Vue des papeteries de l'Odet, carte postale Villard, 1881-1906 - GrandTerrier

Vue des papeteries de l'Odet, carte postale Villard, 1881-1906

Un article de GrandTerrier.

Jump to: navigation, search
Catégorie : Photothèque
 Encyclopédie : GrandTerrier

Statut de l'article :
  Image:Bullorange.gif [Développé]
§ E.D.F.
Une très belle carte postale du site papetier d'Odet, une photo prise vraisemblablement à l'aube des années 1900, et éditée par le photographe quimpérois Joseph Marie Villard [1].

On s'attardera aussi à analyser deux cartes ayant circulé :

  • L'une d'une employée de maison prénommée Mathurine, adressée à son ami d'enfance Ernestine.
  • L'autre de l'oncle Léon Bolloré à son employé et contremaitre de fabrication Jean-Pierre Rolland.

Autres lectures : « La création de la manufacture d'Odet et ses fondateurs » ¤ « Le site de la papeterie d'Odet et son alimentation en eau » ¤ « Jean Pierre Rolland (1855-1914), papetier » ¤ « 1913 - Visites techniques de machines à papier en France et Allemagne » ¤ « Chapelle et pardon de Kerdévot, cartes postales Villard, 1880-1910 » ¤ « Noces et danses bretonnes à Lenhesk, carte postale Villard, 1909 » ¤ « Les mémoires de Louis Barreau, ingénieur des papeteries Bolloré » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Gwenn-Aël Bolloré a publié cette photo dans son livre sur son aïeul « Voyages en Chines et autres lieux » avec ce sous-titre : « L'usine d'Odet à la mort de Jean-René Bolloré » (décédé le 19 mai 1881), et en omettant de reproduire les sous-titres et marques de l'éditeur photographe Villard [1]. Depuis cette publication tout le monde affirme que la prise de vue date précisément de 1881. Mais certains faits nous inclinent à croire que la vue photographiée d'une part et la publication en carte postale Villard [1] d'autre part sont un peu plus tardives.

Tout d'abord, à gauche du cliché, la grande cheminée à la fumée abondante et sa chaudière nécessitent un débit d'eau important. Or la chaudière produisant la vapeur nécessaire aux rouleurs sécheurs ne sera en fonction qu'en 1886-88, le cadastre de la commune d’Ergué-Gabéric indiquant une « machine à vapeur » en tant que construction nouvelle achevée en 1886 et déclarée aux impôts l’année 1889. Le canal amenant l'eau à l'usine a vraisemblablement été creusé dans les années précédentes en remplacement du cours d'eau du Bigoudic qui n'était plus suffisant.

Ensuite la production des cartes postales Villard a sans doute commencé dans 1880-1890, mais sous la forme de photos contrecollées sur cartons. Ici il s'agit d'une édition imprimée, avec le titre en surimpression « Papeteries de l'Odet - Environs de Quimper » et sur le côté « Collection Villard, Quimper ». Il n'y a pas de numéro comme sur les séries des années 1910 (cf Kerdévot, Lenhesk, Stangala-Meil-Poul). Il nous semble plus probable que la carte a été éditée au plus tôt dans les années 1890-1900.

 

Enfin les quelques cartes en circulation sont datées des années 1906 à 1910 avec leurs timbres de couleur orange-rouge à 10 centimes représentant une semeuse. Ce timbre est sorti en 1906, et sur les deux cartes ci-dessous l'année oblitérée à deux chiffres (par ex. 06 pour 1906) est difficilement lisible, hormis le premier 0.

La carte Villard nous permet de repérer un peu plus chaque bâtiment de l'époque, les routes et cours d'eau (dont le ruisseau central Bigoudic), et de comprendre l'orientation nord-est sud-ouest, le long de l'Odet. Au milieu de la photo Villard on distingue nettement le grand bâtiment dénommé par la suite « Keromelette » [2] et qui servait de logement aux cadres, directeurs et personnel. Le manoir et la petite chapelle sont non visibles, car cachés à droite derrière la pente boisée : sur une photo des mêmes années 1890 (cf ci-contre) on y voit le dos du manoir et le vieux moulin qui sera détrôné par les chaudière et centrale électrique.

La première carte ci-dessous ayant circulé est celle d'une lingère nantaise, logée à Keromelette [2], et décrivant à son amie Titine son isolement à Odet. La seconde carte est celle des vœux du patron Léon Bolloré à son contremaitre Jean-Pierre Rolland.

Les bâtiments de fabrication du site papetier d'Odet


[modifier] 2 Les nouvelles de Matherine, lingère à Odet

Cette carte a circulé entre Quimper et Nantes dans les années 1906-1909. Prénommée Mathurine, la lingère employée par les Bolloré explique à son amie d'enfance les conditions de travail et de séjour à Odet, « dans mon trou, ici on a guère de distractions » dit-elle.

Elle y indique où est sa chambre de bonne qu'elle marque d'une croix sur la photo, une mansarde dans la grande maison de logements qu'on a appelée par la suite « Keromelette » quand elle servit aussi de cantine : « cette carte qui représente l'usine et notre maison, j'ai fait une croix sur ma fenêtre et un point sur celle de ma lingerie ».

 

Quant aux patrons, elle les décrit comme très compréhensifs : « Monsieur est très gai et me fait toujours rire », « mes patrons sont tout à fait bons pour moi ». Son malheur est la solitude : « je suis un peu seule dans mon petit palais ».

Transcription :

Destinataire : Melle Ernestine Houitorel, 2 Avenue de Launay, Nantes Loire Inférieure

« Ma chère Titine. J'ai été très contente en recevant ta lettre, elle ma fait bien plaisir, comme tu es gentille de ne pas m'avoir oubliée dans mon trou, ici on(t) a guère de distractions à part les repas, Mr est très gai(e) et me fais toujours rire, mais mon chagrin vois-tu chère Titine, j'ai commencer à servir un peu trop tard et je crois que je ne m'y habituerai jamais, mes patrons sont tout à fait bons pour moi, mais je suis un peu seule dans mon petit palais comme tu le dis.

Enfin, que veux-tu, puisque j'y suis j'y reste, tant pis pour moi, c'est moi qui l'ai voulu, maintenant chère Titine je t'envoie cette carte qui représente l'usine et notre maison, j'ai fait une croix sur ma fenêtre et un point sur celle de ma lingerie, c'est là que Maria a coucher, enfin je t'envoie avec cette carte mes meilleurs baisers. Mathurine. J'espère que ta maman est bien ! ...  »

[modifier] 3 Les vœux de Léon Bolloré au contremaitre Rolland

Cette carte a circulé entre Quimper et Scaër dans les années 1906-1909, un 28 décembre. Elle est écrite par Léon Bolloré, frère du René Bolloré décédé en 1904 et oncle du nouveau patron René Bolloré, et adressée à Jean-Pierre Rolland, originaire d'Odet et contremaitre de fabrication à l'usine sœur de Cascadec. Le contremaitre a déjà adressé ses vœux, et son patron lui répond dans un style qu'on hésite à qualifier soit de condescendant, soit de familier et chaleureux : « Merci de vos vœux Rolland », « Je vous retourne les miens sincères », « Sentiments fidèles ».

  Transcription :

Destinataire : Monsieur Rolland, Cascadec par Scaër Finistère

« Merci de vos vœux Rolland

Je vous retourne les miens sincères pour vous et tous les vôtres

Sentiments fidèles

Signature : L. Bolloré »


La relation de Jean-Pierre Rolland avec Léon Bolloré était proche car il a été embauché très jeune par les Bolloré en 1868 (il avait 13 ans), et a il participé avec lui à la mise au point de la fabrication des papiers minces. En 1913, en voyage à Paris et en Allemagne il écrit au nouveau patron René Bolloré, neveu de Léon, qu'il a fait une visite à son oncle : « Nous avons diné hier au soir chez Monsieur Léon. Je suis très content de l'avoir vu. Je l'ai trouvé très bien, un peu maigri mais très bonne mine. ».

Ce jeune René Bolloré, qui devait beaucoup à son père René et à son oncle Léon, écrit en 1922 : « N'avait-il pas le premier (à avoir) mis sur pieds la fabrication des minces et du papier à cigarettes - combien de fois n'ai-je pas entendu raconter par mon oncle ici présent contre les difficultés rencontrées. »

[modifier] 4 Annotations

  1. Joseph Marie Villard (1868-1935), fils du photographe Joseph Villard (1836-1898) qui avait déjà un créé un fonds très important de plaques photographiques (avec des monuments et des sujets pittoresques de Bretagne), épouse Marie Françoise Ferron dont le père était éditeur à Quimper. Ce mariage de la photographie avec l'édition en fait un photographe éditeur, rue Saint François à Quimper. Photographe des costumes mais aussi des scènes de rue et des paysages, il sera le créateur de la célèbre Collection Villard bien connue des collectionneurs de cartes postales (trois millions de cartes vendues par an). Ami de Théodore Botrel ils travailleront l'un pour l'autre, Villard illustrant ses chansons, Botrel lui écrivant des légendes pour ses clichés. Son fils Joseph-Henri-Marie (1898-1981) prendra sa suite. Son frère Paul, Docteur, aura un fils, Jean Albert, qui sera organiste à Poitiers. [Ref.↑ 1,0 1,1 1,2]
  2. Louis Barreau nous a donné la signification de ce terme Keromelette : « En arrivant à Cascadec, j'avais été logé à « Ker-Omelette » dans la grande maison au bord de l'Isole où descendaient les ingénieurs de passage. Là, la vieille Marie Le Guyader faisait la popotte, et souvent, prise de court, confectionnait une « omelette », d'où le nom de « ker omelette » ! Les autres popotes d'Odet et de Troyes portaient la même enseigne. » [Ref.↑ 2,0 2,1]


Thème de l'article : Mémoires et portraits de nos anciens

Date de création : novembre 2016    Dernière modification : 17.01.2017    Avancement : Image:Bullgreen.gif [Fignolé]