nou.

En savoir plus : « 1867 - Lettre à l'Empereur Napoléon III suite à l'attentat du 6 juin »

4 Une crèche de Noël en verre

Billet du 22.12.2019 - C'est bientôt la fête de Noël : c'est l'occasion de rester sur le thème des vitraux de la semaine dernière et de vous présenter la première lancette en registre inférieur de la maîtresse-vitre de St-Guinal, datée de 1516, et représentant une Nativité en très bon état de conservation.

Sur cette Nativité, la Vierge Marie et Joseph sont de part et d'autre du berceau en osier de l'Enfant Jésus ; au-dessus de la tête de saint Joseph brille l'étoiles des Mages, un âne et un bœuf assistent à la séance de prière et d'adoration.
La comparaison avec la scène de la Nativité sur la baie 1 du chevet de l'église St-Fiacre de Guengat (photo ci-contre à gauche, extraite du blog de Jean-Yves Cordier) est très instructive pour la lisibilité car le carton central des deux vitraux est identique :

Image:Right.gif les personnages de Joseph et Marie (on y voit bien l'emplacement des mains à Guengat, et à noter ce même bouton à l'encolure du manteau maternel),

Image:Right.gif entre les parents, les têtes de l'âne et du bœuf (plus facilement repérables par rapport au vitrail de l'église St-Guinal).

Image:Right.gif le nouveau-né dans un panier en osier garni de paille (en largeur à St-Fiacre, suite à restauration, et non en position haute).

D'où le croquis reconstitutif placé en médaillon sur l'image de droite.

La croix des mages est visible sur les deux vitraux au-dessus de la tête de Joseph, stylisée sur un fond rouge damassé (décor régulier et répétitif d’inspiration orientale) à Ergué-Gabéric et gravé à Guengat. En arrière plan se détache le mur d'une étable au toit de chaume, ce dernier étant conservé en grisaille et jaune d'argent à St-Guinal.

Les parties supérieures sont très différentes. À Guengat ce sont des murailles crénelées et des éléments sculptés de l'architecture d'un palais. À Ergué-Gabéric on devine la forme d'une bannière, des décors armoriés, et de part et d'autre une colombe et un animal ailé qui ressemble à une hermine passante.
 

Comme l'a noté Roger Barrié dans sa thèse, la technique de «  sertissage en chef d’œuvre » est timidement employée dans la scène de la Nativité de St-Guinal, par le maître-vitrier. Il s'agit d’incrustation de verres, souvent ronds, tenu par un plomb, à l’intérieur d’un autre verre plus grand et de couleur différente. Ce travail, extrêmement délicat, permettait au compagnon d’obtenir sa maîtrise, d’où le nom de « chef d’œuvre », ceci pour affiner certains éléments de décor.

En savoir plus : « La Nativité de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Guinal »

5 Corpus Vitraerum à Saint-Guinal

Billet du 15.12.2019 - Deux vitraux authentiques et bien conservés depuis leur élévation dans l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric en 1515-1517.

L'authenticité des deux anciennes verrières de l'église St-Guinal d'Ergué-Gabéric est due à leur ancienneté, du début du XVIe siècle, et de la préservation de la majeure partie des ajours d'origine. Ces deux vitraux font partie de la rétrospective sur le site Internet http://www.lavieb-aile.com de Jean-Yves Cordier des 16 œuvres attribuées ou attribuables aux peintres vitriers cornouaillais Le Sodec.

L'analyse technique et description picturale de ces vitraux sur les thèmes de la Vie du Christ, de la Vierge ou d'Arbre de Jessé ont fait l'objet en 1978 d'une thèse très bien étayée par Roger Barrié.

Ces travaux ont été résumés et complétés en 2005 dans l'inventaire « Corpus Vitraerum » des Vitraux de Bretagne de Françoise Gatouillat et Michel Hérold qui notent, pour l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric, qu'il faudrait aussi inclure la petite verrière placée au sud de la maîtresse-vitre, car elle est aussi ancienne et très probablement livrée aussi à la fondation de l'église St-Guinal dans les années 1515-1517.

En effet, omise par Roger Barrié dans sa thèse, elle représente le couple de donateurs nobles d'Ergué-Gabéric, François Liziart et Marguerite de Lanros (en médaillon sur le photo-montage ci-contre). Ces derniers résidaient dans leur petit manoir de Kergonan entre 1481 et 1540.

Quant au maître verrier présumé du 16e siècle, Jean-Pierre Le Bihan, intervenu sur place pour l'entretien de la maîtresse-vitre de St-Guinal, confirme les rapprochements thématiques des cartons des verrières étudiées, et ajoute qu'il constate aussi, même pour les vitraux non signés, une fréquence importante d'inscriptions similaires indéchiffrables avec des groupes de 3 lettres, marquées à Ergué-Gabéric par une double combinaison SVOE (SVO ET VOE).

La généalogie des Sodec se transmettant leur atelier familial de Quimper est ténue, mais on note au moins au moins deux prénoms : Olivier  et  Laurent.  Roger  Barrié  avance  l'hypothèse

 

qu'Olivier a été le maître d'oeuvre des premières Vie du Christ, dont celle de St-Guinal, et que l'Arbre de Jessé de Kerfeunteun est une réalisation collective d'Olivier et Laurent, ce dernier répliquant ensuite le style Renaissance. Il mentionne aussi un Gilles Le Sodec pour un vitrail destiné à Brasparts. Et pour les décennies précédentes au 15e siècle, il signale un Sodec exerçant à Nantes, ville qui pourrait être la provenance familiale des vitriers quimpérois.


Nota : dans le prochain bulletin de la Société Archéologique du Finistère, un article d'Hervé Quéinnec sera publié sur la verrière de l'Arbre de Jessé de Kerfeunteun, oeuvre aussi signée Le Sodec.

En savoir plus : « Les deux verrières authentiques de St-Guinal de 1515-17 et l'atelier Le Sodec », « GATOUILLAT et HÉROLD - Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne », « BARRIÉ Roger - Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle »

6 La première école des filles

Billet du 08.12.2019 - Document 2 O 788, ex 2 O 410, Archives dép. du Finistère : échanges en 1886 entre la Préfecture, l'Académie et le maire d'Ergué-Gabéric à propos des travaux de transformation de l'ancienne maison d'école en école publique des filles, suite à l'ouverture de l'école neuve des garçons.

La première maison d'école ouverte à Ergué-Gabéric en 1855-56 est une « école spéciale aux garçons », et jusqu'en 1886 les jeunes filles sont exclues de scolarisation. Le 21 juillet 1867 une demande préfectorale d'étude d'une solution d'école mixte essuie un refus du conseil municipal : « Considérant qu'il n'y a pas de local pour recevoir les filles, et qu'en supposant un emplacement convenable trouvé, la commune, vu l'état de ses fonds ajourne pour le moment la création d'une école de filles ».

En 1882 une solution alternative est actée : « La commune d'Ergué-Gabéric, dite le Grand Ergué, n'a qu'une école de garçons. Après de longues et vives instances, elle s'est décidée à créer une école de filles, ou plutôt à bâtir une maison d'école qui sera destinée aux garçons, et à conserver, après quelques appropriations, et modifications, le local actuel à une école publique de filles. ».

La nouvelle école est située à l'ouest du bourg chef-lieu, et l'ancienne dorénavant réservée aux filles à l'est. Trente ans après l'accueil des garçons, les filles ont donc accès à l'école communale dans cette petite école à classe unique et nécessitant travaux de réparation, et la désignation d'une institutrice.

La dépense nécessaire à la nouvelle école des garçons s'élève à 27.500 francs, alors que l'estimation initiale des réparations nécessaires à « l'appropriation » de l'ancienne classe par les filles est de 902 francs. Mais le maire « est d'avis qu'on ne fasse pour cette année que les dépenses strictement nécessaires »,  et  réduit

 
(L'école publique des filles au bourg en 1935)

les frais à 350 francs. Les travaux, réalisés de gré à gré, sont exécutés juste avant la rentrée de 1886 par des « ouvriers menuisiers et couvreurs ».

Et de ces travaux de rentrée, la fourniture des cabinets a été exclue, car, fin mai 1887, le maire écrit à l'architecte départemental Joseph Bigot : « les lieux d'aisance de la maison d'école des filles d'Ergué-Gabéric sont à peu près terminées ». Pour les garçons, sur le devis initial de 1854, le confort avait été moindre, n'ayant prévu que des « fosses des latrines » et des « planchers châtaignier pour latrines avec sièges ».

En savoir plus : « 1886 - Ouverture de l'école communale des filles dans la maison d'école du Bourg »

7 Levées de dîmes médiévales

Billet du 01.12.2019 - Etude des comptes du temporel et de la dîme ecclésiastique levée dans les paroisses directement dépendantes du Seigneur évêque de Cornouaille, registres conservés aux Archives Départementales du Finistère (1 G 372 et 1 G 373).

Dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1973, André Lévy a produit une étude pour les 9 paroisses citées dans les quelques 100 folios des deux registres du temporel de l'évêché : Plogonnec, Cuzon, Ergué-Gabéric, Plomodiern, Kerfeunteun (Lautudy), Landudec, Coray, Gourin et Pleyben. Ces documents d'archives sont notamment intéressants pour ses rapports de levées de dîmes.

En 1682, un document décrivant les dépendances gabéricoises dépendant du seigneur évêque de Quimper précise encore : « Luy est aussi deu sur toutes les terres ensemencées en ladite paroisse la dixme à la dixiesme gerbe ». En 1464 c'est déjà le cas, l'évêque est le grand décimateur qui collecte cet impôt à la place du curé desservant, car il est le propriétaire noble de nombreuses terres et fermes pour lesquelles il touche des rentes et droits seigneuriaux.

Les comptes du temporel de 1464 et 1466-71 (l'année 1465 est manquante) sont difficiles déchiffrables du fait de leur calligraphie médiévale et des abréviations comptables. Nous les avons reproduits in-extenso dans l'article, car il est très probable qu'ils contiennent des informations inédites non encore transcrites et analysées.

Nous avons isolé et transcrit les passages sur les levées de la dîme gabéricoise, dont le texte est presque identique d'année en année : « La dixme de Ergué caber fermé à Jehan Pappe : 5 setiers » (1469).

La dîme est un impôt en nature versé aux autorités ecclésiastiques locales sur toutes les récoltes roturières. Elle est normalement perçue annuellement par le curé de la paroisse pour ses dépenses, sauf exception comme à Ergué-Gabéric où elle est collectée par l'évêque (lequel est sensé lui rétrocéder une « portion congrue »).

Pour organiser la perception, l'évêque délègue ses pouvoirs à un fermier qui se rémunère sur les levées. Ces dernières se font directement dans les champs juste avant la récolte, le fermier venant sur place faire les prélèvements, normalement à raison d'1/10 de la récolte, qu'ils revend ensuite avant de reverser le montant net au décimateur.

Pour Ergué-Gabéric, le fermier se nomme Jehan Pappe, en charge pour 5 années entières, et Guillaume Bronnec pour l'année 1468. Les chiffres annuels sont en croissance, de trois sétiers la première année à 6 la dernière, et décomposent pour moitiés en blé de froment et en seigle. Pour l'année 1466 le décompte précis gabéricois est de cinq (v) sétiers et trois (iii) renées.

 
(graphique extrait de l'étude d'André Levy)

Les unités de mesure des céréales collectés en 1464-1471 sont donc doubles : « Deux unités sont utilisées dans les actes : une unité écrite en abrégé R, sans doute la renée : une autre, l'estier, peut-être le setier » (André Lévy).

Notre interprétation est que les collectes de dîmes les plus importantes, pour Plogonnec, Cuzon et Ergué-Gabéric, sont mesurées en setier, de l'ordre de 200 litres (soit un tonneau), alors que la renée est une mesure environ 20 fois plus petite (un 24e de tonneau).

Dans les registres des comptes du temporel, sur les lignes suivant les levées de dîme on note aussi une spécificité : la taille paroissiale qui mériterait également une étude spéciale. Il ne s'agit pas de l'impôt direct classique de l'Ancien Régime, car la Bretagne est exemptée de taille et de gabelle, mais d'un autre impôt collectif collecté par l'évêque grand décimateur.

En savoir plus : « 1464-1471 - Dixmes et comptes du temporel de l’évêché de Cornouaille », « LÉVY André - Les dîmes d'après le temporel de Quimper »

8 Photo-souvenirs de la classe 1958

Billet du 23.11.2019 - Trente-un gars et filles né(e)s en 1938 formant la classe 1958 d'Ergué-Gabéric, photographié(e)s l'année de leur 20 ans.

Au début et au 2e tiers du siècle dernier, une classe était une sorte de coterie ou de clan pouvant regrouper quelques dizaines de jeunes gens d'une même commune, et nommée par l'année de leur 20 ans, l'année où ils étaient généralement appelés au service militaire.

Et leur premier rassemblement cette année-là était festif et donnait lieu à une photo souvenir. La classe 1958 photographiée ci-contre est formée des jeunes gens, mais aussi pour la première fois des jeunes filles, nouveauté qui leur vaut le qualificatif « d'avant-garde ».

Merci à Pierrot Riou pour nous avoir communiqué la photo, ainsi qu'à René Le Reste de la classe 1956 et à Raymond Feunteun de la classe 1957 pour avoir identifié des têtes.

Néanmoins, comme la photo est un peu floue, l'attribution des noms n'est pas certaine, et certaines erreurs peuvent s'y glisser. Appel aux bonnes volontés supplémentaires pour continuer le travail, et éventuellement aux participants pour les anecdotes relatives à la fête de classe, aux chapeaux et aux écharpes de miss.

  • 1. Anne-Marie Le Moigne, ép. Y. Bréus
  • 2. Clothilde Rivoal
  • 3. Pierrot Riou
  • 4. Germaine Guéguen
  • 5. Guy Saliou
  • 6. René Donnard
  • 7. René Laurent
  • 8. Edith Rannou, ép. A. Le Bihan
  • 11. Mlle Letty ? de Kerdévot.
  • 12. Paul Le Roux, Kernévez
 
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  • 13. Emile Beulz
  • 14. Eugène Poupon
  • 15. Jeanine Mévellec, ép. R. Le Berre
  • 17. Annick Thomas
  • 21. Denise Laurent, ép. J. Istin
  • 23. Jean-Claude Chatalic ?
  • 24. Jean-Louis Feunteun
  • 25. Mllle Pennec
  • 27. Anne-Marie Stervinou, ép. Quéau
  • 28. Yves Le Berre
  • 31. François Nédélec, commerçant au bourg
En savoir plus : « 1958 - Les gars et filles de la classe nés en 1938 »

9 Wohltätigskeitafest der Kriegegefangenen

Billet du 17.11.2019 - En juillet 1941 le maire de la commune d'Ergué-Gabéric demande au préfet et à la Feldkommandantur 752 de Quimper l'autorisation d'organiser une fête au profit des prisonniers de guerre : correspondance conservée aux Archives départementales du Finistère.

(Arrivée des troupes allemandes à Quimper en 1940. Pierre Cavellat, ADF)

La numérisation de la correspondance entre la Préfecture du Finistère et la Feldkommandantur par les services des Archives départementales se poursuit en cette année 2019, avec la mise à disposition des documents de la période allant du 26 juin au 26 novembre 1941.

Ces archives constituent un témoignage direct des conditions de vie sous l’occupation allemande, et incluent entre autres notamment les initiatives des gabéricois pour aider leurs prisonniers de guerre.

Sous la cote 200 W 4 2804, on trouve en effet cette double lettre de début juillet 1941, rédigée en français et en allemand par la préfecture de Quimper, à l'attention de la Feldkommandantur (structure départementale de commandement de l’armée allemande en zone française occupée). On y apprend que le maire d'Ergué-Gabéric a formulé une demande pour organiser une fête dont les bénéfices seront destinés aux prisonniers de guerre français.

Le préfet, Alexandre Maurice George, donne son autorisation pour la fête du 13, veille de fête nationale, mais est tenu depuis la fin juin d'en informer la Feldkommandantur. Et il précise dans son courrier que le comité local va organiser « ein Wohltätigskeitafest zu Gunsten der Kriegegefangenen der Gemeinde abzuhalten. Dieses Fest soll in der Halle Balès von ERGUE-GABERIC stattfinden. » (une séance récréative au profit des prisonniers de guerre de la commune. Cette séance aura lieu Salle Balès au bourg d'Ergué-Gabéric.)

 

Cette « Halle Balès » est une salle de spectacle et de bal située au bourg derrière la boulangerie détenue par la famille Balès. Cette boulangerie sera plus tard, en 1944, le lieu d'un événement notable de résistance : c'est dans le four, tout à côté de la salle de fête, que François Balès et ses amis sont brûlé les papiers du STO après leur cambriolage.

La solidarité vis-à-vis des prisonniers de guerre est bien ancrée à Ergué-Gabéric en juillet 1941, car on peut lire dans les entre-filets des journaux d'époque des quêtes organisées à leur profit. Ainsi dans la Dépêche de Brest du 5 juillet, cette collecte organisée lors d'un mariage qui rapporte 95 francs.

Quant à la salle et commerce Balès, repris par la suite par les Nédélec, tout a été complètement démoli lors de l'été 2019, dans le cadre de la rénovation du centre-bourg :

En savoir plus : « 1941 - Une fête au profit des prisonniers de guerre sous le contrôle de la Feldkommandantur »

10 Le son des cloches de Kerdévot

Billet du 09.11.2019 - Enquête sur les caractéristiques et les origines des cloches historiques de Kerdévot : un grand merci à Jean-Yves Cordier pour ses connaissances sur les fondeurs finistériens et à Vincent Gaudemard de l'association des fabriciens et amis de Kerdévot pour ses clichés de la cloche Le Moine.

Kerdévot a la chance d'avoir toujours ses deux cloches anciennes opérationnelles, l'une fondue en 1704 par François Le Moine, et l'autre coulée en 1803 à Nantes par un fondeur dénommé Lambert. Le son des deux cloches lors du dernier pardon le 8 septembre 2019 dernier :

La plus grande des cloches, suspendue du côté sud du clocher, fait 93 cm de diamètre et est ornée d'un médaillon de l'Immaculée-Conception. « On voit très bien aussi les emblèmes servant de séparation entre les mots, la croix pattée, la fleur-de-lys, et l'hermine » complète Jean-Yves Cordier, auteur d'une étude documentée sur les fondeurs de cloches de l'ancien-régime en Finistère sur son site www.lavieb-aile.com.

Les inscriptions gravées sur la première cloche de Kerdévot sont en deux parties (cf photos dans l'article) :

Partie haute : "Me IAN BAUDOUR recteur d'Ergué Gabel"

Parte basse : "François LE MOINE m'a faite en l'année 1704"

Jean Baudour, originaire de Lannilis, est prêtre et recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric pendant 38 ans, de 1678 à 1716. Il a consigné de nombreuses observations dans ses registres paroissiaux, lesquelles ont été transcrites et analysées par le mémorialiste Antoine Favé.

Le fondeur de Kerdévot en 1704, François Le Moine ou Lemoyne, est réputé être « fondeur du Roy à Brest », ce qui veut dire que, vraisemblablement, la cloche de Kerdévot a été fondue dans une des fonderies brestoises.

D'autres fondeurs Lemoine, sans doute apparentés, sont originaires des fonderies très célèbres de Villedieu-les Poêles en Basse-Normandie : Pierre Antoine Le Moyne aurait réalisé la cloche de l'hôtel de ville de Paris détruite en 1871.

La vie familiale et civile du très discret finistérien François Lemoine est absente des registres BMS (Baptêmes, Mariages, Sépultures), seules ses œuvres de « maître saintier » (synonyme de fondeur) sont connues. Il exerce principalement en région quimpéroise, car en 1702 il livre une cloche pour Briec ; en 1706, une cloche pour Plogonnec ; en 1708, la cloche « Le Sébastien » de Saint-Mathieu de Quimper. Et avec son collègue Thomas Le Soueff, François Le Moyne livre en 1701 la cloche nommée « Corentin » de la cathédrale de Quimper.

Il réalise également une cloche pour Plogonnec en 1733 avec Etienne Lemoine (1705-1771) de Quimper, lequel n'est pas son fils, mais peut-être son neveu : le père d'Etienne, Julien, était-il un

 

frère de François ? Peut-être seraient-ils venus tous deux de Normandie ce qui explique leurs absences respectives dans les registres BMS finistériens.

La deuxième cloche de Kerdévot, fondue en 1803, soit 99 ans après celle de François Le Moine, est suspendue du côté nord du clocher, et fait 76 cm de diamètre, avec cette double inscription gravée :

"Dédiée à Saint Jean l'Evangeliste, Mr A.L. DUMOULIN, Recteur d'Ergué-Gabéric. GEROME CREDOU, fabrique de Kerdévot"

"LAMBERT m'a faite à Nantes l'an 1803"

La cloche a été livrée après la période troublée de la Révolution, sous les hospices du recteur Alain Dumoulin de retour de son exil en Bohème, et du fabricien Jérôme Crédou. L’événement, à savoir par exemple le remplacement d'une cloche fêlée ou défectueuse, ayant provoqué la commande de 1803 n'est pas connu. Et le fondeur Lambert n'est pas précisément identifié pour l'instant, ni la fonderie nantaise qui a produit la cloche.

En savoir plus : « Les deux cloches multiséculaires de la chapelle de Kerdévot »

11 Paléographie médiévale à Kerfors

Billet du 02.11.2019 - Transcriptions complètes et intégrales de la déclaration en 1488 de Caznevet de Kerfors suite au décès de sa mère Katherine, et cinq années plus tard de sa propre succession au profit de son fils aîné Charles (Archives Départementales de Nantes, B2012/4).

 
 ? de Kerfors 
 x Katherine Kerfors (1448-60, +1488)
 ├
 └> Caznevet de Kerfors (1460-88, +1493)
      x Ysabelle de Lesmaes (1479)
      ├
      ├> Charles de Kerfors (1493-96, 1536)
      ├   ├
      ├   └> Pierre de Kerfors (1539)
      ├        ├
      ├        └> Jean de Kerfors (1580)
      ├> Thebaud Kerfors (montre 1481, 1496)
      ├   x Marie Le Gluidic
      └> Katherine Kerfors (1496)
           x Allain Rolland

Les seigneurs de Kerfors ont détenu leur manoir éponyme en Ergué-Gabéric pendant quatre générations, la première détentrice identifiée étant une dame Katherine décédée en 1488.

Le 12 décembre 1488, Caznevet de Kerfors, fils aîné de Katherine, fait une déclaration de succession de ses terres dépendant du domaine de Kerfors en y portant la marque de sa signature. Contrairement à la note crayonnée de 1498, il est bien daté de 1488, et si la défunte est qualifiée de « naguères décédée », la précision « la levée l'an dudit décès » semble attester de sa mort récente.

L'original de ce document est une pièce unique conservée aux archives départementales de Nantes, sur un papier légèrement parcheminé de 25 cm environ, et a été transcrit par Nathalie Calvez dans le cadre de ses études d'histoire médiévale.

Le domaine de Kerfors est composé de son manoir, de son moulin et des « villaiges » dépendants : Kervihan (ou Kerbihan), Keranverien (aujourd'hui Kervreyen), Parcanlan (un manoir y est mentionné), Keranechcrasec, et Kerdrein en Briec, auxquels s'ajoutent en 1488 des terres héritées d'autres nobles locaux comme François Liziart à Kerdudoel (Kerdudal) et Jehan de Coatnanezre à Quilihuezec (Quillihuec). Sans oublier, près de Parcanlan, une mine de terre à poterie, une « migne de terre de lacquelle on faict des pots située « près le grant chemin qui mesne de la ville de Kempercorentin au bourg de Coray » et exploitée par trois potiers.

  Pour chaque village et chaque tenancier, les rentes payées au seigneur de Kerfors sont mentionnées. Hormis un chapon dû par le fermier de Kerdudal, et des rentes numéraires payées notamment par les potiers, tous les autres paient annuellement un, deux ou trois mesures de froment, seigle et orge. L'unité de mesure céréalière est la « res » (du mot "rase"), c'est-à-dire le contenu d'un récipient normalement rempli à ras-bord.

La nature rase vaut pour le froment et le seigle, mais pour l'avoine la « res » est qualifiée de « comble », c'est-à-dire que la hauteur en son milieu dépasse le bord du baquet, en conformité avec « la mesure de Kempercorentin».

( Archives le Loire-Atlantique, Série B, Cote B 2012, Kerfors, année 1488 )

Le 20 septembre 1493, le document de 1488 est reproduit presque à l'identique pour authentifier le décès de Caznevet de Kerfors et la nomination de son fils aîné Charles comme héritier, « pour en faire la levée l'an dudit déceix par cause du debvoir de rachat ». L'ensemble des biens, hormis les héritages Liziart et Coatanezre, sont repris avec des droits de rente en diminution. Ainsi les potiers ne doivent plus annuellement que quarante sous, à savoir deux livres, alors qu'ils payaient dix livres en 1488.

En savoir plus : « 1488-1493 - Aveux de successions de Katherine de Kerfors et de son fils Caznevet »

12 Première mixité scolaire à Lestonan

Billet du 27.10.2019 - Demande de gémination des écoles communales des filles et des garçons de Lestonan. Documents conservés aux Archives Départementales du Finistère : lettre de demande rédigée et signée Jean Lazou, lettre d'appui de l'Académie, et position favorable du Conseil Municipal.

La gémination d'école primaire consiste à proposer des classes uniques de niveaux de garçons et de filles, afin d'optimiser le nombre d'instituteurs et d'institutrices. La loi Brenier du 12 février 1933 décide de la gémination de toutes les écoles spéciales à une ou deux classes. Le ministre qui va s’employer à la faire appliquer est Anatole de Monzie, moyennant l'accord obligatoire des municipalités.

En septembre 1933, l'instituteur Jean Lazou dirigeant L'école publique des garçons de Lestonan et son épouse Francine celle des filles vont être précurseurs dans cette évolution vers la mixité, ce notamment parce que l'effectif de trois instituteurs n'est pas suffisant pour accueillir le nombre prévisionnel d'élèves de la nouvelle rentrée scolaire, et surtout le « nombre de divisions » ou niveaux d'âges très étalés.

Jean et Francine Lazou, tous deux militants communistes, sont très sensibles à l'égalité des chances scolaires des filles par rapport aux garçons. C'est donc avec sincérité que l'instituteur défend son projet et rédige une demande manuscrite au maire de la commune : « les garçons et les filles de même âge et de même force seraient répartis entre les 3 maîtres de Lestonan, ce qui ferait : a) Une classe enfantine. b) Une classe comprenant le cours préparatoire et le cours élémentaire. c) Une classe comprenant le cours moyen et le cours supérieur. ».

L'inspecteur primaire d'Académie émit un « avis très favorable » qu'il transmet également au maire en lui demandant « de bien vouloir amener votre Conseil municipal à donner un avis favorable afin que la nouvelle organisation des classes puisse être réalisée ».

 
( L'école de Lestonan en 1885, ADF 2 O 788 )

La délibération du conseil municipal a lieu le 1er octobre 1933, et a priori le débat a dû être vif, car la mixité des garçons et filles à l'école est loin de faire l'unanimité. Ainsi, à Lestonan, cinq ans auparavant, deux écoles privées distinctes ont été ouvertes avec l'appui de l'entrepreneur catholique René Bolloré, et il n'est pas question d'y réunir les filles et les garçons dans les mêmes classes et cours de récréation.

Pour l'école publique, le conseil émet un avis favorable, en émettant toutefois trois réserves : 1/ Les cours de récréation doivent rester séparées (la demande des Lazou avait déjà acté cette séparation), 2/ « Les sexes séparés en classe et dans les cours. » (cela signifie que, comme à l'église, les pupitres des filles sont d'un côté de la classe, et les garçons de l'autre), et enfin 3/ La mesure est provisoire et ne vaut que tant que Mr Lazou en assure l'exécution.

Ce n’est qu’en 1965, avec la circulaire du 15 juin, que la mixité deviendra le « régime normal de l’enseignement primaire », avec des cours uniques par tranche d'âges et des classes de niveau.

En savoir plus : « 1933 - Mixité et gémination des écoles publiques des filles et des garçons de Lestonan »

13 Les biens nationaux à Kernaou

Billet du 19.10.2019 - Archives privées et documents conservés aux Archives Départementales du Finistère : le document d'estimation de 1794 par deux experts habilités, le sommier des comptes l'émigré noble François Louis de La Marche, et la vente par adjudication en 1795 à l'avoué Jean-Marie Le Roux.

La métairie de Kernaou, exploitée par René Le Maguer, est une propriété foncière de François-Louis (orthographié "Jean Louis" dans le document d'estimation) de La Marche, seigneur de Lezergué, réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe. En 1803 ils sont tous les deux amnistiés avec une main-levée de séquestre. Mais les biens déjà vendus en bien nationaux, à l'instar de Kernaou, ne seront pas restitués aux héritiers nobles.

L'estimation des biens des 21-25 brumaire de l'an 3 (11.11.1794) se fait sur 5 jours en présence des experts Salomon Bréhier et Jean-Marie Le Roux, de l'officier municipal Jean Le Jour, et du domanier René Le Maguer.

La maison principale (MM sur le plan ci-contre) est en « grosse taille couverte d'ardoise et manquant de grosse réparation » et qualifiée de « maison manalle » (à l'allure d'un manoir). Elle est dotée de « deux grandes fenêtres à son rez-de-chaussée, une grande cuisine et large vestibule » et « un grenier en toute course de la maison » de 45 pieds de long, soit 14,50 mètres. La belle porte ouvragée n'est pas mentionnée, ce qui semble indiquer un ajout plus tardif, les pierres maçonnées tranchant sur les pierres de "grosse taille" (cette porte arrondie à pinacles ayant pu être transférée d'une maison manalle voisine comme Kervreyen, après la Révolution).
La suite des bâtiments, « vis-à-vis la dite maison à son bout du levant », est le Pavillon (lettre P sur le plan), « en moëlon couvert d'ardoises », lequel était, encore au 20e siècle dernier, désigné sous le nom de « Maner kozh » (vieux manoir). En 1794 il est composé à son rez-de-chaussée d'un « appartement sans feu et servant de crèche » et au-dessus d'une « chambre à feu pratiquée par un perron en dehors en pierre ».

La maison principale était occupée par les tenanciers, l'appartement et la chambre étaient vraisemblablement réservé aux propriétaires fonciers, nobles avant la Révolution, lorsqu'ils venait se mettre au vert ou chasser. Cette pratique s'est maintenue au 19e siècle comme en atteste un bail daté de 1824 : « Les propriétaires se réservent la maison dite "Le Pavillon" qu'ils pourront fréquenter quand et par où bon leur semblera. »

La suite de la description des lieux mentionne deux crèches (cr1 et cr2 sur le plan) à l'ouest du pavillon, « en moëlon et couvert de gleds » (chaume). On notera la présence de « fendasses » (ouverture en "fente") et d'un mur intérieur de soutien dit « arras ».

Une grange (gr sur le plan) est signalée au nord de la maison principale, séparée de cette dernière par l'aire à battre (ab sur le plan). Au sud de la maison manalle, dans la cour ou placitre intérieur, on trouve le puits et le « pors à frambois » (code pf sur le plan), c'est-à-dire l'endroit où était entassé le fumier des bêtes.

 

L'estimation porte sur l'ensemble des terres dépendant du manoir de Kernaou, en excluant la deuxième division constituée de la petite ferme Ty-Plouz au nord et aujourd'hui disparue. La surface totale de la première division est de 34,5 journaux, c'est-à-dire 17 hectares.

Le montant estimé pour une mise en vente du lot tient compte des réparations à effectuer sur la maison principale et se monte à 4100 livres. Lors de la vente aux enchères du 19 floréal de l'an 3 (08.05.1795) la mise à prix démarre à 10.000 livres. Il s'en suit quelques propositions de surenchères, dont celle de Kernafflen, le vice-président du directoire du district de Quimper. In fine le citoyen Jean Marie Le Roux fait son unique offre à 38000 livres et emporte la mise.

Jean-Marie Le Roux, est avoué à Quimper, beau-frère de Salomon Bréhier, et tous deux éteient cosignataires du rapport d'expertise de Kernaou. En devenant adjudicataire, il pourrait être soupçonné de conflit d’intérêts, mais ce genre de situation est très fréquente à l'époque.

Jusqu'aujourd’hui Kernaou est resté la propriété des descendants des Le Roux, ce par le biais des femmes. En commençant par Julie Le Roux, fille de Jean Marie, et qui se marie à un Jean Le Bastard dont hériteront les Lunven, les Kerselec, et enfin la famille de Kerlivio. Pour preuve l'arbre familial établi en 1983 par Jean de Kerlivio :

En savoir plus : « 1794-1795 - Estimation et adjudication du manoir de Kernaou »


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