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Sant Briag

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1 Fiche signalétique


s. Briag
Vie / Buhez : né au 6e siécle en Irlande, suit Tugdual en Galles, puis en Armorique, fonde un monastère à Bourbriac
Genre / Reizh : Masculin
Signification / Sinifiañs : origine Celtique, Bri=Autorité
Variantes / Argemmoù : Briac (Bretagne) - Briag (Bretagne) - Féminin(s) : Briaga (Bretagne) -

2 Almanach


le 17 décembre 2018 ~ d'an 17 a viz Kerzu 2018
Saint(e) du jour ~ Sant(ez) an deiz s. Briag (né au 6e siécle en Irlande, suit Tugdual en Galles, puis en Armorique, fonde un monastère à Bourbriac)
Proverbe breton ~ Krennlavar An hini a grañch e fae. A grañch war e sae.§ [Trad]




Almanach complet : [Calendrier:Vie des saints]

3 Sources

4 Iconographie

église St-Briac à Bourbriac
église St-Briac à Bourbriac

5 Monographies

Site anArvoric :

Briag

Prénom masculin - Fête le 17 décembre

Avec saint Briag, nous nous trouvons en présence d'un des éponymes (c'est à dire qui donne son nom) les plus répandus de Bretagne.

En effet, nous trouvons tout d'abord la commune de Bourbriac située dans les Côtes d'Armor (22) au sein de laquelle, en son église plus précisément, se trouve le tombeau... vide de ce saint disciple de Tudual et venu d'outre-manche au 6ème siècle.

Présent dans les Côtes d'Armor, département où il fonda un monastère près de Guimgamp, il y est représenté une seconde fois avec la commune de Guerbriac mais nous rencontrons également d'autres communes portant son nom en Ille-et-Vilaine ( Saint-Briac ) et dans le Finistère (Lan-Briac).

Issu du terme celtique bri qui pourrait être traduit par considération, ce saint réputé en terre bretonne est invoqué contre l'épilepsie et la rage, ses représentations le montrant généralement accompagné d'un chien.

Francisé sous la forme Briac ou Brian, nous rencontrons également ce prénom au féminin sous les formes Briaga et Briagez.

Site Wikipedia :

Histoire

Le nom de Saint-Briac vient d'un saint nommé Briac, originaire d'Irlande.

Briac débarque en Bretagne avec saint Tugdual sur la côte du Léon vers 548. Au village de La Chapelle aurait été bâtie, semble-t-il, une chapelle ou un oratoire ainsi qu'une croix surnommée « Saint-Palm ».

Site Tregor.fr :

Eglise Saint-Briac (à Bourbriac)

Trégor - Eglise Saint-Briac (à Bourbriac)

La construction de l’église Saint-Briac s’est échelonnée sur plusieurs siècles.

L’édifice conserve des parties romanes : la crypte et le carré du transept.

La crypte, de plan carré, date du XIe siècle. A l’origine, elle abritait le tombeau de Saint-Briac ; par la suite le tombeau a été remonté dans l’église et la crypte a servi de lieu d’internement des aliénés venus chercher la guérison dans l’église du saint thaumaturge. Jusqu’aux années 20, il était courant d’assister à la bénédiction des aliénés au cours de la grand-messe.

prénoms celtiques et bretons d'Albert Deshayes :

Originaire d'Ulster, ce saint vient en Galles suivre l'enseignement de Tudwal dans son monastère. Deux ans plus tard, il suit son maître en Armorique, avec Rivelin, Laouenan et Kireg. Le groupe accoste à Kermorvan, près du Conquet (29), où Tudwal fonde le monastère de Lambabu, l'actuel Trébabu (29), puis se dirige vers le Trégor. Là, Briag reçoit les terres de Deroc, prince de la Domnonée . Avec son accord, il bâtit un monastère non loin du château, aujourd'hui la vieille motte de Coz-Castel en Bourbriac (22). Son territoire monastique portera le nom de Minihy Briac, qui correspond à l'actuel Bourbriac. Puis il se retire dans un ermitage à Penity-Briac, avant de partir pour Rome.

Il meurt en son monastère en 627. Enterré dans l'église de Bourbriac, il aurait délivré de leur folie de nombreux pèlerins qui se pressaient devant son tombeau ; ceux-ci séjournaient dans une cellule proche, aux fenêtres barrées, et suivaient la messe. Son monastère aurait été brûlé par les Normands en 878, mais son tombeau et ses reliques furent préservés. Le saint est représenté, dans l'église paroissiale de Bourbriac en abbé, portant un long vêtement avec cagoule, recouvert d'un surplis ; à ses pieds gît un chien. Là se trouve un sarcophage gallo-romain ou mérovingien qui serait, selon la tradition, son tombeau.

Site Pennker / Albert Le Grand :

LA VIE DE SAINT BRIAC
Confesseur, Abbé, Patron de Boulbriac en Treguer, le 17 de Decembre.

Saint Briac nâquit en Hybernie, de parens nobles, qui demeuroient en la province d'Ultonie, en laquelle son Pere avoit le gouvernement de quelques places importantes. Dés son bas âge, il se montra enclin à la vertu, en laquelle il fit, avec le temps, un si notable progrès, qu'estant jugé capable des lettres, il fut envoyé aux écolles, où il étudia & fit son cours és humanitez & philosophie, puis s'en retourna à la maison. Son Pere, desireux de le faire grand, le voulut envoyer à la cour du Prince, mais le jeune homme, prevenu du desir d'atteindre à la perfection Chrestienne, se déroba, &, montant sur mer, se rendit au pays de Wales en la grande Bretagne, non loin du Monastere dont saint Tugduval estoit Abbé, lequel, ayant eu revelation de son arrivée, le manda venir à luy. Le jeune homme, arrivé au Convent, se jetta aux pieds du saint Abbé, luy dit qui il étoit, d'où et comment il estoit venu là, le suppliant de le recevoir au nombre de ses Disciples & Religieux. S. Tugduval le releva et le mena en l'Eglise, où lors on célébroit la Messe Conventuelle ; & comme ils entroient dans le Chœur, le Diacre chantoit ces paroles de l'Evangile : "Celuy qui ne renonce à tout ce qu'il possede ne peut estre mon Disciple". Ce qui confirma le postulant en son bon desir, & l'Abbé à luy accorder sa demande, & l'admettre au nombre de ses Religieux.

II. Briac, ayant receu l'habit, commença à mener une vie si exemplaire & religieuse, que les autres Novices le regardoient comme un modele d'un parfait Religieux. Il cherissoit surtout l'humilité, laquelle paroissoit en toutes ses actions ; ses habits estoient pauvres & de viles estoffes ; il se plaisoit aux offices les plus humbles, à balayer le Monastere & en oster les immondices ; il ne mangeoit que du pain sec avec du sel, beuvoit de l'eau froide, que rarement il trempoit d'un peu de vin, pour la colorer seulement ; il jeusnoit estroitement les jeûnes de la Regle, dormoit sur la dure, employant la meilleure part de la nuit à la priere & aux études des saintes Lettres. L'an revolu, il fit Profession, &, peu aprés, fut envoyé vers l'Evesque Diocesain, duquel il receut les Ordres jusqu'à la Prestrisce inclusivement, non sans repugnance de son costé, son humilité luy faisant croire qu'il estoit indigne de cette dignité. Neanmoins, il fit joug à l'obëissance & se laissa ordonner Prestre, chanta sa Messe avec une singuliere devotion & consolation de son Ame.

III. Deux ans aprés, S. Tugduval ayant eu commandement du Ciel de se transporter en la Bretagne Armorique (comme nous avons dit en sa vie, le 30 Novembre), il choisit pour compagnons de sa navigation 70 Religieux, desquels les plus signalez en sainteté estoient S. Ruelin, S. Loëvan, S. Guewroc & nôtre S. Briac, tous lesquels, s'estans embarquez en un vaisseau qu'ils trouverent à la prochaine rade, cinglerent à travers l'océan Britannic, &, le lendemain, à trois heures de relevée, prirent terre en l'isle de Kermoravan, devant le Conquest, Paroisse de Plou-Moguer, en Leon : &, si-tost qu'ils eurent mis pied à terre, le vaisseau qui les avoit portez, avec tout son équipage, disparut ; ce qui leur fit connoistre que c'estoit une singuliere faveur du Ciel, qui leur avoit fourny ce passage miraculeux, dont ils rendirent graces à Dieu, s'estans agenoüillez sur la grève, par commandement de S. Tugduval, pour faire leur oraison.

IV. S. Briac demeura au Monastere de Land-Pabu (qu'ils avoient basty en un petit vallon, prés du lieu où ils estoient descendus), jusqu'à ce que son Prélat S. Tugduval, inspiré de Dieu, voyagea par toute la Bretagne, fondant plusieurs Monasteres de son Institut, lequel se dilata & amplifia grandement en cette province ; il prit pour compagnons de sa peregrination S. Ruelin, S. Loëvan (qui a laissé par écrit les noms & nombre de ses Monasteres) & nôtre S. Briac, & tous ensemble allerent saluer le Roy Deroch, cousin germain de S. Tugduval, lequel luy donna le val de Trecor pour y bastir son grand Monastere, dont le Saint l'en remercia, &, à son départ, luy laissa S. Briac, à sa requeste, pour donner ordre à la construction d'un Monastere qu'il desiroit fonder prés du chasteau & manoir de plaisance où il faisoit sa demeure, où, à present, est la Paroisse de Boul-Briac. Nôtre Saint obëit au commandement de son Abbé, &, ayant receu son obedience & benediction, il demeura à la cour du Roy Deroch, lequel luy permit de faire choix d'un lieu commode pour la construction du futur Monastere.

V. Suivant cette permission, il choisit un endroit écarté & solitaire, en un coin de la forest, à la veuë du chasteau, duquel il estoit éloigné d'un quart de lieuë, où il fit bastir une petite Chapelle (attendant la commodité de bastir le Monastere), qu'il dedia à Nostre-Dame, laquelle, rebastie du depuis plus grande & spacieuse, est fort devotement visitée des Pelerins, pour avoir esté la premiere Eglise & Monastere fondé par S. Briac, & s'appelle Nostre-Dame de Bod-Fao. Il dressa, tout joignant, nombre de petites chambrettes, esquelles il ogea & accomoda les Religieux que S. Tugduval luy envoya, & obtint miraculeusement une source d'eau potable en un lieu auparavant sec & aride, où il fit dresser une belle fontaine, laquelle, encore en ce temps, est reveremment visitée par les pelerins, pour les graces & faveurs que Dieu a départy à ceux qui en ont beu avec foy & dévotion, plusieurs y ayans receu la santé.

VI. Le nombre de ses Religieux croissant de jour à autre, le Roy Deroch fit abattre l'endroit de sa forest que le Saint avoit choisi pour l'emplacement de son Monastere, &, ayant convoqué des ouvriers de toutes parts, y fit travailler avec telle diligence & assiduité, que, dans vingt mois, il fut parfait, & s'y logea le saint Abbé & tous ses Religieux, vivans en une sainteté & austerité si admirables, que tout le voisiné en estoit édifié, & le bruit de ce nouveau Monastere & de la vie Angelique de ses Religieux s'épandit tellement par les Evêchez de Treguer & Cornoüaille, que pour recueillir & loger les pelerins qui y venoient continuellemeent, il fallut bastir plusieurs logis & hôtelleries prés le Monastere, ainsi le bourg de Boul-Briac commença à estre basty, &, peu à peu, devint tellement peuplé, qu'il sembloit une ville ; ce que voyant le Saint & que croyant s'estre entierement dérobé du monde & caché en cette forest, il estoit hanté & visité plus que jamais, il se resolut de quitter ce lieu ; &, ayant laissé la charge de ce Monastere à son Prieur, Religieux saint & parfait, il entra bien avant dans la forest, & s'y retiroit en un petit hameau qu'il y édifia de ses propres mains, & s'en venoit, quelquefois, visiter ses Religieux en son Monastere, puis se retiroit en sa solitude.

VII. Un jour, allant de son Hermitage au Monastere, il fit rencontre d'un pauvre presque tout nud & extrêmément malade, qui luy demanda l'aumône, auquel n'ayant que luy donner, il dévêtit une de ses robes & la luy donna ; le pauvre, ayant vêtu cette robe, fut parfaitement guery, &, s'en retournant sur ses pas, vint trouver S. Briac, qui estoit au Chœur avec ses Religieux, chantant le Divin Service, se jetta à ses pieds & luy rendit graces de sa santé recouvrée à l'attouchement de sa robe ; le saint Abbé, vrayment humble, le fit lever de là & le mena dans le Convent, crainte que le peuple, qui estoit en l'Eglise, ne fut abreuvé de ce miracle ; il le fit bien dîner de ce qui se trouva, &, en recompense, le conjura de ne manifester ce miracle ; mais il n'y put apporter tel ordre, que la chose ne fut incontinent sceue ; car la maladie de ce pauvre étoit connuë de tous, & ne celoit point la verité à ceux qui l'interrogeoient comme il avoit recouvré sa santé. S'en retournant, une fois, de son Monastere à son Hermitage, il trouva un homme pleurant, qui fuyoit devant un horrible serpent, lequel l'avoit déjà piqué & le poursuivoit encore, le Saint l'arresta, &, du signe de la Croix, donna la chasse au serpent & guerit parfaitement ce pauvre homme.

VIII. Estant, une fois au Chœur avec ses Religieux, chantant l'Office, il se trouva, dans la Nef de l'Eglise, un homme possedé du malin esprit, lequel hurloit si horriblement, qu'il troubloit tout le Chœur & épouventoit le peuple ; ce que voyant S. Briac, il alla vers luy, & , ayant donné la chasse au diable, le delivra entierement. Ces miracles & autres que Dieu faisoit par luy éclatterent tellement par toute la Bretagne, qu'on le venoit trouver de toutes parts, mesme jusques dans son Hermitage ; les uns luy amenoient leurs malades pour les guerir, les autres y venoient pour avoir ses avis & conseils, quelques uns pour lui demander l'habit de son Ordre, les autres pour luy apporter de grosses aumônes ; la curiosité y conduisoit plusieurs pour estre témoins des œuvres admirables que Dieu faisoit par son moyen ; luy qui abhorroit cét applaudissement populaire, craignant que le diable, qui veille à nostre ruïne, ne le tentast de vaine gloire, se resolut de quitter ce lieu & d'aller à Rome visiter les Saints Lieux, ce qu'il fit, sans que les larmes & prieres de ses Religieux, les importunitez & supplications du Roy & de toute sa Cour l'en pussent divertir ; & ayant donné bon ordre au gouvernement de son Monastere, il se mit en chemin avec deux compagnons.

IX. Ayant traversé le royaume de France, il se rendit en un havre de Provence, attendant quelque vaisseau pour s'embarquer. Une fois, estant sur le port, il vid en haute mer un navire tellement battu & harassé du mauvais temps, qu'on n'attendoit que l'heure qu'il coulast à fonds ; S. Briac en eut pitié, pria Dieu pour eux, &, tout à l'instant, la tourmente cessa, & le navire fut, d'un bon vent, porté dans le havre, duquel les matelots, sautans à terre, vinrent remercier S. Briac, d'autant qu'ils avoient sensiblement expérimenté l'efficace de son Oraison. Le saint Abbé leur demanda quelle route ils tenoient ; &, ayant entendu d'eux qu'ils tiroient vers le port de Gaïette, à l'embouchure du Tybre, il s'embarqua avec eux, & ayant navigué la mer Mediterranée le long de la côte, arriva, le 5. jour, à Gaïette, & de là alla à Rome, l'an 578 & fut prendre la benediction du Pape saint Pelage II qui l'enrichit de plusieurs precieuses Reliques.

X. Ayant visité les SS. Lieux de Rome, & satisfait à sa dévotion, il s'en retourna à Gaïette, où il trouva, tout à propos, un vaisseau françois qui le porta à Marseille, où ayant séjourné peu de jours, il alla à Arles visiter l'Archevesque de ladite ville, avec lequel il demeura deux ans entiers, pendant lesquels Dieu fit, par luy, plusieurs miracles ; entre lesquels, fut la subite guerison d'un personnage tout miné & consommé d'une ardente fiévre, qui le tenoit depuis cinq ans. L'Archevesque l'ayant pris en affection, à cause de sa vertu & sainteté, luy voulut édifier un Monastere en sa ville, à condition qu'il y demeureroit le reste de sa vie ; mais, ne pouvant oublier ses chers enfans qu'il avoit laissez en Bretagne, il n'y voulut consentir ; &, ayant pris congé de son hoste, il s'en revint à son Monastere, où il fut receu en grande joye, tant de ses Religieux que du peuple, &, incontinent aprés, il alla à Lexobie, visiter l'Evesque du lieu, & de là au Monastere du Val de Trecor voir ses Religieux.

XI. Retourné de ce voyage, il fut voir un certain personnage, lequel avoit, jusques alors, mené une vie sainte, retirée & exemplaire, ne respirant que Jesus-Christ Crucifié, &, comme tel, tenu & honoré de tout le peuple ; mais le diable, fin & rusé en fait de seduire les Ames, le tenta si bien de vaine gloire & presomption, qu'il commença à mepriser les autres, &, peu à peu devint si dédaigneux & superbe, qu'à peine permettoit-il à personne de luy parler. Le souverain Medecin qui frappe pour guerir, & mortifie pour vivifier, luy envoya une forte maladie pour l'humilier, &, par cette infirmité corporelle, guerir celle de son Ame ; mais le miserable, au lieu de rentrer en soy-mesme & se reconnoistre, se laissa tellement emporter à l'impatience & au desespoir, que rien ne le pouvoit apaiser ; mesme luy échappa de dire qu'il voyoit bien à ce coup que Dieu s'estoit mocqué de luy, recompensant ses services d'une si cruelle maladie. S. Briac, averty de cela, le fut voir & l'exhorta à la patience ; mais il n'y avoit moyen de l'y resoudre : alors, le saint Abbé, s'estant retiré à part, fit sa priere & luy obtint une entiere & parfaite resignation à la volonté de Dieu ; puis, l'ayant confessé, se retira, &, quelques jours aprés, l'estant venu revoir, il le guerit entierement.

XII. Ayant S. Briac si sainement vescu en ce monde, Dieu luy voulut donner la recompense deuë à ses merites, il étoit déja vieil & cassé d'années, travaux & austeritez ; il devint malade en son Monastere, &, voyant que le mal se rengregeoit, se douta bien que sa fin s'approchoit ; il fit appeller tous ses Religieux, &, en leur presence, receut le saint Viatique & l'Extrême-Onction ; puis, les ayant exhortez à l'Amour de Dieu & Observance de la Regle, levant sa main, leur donna sa benediction, &, aprés quelques colloques amoureux qu'il tint à un Crucifix, qui estoit au pied de sa couche, sa sainte Ame s'envola au Ciel, le 17 Decembre l'an de grace 627. Son Corps fut honorablement ensevely, prés le Maistre Autel, en son Eglise Monasteriale, où Dieu a manifesté sa Gloire & sa Sainteté par plusieurs miracles, qui se sont faits & se font encore, de nostre temps, à son Tombeau, specialement en l'endroit des Maniacques, insensez, phrenetiques & autres maladies d'esprit, lesquels se trouvent soûlagez, & mesme entierement gueris, à la visite de son Tombeau.

XIII. Nos anciens princes, tant roys que ducs de Bretagne, ont porté une singuliere devotion à S. Briac, & ont donné droit de franchise, ou azile à son Hermitage, nommé communément Peniti Sant Briac, c'est à dire, Maison où S. Briac a fait sa penitence. Le Monastere fut brûlé par les Normands, l'an 878. mais ses saintes Reliques & son Tombeau furent miraculeusement conservés ; &, depuis, l'Eglise de Boul-Briac fut secularisée & erigée en Paroisse. On y voit encore le corps de l'ancien Chœur Monachal, basti à l'antique, avec sa voûte souterraine, supportée de pillâtres, sous la lanterne du Presbytere ; tout le reste du bâtiment est plus recent. La Chapelle du Saint se voit, à main droite, à costé du Chœur, portée hors le mur commun de l'Eglise, où est son Image relevée en bosse ; &, sous l'Autel, y a une cave fermée de deux grilles de fer arrêtées d'une barre de même, où on enferme les malades pendant qu'on dit la Messe à leur intention. Au milieu de la Nef, prés des pilliers, du costé droit, est son Tombeau, qui est beau & élevé, basty d'une pierre blanche retirant à l'albastre, tout historié en relief des principales actions de sa vie, &, sur la table du tombeau, est son effigie couchée de son long, la Mitre Abbatiale en teste & la Crosse en main ; le tout cerné d'une cloison de fer, en forme de Chapelle.

XIV. Hors l'enclos du Cimetiere, est la fontaine miraculeuse du Saint, couverte d'un petit dôme, &, plus bas, y a un lavoir couvert d'un apentis, auquel l'eau se rend par des canaux & tuyaux soûterrains, pour la commodité des pelerins, & nommément des malades qui s'y lavent. S. Briac avoit de coustume de faire, tous les ans, une solemnelle Procession, le jour de l'Ascension, tout à l'entour des terres que le Roy Deroch avoit données à son Monastere, en actions de graces à ce qu'à tel jour il l'avoit fondé ; ceremonie qu'on a depuis observée tous les ans, à pareil jour, en la Paroisse de Boul-Briac. L'an 1591 la ville de Guengamp (qui n'est qu'à deux lieuës de Boul-Briac) ayant esté blocquée par l'armée royale, conduite par le prince de Dombes, la Vigile de l'Ascension, on obmit, cette anée-là, à faire la Procession accoûtumée & porter les Reliques du Saint, à cause des compagnies de soldats qui tenoient la campagne ; neanmoins, il se trouva un bon Prestre, lequel, la Vesprée du même jour, alla, par devotion, tout seul faire la Procession ; &, bien qu'il rencontrast des bandes de soldats, jamais aucun ne luy fit mal, même ne luy demanderent pas Qui vive &, ce qui est plus admirable, il trouva les fossez rompus & les champs ouverts, battus & frayez, comme si la Procession y eust esté à son ordinaire, ce qu'ayant recité aux autres Prestres, ils y allerent & virent la mesme chose ; & cecy m'a esté attesté par personnes dignes de foy l'an 1631 au mois de may, que je fus à Boul-Briac rechercher cette histoire, lesquels m'asseurerent qu'il y avoit encore plus de quarante personnes vivantes en la Paroisse qui avoient esté témoins oculaire de cette merveille, à l'honneur & gloire de Dieu, qui se monstre admirable en ses Saints.

Vies des saints de la Bretagne Armorique par Albert le Grand (1636) - édition de 1901 - Quimper