Mort de Pierre-Marie Cuzon héros de la guerre de 1870, Le Finistère 1880 - GrandTerrier

Mort de Pierre-Marie Cuzon héros de la guerre de 1870, Le Finistère 1880

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Catégorie : Gazettes
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§ E.D.F.

La nécrologie d'un officier natif d'Ergué-Gabéric, décoré de la Légion d'Honneur pour des actes héroïques pendant la défense de Paris contre l'armée prussienne, décédé en 1880 à son retour de campagne militaire en Cochinchine.

Les honneurs militaires lui furent attribués après guerre pour avoir résisté aux tirs des batteries prussiennes basées sur les hauteurs de Montrouge, pendant 23 jours en janvier 1871 dans sa batterie devant le fort de Vanves.

Autres lectures : « Pierre Marie Cuzon, Chevalier de la Légion d'Honneur (1871) » ¤ « Déguignet expose son avis sur les causes de la défaite de 1870, JMD » ¤ « Kemperiz e Kerzevot, Quimpérois à Kerdévot, Feiz ha breiz 1870 » ¤ « Pardonerien e Kerdevot, Pardon à Kerdévot, Feiz ha breiz 1871 » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Cet article [1] est publié le 24 novembre 1880 (et le 20 pour l'annonce du décès) dans les colonnes du journal « Le Finistère » [2] pour présenter la personnalité de Pierre-Marie Cuzon, jeune militaire breton incorporé pour la défense de Paris contre l'armée prussienne : « Né d'une honorable famille de cultivateurs d'Ergué-Gabéric, Cuzon était bien réellement le fils de ses œuvres ».

Grâce au témoignage de l'officier présent à l'enterrement, l'article nous explique la préparation des bastions et batteries tout autour de la capitale les bombardements près du fort de Vanves, opérations pendant lesquelles Pierre-Marie Cuzon était présent : « Employé d'abord sous les ordres du capitaine Denis à l'armement des bastions 43, 44, 45 et 46 de l'enceinte continue, Cuzon suivit cet officier au poste d'honneur qui lui était assigné en avant du fort de Vanves. »

Les bastions 43 à 46 étaient situés de part et d'autres des portes de Clichy et d'Asnières :

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Ensuite dans leur batterie située plus au sud entre le fort de défense de Vanves et les canons prussiens des hauteurs de Chatillon-Montrouge: « Pendant la première journée du bombardement (qui dura 23 jours sans interruption), 45 servants furent tués »

1871 - La fin de la guerre (site malakoff-patrimoine.fr)
-Image:Spacer.jpg5 janvier début des bombardements du fort de Vanves qui durera 23 jours et y occasionnant la mort de 22 soldats et 75 blessés (hors batteries voisines) ainsi que de gros dégâts aux maçonneries,
-Image:Spacer.jpg6 janvier le gouvernement de la Défense nationale demande un armistice
-Image:Spacer.jpg28 janvier signature d’un armistice
-Image:Spacer.jpg29 janvier à midi les troupes françaises sortent du fort. Elles sont immédiatement remplacées par les soldats prussiens.

 
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Après les décès successifs des commandants de sa batterie, le soldat gabéricois en prit la direction : « Ainsi Cuzon, dans deux circonstances exceptionnelles en face de l'ennemi, a commandé une batterie de siège et a su imprimer à ses hommes le sentiment du devoir en les maintenant autour des pièces, malgré un feu meurtrier de la part de nos adversaires ».

Et les honneurs militaires lui furent attribués après guerre : « Cuzon fut récompensé de sa belle conduite par la croix de chevalier de la Légion d'honneur ». À quelle date reçut-il cette récompense ? Dans son dossier il est question du décret du 11 janvier 1871, mais cela est peu probable, car il participa aux combats qui durèrent jusqu'à la signature de l'armistice le 28 janvier : « dirigeant encore un feu meurtrier sur l'ennemi, alors que les forts de Vanves et d'Issy avait cessé la lutte » ; « il reçut une égratignure du dernier coup de canon tiré par l'ennemi. ».

Du fait que les premières pièces du dossier d'attribution de la légion d'honneur, notamment la copie conforme de l'acte de naissance, sont datées du 10 février 1871, on peut supposer que le décret fut publié quelques mois plus tard.

Après la défaite contre l'armée prussienne, Pierre-Marie Cuzon ne resta pas à Paris et ne renforça pas les rangs des « militaires Versaillais » de Thiers qui se battirent dès mai 1871 comme les « fédérés communards ». Il rejoignit son corps de la Marine et prit la mer dès avril pour la destination de la Cochinchine où il contracta une grave maladie. Il décéda, après 18 mois de mariage, le 14 novembre 1880 à Brest.

[modifier] 2 Transcription

20 novembre 1880

C'est avec un vif sentiment de regret que nous apprenons la mort de M. Cuzon, capitaine d'artillerie de marine, commandant la compagnie d'ouvriers, décédé lundi dernier à Brest.

Cet officier, chevalier de la Légion d'honneur vient d'être enlevé à l'âge de 37 ans à l'affection de ses parents et de ses camarades. Il avait épousé, il y a 18 mois à peine, la fille de M. d'Harcourt, ex-commandant de gendarmerie maritime.

M. Cuzon était né à Ergué-Gabéric et comptait de nombreux amis à Quimper.

24 novembre 1880

Nouvelles et Renseignements.

Nous avons annoncé samedi la mort prématurée du capitaine Cuzon, de l'artillerie de marine, qui a succombé aux suites d'une maladie contractée en Cochinchine.

Né d'une honorable famille de cultivateurs d'Ergué-Gabéric, Cuzon était bien réellement le fils de ses œuvres. Après avoir reçu un commencement d'instruction dans les classes inférieures du collège de Quimper, il abandonna le cours de ses études pour contracter un engagement volontaire dans le corps de l'artillerie de marine, et s'éleva promptement à l'épaulette, grâce à un travail énergique et à une force peu commune de volonté.

Lieutenant en 1870, il fut appelé à concourir à la défense de Paris, à l'un des postes les plus périlleux, dans une batterie détachée en avant du fort de Vanves. Il montra là un héroïsme à la hauteur de la situation, et des qualités de commandement qui faisaient augurer brillamment de son avenir.

Un de ses anciens chefs, M. Le Pontois, dans une allocation prononcée sur sa tombe, a rappelé cette partie glorieuse de sa carrière dans les termes suivants :

« Employé d'abord sous les ordres du capitaine Denis à l'armement des bastions 43, 44, 45 et 46 de l'enceinte continue, Cuzon suivit cet officier au poste d'honneur qui lui était assigné en avant du fort de Vanves.

Le nouvel ouvrage que le capitaine Denis, avec sa batterie, était appelé à armer et à défendre, comprenait un simple parapet en terre de 50 mètres de longueur, armé de douze canons de 24 rayés de siège, monté sur affûts [3] de place. Il était distant du fort de Vanves de 1,200 mètres.

Cette batterie joua un rôle sérieux dans la défense en obligeant les Allemands à s'éloigner des points qu'elle battait. »

 

« L'ennemi, courroucé de cette vigoureuse défense et de cette grande vigilance, résolut pendant le bombardement de concentrer sur cette batterie le tir d'un grand nombre de bouches à feu. Mais la résistance devait équivaloir à l'impétuosité de l'attaque.

Pendant la première journée du bombardement (qui dura 23 jours sans interruption), 45 servants furent tués ; le capitaine Denis, ben que blessé très grièvement, continua à commander le feu jusqu'au moment où ses forces l'obligèrent à remettre ses fonctions à son lieutenant. Cuzon continua à diriger le tir jusqu'à la nuit, et il profita de l'obscurité pour faire réparer le parapet et changer les deux affûts [3] brisés par le tir de l'ennemi.

Le second jour, nouvel acharnement de la part de l'ennemi ; résistance aussi opiniâtre de notre côté. Le capitaine d'artillerie de terre, qui avait pris le commandement de la batterie lui-même, fut tué dans la journée. Cuzon reprit de nouveau le commandement qu'il conserva pendant plusieurs jours, dirigeant encore un feu meurtrier sur l'ennemi, alors que les forts de Vanves et d'Issy avait cessé la lutte.

Le dernier jour de bombardement amena une fin également tragique pour le 3e capitaine commandant. Quant à notre camarade, il semblait que la protection qui lui avait été accordée dès le commencement du feu, devait se terminer avec la fin du tir, car il reçut une égratignure du dernier coup de canon tiré par l'ennemi.

Ainsi Cuzon, dans deux circonstances exceptionnelles en face de l'ennemi, a commandé une batterie de siège et a su imprimer à ses hommes le sentiment du devoir en les maintenant autour des pièces, malgré un feu meurtrier de la part de nos adversaires, tout en faisant réparer de nuit les avaries causées par leur tir ; et cela dans des conditions très délicates, attendu que la batterie n'était gardée par aucune troupe de soutien et que sa position isolée, sans chemin de communication la reliant au fort de Vanves, l'exposait à chaque instant à être tournée.

Cuzon fut récompensé de sa belle conduite par la croix de chevalier de la Légion d'honneur. »

Quelques mois après le siège de Paris, Cuzon fut envoyé en Cochinchine, d'où il revint avec le grade de capitaine, mais aussi, hélas ! avec le germe d'une maladie contractée sous ce climat meurtrier, et qui ne devait pas lui pardonner. C'est pendant une trève trompeuse de son mal qu'il épousa Mlle Daucourt, la jeune femme qu'il vient de laisser veuve au bout de dix-huit mois.

Saluons respectueusement, au moment où il nous quitte, ce brave soldat, cet officier d'avenir, ce breton bien trempé, à qui semblaient s'offrir tant d'espérances, et dont la carrière inachevée est cependant assez longue pour montrer à tous les yeux les consolantes images du patriotisme, du courage militaire, de l'attachement au travail et de la fidélité au devoir !

[modifier] 3 Coupures de presse

[modifier] 4 Annotations

  1. Information et document communiqués par Pierrick Chuto, passionné d'histoire régionale, auteur de nombreux articles (Le Lien du CGF, La Gazette d'Histoire-Genealogie.com ... ) et de cinq livres sur le Pays de Quimper : § [ses publications] .. [Ref.↑]
  2. Le Finistère : journal politique républicain fondé en 1872 par Louis Hémon, bi-hebdomadaire, puis hebdomadaire avec quelques articles en breton. Louis Hémon est un homme politique français né le 21 février 1844 à Quimper (Finistère) et décédé le 4 mars 1914 à Paris. Fils d'un professeur du collège de Quimper, il devient avocat et se lance dans la politique. Battu aux élections de 1871, il est élu député républicain du Finistère, dans l'arrondissement de Quimper, en 1876. Il est constamment réélu, sauf en 1885, où le scrutin de liste lui est fatal, la liste républicaine n'ayant eu aucun élu dans le Finistère. En 1912, il est élu sénateur et meurt en fonctions en 1914. [Ref.↑]
  3. Affût, s.m. : (artillerie) pièce ou assemblage de pièces, en bois ou en métal, servant de support, dans les manœuvres et dans le tir, à une pièce d'artillerie. Source : TRLFi. On appelle affût le système qui porte la bouche à feu. L'artillerie française compte six espèce[s] d'affût : L'affût de campagne; L'affût d'obusier de montagne; L'affût de siège; L'affût de place et de côte; L'affût de mortier; L'affût de marine. Les quatre premières espèces constituent une classe d'affût que l'on munit de deux roues à l'aide desquelles on les traîne, en accrochant leur queue en crosse à une autre voiture à deux roues. Dans l'obusier de montagne cette voiture est remplacée par une limonière. Quand ces affûts sont en batterie, c'est-à-dire dirigés sur le but à battre, ils reposent sur le sol par trois points : leurs deux roues et la crosse. Les affûts de mortiers n'ont pas de roues et reposent directement sur le sol. Les affûts marins sont portés par quatre roulettes. Source : Privat-Foc, 1870. [Terme] [Lexique] [Ref.↑ 3,0 3,1]


Thème de l'article : Coupures de presse relatant l'histoire et la mémoire d'Ergué-Gabéric

Date de création : Janvier 2015    Dernière modification : 10.04.2015    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]