Reportage sur l'expulsion des soeurs blanches, L'Ouest-Eclair 1902 - GrandTerrier

Reportage sur l'expulsion des soeurs blanches, L'Ouest-Eclair 1902

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Catégorie : Gazettes
Site : GrandTerrier

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§ E.D.F.

Une relation des évènements gabéricois par un journal républicain qui affiche sa position contre la suppression de la congrégation des sœurs blanches et de la fermeture de leurs écoles.

Autres lectures : « 1902 - Documents sur la fermeture de l'école Notre-Dame de Kerdévot » ¤ « 1911 - Pétition des électeurs pour le maintien d'une religieuse du St-Esprit » ¤ « 1902 - Témoignage de JM Déguignet sur la fermeture de l'école ND de Kerdévot » ¤ « 1912 - Fiche préfectorale de renseignements sur une commune réactionnaire » ¤ « Ecole Notre-Dame de Kerdévot, OF-LQ 1987 » ¤ « Jean Hascoët, recteur (1897-1908) » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Le journal L'ouest-Eclair est certes un journal républicain, mais cela ne l'a pas empêché de défendre en 1902 une position rédactionnelle très marquée contre les mesures de fermeture des écoles congrégationnistes. Au lendemain des opérations de fermeture du mois d'août, les unes du quotidien titraient : « Nouveaux crochetages », « Nouvelles infamies », « Protestation », « Contre la liberté » ...

Le 7 août un petit entrefilet signale la manifestation de protestation à l'école Notre-Dame de Kerdévot : « Bravo Ergué ! ». Le 9 un courrier des lecteurs est publié et donne tous les détails de l'opération :

  • « Tout à coup, vers trois heures (du matin), on entend un coup de clairon sur la route de Quimper ; c'est l'un des factionnaires qui donne l'alarme ».
  • « Bientôt 500 personnes sont arrivées au bourg. Un quart d'heure après, apparaît une voiture, escortée de 12 gendarmes à cheval, lesquels sont commandés par un adjudant ».
  • « Les chevaux des braves gendarmes reçoivent des coups de chapeau sur les naseaux et sont obligés de reculer ».
  • « Les religieuses sont alors mises à la porte ; à leur sortie, elles sont l'objet d'une ovation enthousiaste ».
  • « Il est 5 h. 1/4 ; tout est fini ; le commissaire [1] monte en voiture et donne l'ordre du départ. Tous les habitants le poursuivent en criant : " À bas les lâches ! Vivent les sœurs ! Vive l'armée ! À bas les francs-maçons ! " ».

La population gabéricoise est résolument pour le maintien des sœurs blanches et leurs écoles, et s'oppose au pouvoir laïc qui a décidé l'interdiction des congrégations. Le pouvoir est ici incarné par le commissaire spécial. Par contre, les habitants manifestent leur sympathie aux gendarmes contraints d'encadrer les opérations de fermeture.

En complément nous notons aussi la chanson du dimanche des Sœurs blanches que le journal publia le 10 : « À bas Combes ! Nous voulons Dieu Et nos Sœurs blanches ! ». Ce texte était donné « pour tromper l'ennui des heures de surveillance diurne et nocturne sur les routes du pays breton ».

 
Achille Lemot, Le Pèlerin, n° 1345, 12 octobre 1902, quatrième de couverture
Achille Lemot, Le Pèlerin, n° 1345, 12 octobre 1902, quatrième de couverture

[modifier] 2 Transcriptions

07 août 1902 (bravo ...) :

Bravo Ergué !
Quimper, 6 août.

Les pauvres sœurs d'Ergué-Gabéric ont été jetées hors de leur école par M. Tomasi, commissaire spécial, vers deux heures.

La population a énergiquement protesté.

M. Tomasi était accompagné par des brigades de gendarmerie à cheval, mais pas de troupes.

09 août 1902 (ce qui s'est passé ...) :

Ce qui s'est passé à Ergué-Gabéric
Un coup de clairon à l'aube. - Le crochetage. - La colère des habitants. - Une intervention à propos.
Quimper, 8 août.

Vous avez brièvement dit ce qui s'est passé à Ergué-Gabéric. Mais il faut, que l'on sache, et partout par le détail combien a été admirable l'attitude de notre vaillante population.

Mercredi, comme les jours précédents, des jeunes gens avaient été placés en sentinelle eux différentes issues du bourg d'Ergué-Gabéric. Tout à coup, vers trois heures, on entend un coup de clairon sur la route de Quimper ; c'est l'un des factionnaires qui donne l'alarme.

Aussitôt, on accourt de tous les villages et bientôt 500 personnes sont arrivées au bourg. Un quart d'heure après, apparaît une voiture, escortée de 12 gendarmes à cheval, lesquels sont commandés par un adjudant ; c'est la voiture qui amène M. Thomazzi, commissaire de Quimper. Tous nos paysans se massent alors dans la cour de l'école et alors de toutes les poitrines sortent les cris de : « Vivent les Sœurs ! Nous voulons garder nos sœurs ! Vivent les gendarmes ! À bas les proscripteurs ! ».

M. Thomazzi, qui a mis pied à terre, se présente à la porte de la cour et fait les sommations règlementaires. M. le Recteur [2], le propriétaire de l'école, ouvre et proteste énergiquement contre une pareille violation de la liberté. M. Thomazzi entre et donne lecture du décret. À ce moment, il se produit une violente poussée ; les paysans exaspérés veulent l'empêcher d'avancer. Le commissaire est devenu blême ; il donne l'ordre d'évacuer la cour. La chose est impossible ; les chevaux des braves gendarmes reçoivent des coups de chapeau sur les naseaux et sont obligés de reculer. Les notabilités du pays interviennent et réussissent à calmer un peu les habitants ; sans cela que serait-il arrivé ?

Les religieuses sont alors mises à la porte ; à leur sortie, elles sont l'objet d'une ovation enthousiaste. Les scellés sont mis. Bien entendu, le propriétaire [2] refuse de s'engager à ne pas laisser les sœurs rentrer dans sa maison.

Il est 5 h. 1/4 ; tout est fini ; le commissaire monte en voiture et donne l'ordre du départ. Tous les habitants le poursuivent en criant : « À bas les lâches ! Vivent les soeurs ! Vive l'armée ! À bas les francs-maçons ! ».

La population toute entière se rend alors à l'église et entonne par trois fois le Parce, Domine ...

 

10 août 1902 (chanson des sœurs) :

La chanson du dimanche. Les Sœurs blanches.

Pour tromper l'ennui des heures de surveillance diurne et nocturne sur les routes du pays breton, les défenseurs éventuels des saintes femmes persécutées chantent en chœur des couplets délicieux qui font honneur à leur auteur, vrai poète.

Les lecteurs de l'Ouest-Eclair nous sauront gré de leur en réserver la primeur :


En chaque bourg, en chaque lieu
Où l'on voit l'image de Dieu
Comme sur l'autel, un dimanche
Resplendir en toute saison,
C'est l'humble et tranquille maison
De la Sœur blanche.

Chaque jour, par tous les chemins,
Qui mènent des hameaux voisins
Sa faufilant parmi les branches
Nos fillettes, joyeux essaim,
Accourent de très bon matin
Chez les Sœurs blanches.

On est heureux à la maison !
Le laboureur sur son sillon,
Son enfant aux yeux de pervenche,
Qui donc prodigue à la douleur
Les doux mots qui viennent du cœur
C'est le Sœur blanche !

Mais on dit que le ciel est noir,
Que dans quelques jours l'on va voir
Fondre sur elles l'avalanche.
Que Satan veut avoir raison
Des anges du Pays breton,
De nos Sœurs blanches !

Les jours d'épreuve sont venus ...
Mais nous sommes Bretons têtus
Et hardi ! prêts pour la revanche.
Nous ne connaissons pas la loi
Quand elle attaque notre foi
Et nos Sœurs blanches.

Non ! non ! nos Sœurs, pas d'au revoir !
Non ! non ! Tous les jours on veut voir
Vos blancs manteaux aux larges manches.
Nous ne vous disons pas adieu.
À bas Combes ! Nous voulons Dieu
Et nos Sœurs blanches !

[modifier] 3 Coupures de presse

[modifier] 4 Annotations

  1. Le commissaire spécial dénommé Thomazzi fera un compte-rendu qui sera transmis par la préfecture au ministère de l'Intérieur : « L'opération d'Ergué-Gabéric commencée à 3 heures 1/2 a été terminée à 6h. Nombreux manifestants dans l'intérieur de l'Établissement à la tête desquels se trouvaient le recteur Hascoët qui s'est dit propriétaire de l'immeuble et ses deux vicaires. M. Hascoët, organisateur de la résistance a refusé de signer l'engagement qui lui a été présenté. Scellés apposés. Quelques pierres ont été jetées sur les gendarmes par des enfants.  ». Documents d'archives : « 1902 - Documents sur la fermeture de l'école Notre-Dame de Kerdévot ». [Ref.↑]
  2. Jean Hascoët fut recteur d'Ergué-Gabéric de 1897 à 1908. Son grand projet fut l’école Notre-Dame de Kerdévot : «  il dota la paroisse d'une école chrétienne de filles dont il était justement fier et qu'il a eu la consolation de voir survivre et prospérer » (Semaine Religieuse, 24.01.1908). [Ref.↑ 2,0 2,1]


Thème de l'article : Revue de presse

Date de création : Juin 2011    Dernière modification : 26.08.2015    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]