Noblesse de Tinténiac propriétaire du manoir du Cleuyou avant la Révolution - GrandTerrier

Noblesse de Tinténiac propriétaire du manoir du Cleuyou avant la Révolution

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Certes à la Révolution, le manoir fut vendu comme « bien national » confisqué à son détenteur noble émigré, François-Hyacinthe de Tinténiac. Nous savons aussi que le fils de ce dernier était un officier chouan mort à Coëtlogon d'une balle tirée par un soldat de la République pendant le débarquement anglais de Quiberon en 1795. Mais que sait-on plus précisément sur cette famille et son rapport exact au manoir du Cleuyou en Ergué-Gabéric, proche de la ville de Quimper ?

Travail effectué avec l'aide précieuse de Bernard Baffait [1], qui, pour bâtir sa saga historique du Chevalier Kerstrat, a rassemblé un impressionnant fonds documentaire sur les Tinténiac et leurs contemporains en cette fin du 18e siècle.

Autres lectures : « Archives du Cleuyou » ¤ « Le manoir du Cleuziou/Cleuyou » ¤ « ROGEL Christian - Le manoir du Cleuyou en Ergué-Gabéric » ¤ « BAFFAIT Bernard - Le Chevalier Kerstrat, Chouan des Lumières » ¤ « PÉRON Goulven - Le clergé de Laz de 1754 à 1800 » ¤ « 1792-1795 - Liste des citoyens absents et réputés émigrés » ¤ « 1762 - Dénombrement du Cleuziou et Kerempensal par François Hyacinthe de Tinteniac » ¤ « MACÉ DE VAUDORÉ Jean-François (de) - Noblesse de Bretagne et du Comté Nantais » ¤ « 1742 - Inhumation illégale de Marie Duval de Lezergué dans l'église paroissiale » ¤ « VILLEMARQUÉ Théodore Hersart (de la) - Le Barzaz Breiz » ¤ « 1794 - Estimation du manoir et dépendances du Cleuyou » ¤ « 1795 - Ventes aux enchères du manoir du Cleuyou » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

La famille de Tinténiac est une très ancienne famille noble de Bretagne, originaire de Tintinéac en Ile-et-Vilaine. En 1351, le chevalier Jean de Tinténiac s'illustre dans le Combat historique des Trente [2] près de Josselin. Une des branche ainée tenait le fief de Quimerc'h en Bannalec d'où sont issus les Tinténiac du Cleuyou et de Quimper, dont le chevalier Vincent de Tinténiac.

Ci-dessous une compilation des documents d'archives, des traces historiques et des sources bibliographiques mentionnant les générations des Tinténiac en rapport avec le château du Cleuyou.

 

Les Tinteniac de Quimerc'h et de Quimper, les détenteurs attestés du Cleuyou étant Vincent-François (*1*) et François-Hyacinthe (*2*) :

  Joseph-Hyacinthe de Tinteniac (1655-1733)
  x Louise-Ursule Allain (1673-1709)
  ├
  ├> François-Hyacinthe de Tinteniac I (1701-1737)
  ├    x Marie-Rose de Tréouret
  ├    ├
  ├    └> *2* François-Hyacinthe de Tinteniac II (1726-1794)
  ├         x 1747 Antoinette-Françoise de Kersulguen
  ├         ├> Anne Josèphe de Tinteniac (1749-1812 à Londres) 
  ├         ├   x 1772 Guillaume Bonaventure BREIL du RAYS
  ├         ├> Hyacinthe-Joseph-Jacques de Tinteniac (1753-)
  ├         ├   x 1775 Marie Yvonne Séverine de Kersauson 
  ├         └> Vincent de Tinteniac, dit le "loup blanc" (1756--1795)
  └> *1* Vincent-François de Tinteniac (1710-1760)

[modifier] 2 Chevaliers, comtes et marquis de Tinténiac

« L'an mil sept cent soixante le six novembre a été inhumé dans l'église paroissiale le corps de Vincent François seigneur chevalier comte de Tinténiac décédé d'hier en son chateau du Cleusiou agé d'environ cinquante ans muni des sacrements. On assisté au convoy messire Jean Battiste Gouesnou seigneur de Keraval, Yves Quéré clerc tonsuré, Berthelémé Le Corre clerc tonsuré, Antoine Salda. p. L'Ollivier recteur d'Ergué-Armel. »

Registre des sépultures d'Ergué-Armel (Le Cleuyou était rattaché à cette commune avant d'être transférée sur le territoire d'Ergué-Gabéric à la Révolution.

L'inhumation du chevalier Vincent-François dans l'église paroissiale en 1760 est exceptionnelle, tous les autres défunts de la paroisse étant inhumés dans le cimetière. Le 16 août 1719 le Parlement de Bretagne avait totalement interdit les inhumations dans les églises à l'exception des propriétaires d’enfeux [3], ce qui devait donc être le cas pour les Tintinéac.

Dans un document d'archive dit Minu [4] de 1762, « Messire François Hyacinthe de Tinteniac, chevalier seigneur marquis dudit nom de Quimerch » déclare ses propriétés et dépendances du manoir du Cleuziou dont il hérite de son oncle « Vincent François comte de Tinteniac » décédé en 1760 au manoir du Cleuyou. Cette déclaration est faite avec une reconnaissance de rente annuelle à l'institution des Régaires de l'évêque de Quimper au titre d'une sous-inféodation aux seigneurs du Cleuyou.

En 1757 le marquis de Tinténiac s'était illustré lors de la défense du port de Lorient contre les anglais pendant la guerre de 7 ans : « Nous parlerons aussi du Tinténiac, père du chevalier, qui en 1757 sous Louis XV, à la tête de ses Bretons, contribua pour sa grande part à repousser les troupes britanniques qui voulaient s'emparer de Lorient. » (G. de Clohars-Carnoët).

La Révolution ayant installé son Directoire à Quimper, François-Hyacinthe de Tintinéac (et ses fils) sont très vite déclarés émigrés :

  • le 27 octobre 1792 dans la liste du district de Quimper : « Tinteniac, père & ses deux fils «, ces derniers étant Hyacinthe et Vincent.
  • le 1er février 1793 pour la commune d'Ergué-Gabéric : « Tintesniac père, ex-noble, Quimerc'h en Banallec (dernier domicile connu), 1685 livres (ressources) », ceci pour les propriétés du Cleuyou.
 
  • le 1er février 1793 pour Ergué-Armel : « Tinteniac père, ex-noble, Banallec (dernier domicile connu), 2626 livres (ressources) », sans doute pour la propriété de Kerlaeron.

En 1789, lors de la protestation contre la suspension du Parlement de Bretagne de Rennes, parmi les quelques 800 nobles bretons signataires de la pétition, on trouve nos deux Tintinéac père et fils : «  François Hyacinthe de Tinteniac ; Vincent Louis, chevalier de Tinteniac, »

En janvier 1791, lors d'un rassemblement de royalistes au manoir de Trévarez en Laz, les mêmes personnes répondent à l'interrogatoire par le représentant du Directoire de Carhaix [5] : «  M. de Tinténiac père s’est livré à lui confier qu’ils avaient à leur disposition 80 hommes très bons soldats. Le chevalier de Tinténiac a ajouté que si la descente des Anglais était réelle, ils étaient disposés à combattre contre eux avec 80 hommes  »

Manifestement la rencontre du château de Trévarez qui officiellement était une partie de chasse, organisée par les Tintinéac, avait rassemblé du beau monde : « Requis de donner leurs noms ils nous ont nommé M. de Tinténiac, son fils, MM. Beauvoir, Kerstrat, Briand, chevalier de saint- Louis de Quimperlé, Keranevel, Guernisac, Trémiso, Kerléau, d’Ampherney, Derval, Duvergier père et fils ».

Le manoir du Cleuyou et ses dépendances seront déclarés Biens nationaux du fait que les Tinténiac sont insurgés et émigrés. Les documents d'estimation des biens en 1794 et de vente aux enchères en 1795 contiennent les mentions « Emigré Tinteniac », « manoir du Cluyou provenant de l'émigré Tinténiac », « acquis à la République par l'émigration de Tinteniac »?

François-Hyacinthe de Tinténiac émigre à Londres fin octobre 1794, où il rejoint son fils Vincent et sa fille Anne-Josephe qui y sont déjà. A son arrivée, il écrit une lettre au ministre William Windham, décrivant les conditions de son arrivée : « Je suis arrivé ce matin à Harwich à pied, n'ayant qu'une demie guinée. [...] Je ne puis me présenter chez vous, Monsieur, dans ce moment, n'ayant qu'une chemise que je porte depuis un mois, après avoir épuisé tous mes moyens de subsistance pour moi et mon domestique, qui ne m'a pas quitté dans mes malheurs. »

Dans une autre Vincent confirme les faits : « Mon malheureux père est arrivé hier, en bonne santé ; mais presque nu, ce qui m'empêche de vous le présenter, se trouvant hier au Comité, on le força de vous écrire ; lui, ne voulant pas dire qu'il m'avait vu, le fit. Aussitôt qu'il sera habillé, ma sœur aura l'honneur de vous le présenter vous verrez avec plaisir que malgré toutes les fatigues qu'il a endurées, ni sa tête, ni sa santé n'ont souffert de ses malheurs. »


[modifier] 3 Vincent l'officier chouan dit "loup blanc"

Comme indiqué au chapitre précédent, le grand-oncle Vincent François a bien habité le manoir de Cleuyou, mais rien n'est moins sûr pour son neveu François-Hyacinthe et les fils de ce dernier. Il faut dire qu'en Bannalec les Tinténiac avaient leur château familial, et aussi depuis la fin du 17e siècle un hôtel particulier à Quimper. Cette dernière construction sur les quais de l'Odet (au 40) coûta si cher que la fortune familiale faillit y être engloutie. C'est dans cet hôtel de Quimper qu'est né Vincent-Louis en 1756.

L'hôtel de Tinténiac en 2014
L'hôtel de Tinténiac en 2014

« L'an mil sept cent cinquante six le treize novembre est né en cette paroisse, environ trois heures après-midy, et le jour suivant a été solennellement baptisé dans l'église cathédrale de St Corentin, par le sousignant prêtre sacristain, Vincent Louis, fils légitime de haut et puissant seigneur Messire Hyacinthe De Tinténiac, seigneur Marquis de Quimerc'h, chevalier de l'ordre royal, et militaire de St Louis, et de Demoiselle Anne Anthoinette de Kersulguen, son épouse, Dame de Tinteniac ; parain et maraine ont été Pierre Le Follic, qui signe, et Catherine Le Bars qui a déclaré ne le scavoir. »

Dans une monographie manuscrite sur sa belle-famille des Kerstrat de Tréouret, Éphrem Houel du Hamel décrit ainsi le chevalier Vincent de Tinténiac : « La famille de Kerstrat formait à Londres un centre de parents et d’amis qui cherchaient à pallier les douleurs de l’exil par une douce intimité. [...] On remarquait aussi dans l’intimité de la famille un jeune homme de petite taille, un peu boiteux, charmant cavalier d’ailleurs et qui joignait à l’esprit le plus vif et le plus délicat la grâce et la distinction de l’illustre famille dont il descendait. »

Bernard Baffait, dans son livre « Le Chevalier Kerstrat, Chouan des Lumières » décrit la scène de l'assassinat du chevalier : « Tinténiac se trouvait dans le groupe de tête des poursuivants, au milieu de l'avenue de Logon, Julien sur ses talons, lorsqu'il vit plusieurs chouans qui s'apprêtaient à tirer sur un grenadier. Celui-ci avait tardé à fuir et progressait par bonds d'un arbre de l'avenue à l'autre. Tinténiac cria à leur intention : « Ne le tuez pas ! Je lui fais grâce ! » tout en s'approchant de l'homme. Celui-ci le regardait venir, l'arme baissée. Tinténiac continuait à suivre plus calmement les fuyards sans plus s'occuper du grenadier immobile. Lorsqu'il ne fut plus qu'à trois ou quatre mètres de lui, le Bleu releva le canon de fusil qu'il pointa vers la poitrine du chef chouan en grande tenue et tira sans viser.  »

 
Album du Centenaire - Grands Hommes et grands faits de la Révolution Française (1778-1804)
Album du Centenaire - Grands Hommes et grands faits de la Révolution Française (1778-1804)

Très tôt, Vincent de Tinténiac, avait pris position en tant qu'adversaire des idées nouvelles amenées par le grand mouvement de 1789, et avant les évènements il signa de son nom et de son titre de chevalier, à côté de celui de son père (et de 800 nobles bretons) la protestation contre l'arrêt royal de suspension du Etats de Bretagne du Parlement de Rennes.

Et il entra dans la conspiration d'Armand Tuffin de La Rouarie [6], dont il devint l'aide de camp. Il oeuvra aussi à ses côté au développement de l'Association Breton, « Association simplement défensive des honnêtes gens contre les attroupements de factieux, brigands ou malfaiteurs », c'est-à-dire anti-républicaine.

Un certain nombre d'ouvrages sont consacrés, en totalité ou en partie, à l'évocation du personnage du « Loup blanc » :

  • « Le Chevalier Kerstrat, Chouan des Lumières », roman historique de Bernard Baffait, déjà cité. Par le mariage de son grand père le Chevalier de Tinténiac est un cousin du héros du livre.
  • Le « Barzaz Breiz », poème « Ar Chouanted » de Théodore Hersart de la Villemarqué : « An Aotrou Tinteniag paour a-dreuz war e varlenn. »
  • « Les Amazones de la Chouannerie », roman de Théophile Briant (éditions Sorlot, 1938), histoire romancée dont Vincent de Tinténiac est le héros.
  • « La mort du loup blanc », roman de Béatrice Nicodème (coll. Labyrinthes, librairie des Champs-Elysées).
  • « Le Chevalier de Tinténiac et la Chouanerie », étude de G. de Clohars-Carnoet, Revue de Bretagne de juillet-aout 1911, disponible sur le site Gallica : transcription de nombreuses lettres, dont certaines du fonds d'archives William Windham, le ministre anglais du ministre de la guerre en contacts avec les émigrés et insurgés bretons.
  • « Album du Centenaire. Grands hommes et grands faits de la Révolution française (1789-1804) », ouvrage de 325 pages et 436 gravures sur bois, publié chez Combet et Cie en 1889 : Vincent de Tinténiac y a sa fiche page 102 et son croquis (non signé).

[modifier] 4 Annotations

  1. Bernard Baffait, né en 1941, professeur de lettres à Rennes, est aujourd'hui un retraité passionné par l'écriture de romans policiers et historiques. Il a publié les deux premiers tomes de la saga du Chevalier breton Kerstrat pendant l'époque trouble de la Révolution. Le troisième tome qui se passera sur les terres vendéennes est en préparation. [Ref.↑]
  2. Le combat des Trente est un fameux épisode de la guerre de Succession de Bretagne entre les partisans de Charles de Blois et ceux de la maison de Montfort, combat qui se déroula le 26 mars 1351 sur la commune de Guillac (Morbihan), entre Josselin et Ploërmel, près du « chêne de la lande de Mi-Voie ». [Ref.↑]
  3. Enfeu, s.m. : ancien substantif déverbal de enfouir. Niche à fond plat, pratiquée dans un édifice religieux et destinée à recevoir un sarcophage, un tombeau ou la représentation d'une scène funéraire. Avant la Révolution française, les seigneurs du pays étaient enterrés par droit d'enfeu dans un sépulcre de ce genre. Source : Trésors de la Langue Française. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  4. Minu, menu, s.m. : terme d'usage en Bretagne, pour exprimer la déclaration et le dénombrement que le nouveau possesseur à titre successif doit donner par le menu à son seigneur, des héritages, terres et rentes foncières qui lui sont échus à ce titre, et qui sont sujets à rachat, pour faire la liquidation de ce droit. Source: Dictionnaire Godefroy 1880. [Terme] [Lexique] [Ref.↑]
  5. Rapport de François-Xavier Baudot, membre du directoire du disctrict de Carhaix, publié par Goulven Péron dans la revue Kaeir ar Poher de juin 2012 : « Le clergé de Laz de 1754 à 1800 - Messires Gallois et Jacob » ¤  [Ref.↑]
  6. Armand-Charles Tuffin, marquis de La Rouërie (1751-1793), est un militaire français, héros de la guerre d’indépendance américaine, défenseur du parlement de Bretagne contre les édits de Versailles et l'organisateur de l'Association bretonne. [Ref.↑]


Thème de l'article : Biographie d'une personnalité gabéricoise

Date de création : Janvier 2015    Dernière modification : 30.12.2015    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]